RENCONTRE AVEC ANDRE-FRANCOIS RUAUD

André-François Ruaud 2018Où l’on parle ovins, bibliothèques, littératures, pays imaginaire et vocabulaire québécois

Nous allons aborder la quatorzième année des Moutons électriques. Si tu devais faire un résumé, est-ce une balade, un parcours ou un chemin de croix ?

André-François Ruaud : Hm… Chemin de croix quand même. C’est très dur d’être éditeur. C’est épuisant, ce sont des inquiétudes tout le temps. Évidemment, c’est aussi plein de satisfaction, sinon, je ne suis pas complètement maso, j’aurais fait autre chose, mais avouons-le, faut être un peu marteau. On me l’avait dit avant que je devienne éditeur et je le constate. Mais c’est un boulot que j’aime toujours, à la passion, parce que quand la passion n’y sera plus, je ne pourrai plus le faire. Je trouve énormément de choses qui m’intéressent et j’ai toujours cette passion. Ce n’est pas simple, mais je ne me plains pas. Je fais un métier que j’adore.

Les Moutons électriques, c’est un nom original pour une maison d’édition qui veut éditer principalement des auteurs français.

André-François Ruaud : (Rires) Comme tu le sais, ça provient du roman Les Androides rêvent-ils des moutons électriques, le Blade Runner de Philip K. Dick, mais c’est parce que j’ai co-créé Les Moutons électriques… La maison a été créée en 2003 avec plein de monde, mais mon principal associé c’était Patrice Duvic, un éditeur lyonnais et parisien et c’était un ami personnel de Philip K. Dick. Dans son placard, Patrice avait une chemise hawaïenne qu’avait portée Philip K. Dick (rires). Ce nom, c’était un moyen de rendre hommage à Philip K. Dick et à Patrice Duvic.

Le mouton est un ovin généralement considéré comme stupide. Du point de vue culinaire, on aime celui des prés salés ou celui de Ouessant… Ce dernier est aussi apprécié comme tondeuse écologique. Qu’en est-il de vos moutons ?

André-François Ruaud : Les Moutons électriques, c’est un nom qui nous a séduit tout de suite… Qui nous a défrisé (rires). Ce n’était pas pour le côté ovin, bien entendu, mais en vérité, pour le rythme de ce nom. Ça m’a fait penser au Serpent à plumes ou aux Humanoïdes associés, c’est-à-dire un nom d’éditeur en plusieurs morceaux. Le Serpent à plumes comme les Humanoïdes associés, ce sont de très belles aventures éditoriales. Quand une copine nous a proposé ce nom là, ça nous a séduits immédiatement.

Tu édites de la littérature populaire. Le terme semble aujourd’hui galvaudé. Peux-tu en donner une définition ?

André-François Ruaud : Je publie à la fois de la littérature populaire et de la littérature de genre. Je ne sais pas si c’est galvaudé. Les séries télé de nos jours sont éminemment populaires, c’est dans ce sens-là que j’entends « populaire », une littérature qui plaît à un grand nombre. Ça ne veut pas dire pour autant que c’est une littérature médiocre, mais c’est une littérature de genre… Je considère qu’il y a trois faces de littératures. Il y a la littérature « blanche » officielle, il y a la littérature noire, c’est-à-dire le polar, et il y a les littératures de l’imaginaire. Pour moi, les gens vraiment cultivés, les gens qui m’épatent totalement, ce sont les gens qui maîtrisent les trois genres. Par exemple, David Vincent, le directeur de L’Eveilleur et de L’Arbre vengeur, m’épate absolument car il maîtrise à la perfection la littérature générale et les littératures de l’imaginaire. Pour moi, c’est ça être vraiment cultivé.

Dans une autre vie, tu as été libraire de bande dessinée. Pourquoi ne pas devenir éditeur du 9eme art ?

André-François Ruaud : J’aurais pu, c’est sûr, mais, c’est un autre métier. Ce n’est pas éditeur, c’est éditeur de bandes dessinées. J’en avais pas envie. J’adore la bande dessinée, mais j’aime encore plus tout ce qui est littérature.

Tu lis et pratiques la psychogéographie. Qu’est ce que c’est ?

André-François Ruaud : La psychogéographie, c’est l’art de se promener en ville, l’art de se perdre en ville et l’art d’en parler. Parler de ses promenades, des sensations que donne la ville, de l’influence de la vie urbaine sur la vie humaine et de l’interaction de la nature avec la ville.

Toi qui es bordelais. A-t-on des balades psychogéographiques sur Bordeaux ?

André-Francois Ruaud : Je n’en ai pas rédigé, mais ça pourrait se faire,.. Comme dans toutes les grandes villes, Mais pour faire de la psychogéographie, il faut que la ville soit assez vaste et Bordeaux a cet avantage de ne pas être spécialement très peuplée, mais d’être très vaste, très étendue. Donc, pour répondre à ta question, on peut le faire.

Tu apprécies Bordeaux, comme tu as apprécié Lyon, mais pourquoi cet amour particulier de Londres ?

André-François Ruaud : Londres, c’est une forme d’exotisme. Oh, je me rends compte que ce n’est pas très original, d’aimer cette ville. On est des centaines et des milliers à aimer ou à avoir aimé Londres, Pour moi Londres et même l’archipel britannique en général, c’est un peu comme un pays imaginaire, très sophistiqué. Je le trouve fascinant. J’aime lire des romans qui se passent dans ce pays imaginaire, mais c’est un pays imaginaire qui a un avantage supplémentaire… On peut y aller ! C’est formidable quand même !

Tu as fait partie d’une gang lyonnaise… Qu’est-ce que la Gang ?

André-François Ruaud : Quand j’étais à Lyon, j’avais envie d’avoir autour de moi des amateurs de genres et de bandes dessinées. J’ai cherché à créer une bande d’amis, de discussion voire d’écriture… Ce groupe est né dans une voiture en rentrant d’un salon de science-fiction à Nancy. Nous étions assez intéressés sur le vocabulaire québécois et on a décidé de s’appeler la Gang. En québécois, il y a des mots qui n’appartiennent pas au même genre qu’en français. C’est un clope et une gang… Voilà. C’était ambitieux, parce que c ‘était un déjeuner hebdomadaire. On y est arrivé. Tous les jeudis on se réunissait, pendant quelques années, c’était très chouette !

