LE GRAND LIVRE DE L’HORREUR T1 : DANS LE CHÂTEAU DE DRACULA

Dans-le-chateau-de-DraculaVirgile, un adolescent de treize ans a beaucoup de mal à être populaire. Il faut admettre qu’il a une passion originale : Les histoires d’horreur. De sa trousse « squelette » à son sweat « + beau zombie de la terre », tout rappelle sa passion. Alors, quand une vieille dame originale lui vend un ouvrage ancien, Le Livre de L’Horreur, Virgile est comblé. Une joie qui ne va pas durer. Quand il commence sa lecture, il se retrouve projeté dans le château de Dracula.

LE GRAND LIVRE DE L’HORREUR (voix caverneuse)

Le Grand Livre de L’Horreur est une nouvelle série des éditions Albin Michel. On y suit les aventures de Virgile dans les grands classiques littéraires ou cinématographiques. Il y a quatre tomes parus et les thèmes sont éloquents : Dracula, Frankenstein, Jurassic Park, Docteur Jekyll et Mister Hyde.

UNE AUTRICE TALENTUEUSE

L’autrice qui écrit (de son sang ?) ces ouvrages : N.M. Zimmermann. Nous avions lu Les Ombres de Kerohan et Le Miroir aux Sortilèges, mais il n’y a pas de frontière pour cette femme talentueuse. Sa bibliographie compte bandes dessinées, littérature adolescente et les thèmes sont légions. A chaque ouvrage, on ressent un véritable plaisir de lecture, mais aussi de l’humour pour désamorcer les situations les plus tendues.

UN RECIT ENTRE HOMMAGE ET MISE A JOUR

Avec ce premier tome, on découvre un concept original. Au lieu de faire lire le récit classique, on y fait plonger le lecteur. L’adolescent, mal dans sa peau, qu’est Virgile, n’est pas une figure héroïque et le lecteur pourra s’identifier à lui. On suit avec intérêt les aventures de cet adolescent avec son lapin, les situations stressantes où le frisson vous gagne (Eh oui ! Même les « vieux » lecteurs de Bram Stoker). Si le récit suit en grand partie la trame du roman original, on s’en écarte par moment… Mais nous ne vous révélerons pas pourquoi. Virgile essaie de dénouer cette situation, puisque lui, connaît le roman. S’il échoue, il se fera mordre. Heureusement, le sens de l’humour de l’autrice permet de terminer avec plaisir ce premier tome.

DES ILLUSTRATIONS HARMONIEUSES

Dès la couverture, Caroline Hüe colle à cette nouvelle version de Dracula. Il faut faire ressentir les frissons, mais sans faire fuir le lecteur. Son trait élancé, son sens du détail, illustrent parfaitement la thématique de la série et les émotions recherchées. On y voit une filiation avec l’illustrateur Fernando Puig Rosado. Les trouvailles qui parsèment le livre sont aussi simples que nécessaires. Le travail graphique est magnifique et donne une raison supplémentaire de lire ce livre.

Avec sa centaine de pages, des chapitres concis, des personnages attachants et originaux, N.M. Zimmermann signe un premier tome enlevé qui démonte les poncifs des classiques littéraires. On donne envie aux plus jeunes de découvrir ces « monuments » sans montrer le « poids » du titre. Les références sont présentes et on ose même citer Flicka ? Ça nous a fait rire ! On souhaite une grande longévité à cette série !

LE GRAND LIVRE DE L’HORREUR
T1 : DANS LE CHÂTEAU DE DRACULA
AUTRICE : N. M. ZIMMERMANN
ILLUSTRATRICE : CAROLINE HÜE
EDITIONS : ALBIN MICHEL

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RENCONTRE AVEC PIERRE ALARY ET RONAN TOULHOAT

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A l’occasion des deux premiers tomes de la collection Conan, rencontre avec les deux dessinateurs Ronan Toulhoat et Pierre Alary. On parle de l’équipe éditoriale, des récits de Robert E. Howard, mais aussi de François Pignon et de l’Agent 212,

Comment avez-vous connu l’univers de Robert E. Howard ?
Ronan Toulhoat: J’ai vu le film de John Milius dans la fin des années 1990, et ce n’est que fin 2013, que je décide de m’intéresser à la littérature américaine du début du XXème siècle. Je commence à lire du Edward Rice Burroughs (TarzanLe Cycle de Mars ndlr), du Robert E. Howard, je lis les Conan, etc. et un an après, Jean David Morvan nous approche Vincent (Vincent Brugeas, le scénariste ndlr) et moi, pour nous demander si on veut être sur le projet. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. Quand on s’est mis dans l’exercice de l’adaptation, on s’est frotté à un personnage quasi-iconique, mais tout en restant dans notre vision du personnage.

