DIABOLIC

Némésis est une diabolic. Une créature concue génétiquement pour traquer et tuer n’importe qu’elle créature. Programmée pour aimer et protéger sa maîtresse Sidonia Empyrée, Némésis va devoir remplir une mission particulièrement complexe. Elle sera envoyée à la cour impériale, en se faisant passer pour sa maîtresse. Elle y rencontrera la traitrise, la politique, mais aussi l’amitié et l’amour.

Diabolic est le premier roman de S.J.Kincaid traduit en français. Sous un vernis de science-fiction, il montre toute la folie des hommes pour accéder au pouvoir. On pourrait y voir une version différente de la grande période de Rome. Orgies, jeux du cirque, manipulations politiques… L’autrice ne nous épargne rien. Le lecteur se demandera vers qui Némésis doit donner sa confiance, vu que tout le monde peut la trahir. L’échange entre Sidonia et Némésis fait penser au roman de Mark Twain : Le Prince et Le Pauvre.

Le narrateur est le personnage principal, Némésis. Si elle est censée être une créature sans âme, uniquement conçue pour tuer, on suit toute son évolution au fil des pages. A la différence de nombreux autres livres pour adolescents, elle ne s’apitoie pas trop sur son sort et le récit se lit sans temps mort. L’aspect psychologique des personnages est bien rendu. On sent la fole des personnages, les traitrises qui se mettent en place et rien n’est jamais gratuit. On regrettera cependant que la folie simulée de Tyrus soit trop vite envolée. Certaines situations sont des clichés éculés, mais l’aspect général est de bonne tenue.

Le roman abordera plusieurs sujets : Qu’est ce qui nous rend humains, la manipulation génétique, la politique, asns oublier les sentiments qui nous permettent de nous dépasser.

Ce roman est une bonne surprise. L’originalité tient autant de l’univers que du personnage principal. Les situations sont aussi réalistes que possible et le récit ne subit aucun temps mort.

DIABOLIC : PROTEGER OU MOURIR

AUTRICE : S.J. KINCAID

TRADUCTEUR : ERIC MOREAU

EDITIONS : BAYARD

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PARIZ

parizParis est désormais habité par des zombies. Dans les souterrains de l’ancienne ville-lumière, trois clochards se cachent. Ils seront bientôt rejoints par un commando. Les deux groupes devront mettre leurs différents de côté pour avoir une chance de survivre face à cette vague zombie.

Avec PariZ, on aurait pu craindre un énième massacre de zombies, sa vague explication scientifique et un cache-cache dans les bâtiments célèbres de la capitale. Heureusement, l’auteur prend une autre direction. Il y a bien des zombies, mais ils font partie du décor. Ses personnages sont loin d’être des baroudeurs, des héros. Entre le commando qui a une certaine idée de la France et des clodos accros à l’alcool, on n’est pas sortis du métro. Ils auraient pu se faire dévorer dès le premier chapitre, mais étonnamment ils arrivent à survivre. Loin des clichés du survival, l’auteur va prendre ses lecteurs à contre-pied. Dans un ton semi-parodique, on va suivre les pérégrinations de ce groupe. Les personnages de Rodolphe Casso ont la loose, mais ils la vivent avec grandiloquence. Leur langage évoque le titi parisien, le vocabulaire de Michel Audiard et par moments, la bêtise humaine. L’autre personnage, jamais nommé et pourtant bien présent, c’est la ville de Paris. A travers les visions des « héros », des zombies, on a une certaine vision de Paris. Même après avoir été dévasté, « Paris sera toujours Paris ».
Rodolphe Casso se lâche dans ce premier roman. Il détruit Paris, montre les rares survivants se combattre, alors qu’une vague amorphe de zombies erre dans la capitale. On sent la colère de l’auteur, mais aussi tout l’amour qu’il porte à cette ville (cf son interview)

Entre roman social et thriller, PariZ permet de voir les clodos de Paris sous un autre jour. On suit l’histoire avec intérêt, on s’attache aux personnages. Un premier roman qui va droit au but !

PARIZ
AUTEUR : RODOLPHE CASSO
EDITIONS  : CRITIC

SOS FANTÔMES / GHOSTBUSTERS

ghostbusterA New-York, de plus en plus de phénomènes paranormaux se manifestent. Des fantômes apparaissent un peu partout en ville. Peter Venkman, Raymond Stantz et Egon Spengler, chercheurs universitaires, se dressent face à la menace spectrale.

