LES DOSSIERS THEMIS T1 : LE SOMMEIL DES GEANTS

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Aux quatre coins du globe, des pièces géantes sont trouvées. Assemblées, elles forment un robot, haut comme un immeuble de vingt étages. On cherche à savoir comment il fonctionne, on essaye de garder le secret et derrière tout çà, il y a une personne qui tire les ficelles. On ne sait pas qui elle est.

A lire ce résumé, on hésite entre dessins animés japonais tels que Goldorak, les récits où une officine du gouvernement américain tient le monde entre ses mains, sans oublier les films avec des robots géants. Vous auriez raison et tort à la fois. Le grand atout de Sylvain Neuvel, c’est de nous faire penser que nous allons vers tel ou tel genre alors qu’il nous emmène autre part. Avant qu’on s’en rende compte, nous avons fini le livre.
Ce qui a fait naître ce livre, c’est la construction d’un robot pour le fils de Sylvain Neuvel. l’enfant posait des questions sur la naissance du robot: où, comment, pourquoi, etc. Autour de ces questions, il a construit un récit plausible. Quand je dis plausible, c’est à dire que les données scientifiques, militaires, sociales sont exactes. Un auteur lambda aurait inventé des données, pas Sylvain Neuvel. Il est déjà difficile de ne pas être incrédule devant un robot, alors tout le reste sera aussi exact que possible.
Dès la première lecture, on est surpris par la construction. Les trois quart de l’histoire sont des dialogues. Si ces dialogues sont amenés dans l’ordre successif, tout n’est pas donné au lecteur. C’est en suivant les échanges avec les différentes personnes qu’il commence à construire les événements. Les différentes informations rassemblées permettent de montrer l’ampleur du projet, quelles sont les ramifications. Là où on s’attend au pénultième cabinet noir des Etats-Unis, Sylvain Neuvel met autre chose. Si à première vue, la mystérieuse personne qui dirige les opérations semble être « le méchant », l’auteur réussit à nous le rendre sympathique. Son caractère n’évolue pas, mais il va jusqu’au bout d’un raisonnement logique et au mépris du danger, il avance ses pions pour savoir ce qu’est le robot, comment le contrôler, etc.
Quand on a grandi avec Goldorak, X-Or, Spectreman, Robotech/Macross voire Bioman et ses déclinaisons, on attend avec impatience le prochain épisode pour que notre héros/robot se batte avec l’ennemi. Il se peut que derrière, il y ait un scénario plus subtil. Sylvain Neuvel joue avec cette madeleine de Proust pour nous offrir les coulisses de ces combats. Comment fonctionne un tel robot ? Quelles sont les conséquences si on trébuche ou si on appuie sur un bouton « au hasard » ? La logistique permet d’amener du personnel scientifique, militaire, etc. Qui devrait s’en tenir aux ordres, aux procédures. L’auteur n’oublie pas d’amener le grain de sable humain qui fait tout basculer. Quand on lit l’évolution des personnages, on se rend compte qu’ils ont besoin d’une ou plusieurs thérapies, mais les voir se « battre », chuter pour mieux remonter devient un véritable plaisir. Le robot ne combattra peut-être pas (lisez le livre), mais les dialogues sont des combats en soi. Chaque phrase est ciselée, c’est un vrai bonheur !

Avec Le Sommeil des Géants, on se laisse emmener par l’auteur. On n’a pas besoin d’apprécier les robots géants. Derrière ces montagnes de métal inconnu, il y a une confrontation femme et homme qui vaut tous les combats. Un premier livre réussi !

LES DOSSIERS THEMIS T1 : LE SOMMEIL DES GEANTS
AUTEUR : SYLVAIN NEUVEL
EDITIONS : LE LIVRE DE POCHE

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RENCONTRE AVEC JOHN SCALZI

Une rencontre avec un auteur millionnaire, futur goûteur de kouign amann, qui réfléchit sur notre monde , sans oublier une part d’humour.

Vous avez écrit sur Internet avant d’être publié. Est-ce que ça a changé votre façon de construire le récit ?