Pierre Alary : J’ai découvert Robert E. Howard quand j’étais ado, parce qu’à l’époque je lisais beaucoup de littéraire américaine néo-gothique : Hobson, Lovecraft, Howard, etc. Notamment grâce aux éditions Néo. J’ai commencé Howard avec Solomon Kane avant de lire du Conan, mais je ne les ai jamais relus, même avec les nouvelles traductions. L’auteur faisait partie de mon histoire, de ma culture.

Avez-vous lu Conan en bande dessinée ?
Pierre Alary : J’en ai lu en comics, mais que ce soit Barry-Windsor Smith ou John Buscema, je n’ai pas apprécié leur travail sur le personnage. Du coup, je me réfère plus à la littérature.

Ronan Toulhoat : Je n’ai jamais lu les comics. J’avais les illustrations de Frazetta en tête, mais je n’ai découvert le travail de Buscema que largement après. Rétrospectivement, quand on voit le travail qu’ils ont fait, Conan est déjà à l’époque une grosse licence, largement exploitée par les américains. C’est à remettre dans son contexte aussi. On va demander aux jeunes dessinateurs qui apprennent leur métier, de dessiner sur des licences comme celles-ci. Ils dessineront un ou deux épisodes et ils passeront à autre chose. Donc, je suis comme Pierre, je me suis plus attaché au texte, mais au final, ce n’est pas plus mal, car je restais dans l’image du Conan que je me projetais.

Maintenant que vous avez œuvré sur le projet éditorial de Conan. Que pensez-vous du personnage ? Quelle est cette vision européenne, voulu par Patrice Louinet (Co-directeur de la collection ndlr) ?
Pierre Alary :  Une vision graphiquement européenne…

Ronan Toulhoat : Comme le dit Patrice Louinet, avec ce texte, ce format, on revient aux sources de ce que voulait Howard pour son personnage de Conan. C’est Sprague de Camp qui a donné une chronologie aux nouvelles, pour que le personnage de Conan colle à l’image du self-made man à l’américaine. Le mec qui ne part de rien et qui devient roi. Pour Howard, ce n’est pas çà. Vincent, mon scénariste, compare le personnage de Conan à Francois Pignon. C’est une sorte de personnage type qui lui permet, dans son environnement de fantasy, de raconter plusieurs histoires avec le même personnage. Mais il y a certaines nouvelles où le personnage de Conan n’intervient pas. Il n’est que spectateur. C’était là qu’il était intéressant de travailler sur Conan et de se rendre compte aussi que ce personnage, c’est une sorte d’anarchiste. Il est contre la civilisation qui pervertit socialement et politiquement les hommes.

La civilisation d’Howard, elle est pervertie.
Ronan Toulhoat : Oui, c’est une vision nihiliste.

Pierre Alary : C’est la vision de son époque. C’est la projection du romancier.

Comme s’est passé la relation avec Patrice Louinet ?
Pierre Alary : On n’en a pas eu. C’était plutôt avec l’éditeur. Celui-ci faisait le lien entre la collection et nous. Il était là en amont.

Ronan Toulhoat : C’est plutôt les scénaristes qui ont eu des rapports avec lui. Vincent, comme Jean-David Morvan ont eu un mémo pour rappeler qui est Conan, ce qu’il faut faire ou pas. Pour Vincent, ce qui était dedans était assez évident. Quand il a lu les nouvelles, c’était ce qu’il s’était projeté, ça lui semblait assez évident. Pour d’autres scénaristes, ce rappel a du être nécessaire.

Avez-vous choisi le récit que vous avez illustré ?
Pierre Alary : Je n’ai pas choisi le récit mais j’ai choisi la position. A la base, je devais être sur un autre récit, écrit par Patrice Louinet. Le dessinateur prévu sur le récit de Jean-David Morvan s’est désisté et je me suis permis de me proposer sur le projet. Il a accepté et ça m’a permis de me retrouver dans le peloton des premières sorties plutôt que des dernières. Sur des séries au long terme comme celles-ci, ça peut être intéressant.