Le Club de l’hydre en est-il le pendant bordelais ?

André-François Ruaud : Tu as tout compris. Lyon est une ville de passage. La plupart des membres de la Gang sont partis, donc la Gang s’est dissoute… littéralement. Et moi aussi, je suis parti. Quand j’ai décidé d’arriver à Bordeaux, je connaissais quelques personnes et je leur ai proposé de faire un dîner mensuel. En hommage à mon camarade Francis Saint-Martin, on a appelé ça Le Club de L’hydre.

Tu as une théorie : « Au début des années 80, notre planète est passée dans une singularité qui en a arraché tout goût et bon sens créatif. » Est-ce le cas pour la littérature ?

André-François Ruaud : (rires) Oui, c’est aussi le cas pour la littérature. Essayes de relire Poppy Z. Brite, par exemple. C’est clinquant au possible… Les années 80, c’est les années du clinquant, donc j’aime cette théorie un peu idiote du passage de la planète dans une singularité qui aurait arraché brièvement tout sens du bon goût…

Pourtant, les années 80, ce sont aussi les années où tu as commencé à travailler, à écrire. Est-ce que ça veut dire que tu avais mauvais goût ?

André-François Ruaud : Oui, j’aimais bien entendu certaines choses que je n’aime plus du tout. (rires)

Sur les différentes interviews de toi, il y a souvent la même photo. Est-ce une coquetterie de ta part ou tu ne changes pas au fil des années ?

André-François Ruaud : Premièrement, je n’ai pas beaucoup changé (rires). Deuxièmement, oui, c’est une coquetterie, en ce sens, que j’avais envie d’avoir une photo officielle…. mais j’en ai changé depuis peu parce que j’ai la barbe. Il n’y a pas longtemps, une jeune femme photographe a mitraillé une conférence où j’intervenais. Je lui ai demandé l’autorisation d’utiliser une des photos, qui me plaisait bien.

Tu apprécies la musique sophistiquée. Peux-tu nous en dire plus ?

André-François Ruaud : J’apprécie le progressive-rock et le jazz-rock. Voilà ce que j’aime particulièrement. Ce sont des musiques sophistiquées au niveau de l’instrumentalisation et de l’arrangement. Mais qui t’a dit que c’est ce que j’appréciais ?

Temps de Livres : Tu l’as écrit sur ton blog.

Tu as une maison soigneusement décorée, des bibliothèques choisies (aucune ne vient d’Ikea), une cuisine raffinée… Peut-on dire qu’André-François Ruaud est un esthète ?

André-François Ruaud : C’est prétentieux, donc je te laisse le dire. (rires)

Ton blog à pour titre Neverland. On ajoute à cela des achats compulsifs de Mickey-Parade, des titres de La Bibliothèque verte, etc. Es-tu atteint du syndrome de Peter Pan ?

André-François Ruaud : Oui, c’est évident ! Je n’aime pas l’idée de vieillir, je suis très jeuniste et je me rends parfaitement compte que le fait d’acheter des anciens Bibliothèque rose et verte, c’est un rêve d’enfant. Une fois, étant môme, j’étais dans un Monoprix et ils avaient tout un présentoir de vertes et roses. J’ai eu une vraie gourmandise… J’ai eu envie de tous les avoir. Pourtant, mes parents étaient généreux. je me rends compte avec le recul qu’ils me donnaient beaucoup d’argent de poche pour acheter des bouquins. J’avais beaucoup de livres, mais je ne pouvais pas acheter tous les Bibliothèques rose et verte (rires)… Je le fais maintenant ! Ce n’est pas très sérieux, ce n’est pas mature, mais je le fais !

On m’a demandé si André-Framboise aime toujours la vergeoise. (C’est une private joke ndlr)

André-François Ruaud : (Rires) No comment.

Merci à André-François Ruaud d’avoir répondu à mes questions. Merci à la librairie Critic pour son accueil

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RENCONTRE AVEC PIERRE ALARY ET RONAN TOULHOAT

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A l’occasion des deux premiers tomes de la collection Conan, rencontre avec les deux dessinateurs Ronan Toulhoat et Pierre Alary. On parle de l’équipe éditoriale, des récits de Robert E. Howard, mais aussi de François Pignon et de l’Agent 212,

Comment avez-vous connu l’univers de Robert E. Howard ?
Ronan Toulhoat: J’ai vu le film de John Milius dans la fin des années 1990, et ce n’est que fin 2013, que je décide de m’intéresser à la littérature américaine du début du XXème siècle. Je commence à lire du Edward Rice Burroughs (TarzanLe Cycle de Mars ndlr), du Robert E. Howard, je lis les Conan, etc. et un an après, Jean David Morvan nous approche Vincent (Vincent Brugeas, le scénariste ndlr) et moi, pour nous demander si on veut être sur le projet. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. Quand on s’est mis dans l’exercice de l’adaptation, on s’est frotté à un personnage quasi-iconique, mais tout en restant dans notre vision du personnage.

Pierre Alary : J’ai découvert Robert E. Howard quand j’étais ado, parce qu’à l’époque je lisais beaucoup de littéraire américaine néo-gothique : Hobson, Lovecraft, Howard, etc. Notamment grâce aux éditions Néo. J’ai commencé Howard avec Solomon Kane avant de lire du Conan, mais je ne les ai jamais relus, même avec les nouvelles traductions. L’auteur faisait partie de mon histoire, de ma culture.

Avez-vous lu Conan en bande dessinée ?
Pierre Alary : J’en ai lu en comics, mais que ce soit Barry-Windsor Smith ou John Buscema, je n’ai pas apprécié leur travail sur le personnage. Du coup, je me réfère plus à la littérature.