Ça a eu peu d’influence sur mon écriture. Par contre, ce qui m’a influencé, c’est que j’étais auparavant critique de film. Pendant plusieurs années j’ai regarder 200 à 300 films par an. Tout ce qui est construction du récit, dialogues, etc., je l’ai appris en étudiant les films. En tant que critique, je devais comprendre comment ça fonctionnait. Si vous lisez Le Vieil Homme et la Guerre, vous verrez que c’est écrit en trois actes, exactement comme aurait pu l’être un film.

Vous avez écrit sur Internet, avant d’écrire des versions audio, puis d’être publié. Peut-on vous considérer comme un méta-auteur ?

Puisque vous avez posé la question, vous savez que j’en suis un. Ce qui est intéressant avec Internet, c’est que beaucoup de personnes ont adopté des approches différentes pour essayer de se faire publier. Certaines essayent d’imiter celles que j’ai choisies durant les années 90 jusqu’au début des années 2000. Avec le recul, d’autres écrivains et moi-même avons l’impression d’avoir ouvert la voie. Ce que nous avons fait, d’autres peuvent dorénavant s’appuyer dessus pour le faire de manière professionnelle. Donc, toutes ces personnes me doivent de l’argent. (rires)

On peut donc vous considérer comme un proto-meta-auteur ?

Tout à fait ! Je vais écrire ça sur ma carte de visite ! (rires)

Je vous vois comme un paradoxe. Sur internet, vous êtes un écrivain avec une ligne de conduite, vous êtes droit, alors que de l’autre, vous vous vendez très bien. Est-ce compatible l’un avec l’autre ou est-ce ma vision européenne de l’auteur ?

Les deux sont vrais. Je suis un écrivain américain et, pour avoir du succès, il faut vendre ce qu’on fait, il faut faire de soi-même un produit rentable. Alors oui je suis écrivain, mais j’ai aussi un talent pour le marketing. J’apprécie de me montrer en public. Mon éditeur aime ça parce que je suis un bon client en tournée. Ça veut dire aussi que je peux me permettre toutes ces activités, je peux les assurer sans avoir besoin d’un autre emploi.

J’ai l’impression que vous expérimentez beaucoup lors de vos publications. Est-ce un challenge que vous vous faites à moins que vous ne soyez une brute de travail ?

Dans chaque roman, je me lance un nouveau défi pour faire quelque chose de différent. C’est important d’élargir ma boîte à outils d’écrivain, d’avoir de nouvelle capacités. Il faut dire aussi que je m’ennuie très vite.

Vous avez reçu le prix Hugo pour Your Hate Mail Will Be Graded. Est-ce que votre rétrospective du mois dernier cherchait à remporter le même prix ?

Non ! Cette rétrospective consistait en la republication d’une série d’articles à l’occasion des 20 ans de mon blog « Whatever ». J’ai fait ça pour savoir comment je réagirais face à l’évolution des thèmes abordés avec 20 ans de plus. La meilleure façon de me rendre compte de mon point de vue actuel sur une question, c’est d’écrire dessus. Tant que je n’ai pas écrit dessus, je ne m’en rends pas compte. Ça m’a permis d’analyser tout ce que j’ai pu écrire pendant 20 ans. 20 ans d’écriture sur un blog… ça fait beaucoup !

Que vous établissiez les règles d’un jeu meurtrier (l’hilketa) ou que vous répondiez aux questions d’enrôlement dans Le Vieil Homme et La Guerre, les réponses sont claires et étudiées de près. Pourquoi ne pas faire plus simple ?

C’est que je disais tout à l’heure. Pour réfléchir, j’ai besoin d’écrire. Ensuite, quand une personne se pose une question sur mon univers, j’ai envie d’y répondre, non seulement pour le lecteur, mais aussi pour moi. Ça m’aide à écrire mes histoires. Pour ce qui est des personnages transgenres dans Le Vieil Homme et La Guerre, je n’y ai pas vraiment réfléchi en écrivant ce roman. En revanche, c’était intéressant d’introduire ce thème dans les livres suivants en faisant en sorte que ça s’insère bien dans l’univers. Maintenant, je réfléchis à cette question et je continue de la développer.

Au fil des années, votre humour s’est assagi, affiné, est-ce un gain de maturité ?

