LE PHARE AU CORBEAU

Agathe et Isaïah sont un duo d’exorcistes. Elle voit les fantômes et lui les conjure. Leur prochaine enquête les emmène en Bretagne. Apparemment, une affaire vite réglée, mais dès le début rien ne se passe comme prévu. Une malédiction semble peser sur le phare et le domaine de Ker ar Bran, l’hostilité des locaux n’aide pas. Quant à Agathe, elle est chamboulée par cette affaire…

Le Phare au corbeau pourrait être une simple histoire de maison hantée. Le talent de conteuse de Rozenn Illiano suffirait à nous transporter. L’autrice ne se contente pas de raconter une histoire, elle mélange plusieurs genres littéraires pour nous immerger dans son univers. Au récit de maison hantée, on ajoute une intrigue à tiroir, du whodunit, mais aussi du roman d’apprentissage. Ça pourrait être un désordre complet, mais l’autrice réussit à tout mélanger sans qu’apparaisse aucune scorie. La lecture, bien que dense, est très accessible, grâce à plan scénaristique qui rappelle les meilleurs films ou séries. Quand on pense que le livre a été écrit en un mois !
Si l’intrigue principale est racontée par la voix d’Agathe, deux autres récits s’entrecroisent. On apprendra qu’en 1839, un naufrage affecte les habitants de Landrez. Près d’un siècle plus tard, Théophile de Saint-Amand achète la propriété de Ker ar Bran, pour y couler une douce retraite. Ce n’est pas donc une mais trois histoires qui construisent l’univers du phare au corbeau. Trois époques différentes avec ses us et coutumes, ses personnages, etc. Si le duo d’Agathe et Isaïah sont les deux faces d’une même pièce (elle a des pouvoirs, il n’en a pas. Il est sûr de lui, elle est peu sûre d’elle, etc.) si ils sont bien dessinés, les autres personnages ne sont pas en reste. L’autrice a un talent pour faire vivre en quelques mots ses caractères. Certains vont croire aux légendes du domaine, d’autres non, mais chacun, à sa manière, va devenir un suspect potentiel.
Si l’ambiance se veut fantastique, si la chair de poule n’est jamais loin d’être atteinte, le but de l’autrice n’est pas de nous faire peur. Tel un conte raconté au feu de cheminée, l’histoire dégage des leçons, des questions que le lecteur se posera. Dans son roman, Rozenn Illiano montre que le fait d’être différent suppose l’acceptation de l’autre, mais aussi de soi-même. A travers ce récit, on se rend compte que ce sont ceux qui prônent l’acceptation de la différence, qui la refusent, alors que d’autres s’en servent. Trouver des personnes qui vous acceptent comme vous êtes n’est pas une chose aisée. Elle dénonce aussi la condition féminine au XIXème siècle, les esprits fermés.

Le Phare au corbeau est un magnifique conte philosophique où plane l’ombre des légendes bretonnes. Chaque lecteur, qu’il soit amoureux de la Bretagne, du récit policier ou de l’ambiance fantastique pourra y trouver son compte. Rozenn Illiano est une autrice à suivre. On remercie les éditions Critic de nous l’avoir fait découvrir.

LE PHARE AU CORBEAU
AUTRICE : ROZENN ILLIANO
COLLECTION : FANTASY
EDITIONS : CRITIC

CHUCHOTEURS DU DRAGONS & AUTRES MURMURES

Dans ce recueil de nouvelles, on trouve : des aventures à Loguivy-Plougras, le retour de Lancelot, un guetteur de nuages, comment obtenir un rôle à tout prix, savoir revisiter des contes, sans oublier des dragons. Quant au conteur, il nous raconte de jolies histoires.