Ronan Toulhoat : Je n’ai jamais lu les comics. J’avais les illustrations de Frazetta en tête, mais je n’ai découvert le travail de Buscema que largement après. Rétrospectivement, quand on voit le travail qu’ils ont fait, Conan est déjà à l’époque une grosse licence, largement exploitée par les américains. C’est à remettre dans son contexte aussi. On va demander aux jeunes dessinateurs qui apprennent leur métier, de dessiner sur des licences comme celles-ci. Ils dessineront un ou deux épisodes et ils passeront à autre chose. Donc, je suis comme Pierre, je me suis plus attaché au texte, mais au final, ce n’est pas plus mal, car je restais dans l’image du Conan que je me projetais.

Maintenant que vous avez œuvré sur le projet éditorial de Conan. Que pensez-vous du personnage ? Quelle est cette vision européenne, voulu par Patrice Louinet (Co-directeur de la collection ndlr) ?
Pierre Alary :  Une vision graphiquement européenne…

Ronan Toulhoat : Comme le dit Patrice Louinet, avec ce texte, ce format, on revient aux sources de ce que voulait Howard pour son personnage de Conan. C’est Sprague de Camp qui a donné une chronologie aux nouvelles, pour que le personnage de Conan colle à l’image du self-made man à l’américaine. Le mec qui ne part de rien et qui devient roi. Pour Howard, ce n’est pas çà. Vincent, mon scénariste, compare le personnage de Conan à Francois Pignon. C’est une sorte de personnage type qui lui permet, dans son environnement de fantasy, de raconter plusieurs histoires avec le même personnage. Mais il y a certaines nouvelles où le personnage de Conan n’intervient pas. Il n’est que spectateur. C’était là qu’il était intéressant de travailler sur Conan et de se rendre compte aussi que ce personnage, c’est une sorte d’anarchiste. Il est contre la civilisation qui pervertit socialement et politiquement les hommes.

La civilisation d’Howard, elle est pervertie.
Ronan Toulhoat : Oui, c’est une vision nihiliste.

Pierre Alary : C’est la vision de son époque. C’est la projection du romancier.

Comme s’est passé la relation avec Patrice Louinet ?
Pierre Alary : On n’en a pas eu. C’était plutôt avec l’éditeur. Celui-ci faisait le lien entre la collection et nous. Il était là en amont.

Ronan Toulhoat : C’est plutôt les scénaristes qui ont eu des rapports avec lui. Vincent, comme Jean-David Morvan ont eu un mémo pour rappeler qui est Conan, ce qu’il faut faire ou pas. Pour Vincent, ce qui était dedans était assez évident. Quand il a lu les nouvelles, c’était ce qu’il s’était projeté, ça lui semblait assez évident. Pour d’autres scénaristes, ce rappel a du être nécessaire.

Avez-vous choisi le récit que vous avez illustré ?
Pierre Alary : Je n’ai pas choisi le récit mais j’ai choisi la position. A la base, je devais être sur un autre récit, écrit par Patrice Louinet. Le dessinateur prévu sur le récit de Jean-David Morvan s’est désisté et je me suis permis de me proposer sur le projet. Il a accepté et ça m’a permis de me retrouver dans le peloton des premières sorties plutôt que des dernières. Sur des séries au long terme comme celles-ci, ça peut être intéressant.

Ronan Toulhoat :  Quand nous sommes arrivés sur la collection, nous étions parmi les derniers et Glénat nous a proposé trois nouvelles. Elles ne nous plaisaient pas. Par contre, nous avions lu tout l’oeuvre d’Howard sur Conan et la nouvelle Le Colosse Noir nous intéressait. Elle n’était pas non plus dans le choix de Glénat. On leur a dit qu’on voulait travailler sur celle-là, sinon ce ,’était pas la peine. Ils ont accepté et on a commencé à travailler. La nouvelle regroupait plusieurs choses qui nous intéressait. Il y avait cette notion du personnage qui partait de rien pour devenir général du jour au lendemain. Il y avait cet aspect politique avec la princesse et ce côté très épique de la bataille. C’était la première fois que je me confrontais à une gestion de bataille. Ça me sortait de ma zone de confort. Je revenais aussi au franco-belge après pas mal de temps  sur du format comics, donc cet ensemble était intéressant.

Pierre Alary : De mon côté, comme Jean-David Morvan est le directeur de collection, je pense qu’il a choisi en premier. La Reine de la Côte Noire  n’est pas la pire des nouvelles de Conan, parce qu’il rencontre son seul grand amour. La faiblesse de Conan, c’est dans cette nouvelle. Par contre,  il y a une chose qui me plaisait bien, c’était les hyènes géantes. Jean-David Morvan ne les a pas mis et c’est dommage. Je les ferai dans le deuxième tome (rires).

Comment aborder une énième adaptation de Conan ?
Pierre Alary :  Il ne faut pas dessiner à la façon de Frazetta ou celle de Buscema, parce que c’est juste impossible. L’idée des directeurs de collection, c’était de prendre des dessinateurs avec des styles différents, pour que chacun le fasse à sa façon. S’ils avaient pris le dessinateur de L’Agent 212, Ils auraient voulu le voir avec un gros nez (rires). Il ne va pas se forcer à faire du réalisme. C’est l’idée aussi de la collection.

Ronan Toulhoat : Il faut se faire plaisir avant tout.

Comment s’approprier un personnage iconique qui puisse plaire aux lecteurs ?
Pierre Alary : On n’en sait rien. Les lecteurs auront le choix entre quinze Conan différents. Certains vont se vendre à quinze mille exemplaires et d’autres à deux mille.

Ronan Toulhoat :  J’ai vu sur les forums que certains n’aimaient pas mon Conan et préféraient celui d’Anthony Jean…

Pierre Alary :  Qu’ils achètent celui d’Anthony Jean (rires) !

Ronan Toulhoat : Ce ne sont que des one-shot. Ils ne sont pas obligés de prendre toute la collection.