Ronan Toulhoat :  Quand nous sommes arrivés sur la collection, nous étions parmi les derniers et Glénat nous a proposé trois nouvelles. Elles ne nous plaisaient pas. Par contre, nous avions lu tout l’oeuvre d’Howard sur Conan et la nouvelle Le Colosse Noir nous intéressait. Elle n’était pas non plus dans le choix de Glénat. On leur a dit qu’on voulait travailler sur celle-là, sinon ce ,’était pas la peine. Ils ont accepté et on a commencé à travailler. La nouvelle regroupait plusieurs choses qui nous intéressait. Il y avait cette notion du personnage qui partait de rien pour devenir général du jour au lendemain. Il y avait cet aspect politique avec la princesse et ce côté très épique de la bataille. C’était la première fois que je me confrontais à une gestion de bataille. Ça me sortait de ma zone de confort. Je revenais aussi au franco-belge après pas mal de temps  sur du format comics, donc cet ensemble était intéressant.

Pierre Alary : De mon côté, comme Jean-David Morvan est le directeur de collection, je pense qu’il a choisi en premier. La Reine de la Côte Noire  n’est pas la pire des nouvelles de Conan, parce qu’il rencontre son seul grand amour. La faiblesse de Conan, c’est dans cette nouvelle. Par contre,  il y a une chose qui me plaisait bien, c’était les hyènes géantes. Jean-David Morvan ne les a pas mis et c’est dommage. Je les ferai dans le deuxième tome (rires).

Comment aborder une énième adaptation de Conan ?
Pierre Alary :  Il ne faut pas dessiner à la façon de Frazetta ou celle de Buscema, parce que c’est juste impossible. L’idée des directeurs de collection, c’était de prendre des dessinateurs avec des styles différents, pour que chacun le fasse à sa façon. S’ils avaient pris le dessinateur de L’Agent 212, Ils auraient voulu le voir avec un gros nez (rires). Il ne va pas se forcer à faire du réalisme. C’est l’idée aussi de la collection.

Ronan Toulhoat : Il faut se faire plaisir avant tout.

Comment s’approprier un personnage iconique qui puisse plaire aux lecteurs ?
Pierre Alary : On n’en sait rien. Les lecteurs auront le choix entre quinze Conan différents. Certains vont se vendre à quinze mille exemplaires et d’autres à deux mille.

Ronan Toulhoat :  J’ai vu sur les forums que certains n’aimaient pas mon Conan et préféraient celui d’Anthony Jean…

Pierre Alary :  Qu’ils achètent celui d’Anthony Jean (rires) !

Ronan Toulhoat : Ce ne sont que des one-shot. Ils ne sont pas obligés de prendre toute la collection.

Pierre Alary : Ce qu’il fallait éviter entre nous, c’était une compétition malsaine. Du fait qu’on n’ait pas été mis en contact, ça a fonctionné. Aucun ne nous n’est capable de citer les quinze équipes. On ne s’est pas montrés nos Conan respectifs en les comparant. Chaque équipe a un style différent. Ça permet d’éviter ce genre de conflit interne.

Ronan Toulhoat : Encore une fois, nous n’avions pas lu les comics. On n’était pas dans une sorte d’hommage à la manière de… On s’est fait plaisir avant tout et c’est le principal. Après la notion de se faire plaisir chez un auteur, c’est ce qui est ressenti par le lecteur. Il prendra aussi du plaisir à lire.

En tant que lecteur, est-ce que vous attendez un titre de la collection plus qu’un autre ?
Pierre Alary
:  Je ne connais pas les équipes, mais j’ai une bonne copine, Virginie Augustin, qui m’a montré ce qu’elle a fait. Ça a l’air plutôt beau… Comme d’habitude, on va dire (sourire).

Ronan Toulhoat :  J’attends de voir La Citadelle Ecarlate, dessiné par Etienne Leroux. Je suis curieux aussi de voir ce qu’à fait Didier Cassegrain.

Tous les deux vous avez travaillé sur des personnages mythiques : Sinbad le marin, Moby Dick, Philippe Auguste, Tancrède, Sherlock Holmes, etc. A quand des gens simples ?
Ronan Toulhoat : Au travers de ses personnages qui sont épiques, presque mythologiques, on essaie de raconter des histoires d’hommes simples, parce que ce sont des hommes avant tout.