Thomas Geha surprend à chaque fois. Il semble aussi à l’aise dans les littératures de l’imaginaire qu’ailleurs. Pour lui, il n’y a pas de mauvais genres, il y a de la littérature. Avec ce recueil, constitué essentiellement de fantasy, il nous emmène dans ses univers, mais il commence par une analyse de la nouvelle. Un parti-pris risqué puisque nous sommes là pour lire pas pour subir une analyse. Il faut compter avec le talent de conteur de Thomas Geha. Son analyse/cours est pertinente et elle permet de mieux cerner la forme qu’est la nouvelle. Les 10 autres textes s’étendent de 1996 à 2019. Une période qui permet d’apprécier l’évolution de la plume. Si certains ont été réécrits pour ce recueil,l’auteur a su laisser intact la « jeunesse d’écriture » qu’il avait alors.
Si la fantasy est bien présente, les textes explorent différentes facettes de ce genre et n’hésitent pas piétiner les frontières vers le fantastique ou la science-fiction. Quant aux textes eux-mêmes, ils n’hésitent pas à écorcher les mythes et légendes. On retrouve un Lancelot pouilleux, un dragon drogué, une Guenièvre damnée de façon originale et cruelle. On trouve aussi des contes remis au goût du jour et quelque part, l’adulte en nous, trouve que l’auteur a raison d’écrire une nouvelle version des Trois petits cochons ou du Briquet d’Andersen. Quant à l’humour, on est dans le domaine de la farce. Un genre où Thomas Geha réussit à rester droit, à ne pas tomber dans la caricature du genre. Ce qui semble le plus important dans ces nouvelles, c’est la présentation de chacune. Thomas Geha cite Andersen, Asimov, Maupassant ou Gaborit… Quand on vous dit que Thomas écrit de la littérature.
L’illustration montre un dragon oriental emmêlé sur lui-même. Si la créature est impressionnante, l’effet de couleurs qui la dévoile petit à petit est très réussi. Les éditions Elenya est une maison spécialisée dans les formats courts et les littératures de l’imaginaire. L’objet est beau, souple, ce qui lui permettra d’être emporté partout sans prendre trop de place. La maquette et la police utilisées permettent une lecture agréable et aérée. De quoi étancher sa soif de lectures pendant quelques heures.

En moins de 160 pages, Thomas Geha explore la fantasy à travers les époques et les différentes facettes du genre. Quand on finit ce recueil, on a envie de murmurer au conteur : « Encore… ». Finalement, ce n’est pas vers lui qu’on devrait se tourner, mais aussi vers les milliers de nouvelles disponibles qui sont à notre portée. L’auteur nous a permis d’explorer une partie du genre. A nous de découvrir d’autres autrices-auteurs, voire de se servir des exemples cités par Thomas Geha : Mélanie Fazi, Léo Henry, Maupassant, Edgar Allan Poe, Prosper Mérimée.

CHUCHOTEURS DU DRAGON & AUTRES MURMURES
AUTEUR : THOMAS GEHA
EDITIONS : ELENYA

NOIR DUO

Une science-fiction fromagère, une source tarie, des mythes égyptiens, la naissance, la maladie, choisir… Le Noir Duo, à travers seize nouvelles, parle de tous les thèmes, mais attention, ils n’en parlent pas n’importe comment ! Ils ont choisi les littératures de l’imaginaire comme terrain de jeu.

Le Noir Duo, ce sont deux personnes très différentes : Sylvie Miller et Philippe Ward. Ils écrivent séparément, ensemble ou sous un pseudonyme commun. Ne vous fiez pas à la symbolique du noir, ils n’écrivent pas que du drame. Commencer par ce recueil, c’est s’apercevoir qu’ils ne font rien comme tout le monde !
Franchement, qui aurait l’idée de faire appels aux amis pour écrire, non pas la préface, mais les préfaces ! C’est donc un appel aux 113 (rien à voir avec le groupe de rap, ni avec le groupe d’associations contre la modification de loi de 1905). 113 préfaces qui donnent déjà le ton : poèmes, pastiches, dénonciations (factices), etc. Des textes écrits par Jacques Baudou, Alain Damasio, Alain Le Bussy , Stéphanie Nicot ou Sylvie Miller (oui, une auto-préface ! ). En quelques pages, l’ambiance est donnée. Si les auteurs jouent avec le français, si les personnages créés sont « vivants », notre duo n’oublie pas de rire.
Les textes sont au carrefour des genres. Si les mythes et les légendes sont présentes, l’anticipation ou le fantastique ont tout à fait leur place. Qu’on soit dans le futur, dans une Egypte revisitée, ou au fin fond de l’Ariège, au centre de ces textes, il y a l’être humain et sa folie. Tour à tour tragique, comique, cruelle, chaque nouvelle nous montrent combien Sylvie Miller et Philippe Ward connaissent bien le genre humain, comment ils y réfléchissent, mais aussi comment leur imagination travaille. Chaque récit est précédé d’une présentation qui permet de comprendre le thème, l’ambiance. Les textes présents vont de 1998 à 2002 et certains sont primés comme le Prix Masterton ou le Prix Merlin. Pour ceux qui connaissent bien la production bicéphale de notre duo, on y voit les débuts de Jean-Philippe Lasser, devenu depuis détective des dieux aux éditions Critic.