Pierre Alary : Ce qu’il fallait éviter entre nous, c’était une compétition malsaine. Du fait qu’on n’ait pas été mis en contact, ça a fonctionné. Aucun ne nous n’est capable de citer les quinze équipes. On ne s’est pas montrés nos Conan respectifs en les comparant. Chaque équipe a un style différent. Ça permet d’éviter ce genre de conflit interne.

Ronan Toulhoat : Encore une fois, nous n’avions pas lu les comics. On n’était pas dans une sorte d’hommage à la manière de… On s’est fait plaisir avant tout et c’est le principal. Après la notion de se faire plaisir chez un auteur, c’est ce qui est ressenti par le lecteur. Il prendra aussi du plaisir à lire.

En tant que lecteur, est-ce que vous attendez un titre de la collection plus qu’un autre ?
Pierre Alary
:  Je ne connais pas les équipes, mais j’ai une bonne copine, Virginie Augustin, qui m’a montré ce qu’elle a fait. Ça a l’air plutôt beau… Comme d’habitude, on va dire (sourire).

Ronan Toulhoat :  J’attends de voir La Citadelle Ecarlate, dessiné par Etienne Leroux. Je suis curieux aussi de voir ce qu’à fait Didier Cassegrain.

Tous les deux vous avez travaillé sur des personnages mythiques : Sinbad le marin, Moby Dick, Philippe Auguste, Tancrède, Sherlock Holmes, etc. A quand des gens simples ?
Ronan Toulhoat : Au travers de ses personnages qui sont épiques, presque mythologiques, on essaie de raconter des histoires d’hommes simples, parce que ce sont des hommes avant tout.

Pierre Alary : Adapter des personnages « iconiques », c’est vrai que ça fait partie aussi du travail quand tu fais de la bande dessinée, c’est d’aller au-delà de l’ordinaire. En tout cas pour Ronan et moi, pas pour tout le monde. C’est comme faire du cinéma, de l’aventure, voir de l’extraordinaire. Si en plus,  tu as l’occasion de te frotter à des personnages qui font partie de la culture, c’est assez excitant. Tu te dis, que toi aussi tu fais partie de ta propre histoire. Pour Conan, je fais partie des personnages qui ont fait du Conan ! C’est génial !

Merci à la librairie Critic d’avoir permis cette rencontre ainsi qu’à la responsable événementielle des éditions Glénat.
Une interview enregistrée sous l’influence du fond sonore : La bande originale du film Conan Le Barbare par Basil Poledouris.

 

 

RENCONTRE AVEC LES AUTEURS DE NARAGAM

A l’occasion de la sortie du troisième tome de Naragam, nous avons rencontré les auteurs de cette trilogie. On y parle surf, villes en ruines, Télérama et fantasy…

Mike et Michael Le Galli. Un grand, un petit, un brun un blond surfer… Les Laurel et Hardy de la bande dessinée ?

Michael : Essaie de te souvenir qui fait Laurel, qui fait Hardy. Il n’y a pas de petit dans ce duo, parce que Stan Laurel est grand et filiforme.  A l’opposé de Hardy, qui est corpulent. Tu fais le corpulent ?

Mike : Oui, je vais faire çà.. (rires). On ne le sait pas, mais Hardy était surfeur.

Michaël : On l’appelait Le Hardi ! (rires)

Si vous vous connaissez depuis de longues années, vous n’avez que deux collaborations ensemble. Pourquoi ?

Mike : Ce sont des collaborations au long cours. Naragam, c’est un projet qui dure depuis cinq ans . On a commencé les premiers croquis en 2013. Pour La Guerre des OGM, on a travaillé dessus pendant près de quinze mois.

Pour Naragam, qui a initié le projet ?

Michaël : C’est moi ! Quand je venais à Brest, je passais dire bonjour à Mike. S’il n’y avait pas les illustrations liées à Naragam, il avait des book remplis de dessins extraordinaires. On avait au moins quatre books avec ces personnages incroyables. D’ailleurs certains de ces dessins sont dans les recherches du premier tome. Un jour, je lui ai dit que j’empruntais ces books et qu’avec je ferai une histoire… Il a commencé à blêmir, il ne voulait pas que je parte avec (rires). Je voulais m’inspirer de ses personnages, de son univers graphique, pour raconter une histoire.

Mike : Pour la petite histoire, je n’ai pas tout de suite voulu

Michaël : Tu voulais optimiser ton rapport dessin/temps de réalisation, vu que tout était réalisé au crayon.

Mike : Çà c’était en 2011 et j’ai fait les Death Squad. Michaël est revenu à la charge après.

Michaël : Si Mike voulait recollaborer, j’étais partant pour voyager dans cet univers graphique.

Mike : Michaël m’a recontacté un été. Il avait une base d’histoire. Tu te souviens ? Il y avait un micro-synopsis écrit sur une page de Télérama,…

Michaël : … Que j’avais écrit à la plage (rires).

Mike : Il m’a demandé ce que j’en pensais. J’étais partant. Par contre, on pensait en faire un one-shot en noir et blanc.

Peut-on dire que c’est une co-création ?

Premières versions de Geön

Michaël :  C’est une création à partir de l’univers graphique de Mike.

Mike : Ça a été une création commune. On s’est nourri l’un et l’autre.

Mike : Ça s’est créé à partir de mes dessins. Il y avait une chose de Michaël aimait bien. Il appelait çà, les compressions. Ce sont toutes ces images de cadavres de titans. Dès les premiers échanges, il voulait organiser la bande dessinée autour de ces illustrations. Ensuite, l’histoire s’est étoffé autour de Geön, de Sajiral, etc…

Mike : Avec Michaël, on voulait quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Pendant près de trois mois, je n’ai fait que des recherches de design.

Michaël : On voulait des pleine pages, des double-pages, On voulait retrouver l’univers graphique de Mike tout en évitant les poncifs de la fantasy : Nains, elfes, etc.

Mike  : Pour le personnage principal, Geön, on s’est inspiré d’un de mes autres livres d’illustrations : Bestiaire des Trois Terres.

Michaël : Geön était dessiné des milliers fois. Sur  270 pages, il était présent dans toutes les cases ou presque. Il fallait qu’on trouve un personnage qui puisse exprimer un certain nombre d’émotions graphiquement, mais aussi  qui soit rapide et facile à dessiner.