Pierre Alary : Adapter des personnages « iconiques », c’est vrai que ça fait partie aussi du travail quand tu fais de la bande dessinée, c’est d’aller au-delà de l’ordinaire. En tout cas pour Ronan et moi, pas pour tout le monde. C’est comme faire du cinéma, de l’aventure, voir de l’extraordinaire. Si en plus,  tu as l’occasion de te frotter à des personnages qui font partie de la culture, c’est assez excitant. Tu te dis, que toi aussi tu fais partie de ta propre histoire. Pour Conan, je fais partie des personnages qui ont fait du Conan ! C’est génial !

Merci à la librairie Critic d’avoir permis cette rencontre ainsi qu’à la responsable événementielle des éditions Glénat.
Une interview enregistrée sous l’influence du fond sonore : La bande originale du film Conan Le Barbare par Basil Poledouris.

 

 

LA LEGENDE DES QUATRE T1 : LE CLAN DES LOUPS

la legende des quatre.jpgLes Yokaïs sont des créatures tantôt humaines, tantôt animales. Elles se divisent en quatre clans : Loup, tigre, serpent, aigle.  Quand le corps d’un loup est retrouvé, les héritiers des différents clans enquêtent pour découvrir la vérité et sauver une paix fragile.

La difficulté d’un premier tome, c’est de montrer l’univers, les personnages, tout en racontant une intrigue solide. Avec le thème classique de Roméo et Juliette, Cassandra O’Donnell, aurait pu tomber dans les clichés les plus éculés. Heureusement, ses personnages masculins comme féminins sont assez modernes. Les adolescents veulent, pour la plupart, la paix et protéger leurs familles. Il est intéressant de suivre l’évolution des personnages adolescents dans un monde mené par les adultes, alors que nos héros sont des chefs en devenir. Cassandra O’Donnell traite le thème de l’adolescence rebelle, tout en montrant que l’adulte n’a pas toujours raison.

Avec ce premier tome de La Légende des Quatre, on s’attendait à une romance adolescente sur fond de fantasy. Oui, mais ce n’est pas tout. L’autrice exploite complètement les caractéristiques de chaque animal, qu’il soit sous forme humaine ou pas. D’autre part, les personnages sont confrontés aux humains normaux. Le problème de la différence, du racisme, est sous-jacent tout au long du roman. Si l’intrigue est assez forte, on se rend compte que ce tome n’est que premier tome d’une série. On laisse les personnages au milieu de leurs problèmes, autant familiaux que sentimentaux.

Pour illustrer le roman, les éditions Flammarion ont fait appel à l’artiste Xavier Collette. Un choix judicieux quand on voit l’ambiance qui se dégage de la couverture. Là où le côté sirupeux de la romance aurait pu être présent, les nuances de colorisation montrent toute la tension, la brutalité (l’animalité?) qu’il y a entre les personnages. En fond, les yeux des loups. Sur les prochains tomes, il est possible qu’on ai les autres Yokaï.

Alors que le pitch laissait penser à une romance adolescente avec de la fantasy, Cassandra O’Donnell crée la surprise avec ce récit. Devoir envers sa famille, amour, adolescence, racisme sont aux centre de cette intrigue aussi brutale que réjouissante.

LA LEGENDE DES QUATRE T1 : LE CLAN DES LOUPS

AUTRICE : CASSANDRA O’DONNELL

ILLUSTRATEUR : XAVIER COLLETTE

EDITION : FLAMMARION JEUNESSE

THE KONG CREW : MANHATTAN JUNGLE

kong crew.jpg1933. Kong a mis New-York à ses pieds. Le grand singe vit désormais dans Manhattan. L’île est évacuée, la zone devient interdite et une escadrille d’élite est crée : The Kong Crew. 14 ans plus tard, deux civils réussissent à se faufiler dans la zone…

La nouvelle production d’Eric Herenguel est à part. Ce fascicule de 26 pages, édité en anglais et noir et blanc n’est que le premier d’une série de trois (78pages au total). La publication en entier et en couleur devrait être pour 2019. Un éditeur français est recherché (si un lecteur est intéressé). Le fait de le proposer en anglais permet de travailler à l’international, comme celui de le proposer en format souple, dans un premier temps.

Ceux qui lisent Eric Herenguel connaissent ses deux amours : Les avions et les monstres. Avec The Kong Crew, il se permet de mêler les deux. Ce récit uchronique (Et si King-Kong avait gagné en 1933 ?), traité sérieusement est en fait une série b totalement assumée où l’humour et le glamour sont présents. Malgré les 26 pages et la mise en place d’un univers, l’auteur ne ment pas sur … Nous avons King Kong, des monstres, des avions… Sans oublier le teckel (sous régime).