Mon humour n’a pas évolué, mais j’ai d’avantage confiance en mon lectorat. Avec le temps, ma sensibilité à évolué mais il y a aussi mes lecteurs. Ils sont habitués à mon humour, donc je n’ai pas besoin d’insister dessus. Le lecteur peut sentir l’humour dans le contexte.

Vous avez signé un contrat de 2 millions de dollars pour 13 livres en 10 ans. Est-ce que les droits d’auteurs y sont liés ?

Non, j’ai gardé tous les droits annexes (audio, cinéma). Le contrat porte uniquement sur les textes imprimés. Je dis toujours à mes confrères écrivains de garder leurs droits, de ne jamais les céder. C’est toujours à l’écrivain de garder la main dessus. Je ne céderais mes droits pour rien au monde.

Vous avez écrit « Dans cet univers, séduire un homme hétérosexuel est la plus facile des difficultés », Vous avez une politique anti-harcèlement dans les événements où vous êtes présent, vous avez donné de l’argent lorsqu’un « troll » était sur votre blog. Peut-on vous considérer comme militant ? (1)

Je ne me vois pas comme un militant, je ne le mérite pas. En tant qu’homme blanc hétéro, je n’ai pas cette légitimité. Par contre, j’ai la liberté et le droit de m’exprimer sur les questions politiques, de société, etc. Quand je le fais dans le milieu de la science-fiction ou ailleurs, que quelqu’un comme moi exprime ces idées, ça a du poids. Si je ne le faisais pas, j’aurais honte. Tant que j’aurai un micro, je m’en servirai pour m’exprimer sur des sujets comme l’art, ma communauté, ce qui ne fonctionne pas, etc. Ça ne m’empêche pas de dire parfois des bêtises et il est alors normal qu’on me le reproche. Ce n’est pas de commettre une erreur qui est grave, mais de la reproduire.

En France, on considère l’Artiste avec un grand A. Quelle votre vision de l’auteur ? Quelle est celle des Etats-Unis ?

Hum. Ça dépend du genre d’écrivain que vous êtes. Les auteurs de fiction littéraire ont droit à leur majuscule, mais pas les auteurs de littérature de genre. Moi, ça me convient. On peut mettre une minuscule à artiste ou à écrivain, je me fiche pas mal de ce que pensent les autres. De plus, c’est le genre qui a fait ma fortune ! J’ai signé un contrat de plusieurs millions. Aux Etats-Unis, l’argent ne se cache pas…. Je ne suis pas un Artiste avec un grand A mais ce contrat a permis de payer ma maison, de mettre à l’abri du besoin.

Le succès est au rendez-vous quand on parle de science-fiction dans les films, les séries et les jeux vidéos. Est-ce qu’on rencontre le même engouement en littérature aux Etats-Unis ? Ce n’est hélas pas le cas en France.

Le problème est le même dans mon pays. Se montrer avec un livre de science-fiction, c’est toujours stigmatisé aux Etats-Unis. Une partie de la solution consiste à imprimer des couvertures qui ressemblent moins à des livres de science-fiction. Heureusement l’essor de la culture geek est tel que je peux me permettre d’avoir des couvertures très référencées science-fiction et d’être dans la liste des best-sellers. Vive les geeks !

Avez-vous enfin trouvé un smartphone qui vous convienne ?

(Le montrant) Mon précieux ! J’ai un pixel 3 maintenant et je l’apprécie énormément. Quand j’ai débuté ma tournée, mon ancien téléphone s’est arrêté. J’étais embêté car toute ma vie était dedans. Ce modèle me permet de faire de très belles photos et j’en prends autant qu’avec mon appareil photo. J’aime aussi sa couleur, c’est un ton chair qui me va bien au teint. (rires)

Vous avez un goût particulier avec la nourriture : Coca-Cola zéro, burrito, tarte schadenfreude, etc. Mais avez-vous essayé le kouign-amann ?

J’en ai entendu parler et j’ai très envie d’essayer. Vous le savez, j’adore le sucre, les sucreries, ainsi que le beurre. C’est une pâtisserie qui a été faite pour moi !

Vous participez à des débats pendant les Utopiales, allez-vous utiliser le naqmoac ?