Mike : Je voyais un personnage rond, parce qu’on va plus facilement vers ce qui est rond, alors que Sajiral, c’est le contraire. Il est tout en longueur.

Michaël : Geön aurait été plus dur, plus sévère si on avait retenu la première version…. Quelque part, la personnalité de Geön a rejoint son physique. Il est devenu peut-être plus naïf que ce qu’il aurait pu être. C’est intéressant. Ça induit les événements, les réactions des personnages.

Il y a un troisième auteur : Josselin Paris. Il a fait les couleurs. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Mike : Nous avions déjà collaboré ensemble sur l’album des  Death Squad paru aux Editions Delcourt , Josselin ayant réalisé les couleurs dudit album. J’avais beaucoup aimé son travail notamment au niveaux des ambiances, de la lumière dans certaines cases des Death Squad et j’avais vu aussi certaines de ses illustrations personnelles publiées sur son blog. Quand le projet Naragam a commencé à vraiment prendre forme, c’est tout naturellement que je me suis tourné vers lui. Dans mes souvenirs, Josselin avait dû coloriser trois ou quatre pages, plus la colorisation des croquis de personnages quand nous avions monté le projet. Josselin avait réalisé les essais couleurs sur les pages en couleur infographique avec un résultat très proche d’une technique d’encres aquarelles ou de peintures et cela m’avait immédiatement séduit. Et pas que moi je crois !

Michaël :  Il a fait un travail magnifique. Le dessin de Mike est si dense, si puissant qu’il est compliqué de faire des couleurs.

Mike : On en parlait encore récemment. Avec Josselin, nous passons beaucoup de temps pour les réglages, pour conserver le grisé du crayonné. Au niveau des teintes, il a proposé de bonnes idées. Quelquefois, j’avais des idées précises sur l’ambiance. Je faisais des captures d’écrans de films, par exemple. Par contre, il avait aussi des idées. Avec la page d’introduction du premier tome, il réussit à nous faire rentrer dedans rapidement.

Michaël : Sur les trois tomes, il y a une vraie progression. Une véritable adéquation entre les dessins et la couleur.

Mike : Le premier tome en a subi les frais. Il fallait se caler. Ensuite, on a retravaillé dessus ensemble.

Exemple de mise en couleur par Josselin Paris

Sur le dessin, on peut voir des influences de H.R.Giger, Mike Mignola, Frank Frazetta, Bernie Wrightson… Ce sont des ambiances sombres. Pourquoi être attiré par le côté obscur de la force (ndlr : La rencontre a été faite le 4 mai jour du Star Wars Day)

Mike : C’est une histoire de personnalité. C’est attirant. Il se passe des choses, on ressent une part de mystère. Ça permet aussi une sacrée marge de manœuvre dans la création. Le réalisme me fige complètement au niveau créatif. Dès que ça devient sombre, ça devient moins compliqué à faire. C’est un univers qui me porte énormément. C’est aussi pour çà que j’apprécie ce que fait Mike Mignola. Ses univers sont contrastés, c’est en noir et blanc. Quand je prends quelque chose de Mignola, je le prends en noir et blanc. Je suis aussi nourri à çà. Je lisais des illustrés comme Spectral, etc. Ça a du m’influencer.

Michaël, c’est un univers sombre que tu as voulu développer.  Comment raconter un univers sombre qui ne soit pas dépressif ? 

Michaël :  On y tombe ! Dans le premier tome, Geön est confronté à une forme de mélancolie. C’est comme une forme de dépression. Son personnage veut tout comprendre, tout savoir et c’est une quête sans fin, même s’il reste optimiste. C’est cette envie qui lui donne de l’énergie pour repartir, d’aller de l’avant, tout en ayant cette candeur. A la fin, il partage son savoir.

Tu avais déjà scénarisé de la fantasy, mais ici, il est question de dark-fantasy. Etais-tu un habitué de ce genre ?

Michaël : Oui. Je lis aussi bien la high-fantasy que la dark-fantasy. J’aime beaucoup ce genre et j’en lis régulièrement.

S’approprier l’univers graphique d’un auteur pour en faire un scénario, n’est-ce pas revenir à tes études : L’ethnologie ?

Michaël :  Non. L’univers est uniquement graphique, Il n’est pas nourri d’histoire, de culture, etc. A aucun moment, dans les books de Mike, il y a des indications qui permettraient de définir une culture. J’invente tout. La structuration de la société, les Derkomaï, les Twörb, etc. Je m’approprie l’univers graphique, mais c’est moi qui apporte l’univers narratif, celui dans lequel vont évoluer les personnages.

Mike, comment as tu ressenti, cet univers narratif à partir de ton univers graphique ?

Mike : Ça s’est fait naturellement, ça collait bien. Nous avons discuté ensemble sur les habitations, sur  les différentes races, mais il n’y a eu aucun problème particulier.

Michaël : Ensuite, il y a des choses étonnantes dans l’histoire. Certains moments auraient pu être différents. Par exemple, Mike ne voulait pas dessiner de ville….

Mike : … Ou alors… En ruine !

Michaël : Ou en ruine ! Ça induit le scénario. La cité de Drëk,… Mike ne voulait dessiner aucun habitant. J’ai du trouver une astuce. Finalement, cette solution est meilleure que la première version de l’histoire. où on visitait la ville. Souvent je partais des contraintes de Mike pour construire mon scénario.


D’où viennent l’origine des noms ? Pour Naragam, j’ai trouvé des origines indiennes, un satellite météo, etc…

Michaël : Nous sommes dans un univers imaginaire total donc je cherche et je me laisse dériver. Pour les Twörb, nous sommes dans les marais, donc c’est la tourbe, ensuite tu cherches quelque chose, une sonorité, une petite musique dans le nom…

Mike : Sajiral devait s’appeler Diabal. Michaël m’avait demandé mais je trouvais que ça sonnait trop comme « diable ». Il m’a proposé « Saji-râ » et je trouvais qu’il fallait garder la sonorité « al ». Maintenant, on trouve çà évident, les noms collent très bien aux personnages. Bròg, c’est génial, comme nom !