Avec Noir Duo, la collection Rivière Blanche prouve encore une fois qu’ils n’ont pas à blêmir de leur cousinage avec Fleuve noir. On y lit des textes exigeants, mais abordables par tout le monde. Ce recueil permet de découvrir deux auteurs : Sylvie Miller et Philippe Ward, mais aussi de lire une autre facette de leurs créations, qu’il soit question de romans (Mascarades, Satinka) ou d’anthologies (Reines et Dragons, Dimensions New York). Pour fermer cette chronique, nous aurons trois mots : bras-coudes-genoux !

NOIR DUO
AUTEURS : SYLVIE MILLER-PHILIPPE WARD
COLLECTION : RIVIÈRE BLANCHE
EDITIONS : BLACK COAT PRESS

SEPPUKU

Le jeune samouraï Naigo Kurogane vient d’être admis au sein du clan Asagawa. Comble de prestige, on l’a intégré au sein de la troupe d’élite des guerriers du clan. Malheureusement, sa joie est de courte durée. Au cours de manœuvres, les samouraïs sont exterminés par des oni, des démons. A la suite d’un pacte, le jeune samouraï, devenu un mort-vivant n’a à présent qu’une seule quête : La vengeance.

Auteur venu du jeu de rôle, Romain d’Huissier quitte le plateau de jeu pour nous livrer une tragédie sanglante. Avec sa trame qui se passe au Japon, des personnages de samouraïs, de démons, des rites et des codes spécifiques, on sent que l’auteur est passionné par le continent asiatique. Si Seppuku rend un hommage aux genres cinématographiques qui l’ont nourri (films de sabres, animes), il s’en éloigne. Initialement édité pour les éditions Trash (qui éditait des romans 100 % gore), Seppuku n’est pas qu’une suite ininterrompue de combats sanglants aux katanas et wakizashi. Comme il est indiqué, l’ouvrage est réservé à un public averti. Les oni ne refrènent aucune exaction. Les combats comme les actes sexuels sont violents. L’auteur écrit dans un style graphique et la lecture amène certaines visions, certaines odeurs qui pourraient choquer les plus sensibles. Si cet aspect fait parti de l’œuvre, l’histoire réserve quelques surprises. Si il est difficile de s’éloigner des archétypes, Romain d’Huissier arrive à nous rendre attachant ses personnages. On pourra même se surprendre à apprécier la philosophie d’un des oni. Si le héros est transformé et devient, quasi-immortel, si il reçoit des cadeaux précieux pour accomplir sa quête, il y a un revers à cette médaille. Dans ce récit, tout a prix. Le chapitrage est court, le rythme soutenu tient en haleine le lecteur. Il sera difficile de ne pas refermer le livre avant la fin. Le vocabulaire japonais est présent, mais le lecteur néophyte n’aura pas besoin de traductions pour s’y retrouver.

Seppuku est une novella qui va au-delà d’être une série B gore. Sa construction, son histoire et les péripéties de Naigo Kurogane sont surprenantes. Avec un travail de conteur talentueux, Romain d’Huissier nous amène dans son univers, rendant hommage aux films de samouraï, aux anime des VHS d’antan et à un continent qu’on n’a pas fini de découvrir !