Si le côté léger du récit est assumé, la pâte graphique du dessinateur est présente. Le dessin est élégant, vif et nulle difficulté n’empêche l’auteur de continuer. Il suffit de contempler les premières planches. Un New-York revenu à l’ère sauvage, où la nature se répand sur les structures métalliques. Les planches sont magnifiques. On reconnaît les influences du dessinateur et certaines références sont présentes. On regretterait presque le format 17, 5 x 26 cm. Le crayonné puis l’encrage sont totalement maîtrisés et permettent des planches contrastées. Le rythme permet de se plonger directement dans l’histoire. Les différentes techniques narratives (cadrages, pleines-pages) permettent une immersion totale. Chaque case est une oeuvre d’art. Quand on voit l’ensemble de ce premier fascicule, on imagine le casse-tête de l’auteur : Avoir un récit divertissant qui permette de montrer de belles planches tout en ayant un tempo maîtrisé !

Vous l’aurez compris, nous sommes tombé sous le charme de The Kong Crew. Publié à 1200 exemplaires en janvier 2018, on espère une franche réussite de l’auteur, vu le travail investi. En tout cas, nous le soutenons complètement. Go Kong Crew !

THE KONG CREW : MANHATTAN JUNGLE
AUTEUR : ERIC HERENGUEL
EDITEUR : CAURETTE EDITIONS

DANS LA PEAU DE SAM

dans -la-peau-de-samCharlie est la fille la plus populaire du collège. Fréquenter Sam, le loser de l’établissement était impossible, sauf… Que les deux adolescents ont échangé de corps. Alors qu’ils essayent de retrouver leurs corps d’origine, ils doivent dissimuler la vérité et affronter le monde extérieur !

La particularité du roman est écrite dans le titre. Le personnage principal, Charlie, va entrer malgré elle dans le corps d’un garçon de son âge, Sam. On aurait pu assister à une accumulation de clichés sur l’adolescence, la guerre des sexes, etc. Camille Brissot détourne brillamment les situations pour faire vivre à son personnage une expérience qu’elle n’oubliera pas. On suit Charlie dans son nouveau corps. Son adaptation, ses relations qui sont à l’opposé de son quotidien. Elle qui était le centre de l’attention du collège devient la risée de ses amis. A contrario, Sam, dans le corps de Charlie, n’est pas à l’aise avec son nouveau statut social. Malgré eux, les deux adolescents vont devoir s’entraider, en attendant une solution au problème.

Les points forts de ce roman sont multiples. Malgré le fait que Charlie soit dans le corps de Sam (et inversement), on suit facilement les protagonistes. S’ils sont différents, les deux adolescents vont apprendre à se connaître, alors qu’ils viennent de milieux opposés. L’autrice démontre à plusieurs reprises que le petit monde du collège peut vite devenir un enfer et que renverser une situation établie est compliquée. Tout en dénonçant l’égoïsme, la superficialité, Camille Brissot a l’intelligence de le faire avec humour, sans insister lourdement, ni changer totalement les personnages. Refermer ce livre permet d’imaginer plusieurs situations pour les protagonistes. Les lecteurs pourront s’identifier et se questionner sur leurs comportments.

Camille Brissot arrive toujours à nous étonner et son ouvrage « Dans la Peau de Sam » en est une preuve supplémentaire. Utilisant la trame classique du changement de corps, l’autrice dénonce le monde égoïste des adolescents. Entre science-fiction et science sociale, ce roman est aussi percutant que touchant. Il a remporté le prix imaginales des écoliers 2018 et c’est amplement mérité !

DANS LA PEAU DE SAM
AUTRICE : CAMILLE BRISSOT
COLLECTION : SOON
EDITIONS : SYROS

Envie de découvrir un autre roman de Camille Brissot ? Lisez Dresseur de Fantômes

RENCONTRE AVEC LES AUTEURS DE NARAGAM

A l’occasion de la sortie du troisième tome de Naragam, nous avons rencontré les auteurs de cette trilogie. On y parle surf, villes en ruines, Télérama et fantasy…

Mike et Michael Le Galli. Un grand, un petit, un brun un blond surfer… Les Laurel et Hardy de la bande dessinée ?