Aux Etats-Unis, pendant la séance de questions du public, on a toujours une personne qui se lève et qui dit (prenant la voix des muppets) « C’est plus un commentaire qu’une question ». Ça dure cinq minutes et ça n’apporte rien. Donc, quand je suis le modérateur, je fais une annonce du genre : « Les intervenants vont parler pendant 40 minutes, ensuite vous pourrez poser des questions. Vos questions devront se présenter sous la forme d’une question, elles ne devront pas être en plusieurs parties et elles ne devront pas être plus longues qu’un tweet ». Si je procède ainsi, c’est pour qu’il y ait le plus de questions possible. Si on pose ces règles dès le début de la conférence on peut dire à celui qui ne les respecte pas : « Non, passons à la question suivante ». Ce procédé, je l’ai surnommé « Naqmoac » (« Not a question, more of a commentary »). Comme je ne serai pas modérateur pendant les Utopiales, je n’y aurai pas recours.

Merci à John Scalzi pour avoir répondu à des questions inhabituelles avec gentillesse et humour, ainsi qu’à Mikael Cabon pour son aide précieuse.

(1) Voir l’article d’Actualitté à ce sujet

Vous pouvez suivre John Scalzi sur son blog

LA MORT EST UNE FEMME COMME LES AUTRES

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La Mort ne peut plus faucher. Alors qu’elle le faisait à tour de bras, elle est à bout. Pendant ce temps, les humains ne meurent pas et une panique générale s’installe.

Le personnage de La Mort n’est pas nouveau en littérature : Elle est présente dans les comics Marvel, comme la promise de Thanos, elle est le personnage humoristique chez Philippe Boucq dans Les Aventures de La Mort et Lao-Tseu et on la retrouve dans la série Les Annales du Disque-Monde de Terry-Pratchett. Ici, elle subit un burn-out. Poussée par la curiosité, elle va étudier les humains de près pour savoir si « ces êtres geignards » valent la peine qu’on s’y intéresse.
Aborder le personnage de La Mort aurait pu donner un livre tragique voire contemplatif. Pour Marie Pavlenko, son personnage principal est comique. Celle-ci n’a que faire des habitudes humaines, occupée qu’elle est à faucher, mais quand on lui demande un arrêt de travail, de l’argent où de prendre une douche chaude, les difficultés commencent. Heureusement, elle va être confrontée à des humains qui vont l’aider. Qu’il soit question de l’utilité de vivre ou de la découverte d’une première fois (parmi d’autres), La Mort va découvrir une partie de notre façon de vivre, pour le rire et le meilleur. Comment parler de La Mort sans évoquer son instrument fétiche : La Faux. Ici, ce n’est pas un instrument comme les autres. Il, ou plutôt elle, parle. Comme un prolongement de La Mort, la Faux est une sorte de conscience, avec un défaut. Elle est bavarde. Une particularité qui entraînera bien des quiproquos. Quant aux personnages secondaires, ils sont savoureux et chacun aura son importance dans l’intrigue. L’écriture est limpide et les péripéties se succèdent pour notre plus grand bonheur. On soulignera que lautrice ne se met aucune barrière. Elle assume le goût décalé de la mort.

On l’aura compris, La Mort est une Femme comme les Autres montre un personnage en décalage avec notre univers. L’autrice réussit à nous faire rire de ce qui pourrait être tragique, elle nous fait réfléchir sur notre situation (qui sommes-nous à l’échelle de l’univers ?). Quand on renferme le livre, on sourit à la vie.

LA MORT EST UNE FEMME COMME LES AUTRES
AUTRICE : MARIE PAVLENKO
EDITIONS : PYGMALION

MIR : REVUES DE SFFF

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Un mercredi par mois, la librairie Critic nous donne rendez-vous au bar L’Heure du Jeu, pour les Mercredis de l’Imaginaire Rennais (MIR).

Pour ce MIR de novembre, la librairie Critic mettait en avant les revues de science-fiction. Un programme dense et intéressant qui parlait aussi bien des fanzines d’autrefois que de la dernière revue créée par des rennais : Anticipation. Pour parler de celle-ci, Marcus Dupont-Besnard était présent.