SOS Fantômes (ou Ghostbusters) est avant tout un film d’Ivan Reitman (Président d’un Jour, Jumeaux), sur une idée de Dan Aykroyd. On connaît le succès public, les suites, les séries animées, mais qu’en est-il de la novelisation ? Sous ce titre se cache l’adaptation en roman d’un autre média (jeux vidéos, films, série télévisée, etc). Dans les genres qui nous intéressent, Alan Dean Foster en a écrit quelques unes mais on peut citer aussi George C Cesbro pour Crying Freeman. Quant à Jason Dark, l’auteur de la novelisation de SOS Fantômes, il est surtout connu en Allemagne pour le personnage du détective privé John Sinclair.
Une novelisation se doit d’adapter en écrit ce qu’on voit à l’écran. Le résultat n’est pas toujours réussi, mais dans le cas de SOS Fantômes, c’est un véritable navet. Pourtant, tout commençait bien. Les différentes scènes collent au film, on retrouve avec plaisir les personnages. Malheureusement, le tempo du roman (224 pages) n’égale pas celui du film (105 minutes). Toutes les actions s’enchaînent et petit à petit, on s’éloigne du scénario. Des lignes de dialogues sont rajoutées, des scènes sont imaginées ou mal retranscrites. Le personnage de Bill Murray devient un odieux profiteur qui ne pense qu’à séduire, celui d’Harold Ramis, un scientifique qui ne s’intéresse qu’à la science. Quant au personnage de Dan Aykroyd, s’il est présent, il n’est pas développé… Les effets comiques de Rick Moranis ne fonctionnent pas, etc.

La plupart des novélisations ne sont pas des succès. Au mieux, elles surpassent la qualité de l’original, mais la plupart du temps, c’est un honnête divertissement. Dans le cas de SOS Fantômes, on s’ennuie, certaines scènes font peur au lieu de faire rire.. Bref, une novélisation à éviter.

SOS FANTÔMES/GHOSTBUSTERS
AUTEUR : JASON DARK D’APRES LE FILM D’IVAN REITMAN
EDITEUR : M.A EDITIONS

ZAPLAND

zaplandTanee vit en 2054. Comme elle a 8 ans, elle va commencer à apprendre à lire. Pour Tanee et sa meilleure amie C@ro, cet apprentissage est trop long

A travers cette histoire d’enfant qui apprend à lire, Marie-Aude Murail critique notre société actuelle. L’orthographe est mélangé, l’apprentissage est un jeu (débile selon les personnages) et toute la société repose sur des objets : ordinateur portable (pot-hop) qui sent la vanille, phonoscript pour écrire des histoires, téléporteur pour se déplacer, voire voyage dans le temps. A côté de cette critique, l’autrice montre la puissance de la lecture et des activités artistiques.
Le jeune lecteur pourra s’amuser à reconnaître les mots mélangés, (un e-meuble pour un immeuble), comprendre l’intérêt de la lecture et celui de l’apprentissage. Le ton donné n’est jamais accusateur et ce sera au lecteur de se faire ses propres idées.

Si Marie-Aude Murail est connue, le trait de Frédéric Joos est reconnaissable. Depuis la fin des années 80, son graphisme doux, tout en rondeur et l’auteur ne rate jamais une occasion de glisser un détail. Ici, il modifiera son trait pour illustrer un livre trouvé par Tanee.

Zapland montre ce que pourrait être la génération de 2054. Entre critique de la société et roman d’aventure, Marie-Aude Murail et Frédéric Joos donnent au lecteur des clefs pour voir plus loin que le bout de son nez. Une lecture magique qui rappelle les bonheurs de la lecture.

ZAPLAND
AUTRICE : MARIE-AUDE MURAIL
ILLUSTRATIONS : FREDERIC JOOS
COLLECTION : MOUCHE
EDITEUR : L’ECOLE DES LOISIRS

LES EFFETS DU HASARD

effets hasardMaïa, comme la plupart de ses camarades, a été conçu sur catalogue. Alors qu’elle entame une relation avec un garçon, son monde s’écroule. Anthony est né de façon naturelle et elle commence à ressentir les prémices d’une maladie : l’amour !