Michäel : Les noms viennent aussi comme çà.  Tu vois un animal,  tu cherches le nom latin, tu dérives la racine, etc.

Mike : Pour Bestiaire des Trois Terres, je cherchais des noms à consonances scandinaves. On regarde, on recherche, on s’inspire.

Tout le dessin se fait au crayon, donc un travail long et ardu. Pourquoi ne pas passer à une autre technique ?

Mike : Je n’aurai pas eu le même rendu. J’ai deux books. Le premier avec des dessins crayonnés, l’autre avec des dessins encrés et ce n’est pas la même chose. Je travaille au crayon papier, avec différentes valeurs de gris. Il y a plusieurs crayons. Je travaille avec des mines de 0,5mm et je les taille en biseau, pour avoir un rendu très fin. J’utilise aussi des mines de 0,3mm. Le rendu se rapproche de la gravure sur certaines pages originales, mais c’est très long. Pour gagner du temps, je travaille sur du petit format, le A4. Les double-pages, je les fais au format A3, mais ça demande quatre jours de travail.
Pour revenir à ta question, je n’aurai pas pu passer à une autre technique en cours de route, mais c’est çà qui avait séduit l’éditeur, la qualité des crayonnés.

MIR : ERIK L’HOMME

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Erik L’Homme et Xavier Dollo (librairie Critic)

Pour le MIR de novembre, la librairie Critic recevait Erik L’Homme. La soirée était consacrée à son parcours et ses œuvres.

Il s’est souvent demandé quelle était la raison de son passage sur terre. La réponse la plus évidente : Ecrivain, mais il n’avait pas une date. Il a toujours eu le plaisir d’écrire, de raconter des histoires.

Erik L’Homme n’était pas un grand supporter de l’école, mais il a appris une chose durant cette période. L’importance de l’amitié. S’il a mené de longues études (maîtrise d’histoire et doctorat en sciences sociales), celles-ci se sont faites sur plusieurs périodes. Il a souvent voyagé, entre autres dans une « chasse » à l’homme sauvage dans les montagnes du Pakistan. Ce récit, il ne pourra le mettre en écrit que 20 ans après, quand il aura pu décrire de manière lisible les aventures que lui et ses amis ont vécu (Des Pas dans la Neige).

En rentrant en France, il lit un livre (L’Homme du 5ème jour) qui reprend la trame de son voyage. Si l’auteur n’a apparemment pas voyagé au Pakistan, il est emporté par les mots de celui-ci. C’est Jean-Philippe Arrou-Vignod. les deux hommes se rencontrent et sympathisent. Jean-Philippe propose à Erik de lire son prochain manuscrit. Ce dernier sait qu’il n’a pas droit à l’erreur. Est-ce le destin ? A ce moment, c’est le début de la folie Harry Potter ! Erik écrit un univers qui serait une réaction à la série britannique :  » faire la même chose mais différemment » . La réponse est : Qadehar Le Sorcier, premier tome de la trilogie, Le Livre des Etoiles. Non seulement le livre est accepté mais, il sort tout de suite en grand format, ce qui ne se fait pas jusqu’alors. La série remporte un grand succès. Erik est lancé. A partir du moment où Gallimard accepte son manuscrit, il arrête ses études de doctorat. Il ne veut pas arrêter son rêve d’enfant !

Si la suite est connue, elle n’est pas de tout repos. Il s’aperçoit que son éditeur n’est pas un lecteur des genres (fantastique, fantasy, science-fiction). Il ne veut pas faire du commercial, il désire changer de genre (ce qu’il a toujours fait) : Sa deuxième trilogie, Le Maître des Brisants sera un space opera, mais le succès est moindre. Il sent que son éditeur le lache. En réponse, Erik écrit la série Phaenomen, un thriller fantastique, pour les adolescents. Le succès est au rendez-vous.

Pendant les différents salons, il se lie d’amitié avec Pierre Bottero. Les deux hommes imaginent un jour avoir un roman en commun. Ce n’est qu’à la fin de la trilogiue Phaenomen, qu’Erik propose un embryon d’histoire à Pierre. Les bases de la série A comme Association vont se construire pendant une longue nuit. Seule question : Chez qui l’éditer ? Après maintes réflexions, les deux hommes proposent à leurs éditrices respectives de collaborer. Les deux femmes se connaissent et s’apprécient, elles acceptent. Le principe : Dans un même univers, les aventures de deux personnages (un jeune homme, une jeune femme) qui affrontent seuls ou ensemble des péripéties paranormales. Chaque livre a son heros-ïne et son auteur. Les aventures d’Ombe (Pierre Bottero) et Jasper (Erik L’Homme) vont être stoppées net par la disparition de Pierre Bottero. Le dilemme est le suivant : Que faire ? Erik prendra le temps de réfléchir et continuera seul A comme Association. Lourde responsabilité d’écrire sans Pierre. Au terme des 8 tomes, il pourra, enfin, faire le deuil de son ami.

Terre Dragon est la fin d’un cycle. L’auteur veut clore 15 ans d’écriture jeunesse. On en a la preuve avec Nouvelle-Sparte. Le lectorat est plus adulte, les thèmes sont forts. Il montre un retour aux idéaux grecs, comme pour se prémunir des excès. C’est un roman unique, avec des personnages plus âgés, des changements de syntaxe, de temps, des néologismes…

2018 sera la naissance d’un nouveau roman : Déchirer Les Ombres. Un pari que l’auteur aborde confiant. Un roman tout en dialogues, un road-trip, édité chez Calmann Levy.

Au terme de cette soirée, on se dit qu’Erik L’Homme n’a pas fini de nous étonner. Son talent n’affecte en rien sa gentillesse. il a su rester proche des ses lecteurs et il répond tranquillement à nos questions.

RENCONTRE AVEC LES EDITIONS BLACK AND WHITE

bwEn 2012, une annonce sur Internet remue le cœur des bédéphiles. Une petite structure allait sortir l’intégrale de Photonik. Rencontre avec des passionnés.