Anticipation, c’est une revue d’enquête journalistique qui paraît tous les 6 mois. Sur 120 pages, on confronte science et science-fiction. On y croise articles et interviews. Chaque numéro comporte une nouvelle. La revue permet de lire des articles de scientifiques, d’auteurs, de politologues, de médecins etc. Le but étant d’avoir plusieurs points de vues pour montrer un futur possible. Les responsables d’Anticipation veulent, à chaque fois, aborder un thème de manière journalistique, mais de manière neutre.

Pour la création de la revue, Marcus raconte qu’entre l’idée et la mise en forme, il s’est passé six mois (de juin à octobre 2017). Il faut rajouter six mois de plus pour la première parution. Anticipation est une revue qui peut se trouver dans toutes les librairies, aux côtés de XXI ou La Revue Dessinée. Si elle utilise la science-fiction, ce n’est pas un hasard. La production des actuelles séries télévisuelles explorent la science-fiction, mais c’est surtout un outil de divertissement.
La science-fiction provoque l’avenir. On ne compte plus les outils technologiques de Star Trek qui sont devenus habituels. Les besoins de la fiction décrivent des futurs possibles, mais la science-fiction est un outil contre les dérives. Elle permet d’alerter.

Anticipation ne se veut pas une revue spécialisée. A travers elle, c’est montrer que la science-fiction est un moyen d’enquêter comme un autre. Elle veut aller au-delà du genre et proposer une culture généraliste. Ainsi, les lecteurs vont pouvoir découvrir la science-fiction. Chaque numéro sera une enquête complète et réfléchie. Le deuxième numéro sera consacré à la vie dans l’espace (Comment y aller ? Comment y vivre ? Comment se présente une planète ou un vaisseau spatial ? Si la revue était auto-éditée jusqu’à aujourd’hui, Anticipation vient d’être reprise par un éditeur. Pour des raisons de confidentialité, nous n’en saurons pas plus. Avec cette reprise, Anticipation sera mieux connue et diffusée.

Le premier numéro s’interrogeait sur le transhumanisme. C’est un mouvement scientifique, social voire culturel qui entend augmenter l’être humain par la science. On va utiliser pour celà des prothèses, des interfaces connectées. A la fin, on fera naître une autre forme d’être vivant. La silicon Valley, les GAFA (acronyme des géants d’Internet) ou Elon Munsk s’intéressent de très près à cette transformation sociale. Le transhumanisme anime notre civilisation et il y a un enjeu politique majeur. On s’aperçoit rapidement qu’il y a plusieurs courants transhumanistes. Dans la science-fiction, on peut lire deux ouvrages qui montrent l’origine du transhumanisme : Cyborg (Martin Cadin) dont l’adaptation donnera L’Homme qui Valait Trois Milliards et Accelerando de Charles Stross. On y trouve aussi un entretien avec Raphaël Granier de Cassagnac. Cet auteur pose des questions philosophales. Il apporte une vision entre science et science-fiction.

Comme il est question de transhumanisme et que ce mouvement pose débat, la présentation de la revue s’est plusieurs fois vue détournée par une discussion sur le mouvement. Des échanges courtois, posés, avec des exemples sources.

La deuxième partie de cette soirée était consacrée aux revues de science-fiction. Christophe « Sneed » Duchet et Xavier Dollo ont alternativement pris la parole pour les présenter. Ils ont fait une différence entre un fanzine et une revue. Le premier est généralement fait par des amateurs qui produisent à petit tirage, généralement photocopié. Il est très prolifique en France. La seconde devient plus professionnelle. Cela n’empêche pas qu’elles ont du mal à exister en kiosque ou en librairie. Ce qui permet à une revue de survivre, ce sont les abonnements. Christophe et Xavier rappellent que beaucoup d’auteurs ont commencé avec le fanzinat. Christophe donne son exemple. Il a commencé avec la revue Est-ce-F ? . Repéré par la revue Khimaira, il a rencontré André-François Ruaud avant d’entrer dans Fiction. Depuis, il a collaboré à plusieurs revues ou anthologies.