SEPPUKU
AUTEUR : ROMAIN D’HUISSIER
EDITIONS : OGMIOS
COLLECTION : KABUTO

MIR : REVUES DE SFFF

mir

Un mercredi par mois, la librairie Critic nous donne rendez-vous au bar L’Heure du Jeu, pour les Mercredis de l’Imaginaire Rennais (MIR).

Pour ce MIR de novembre, la librairie Critic mettait en avant les revues de science-fiction. Un programme dense et intéressant qui parlait aussi bien des fanzines d’autrefois que de la dernière revue créée par des rennais : Anticipation. Pour parler de celle-ci, Marcus Dupont-Besnard était présent.

Anticipation, c’est une revue d’enquête journalistique qui paraît tous les 6 mois. Sur 120 pages, on confronte science et science-fiction. On y croise articles et interviews. Chaque numéro comporte une nouvelle. La revue permet de lire des articles de scientifiques, d’auteurs, de politologues, de médecins etc. Le but étant d’avoir plusieurs points de vues pour montrer un futur possible. Les responsables d’Anticipation veulent, à chaque fois, aborder un thème de manière journalistique, mais de manière neutre.

Pour la création de la revue, Marcus raconte qu’entre l’idée et la mise en forme, il s’est passé six mois (de juin à octobre 2017). Il faut rajouter six mois de plus pour la première parution. Anticipation est une revue qui peut se trouver dans toutes les librairies, aux côtés de XXI ou La Revue Dessinée. Si elle utilise la science-fiction, ce n’est pas un hasard. La production des actuelles séries télévisuelles explorent la science-fiction, mais c’est surtout un outil de divertissement.
La science-fiction provoque l’avenir. On ne compte plus les outils technologiques de Star Trek qui sont devenus habituels. Les besoins de la fiction décrivent des futurs possibles, mais la science-fiction est un outil contre les dérives. Elle permet d’alerter.

Anticipation ne se veut pas une revue spécialisée. A travers elle, c’est montrer que la science-fiction est un moyen d’enquêter comme un autre. Elle veut aller au-delà du genre et proposer une culture généraliste. Ainsi, les lecteurs vont pouvoir découvrir la science-fiction. Chaque numéro sera une enquête complète et réfléchie. Le deuxième numéro sera consacré à la vie dans l’espace (Comment y aller ? Comment y vivre ? Comment se présente une planète ou un vaisseau spatial ? Si la revue était auto-éditée jusqu’à aujourd’hui, Anticipation vient d’être reprise par un éditeur. Pour des raisons de confidentialité, nous n’en saurons pas plus. Avec cette reprise, Anticipation sera mieux connue et diffusée.

Le premier numéro s’interrogeait sur le transhumanisme. C’est un mouvement scientifique, social voire culturel qui entend augmenter l’être humain par la science. On va utiliser pour celà des prothèses, des interfaces connectées. A la fin, on fera naître une autre forme d’être vivant. La silicon Valley, les GAFA (acronyme des géants d’Internet) ou Elon Munsk s’intéressent de très près à cette transformation sociale. Le transhumanisme anime notre civilisation et il y a un enjeu politique majeur. On s’aperçoit rapidement qu’il y a plusieurs courants transhumanistes. Dans la science-fiction, on peut lire deux ouvrages qui montrent l’origine du transhumanisme : Cyborg (Martin Cadin) dont l’adaptation donnera L’Homme qui Valait Trois Milliards et Accelerando de Charles Stross. On y trouve aussi un entretien avec Raphaël Granier de Cassagnac. Cet auteur pose des questions philosophales. Il apporte une vision entre science et science-fiction.

Comme il est question de transhumanisme et que ce mouvement pose débat, la présentation de la revue s’est plusieurs fois vue détournée par une discussion sur le mouvement. Des échanges courtois, posés, avec des exemples sources.