Retrouvez Les rencontres de Temps de Livres sur podCloud
 

 

 

 

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Ou la version découpée

Black and White, c’est quoi ?

Photonik, l’intégrale

Quel est le programme des éditions ?

 

Le site des éditions Black and White

Vous pouvez aussi écouter la rencontre sur YouTube

 

RENCONTRE AVEC HERVE JUBERT

HJubertUn pied dans le XIXème, dont il est friand, l’autre vers le futur (que ce soit Internet ou ses projets), Hervé Jubert se confie.

 

 

 

Vous pouvez écouter la version complète

Ou la version découpée

Où Hervé Jubert se dévoile

A propos d’écriture

Du XIXeme siècle et des mystères (à l’ouest)

De l’Internet et des projets

La version sur You Tube

 

David S. Khara répond à Hervé Jubert (suite à ma question sur Morgenstern) :  » Comme dirait Giscard, vous n’avez pas le monopole du Morgenstern, Monsieur Jubert ! En vrai, je ne savais pas, je suis désolé, honteux, confus, cette histoire va me coûter quelques bières pour me faire pardonner. » (Merci à David d’avoir pris le temps de répondre)

Pour en savoir plus : le blog d’Hervé Jubert
Le blog dédié à Sequana

RENCONTRE AVEC RODOLPHE CASSO

rodolphe-casso

Le nouveau roman paru aux éditions Critic ne passe pas inaperçu. Une couverture qui intrigue, un auteur qui n’a pas la langue dans sa poche. Il n’en fallait pas plus pour que je le rencontre.

Si c’est ton premier roman, tu es un habitué de l’écriture : Gonzai, Marianne, Ecran Total, Mad Movies…. Serais-tu addict à l’écriture ?

Oui, addict. L’écriture me nourris dans tous les sens du terme puisque quinze ans après mes débuts de journaliste, j’arrive encore à payer mon loyer.

L’écrit meurt à petit feu, on pourrait dire que les journalistes sont de zombies en devenir.

La presse écrite est clairement subclaquante et je me sens sur le point d’être zombifié. C’est un vrai problème. C’est Internet qui a tout foutu en l’air, mais il a d’autres vertus. Mais oui, la presse écrite est en voie de zombification (rires)

Sur ces médias, tu parles souvent de musique, tu critiques ouvertement les artistes, mais toujours avec de l’humour. Cette façon de faire te vient il naturellement ?

J’espère et j’aime qu’on le ressente comme çà. Utiliser l’humour c’est déjà une façon de tenir le lecteur. C’est pareil dans la vie. Pour séduire une femme ou se faire un ami, on commence en rigolant. J’ai ce même rapport avec le lecteur. Quand tu fais rire les gens, tu les tiens un peu quelque part. Derrière, il faut que ça tienne la route, mais l’humour c’est un point d’accroche… C’est peut-être même, le seul point d’accroche à mes yeux qui vaille et qui crée des vrais liens.

Article, roman et musique sont sur la même trame : un scénario minimaliste, quelques envolées lyrique, de l’humour et une colère. A quand un Rodolphe Casso apaisé ?

Le fait d’avoir cassé Paris m’a fait du bien (rires)

Tu l’as annihilé...

Annihilé comme tu dis. En tout cas, je lui ai bien refait la gueule. Ca m’a apaisé. Paris, j’y suis né, c’est ma ville, mais j’entretiens un rapport amour/haine avec elle. C’est une ville extrêmement ingrate pour pleins de raisons, notamment des pressions immobilières qui sont insoutenables.
L’écriture me permet de relâcher cette colère, mais il faut le faire de manière mesuré, car une personne qui vocifère, c’est repoussant. Il faut réussir à distiller la colère, avec de bons mots et de manière très ciblée. Pour le reste, la musique, etc. j’ai essayé de mélanger tout ce que j’aimais en terme de discipline artistique. Je me suis lancé des défis. Le personnage de la goule en fait partie. L’autre défi, c’est de créer une bande originale pour mon livre, un peu à la manière d’un film. Je voulais que les gens aient de la musique dans la tête. C’est pour çà que j’ai fait le choix de chansons connues. Les morceaux anglo-saxons ne sont pas connus de tout le monde, mais les chansons françaises, 99% des français les connaissent. C’est un exercice difficile de mettre de la musique dans la tête du lecteur. J’espère avoir réussi.

J’ai l’impression que tu aimes bien tout ce qui est considéré comme cassé (la série z, les clochards)

En fait, j’aime bien la loose, en terme romanesque. j’aime le personnage du « beautiful looser ».C’est attachant un looser. C’est plein de promesses qui peuvent être tenues ou ratées. C’est plein de revanche à prendre sur la vie… C’est émouvant les gens sur lequel le sort s’acharne et qui vont arriver à sortir de leur condition… Ou pas.

Le 7 octobre, le livre PariZ paraît…Mais tu l’as en tête depuis longtemps. Tu as fait un article sur les films Z(et il y a aussi des zombies), en 2014 tu annonces la sortie d’un film meilleur que celui avec Brad Pitt, tu annonces aussi la mort de Davie Bowie qui ne fait que mourir depuis plusieurs années (article écrit avant sa mort) et Jour de Greve sur la Ligne 13  (chanson de son groupe de punk) annonce PariZ. Serais-tu omnubilé par ce thème zombiesque ?

Je suis surtout obnubilé par le thème de Paris. Je suis aussi musicien, j’ai écrit beaucoup de chansons sur Paris qui est un decorum. Le livre est le croisement de mes marottes zombies et post-apocalyptique. Paris est le fil rouge de tout ce que j’ai pu faire ou écrire jusqu’à présent. C’est une ville de légende et un thème inépuisable. Je ne suis pas le premier à écrire dessus, mais pour le coup je voulais apporter ma modeste contribution et lui « péter la gueule ».

Avec PariZ, j’ai l’impression que tu fais un constat de la vie d’aujourd’hui. Il n’y a pas de héros, on essaie de survivre, on rit jaune… C’est une apocalypse neologiste !