Voici un panel des revues présentées :

Fiction a existé entre 1953 et 1990. Elle avait une grande ouverture éditoriale. On a pu y lire de la science-fiction politique ou le premier épisode de La Tour Sombre. Beaucoup d’auteurs français y ont participé.
Née au milieu des années 90, Galaxies s’est fait remarquer par ses dossiers thématiques. Si elle s’est arrêtée au numéro 42, on peut souligner qu’elle était professionnelle et que nombres de personnalités de l’imaginaire ont collaboré à cette revue : Stéphanie Nicot, Jean-Daniel Brèque, Tom Clegg ou Lionel Davoust pour ne citer que ceux-là.
Lionel Davoust, a été le rédacteur en chef d’Asphodale. Cette revue défendait la fantasy. Malgré son peu de numéros (5) et le fait qu’elle ait disparue, elle reste encore une référence du genre. Quant à Lionel Davoust, il est devenu une figure de l’imaginaire français.
Bifrost est une revue qui existe encore. On doit retenir ses dossiers sur les auteurs (Ceux préparés par Richard Comballot sont magnifiques soulignent les intervenants) ainsi que les numéros special nouvelles.
Show Effroi n’a duré que trois numéros, mais son équipe a fondé ensuite la revue Ténèbres. On y a vu les début de Jean-Daniel Brèque (traducteur). On a pu y lire les premiers textes de Sylvie Miller et Philippe Ward ou encore neil Gaiman.
Yellow Submarine est une revue apériodique dirigé par André-François Ruaud.
Les éditions Denoël ont édité la revue Science-Fiction. Chaque numéro comportait un dossier sur des auteurs ou une thématique.
Le Novelliste édite des textes qui méritent d’être redécouverts, sans oublier de publier des auteurs plus récents.
Carbone est une revue qui ne se consacre pas qu’à la science-fiction, mais ses dossiers sont aussi trans-média (une partie de ses articles sont en ligne).
Angle Mort a vécu le temps de 12 numéros. Elle présentait des articles et des nouvelles, sous forme électronique.
Res Futurae est une revue d’études de la science-fiction sous toutes ses formes. Elle est dirigée par Irène Langler et Simon Bréand.

Cette deuxième partie était aussi dense. Xavier et Christophe ont montré une partie des revues qui existaient. Il était dommage de manquer de temps. On n’a pu que les présenter superficiellement. Le peu qu’ils ont évoqué démontrait la richesse des revues et des fanzines des littératures de l’imaginaire en France.

Cantonné à l’étage de L’Heure du Jeu, le public était si nombreux que l’on pouvait difficilement servir nos boissons. Quant à parler, les intervenants ont du prendre un micro. C’était un beau succès !

UTOPIALES 2018 : UNIVERSITE EPHEMERE : LA RAISON DESINCARNEE : SHERLOCK HOLMES

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Pour cette 19eme édition, une université éphémère permettait aux festivaliers d’assister à un cours magistral. Pendant 90 minutes au lieu unique, une personnalité s’exprimait sur un thème donné. Jeudi soir, Xavier Mauméjean proposait : La Raison désincarnée : Sherlock Holmes. Voilà un titre qui peut paraître hors de propos. Selon mes souvenirs de lecteur, Sherlock Holmes fait partie du champ littéraire des romans policiers. Comment peut-on parler de lui aux Utopiales ?

Xavier Mauméjean n’est pas hors sujet (le comble pour un professeur). En cinq minutes, il démontre que Sherlock Holmes s’exporte dans d’autres champs littéraires. Le détective anglais est un paradoxe tant dans ses univers (il entre dans la science-fiction, la fantasy et le fantastique) que dans sa façon de vivre. Malgré toutes les parutions, on ne peut saisir son aspect physique, ni son hygiène de vie. Sherlock Holmes est un paradoxe vivant. Il en est de même pour ses déductions. Celles-ci n’ont rien de logique, mais elles sont magiques (le réel s’adapte à son raisonnement). En peu de temps, alors qu’il parle des aventures canoniques du détective anglais, il démontre logiquement que le détective fait aussi partie des littératures de l’imaginaire. En quelques mots, l’assistance est suspendue aux lèvres de l’auteur qui démonte toute la « logique » du personnage.