La deuxième partie de cette soirée était consacrée aux revues de science-fiction. Christophe « Sneed » Duchet et Xavier Dollo ont alternativement pris la parole pour les présenter. Ils ont fait une différence entre un fanzine et une revue. Le premier est généralement fait par des amateurs qui produisent à petit tirage, généralement photocopié. Il est très prolifique en France. La seconde devient plus professionnelle. Cela n’empêche pas qu’elles ont du mal à exister en kiosque ou en librairie. Ce qui permet à une revue de survivre, ce sont les abonnements. Christophe et Xavier rappellent que beaucoup d’auteurs ont commencé avec le fanzinat. Christophe donne son exemple. Il a commencé avec la revue Est-ce-F ? . Repéré par la revue Khimaira, il a rencontré André-François Ruaud avant d’entrer dans Fiction. Depuis, il a collaboré à plusieurs revues ou anthologies.

Voici un panel des revues présentées :

Fiction a existé entre 1953 et 1990. Elle avait une grande ouverture éditoriale. On a pu y lire de la science-fiction politique ou le premier épisode de La Tour Sombre. Beaucoup d’auteurs français y ont participé.
Née au milieu des années 90, Galaxies s’est fait remarquer par ses dossiers thématiques. Si elle s’est arrêtée au numéro 42, on peut souligner qu’elle était professionnelle et que nombres de personnalités de l’imaginaire ont collaboré à cette revue : Stéphanie Nicot, Jean-Daniel Brèque, Tom Clegg ou Lionel Davoust pour ne citer que ceux-là.
Lionel Davoust, a été le rédacteur en chef d’Asphodale. Cette revue défendait la fantasy. Malgré son peu de numéros (5) et le fait qu’elle ait disparue, elle reste encore une référence du genre. Quant à Lionel Davoust, il est devenu une figure de l’imaginaire français.
Bifrost est une revue qui existe encore. On doit retenir ses dossiers sur les auteurs (Ceux préparés par Richard Comballot sont magnifiques soulignent les intervenants) ainsi que les numéros special nouvelles.
Show Effroi n’a duré que trois numéros, mais son équipe a fondé ensuite la revue Ténèbres. On y a vu les début de Jean-Daniel Brèque (traducteur). On a pu y lire les premiers textes de Sylvie Miller et Philippe Ward ou encore neil Gaiman.
Yellow Submarine est une revue apériodique dirigé par André-François Ruaud.
Les éditions Denoël ont édité la revue Science-Fiction. Chaque numéro comportait un dossier sur des auteurs ou une thématique.
Le Novelliste édite des textes qui méritent d’être redécouverts, sans oublier de publier des auteurs plus récents.
Carbone est une revue qui ne se consacre pas qu’à la science-fiction, mais ses dossiers sont aussi trans-média (une partie de ses articles sont en ligne).
Angle Mort a vécu le temps de 12 numéros. Elle présentait des articles et des nouvelles, sous forme électronique.
Res Futurae est une revue d’études de la science-fiction sous toutes ses formes. Elle est dirigée par Irène Langler et Simon Bréand.

Cette deuxième partie était aussi dense. Xavier et Christophe ont montré une partie des revues qui existaient. Il était dommage de manquer de temps. On n’a pu que les présenter superficiellement. Le peu qu’ils ont évoqué démontrait la richesse des revues et des fanzines des littératures de l’imaginaire en France.

Cantonné à l’étage de L’Heure du Jeu, le public était si nombreux que l’on pouvait difficilement servir nos boissons. Quant à parler, les intervenants ont du prendre un micro. C’était un beau succès !

LE CHAPEAU TROP CHAUD DU CHEVALIER SANS POCHES

chevalier ssQuand deux sorcières décident de jeter des sort, pour le moins farfelus, sur une princesse, un dragon et un chevalier, voilà un univers de contes bien secoué !