Michael : Essaie de te souvenir qui fait Laurel, qui fait Hardy. Il n’y a pas de petit dans ce duo, parce que Stan Laurel est grand et filiforme.  A l’opposé de Hardy, qui est corpulent. Tu fais le corpulent ?

Mike : Oui, je vais faire çà.. (rires). On ne le sait pas, mais Hardy était surfeur.

Michaël : On l’appelait Le Hardi ! (rires)

Si vous vous connaissez depuis de longues années, vous n’avez que deux collaborations ensemble. Pourquoi ?

Mike : Ce sont des collaborations au long cours. Naragam, c’est un projet qui dure depuis cinq ans . On a commencé les premiers croquis en 2013. Pour La Guerre des OGM, on a travaillé dessus pendant près de quinze mois.

Pour Naragam, qui a initié le projet ?

Michaël : C’est moi ! Quand je venais à Brest, je passais dire bonjour à Mike. S’il n’y avait pas les illustrations liées à Naragam, il avait des book remplis de dessins extraordinaires. On avait au moins quatre books avec ces personnages incroyables. D’ailleurs certains de ces dessins sont dans les recherches du premier tome. Un jour, je lui ai dit que j’empruntais ces books et qu’avec je ferai une histoire… Il a commencé à blêmir, il ne voulait pas que je parte avec (rires). Je voulais m’inspirer de ses personnages, de son univers graphique, pour raconter une histoire.

Mike : Pour la petite histoire, je n’ai pas tout de suite voulu

Michaël : Tu voulais optimiser ton rapport dessin/temps de réalisation, vu que tout était réalisé au crayon.

Mike : Çà c’était en 2011 et j’ai fait les Death Squad. Michaël est revenu à la charge après.

Michaël : Si Mike voulait recollaborer, j’étais partant pour voyager dans cet univers graphique.

Mike : Michaël m’a recontacté un été. Il avait une base d’histoire. Tu te souviens ? Il y avait un micro-synopsis écrit sur une page de Télérama,…

Michaël : … Que j’avais écrit à la plage (rires).

Mike : Il m’a demandé ce que j’en pensais. J’étais partant. Par contre, on pensait en faire un one-shot en noir et blanc.

Peut-on dire que c’est une co-création ?

Premières versions de Geön

Michaël :  C’est une création à partir de l’univers graphique de Mike.

Mike : Ça a été une création commune. On s’est nourri l’un et l’autre.

Mike : Ça s’est créé à partir de mes dessins. Il y avait une chose de Michaël aimait bien. Il appelait çà, les compressions. Ce sont toutes ces images de cadavres de titans. Dès les premiers échanges, il voulait organiser la bande dessinée autour de ces illustrations. Ensuite, l’histoire s’est étoffé autour de Geön, de Sajiral, etc…

Mike : Avec Michaël, on voulait quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Pendant près de trois mois, je n’ai fait que des recherches de design.

Michaël : On voulait des pleine pages, des double-pages, On voulait retrouver l’univers graphique de Mike tout en évitant les poncifs de la fantasy : Nains, elfes, etc.

Mike  : Pour le personnage principal, Geön, on s’est inspiré d’un de mes autres livres d’illustrations : Bestiaire des Trois Terres.

Michaël : Geön était dessiné des milliers fois. Sur  270 pages, il était présent dans toutes les cases ou presque. Il fallait qu’on trouve un personnage qui puisse exprimer un certain nombre d’émotions graphiquement, mais aussi  qui soit rapide et facile à dessiner.

Mike : Je voyais un personnage rond, parce qu’on va plus facilement vers ce qui est rond, alors que Sajiral, c’est le contraire. Il est tout en longueur.

Michaël : Geön aurait été plus dur, plus sévère si on avait retenu la première version…. Quelque part, la personnalité de Geön a rejoint son physique. Il est devenu peut-être plus naïf que ce qu’il aurait pu être. C’est intéressant. Ça induit les événements, les réactions des personnages.