Quant aux champs littéraires qui nous intéressent, les nouvelles de Conan Doyle y font référence, mais de manière discrète. Il est question des « untold stories » (les histoires non publiées par le Docteur Watson). celles-ci seront racontées et interprétées par d’autres auteurs (Stephen King, Philip José Farmer, Stephen Baxter, etc.). A partir de là, le cours magistral prend une toute autre tournure. les aspects des littératures de l’imaginaire qui étaient discrets, sont mis en avant. Il faut entendre l’auteur parler des récits d’ Edgar Rice Burroughs où ce dernier intègre Sherlock Holmes à l’univers tarzanide ou August Derleth et la notion de crossover (des personnages appartenant à des séries différentes se retrouvent dans le même univers), et ce, dès 1928.

Dans une troisième partie, Xavier Mauméjean parle des affrontements de Sherlock Holmes avec d’autres univers. Si on rencontre divers adversaires venus d’autres univers de la même époque (Dracula, Docteur Jekyll), on va nous montrer aussi que les écrits parlent soient de Mycroft Holmes (le frère de Sherlock Holmes), soit de James Moriarty (l’ennemi juré du détective). Le « logicien » se retrouvera dans l’univers d’H.G.Wells, de Lovecraft, de Poul Anderson (écrit par lui-même dans La Patrouille du Temps), d’Edgard Allan Poe, de C.S Lewis, de L. Frank Baum. Dans ses différents livres, qu’ils soient de fantasy ou de science-fiction, il y a toujours cette constante : A Partir du moment ou Sherlock Holmes est évoqué, son univers existe aussi là où il est évoqué. Autant dire que vu par Xavier Mauméjean, l’univers de Sherlock Holmes existe dans La Guerre des Mondes, Narnia, Tarzan, LA PAtrouille du Temps, Le Magicien d’Oz, etc.

A la fin de ce cours magistral, on comprend qu’on s’est fait balader par un auteur passionné et passionnant. Il a évoqué autant le roman policier que ceux de l’imaginaire, sans jamùais nous perdre. La liste des livres évoqués est impressionnante, mais nous avons tous noté et nous allons chercher ces pépites de pastiche.

Pour celles et ceux qui voudront écouter l’université éphémère de Xavier Mauméjean, vous pouvez vous rendre sur le lien d’ActuSF qui a enregistré toutes les conférences.

LA RAISON DESINCARNEE : SHERLOCK HOLMES
XAVIER MAUMEJEAN
UNIVERSITE EPHEMERE DES UTOPIALES 2018
LIEU UNIQUE

LE CHAPEAU TROP CHAUD DU CHEVALIER SANS POCHES

chevalier ssQuand deux sorcières décident de jeter des sort, pour le moins farfelus, sur une princesse, un dragon et un chevalier, voilà un univers de contes bien secoué !

Nous connaissons tous les contes de fées. Ils commencent par « Il était une fois » et finissent par  » Ils vécurent heureux ». Dans cet ouvrage au long titre, Christian Olster propose de revisiter les contes pour le bonheur des jeunes lecteurs. Les personnages n’ont pas de psychologie compliquée, ils vont à l’essentiel. La sorcière jette des sorts, le chevalier fait un métier de chevalier, le dragon capture les princesses et cette dernière attend le chevalier. Si le livre finit comme un conte classique, l’auteur fait subir à ses personnages, bien des péripéties. On se doit de souligner le rôle des sorcières. Celles-ci sont à l’origine du malheur de nos personnages. Si elles ont des pouvoirs, elles manquent d’idées et le moindre fait de penser les fatigue. Une fatigue qui les pousse à jeter le premier sort qui leur vient à l’esprit. Le chapeau de ce chevalier en est un exemple… Si ces sorcières sont des personnages humoristiques, les autres personnages ne sont pas en reste. Comme ils sont soumis à leur (mauvais) sort, ils tentent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Car, l’idée géniale de Christian Olster, c’est que ces mauvais sorts entraînent une réaction. On ne vous dévoilera rien, mais quel plaisir de lecture pour les petits et les grands !
Les illustrations de Thomas Baas complètent parfaitement l’univers décalé de Christian Hoster. Les expressions sont bien trouvées, on admire les couleurs choisies. Ce travail entre illustration classique et attitude rebelle des personnages est de toute beauté (ou hilarité). Il faut noter les petits détails que fournit l’illustrateur !

Avec 32 pages, sa police large, les jeunes lecteurs vont adorer lire cet univers décalé qui revisite de façon insolente nos chers contes. Les auteurs n’oublient pas les grands lecteurs que sont les parents, car ce petit livre peut être lu par toute la famille ! Des auteurs à suivre de très près !