Oui, tu n’as pas tort. J’espère qu’on retrouve dans mes personnages  et dans leurs aventures une métaphore de la galère parisienne. La vie a Paris n’est pas simple. Certains disent que Paris, ça se mérite ou ça se paye. Moi je suis piégé car je suis né à Paris. Je suis attaché à cette ville, je n’ai jamais eu envie de vivre ailleurs. Le problème, c’est que c’est compliqué de rester à Paris. Ça coûte cher, c’est très ingrat et il y a une sorte de violence sociale. Effectivement, pour « survivre » à ces états de fait, on vit dans des petits appartements, on paie des loyers exorbitants, on vit chichement, mais on est tout le temps dehors. On boit des coups, on a une vie culturelle extraordinaire, donc c’est une façon de faire contre « mauvaise fortune bon cœur », car c’est une sorte de chance de vivre dans une ville aussi intéressante.

Le lieu des opérations, le métro, me fait penser à Neverwhere (livre de Neil Gaiman ndlr), mais aussi à Subway (film de Luc Besson ndlr).

Absolument, tu mets le doigt dessus. C’est surtout cette dernière référence qui m’a porté sur tous les passages dans le métro. Subway est un de mes films cultes. Je l’ai vu quand j’avais huit ou neuf ans. Pour moi, c’était magique d’imaginer qu’une communauté humaine puisse s’établir dans un endroit aussi pourri et aussi peu hospitalier que le métro. Ce film m’a ouvert des horizons… Ce fut ma première expérience de l’underground, au propre comme au figuré. (attention spoiler) Le personnage de Christophe Lambert, hyper-cool, qui cherche à monter un groupe de rock, alors qu’il est poursuivi par des mecs qui veulent le tuer…  Je trouvais ça génial. Je me disais : »Qu’est-ce que c’est cool de vivre dans le métro et de recruter pour un groupe de rock.  » Cette histoire est folle et géniale. Tous les jours, je pense à Subway quand je prends le métro et régulièrement, je regarde les rails et je vois Christophe Lambert sauter sur les rails… Ca me hante (rires).

Tes personnages sont atypiques et on frise les clichés

J’aime les archétypes. Que ce soit les auteurs ou la littérature de genre, on travaille quelque chose de très codifié et très archétypal. Je voulais des personnages qu’on situe tout de suite. « Mes » Clochards sont de trois générations différentes. il y a un très vieux, qui parle à la Audiard. On ne sait pas quel âge il a, mais il est un peu subclaquant. Il y a La Gachette qui a été enfant soldat au Mozambique. Il a connu une violence extrême. Il est aujourd’hui quadragénaire. Il incarne le personnage de l’immigration, à ma manière. Il y a La Gobe, qui a une vingtaine d’années. Il fait partie de la génération « punk à chiens ». Je voulais montrer aussi que chez les clochards, les sdf, les vagabonds, il existe des profils extrêmement différents.

A part les « héros », il y a un autre personnage. La ville de Paris. Beaucoup de chapitres commencent par une citation sur Paris, entre amour et haine de cette ville.

Je trouvais çà intéressant. La plupart des citations que j’emploie en début de chapitre peuvent former comme un petit roman à elles toutes seules. On peut les lire à la suite et ce serait un beau portrait  de Paris. Les auteurs ne sont pas n’importe lesquels : Balzac, Zola, Baudelaire, Apollinaire, voire Jacques Chirac, qui a été le maire de Paris pendant plusieurs années. C’est une façon de montrer à quel point Paris a inspiré les auteurs. C’est aussi une vision de Paris qui montre une ville telle qu’on la présente peu souvent. C’est une ville violente, à travers son histoire (la révolution française, la commune, ). C ‘est une ville qui a ce paradoxe. C’est une ville qui attire le monde entier, c’est la ville la plus visitée du monde et en même temps, il y a certaines personnes qui arrivent à Paris en pensant qu’ils vont retrouver l’ambiance d’Amélie Poulain( Le film Le fabuleux Destin d’Amélie Poulain ndlr). Elles font des dépressions nerveuses parce que les parisiens sont agressifs, qu’ils volent leurs portefeuilles, etc. J’ai envie de dire aux gens, que Paris n’est pas un parc d’attraction.

C ‘est ton premier roman. Comment s’est déroulé le processus éditorial ?

Pour un premier roman, ce n’est pas toi qui choisis l’éditeur, c’est ton éditeur qui te choisit. Je connais très bien le milieu musical. Quand tu commences, si tu peux être signé, il vaut mieux que ce soit un label indépendant. Une major va te bouffer ou alors ne pas s’occuper de toi. Je connais aussi des auteurs qui ne sont pas contents d’avoir signé chez un gros éditeur parce qu’ils n’étaient pas une priorité et qu’ils se sentaient un peu négligé. Les éditions Critic, ça a été parfait pour moi; Que ce soit le thème, la structure éditoriale, voire la première rencontre avec Simon Pinel. La première prise de contact a été faite au téléphone. Ça a duré plus d’une heure. J’avais quelqu’un qui connaissait son taf, les codes du genre, qui avait compris mon bouquin.. J’ai envie de travailler avec des gens comme çà.

Pariz signifie Paris en Breton. Est-ce une coïncidence ?

C’est vrai ? Je crois qu’on le dit aussi comme çà en Croate, mais en Breton aussi. Tu fais ma journée là. Je signe chez un éditeur breton, ça s’appelle Pariz et ça signifie Paris en Breton ! Magnifique !

Avec ce titre, Vivras tu enfin comme dans une série américaine  (chanson de Rodolphe Casso ndlr)?

Justement non ! Avec ce livre je voulais écrire une histoire de zombie dans un contexte franco-français…. Et parisien. 90 % de l’univers zombie se déroule dans le monde anglo-saxon. Les histoires se passent à Londres, Los Angeles, new York. J’avais envie que mon histoire se déroule en France, dans ma ville. Pour répondre à ta question, je préfère une série française.