Nous connaissons tous les contes de fées. Ils commencent par « Il était une fois » et finissent par  » Ils vécurent heureux ». Dans cet ouvrage au long titre, Christian Olster propose de revisiter les contes pour le bonheur des jeunes lecteurs. Les personnages n’ont pas de psychologie compliquée, ils vont à l’essentiel. La sorcière jette des sorts, le chevalier fait un métier de chevalier, le dragon capture les princesses et cette dernière attend le chevalier. Si le livre finit comme un conte classique, l’auteur fait subir à ses personnages, bien des péripéties. On se doit de souligner le rôle des sorcières. Celles-ci sont à l’origine du malheur de nos personnages. Si elles ont des pouvoirs, elles manquent d’idées et le moindre fait de penser les fatigue. Une fatigue qui les pousse à jeter le premier sort qui leur vient à l’esprit. Le chapeau de ce chevalier en est un exemple… Si ces sorcières sont des personnages humoristiques, les autres personnages ne sont pas en reste. Comme ils sont soumis à leur (mauvais) sort, ils tentent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Car, l’idée géniale de Christian Olster, c’est que ces mauvais sorts entraînent une réaction. On ne vous dévoilera rien, mais quel plaisir de lecture pour les petits et les grands !
Les illustrations de Thomas Baas complètent parfaitement l’univers décalé de Christian Hoster. Les expressions sont bien trouvées, on admire les couleurs choisies. Ce travail entre illustration classique et attitude rebelle des personnages est de toute beauté (ou hilarité). Il faut noter les petits détails que fournit l’illustrateur !

Avec 32 pages, sa police large, les jeunes lecteurs vont adorer lire cet univers décalé qui revisite de façon insolente nos chers contes. Les auteurs n’oublient pas les grands lecteurs que sont les parents, car ce petit livre peut être lu par toute la famille ! Des auteurs à suivre de très près !

LE CHAPEAU TROP CHAUD DU CHEVALIER SANS POCHES
AUTEUR : CHRISTIAN OLSTER
ILLUSTRATEUR : THOMAS BAAS
COLLECTION : FOLIO CADET
EDITIONS : GALLIMARD JEUNESSE

LA LEGENDE DES QUATRE T1 : LE CLAN DES LOUPS

la legende des quatre.jpgLes Yokaïs sont des créatures tantôt humaines, tantôt animales. Elles se divisent en quatre clans : Loup, tigre, serpent, aigle.  Quand le corps d’un loup est retrouvé, les héritiers des différents clans enquêtent pour découvrir la vérité et sauver une paix fragile.

La difficulté d’un premier tome, c’est de montrer l’univers, les personnages, tout en racontant une intrigue solide. Avec le thème classique de Roméo et Juliette, Cassandra O’Donnell, aurait pu tomber dans les clichés les plus éculés. Heureusement, ses personnages masculins comme féminins sont assez modernes. Les adolescents veulent, pour la plupart, la paix et protéger leurs familles. Il est intéressant de suivre l’évolution des personnages adolescents dans un monde mené par les adultes, alors que nos héros sont des chefs en devenir. Cassandra O’Donnell traite le thème de l’adolescence rebelle, tout en montrant que l’adulte n’a pas toujours raison.

Avec ce premier tome de La Légende des Quatre, on s’attendait à une romance adolescente sur fond de fantasy. Oui, mais ce n’est pas tout. L’autrice exploite complètement les caractéristiques de chaque animal, qu’il soit sous forme humaine ou pas. D’autre part, les personnages sont confrontés aux humains normaux. Le problème de la différence, du racisme, est sous-jacent tout au long du roman. Si l’intrigue est assez forte, on se rend compte que ce tome n’est que premier tome d’une série. On laisse les personnages au milieu de leurs problèmes, autant familiaux que sentimentaux.

Pour illustrer le roman, les éditions Flammarion ont fait appel à l’artiste Xavier Collette. Un choix judicieux quand on voit l’ambiance qui se dégage de la couverture. Là où le côté sirupeux de la romance aurait pu être présent, les nuances de colorisation montrent toute la tension, la brutalité (l’animalité?) qu’il y a entre les personnages. En fond, les yeux des loups. Sur les prochains tomes, il est possible qu’on ai les autres Yokaï.

Alors que le pitch laissait penser à une romance adolescente avec de la fantasy, Cassandra O’Donnell crée la surprise avec ce récit. Devoir envers sa famille, amour, adolescence, racisme sont aux centre de cette intrigue aussi brutale que réjouissante.

LA LEGENDE DES QUATRE T1 : LE CLAN DES LOUPS

AUTRICE : CASSANDRA O’DONNELL

ILLUSTRATEUR : XAVIER COLLETTE

EDITION : FLAMMARION JEUNESSE