A en croire le résumé Les Effets du Hasard ne serait qu’un livre sur la procréation programmée (couleurs des yeux, quotient intellectuel, etc.), mais Marie Leymarie va plus loin dans sa réflexion : Pourquoi faire un enfant de façon artificielle, comment limiter les risques d’une grossesse non désirée… C’est le thème, voire le champ lexical de la naissance qui est abordé : sentiment, procréation, etc.
En plus de cette réflexion, l’autrice mène un cheminement philosophique sur la liberté. Elle confronte le contrôle, le libre-arbitre et jusqu’où peut-on aller pour mieux (se) contrôler. Le thème est passionnant, l’univers déroutant… Cette société est proche de la nôtre. Certaines améliorations sont faites au niveau de la communication (interaction professeur-élève via des mails), mais la communication au sein de la famille semble dénuée de sens.
A la différence d’une dystopie « classique », personne ne se révolte contre cette évolution de la société. Certains sont pour d’autres sont contre. Seule, Maïa, en proie aux affres de l’adolescence, ne sait plus où elle en est ! On apprécie particulièrement le comportement des différents personnages. Ils sont froids, humains, chaleureux, mais ils pensent agir pour leur bien !

L’ouvrage de Marie Leymarie est terrifiant ! Entre le contrôle des sentiments, la passivité de la population, la découverte de cette univers, proche du nôtre, nous pousse à réagir.

LES EFFETS DU HASARD
AUTRICE : MARIE LEYMARIE
EDITION : SYROS

LES ENFERMES

les enfermesIl y a vingt-cinq ans, un virus extrèmement complexe et contagieux est apparu. S’il plonge la plupart des malades dans un état grippal, un nombre infimes de victimes devient prisonnier de son corps, incapable de le contrôler et de communiquer. Aujourd’hui, ces « enfermés » disposent d’androÏdes, entres autres, pour évoluer comme un être normal, via une interface neuronale. Chris Shane en fait partie. Agent du FBI depuis peu, sa première enquête ne sera pas des plus simples. C’est un « enfermé » qui a commis le meurtre.

Avec Les Enfermés, John Scalzi change de registre. On lui connaissait sa série sur Le Vieil Homme et La Guerre, Redshirts, Impresario du Troisième Type ou Deus In Machina. A chaque fois, l’humour, voire la parodie étaient présents. Ici, c’est rarement le cas. A priori, on se trouve devant une enquête policière banale. Un duo d’agents du FBI, le vétéran ayant mauvais caractère, tandis que le nouveau découvre le métier. Des poursuites, une investigation… Un roman très commun et John Scalzi s’en amuse, car tout le sel de ce roman se trouve ailleurs.
On pourrait penser au film Clones, avec Bruce Willis, mais John Scalzi pousse la réflexion beaucoup plus loin.

Les Enfermés parlent d’handicap et de liberté. Les victimes du syndrome d’Haden (du nom d’une des victimes) sont privés de leurs corps. Ils ont alors plusieurs choix. Soit rester sur un lit et communiquer via une interface. Emprunter un corps d’androïde pour évoluer librement ou évoluer dans le corps d’un être humain (qu’on appelle alors un intégrateur). L’auteur explique de façon simple et détaillée les possibilités et les limites de ces choix, mais il pousse la logique de la maladie et des solutions jusqu’au bout. Comment gérer, ressentir son corps quand on ne le contrôle plus ? Comment choisir un corps ou un humain d’emprunt ? Peut-on dépasser les limites ? A l’opposé du robot, le cispé (la dénomination de l’androïde) n’a pas de capacité extraordinaire, il se rapproche d’un humain. D’où la dénomination Cispé (C6-PO : Starwars).  Quant à l’intégrateur, on peut choisir celui du sexe de son choix. Voilà un autre point intéressant. Chris Shane est le personnage principal mais jamais, on ne saura véritablement son sexe, ni se préférences. Si j’ai mon idée, elle se base sur un mince indice. Saurez-vous trouver de quel sexe est Chris Shane ?
L’auteur n’arrête pas sa réflexion sur ces points. Il montre aussi que ces handicapés peuvent être le jouet du milieu financier. Il fait d’ailleurs un parallèle avec la nation indienne.
L’autre surprise de ce roman, c’est la deuxième partie. Intitulée Libération : Une Histoire Orale du Syndrome d’Haden, le lecteur ne doit pas passer à côté. Il raconte, sous forme de dialogues, toute l’évolution de la maladie. Ca pourrait être pompeux, verbeux… Scientifique et médical, mais c’est simplement expliqué et logiquement démontré. A ne pas manquer !