Il y a un troisième auteur : Josselin Paris. Il a fait les couleurs. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Mike : Nous avions déjà collaboré ensemble sur l’album des  Death Squad paru aux Editions Delcourt , Josselin ayant réalisé les couleurs dudit album. J’avais beaucoup aimé son travail notamment au niveaux des ambiances, de la lumière dans certaines cases des Death Squad et j’avais vu aussi certaines de ses illustrations personnelles publiées sur son blog. Quand le projet Naragam a commencé à vraiment prendre forme, c’est tout naturellement que je me suis tourné vers lui. Dans mes souvenirs, Josselin avait dû coloriser trois ou quatre pages, plus la colorisation des croquis de personnages quand nous avions monté le projet. Josselin avait réalisé les essais couleurs sur les pages en couleur infographique avec un résultat très proche d’une technique d’encres aquarelles ou de peintures et cela m’avait immédiatement séduit. Et pas que moi je crois !

Michaël :  Il a fait un travail magnifique. Le dessin de Mike est si dense, si puissant qu’il est compliqué de faire des couleurs.

Mike : On en parlait encore récemment. Avec Josselin, nous passons beaucoup de temps pour les réglages, pour conserver le grisé du crayonné. Au niveau des teintes, il a proposé de bonnes idées. Quelquefois, j’avais des idées précises sur l’ambiance. Je faisais des captures d’écrans de films, par exemple. Par contre, il avait aussi des idées. Avec la page d’introduction du premier tome, il réussit à nous faire rentrer dedans rapidement.

Michaël : Sur les trois tomes, il y a une vraie progression. Une véritable adéquation entre les dessins et la couleur.

Mike : Le premier tome en a subi les frais. Il fallait se caler. Ensuite, on a retravaillé dessus ensemble.

Exemple de mise en couleur par Josselin Paris

Sur le dessin, on peut voir des influences de H.R.Giger, Mike Mignola, Frank Frazetta, Bernie Wrightson… Ce sont des ambiances sombres. Pourquoi être attiré par le côté obscur de la force (ndlr : La rencontre a été faite le 4 mai jour du Star Wars Day)

Mike : C’est une histoire de personnalité. C’est attirant. Il se passe des choses, on ressent une part de mystère. Ça permet aussi une sacrée marge de manœuvre dans la création. Le réalisme me fige complètement au niveau créatif. Dès que ça devient sombre, ça devient moins compliqué à faire. C’est un univers qui me porte énormément. C’est aussi pour çà que j’apprécie ce que fait Mike Mignola. Ses univers sont contrastés, c’est en noir et blanc. Quand je prends quelque chose de Mignola, je le prends en noir et blanc. Je suis aussi nourri à çà. Je lisais des illustrés comme Spectral, etc. Ça a du m’influencer.

Michaël, c’est un univers sombre que tu as voulu développer.  Comment raconter un univers sombre qui ne soit pas dépressif ? 

Michaël :  On y tombe ! Dans le premier tome, Geön est confronté à une forme de mélancolie. C’est comme une forme de dépression. Son personnage veut tout comprendre, tout savoir et c’est une quête sans fin, même s’il reste optimiste. C’est cette envie qui lui donne de l’énergie pour repartir, d’aller de l’avant, tout en ayant cette candeur. A la fin, il partage son savoir.

Tu avais déjà scénarisé de la fantasy, mais ici, il est question de dark-fantasy. Etais-tu un habitué de ce genre ?

Michaël : Oui. Je lis aussi bien la high-fantasy que la dark-fantasy. J’aime beaucoup ce genre et j’en lis régulièrement.

S’approprier l’univers graphique d’un auteur pour en faire un scénario, n’est-ce pas revenir à tes études : L’ethnologie ?

Michaël :  Non. L’univers est uniquement graphique, Il n’est pas nourri d’histoire, de culture, etc. A aucun moment, dans les books de Mike, il y a des indications qui permettraient de définir une culture. J’invente tout. La structuration de la société, les Derkomaï, les Twörb, etc. Je m’approprie l’univers graphique, mais c’est moi qui apporte l’univers narratif, celui dans lequel vont évoluer les personnages.

Mike, comment as tu ressenti, cet univers narratif à partir de ton univers graphique ?

Mike : Ça s’est fait naturellement, ça collait bien. Nous avons discuté ensemble sur les habitations, sur  les différentes races, mais il n’y a eu aucun problème particulier.

Michaël : Ensuite, il y a des choses étonnantes dans l’histoire. Certains moments auraient pu être différents. Par exemple, Mike ne voulait pas dessiner de ville….

Mike : … Ou alors… En ruine !

Michaël : Ou en ruine ! Ça induit le scénario. La cité de Drëk,… Mike ne voulait dessiner aucun habitant. J’ai du trouver une astuce. Finalement, cette solution est meilleure que la première version de l’histoire. où on visitait la ville. Souvent je partais des contraintes de Mike pour construire mon scénario.