LE CHAPEAU TROP CHAUD DU CHEVALIER SANS POCHES
AUTEUR : CHRISTIAN OLSTER
ILLUSTRATEUR : THOMAS BAAS
COLLECTION : FOLIO CADET
EDITIONS : GALLIMARD JEUNESSE

MIR : AUX FORGES DE VULCAIN

rencontre-vulcainLe troisième Mercredi de chaque mois, la librairie Critic nous donne rendez-vous au bar L’Heure du Jeu, pour les Mercredis de l’Imaginaire Rennais (MIR)

Ce Mercredi de l’Imaginaire avait un goût particulier. Non seulement c’était une rencontre avec les éditions aux Forges de Vulcain, mais celle-ci se déroulait durant le Mois de l’Imaginaire.

Créée en 2010, Aux Forges de Vulcains est une maison atypique qui s’est construite sur ses victoires et ses échecs. David Meulemans parle de ses années avec beaucoup d’humour !
S’il ne vient pas du monde de l’édition, David Meulemans a été professeur de philosophie, mais dès sa prime scolarité, il créait des revues. Avec sa propre maison d’édition, il a voulu un rapport humain entre les différents maillons de la chaîne. Dès qu’un livre sort, il demande aux libraires, aux lecteurs, si le produit peut être amélioré. D’autre part, il veut toujours suivre un auteur, livre après livre. David a une forte tolérance à l’échec, il aime créer, voire bricoler. Si son identité graphique actuelle plaît (Bravo à Elena Vieillard), il a fallu passer par 4 chartes graphiques différentes. C’était autant d’éléments visuels qui déstabilisaient libraires et lecteurs. Dans un monde où plusieurs milliers de livres sortent chaque année, difficile de se faire voir quand on teste, on bricole. Au fil des années, cette prise de risque a payé !
Lors de sa création, les éditions Aux Forges de Vulcain éditaient pour moitié des essais et pour l’autre de la fiction. Désormais, c’est un essai pour dix fictions. Il s’est même essayé à l’édition de bande dessinée. Tant pis s’il faut changer tout une partie de la chaîne du livre (librairies, promotions, journalistes à qui envoyer l’ouvrage). Il a voulu éditer Vaughn Bodé, un des premiers auteurs de bande dessinée underground américaine. Si le livre s’est bien fait acheté par les libraires, il a eu 97% de retours. Une raison à çà, son titre : Das Kampf. un titre qui n’a rien à voir avec Mein Kampf, mais qui a failli nuire à l’existence de la petite maison d’édition.
Quand on parle Mercredis de l’Imaginaire, on peut être étonné d’inviter un éditeur généraliste. Au début, David Meulemans ne voyait pas l’intérêt d’éditer de la littérature de l’imaginaire. Tout avait été créé par les autres maisons, puis petit à petit, il a voulu séduire une partie du public, mais pour ne pas faire comme tout le monde, il s’est essayé à séduire ceux qui n’aimaient pas cette littérature. IL a voulu une fiction, certes de divertissement, mais avec un enjeu narratif. Tout ce qui était trop didactique ne l’intéressait pas.
A ses côtés, il y avait deux auteurs qui démontraient cette ligne éditoriale.
Franck Thomas (La fin du monde est plus compliquée que prévue) a écrit un livre pré-apocalyptique. Dans son ouvrage, tout est plausible, mais souvent les situations comme les personnages tournent à l’absurde.
A l’opposé, Thomas Spok (Uter Pendragon) s’est posé des questions pour raconter Uter Pendragon. Les lecteurs connaissent la geste arthurienne, mais c’est par le biais de films, de séries. Comment raconter le mythe arthurien au XXIe siècle ? S’il veut écrire sa vision, il veut qu’elle reste dans la tradition du roman mais de notre époque. Il se sert pour celà de la logique médiévale. C’est à dire, de la logique de l’univers narré, mais sans ordre chronologique.

Cette soirée fut une véritable découverte entre un éditeur passionné et des auteurs qui se posent des questions sur leur oeuvre. Merci à eux, ainsi qu’à la librairie Critic et le bar L’Heure du Jeu.