Sous couvert d’un roman policier, John Scalzi écrit un roman sur les libertés, qu’elles soient physiques, morales ou sociales. On suit avec plaisir ce héros/héroïne, qui victime de sa condition, doit aller au-delà des perceptions pour arriver à ses fins.

LES ENFERMES
AUTEUR : JOHN SCALZI
TRADUCTEUR : MIKAEL CABON
COLLECTION : LA DENTELLE DU CYGNE
EDITIONS : L’ATALANTE

Le blog Le Culte d’Apophis fait une chronique détaillée des Enfermés. A lire pour un autre regard.

DENISE JONES, AGENTE SUPERHEROÏQUE (suivi de L’Avènement du Yaourt & 30 Millions D’Aliens)

denisejonesEtre un super-héros n’est pas facile, dixit Denise Jones, coordinatrice de recrutement pour des super-héros. Un yaourt « évolué » prend le pouvoir, devenant ainsi la « crème » des terriens. Plusieurs témoins racontent une rencontre « animale » du troisième type. Trois nouvelles, pour un même auteur : John Scalzi.

Pour promouvoir la parution du dernier John Scalzi en version française (Les Enfermés, parution le 25 février 2016), les éditions de L’Atalante proposent un recueil gratuit de trois courts textes. L’auteur s’est fait connaître en France par la série Le Vieil Homme et La Guerre. Les romans suivants (Impresario du Troisième Type/Red Shirts) prennent le contre-pied de sa précédente production. Tout en prenant en considération l’être humain (une constante chez John Scalzi), il glisse vers l’humour intelligent, voire la parodie. Un trait que l’on voyait dans Le Vieil Homme et La Guerre, mais qui s’étoffe et s’affine au fil des années.
Le recueil proposé permet de découvrir l’évolution de l’auteur. Les textes ont été édité entre 2001 et 2010. Pour Denise Jones, Agente Superhéroïque montre la complexité d’être un être supérieur dans notre monde contemporain : assurance, chômage, contrat, comment s’en sortent les super-héros ? Pour les amoureux de la langue de Shakespeare, vous pouvez aussi lire la nouvelle originale. Dans L’Avènement du Yaourt, on suit la prise de pouvoir d’un produit laitier qui a muté. Il devient une intelligence supérieure qui défie les scientifiques terriens. Quant à 30 Millions d’Aliens, on aura compris qu’il est question de nos « amis » les animaux. Certes, mais, ce sont des témoignages sur ces rencontres du troisième type.
Les trois textes jouent sur l’absurde de situation et nos habitudes d’êtres humains. La science-fiction n’est que le grain de sable qui grippe toute la machine. John Scalzi dénonce nos travers de la meilleure des manière : L’humour. Ne vous attendez pas à une sorte d’humour. L’auteur joue sur toutes les gammes. Qu’on parle du premier ou du troisième degré, l’auteur écrit pour nous faire réfléchir, pour nous faire réagir.

Traduire un texte n’est jamais évident (rendre le style de l’auteur, faire comprendre les ambiances, etc.). Traduire de l’humour l’est encore moins. Les jeux linguistiques ne passant pas forcement d’un langage à un autre. Un travail périlleux dont Mikaël Cabon se tire haut la main. Sa connaissance et sa pratique permettent d’avoir trois courts textes qui fonctionnent dans les deux langues. Son travail ne s’est pas arrêté là. Mikaël Cabon a choisi les textes, les a présenté. Un travail de l’ombre qu’on peut applaudir. On souhaite que cette mise en avant permette une meilleure connaissance d’un auteur, volontiers humoristique, qui n’oublie jamais de « choquer » son lectorat pour mieux le faire réfléchir.

John Scalzi tient un blog de vulgarisation : Whatever

DENISE JONES, AGENTE SUPERHEROÏQUE …
AUTEUR : JOHN SCALZI
TRADUCTION : MIKAËL CABON
EDITIONS : L’ATALANTE