D’où viennent l’origine des noms ? Pour Naragam, j’ai trouvé des origines indiennes, un satellite météo, etc…

Michaël : Nous sommes dans un univers imaginaire total donc je cherche et je me laisse dériver. Pour les Twörb, nous sommes dans les marais, donc c’est la tourbe, ensuite tu cherches quelque chose, une sonorité, une petite musique dans le nom…

Mike : Sajiral devait s’appeler Diabal. Michaël m’avait demandé mais je trouvais que ça sonnait trop comme « diable ». Il m’a proposé « Saji-râ » et je trouvais qu’il fallait garder la sonorité « al ». Maintenant, on trouve çà évident, les noms collent très bien aux personnages. Bròg, c’est génial, comme nom !

Michäel : Les noms viennent aussi comme çà.  Tu vois un animal,  tu cherches le nom latin, tu dérives la racine, etc.

Mike : Pour Bestiaire des Trois Terres, je cherchais des noms à consonances scandinaves. On regarde, on recherche, on s’inspire.

Tout le dessin se fait au crayon, donc un travail long et ardu. Pourquoi ne pas passer à une autre technique ?

Mike : Je n’aurai pas eu le même rendu. J’ai deux books. Le premier avec des dessins crayonnés, l’autre avec des dessins encrés et ce n’est pas la même chose. Je travaille au crayon papier, avec différentes valeurs de gris. Il y a plusieurs crayons. Je travaille avec des mines de 0,5mm et je les taille en biseau, pour avoir un rendu très fin. J’utilise aussi des mines de 0,3mm. Le rendu se rapproche de la gravure sur certaines pages originales, mais c’est très long. Pour gagner du temps, je travaille sur du petit format, le A4. Les double-pages, je les fais au format A3, mais ça demande quatre jours de travail.
Pour revenir à ta question, je n’aurai pas pu passer à une autre technique en cours de route, mais c’est çà qui avait séduit l’éditeur, la qualité des crayonnés.

LA GRANDE GUERRE CONTRE LES OS

grande-guerre-osAu Paléolithique, Ock est un fier chasseur du clan de la Falaise de l’Ours. Revenant de chasse, il combat des créatures uniquement faites d’os. Celles-ci sont particulièrement belliqueuses et ravagent tout sur leur passage, y compris le clan d’Ock. Où sont les survivants ?

Voilà une collection qui mérite le détour. Alors qu’en cette période de consommation effrénée, les livres frisent le millions de signes, l’éditeur Le Carnoplaste propose un concept surprenant. Robert Darvel rêve un titre, Fred Grivaux propose une illustration et un auteur compose une nouvelle avec cette double contrainte. Vous ajoutez à celà des « sujets subtiles« , dixit l’éditeur, des textes de longueurs moyennes et un façonnage à l’ancienne. Ce fascicule est vendu à un prix modeste. Autant en profiter.

Pour le 12ème numéro, c’est l’auteur Thomas Geha qui nous fait remonter le temps. Un récit préhistorique avec des zombies. Pour la véracité historique, il faudra repasser (quoique personne n’est aller vérifier). On prend beaucoup de plaisir à suivre Ock à la recherche de son clan. Au delà des combats réjouissants et sanguinolents, l’auteur nous construit une histoire épique avec son lot d’émotions et des personnages attachants. Outre l’aspect fantastique, La Grande Guerre Contre les Os est réaliste. Il n’y a pas de dinosaures, les personnages réfléchissent peu et parlent par gestes. La période semble précise (fin de la glaciation) et amène son lot de problèmes. Quant aux « os », ils ne ressentent rien, sont presque indestructibles et leur aspect est dérangeant. Autant de points qui les fait paraître dangereux.

Un récit de zombies dans la préhistoire aurait pu tomber dans une parodie, un n’importe-quoi quelconque. Avec les contraintes imposées, Thomas Geha crée un récit palpitant. Les amateurs de zombies, de récits historiques, tout comme ceux de séries b se régaleront dans cette histoire originale !

LA GRANDE GUERRE CONTRE LES OS
AUTEUR : THOMAS GEHA
TITRE : ROBERT DARVEL
ILLUSTRATEUR : FRED GRIVAUX
COLLECTION : AVENTURES
EDITIONS : LE CARNOPLASTE