TRANSVERSALES 2019 : "ECRIRE LA VILLE : LA RENNES IMAGINAIRE"

Du 27 au 30 nov se déroule la 9è édition des Transversales. Le thème retenu est « écrire(s)». Ce festival littéraire et artistique est né au sein du département lettres de l’université Rennes 2. Il a pour particularité de mêler les enseignant-e-s et les étudiant-e-s. La table ronde « Ecrire la ville : la Rennes imaginaire » a été pensé à l’initiative de Marie Kergoat, étudiante et membre de l’association le laboratoire des imaginaires

Plusieurs intervenants étaient présents. Xavier Dollo et Laurent Lefeuvre, comme auteurs. Simon Pinel en tant qu’éditeur. Jop et Loïc Gosset avaient la double casquette. Les questions pertinentes des étudiantes ont permis de peindre un portrait des auteurs mais aussi d’évoquer leur manière d’écrire la ville de Rennes.

Quand on leur parle de littérature de l’imaginaire (science-fiction/fantasy/fantastique), les intervenants montrent que cette étiquette brasse un univers très large qui englobe beaucoup de sous-genres. Elle a servi à démarquer la science-fiction du polar, mais elle a aussi permis aux libraires comme aux lecteurs d’avoir un rayon spécifique. De l’autre côté, ils se demandent aussi si ce n’est pas une machine du marketing. Toutes ces appellations (roman-graphique/ littérature-imaginaire) ne sont présentes que pour devenir un genre reconnu. Le fait de les utiliser, a aussi un effet « club privé ».

Les intervenants ont tous des cultures différentes et chacun à sa manière a glissé un hommage, une référence dans leurs œuvres. Xavier Dollo a cité John Carpenter dans Alone. Les références intertextuelles abondent. Dans le Fox-Boy de Laurent Lefeuvre, l’auteur a cité nombres de super-héros dans un monde où ils n’existent pas.  Cet exercice se fait presque inconsciemment.

Pour les auteurs, Rennes peut être aussi bien écrite de façon réaliste ou imaginaire. Ecrire sur cette ville, c’est se l’accaparer, avoir une balise et pouvoir la développer. C’est aussi un point d’ancrage pour le lecteur que ce soit dans la réalité ou dans les références (on reconnait telle rue ou tel bâtiment). 

Du fait d’être une « petite » ville, on représente souvent le centre-ville de Rennes. Il y a une forme d’errance à représenter les mêmes quartiers, à se reconnecter au réel aussi en reconnaissant tel ou tel bâtiment (voir paragraphe précédent). Pour Laurent Lefeuvre, la taille de Rennes n’est pas représentative. Dans son œuvre, la ville peut être un monde. Il porte un regard sur ce qui existe ou n’existe plus. Il donne une autre couleur, un autre ton aux quartiers (la gare, Saint-hélier, le Blosne).

Les auteurs écrivent pour s’évader. Ecrire sur un lieu où on ne vit pas donne toujours une touche exotique. Ça permet de mettre de l’imaginaire dans le quotidien. A contrario, il est difficile de trouver des auteurs rennais pour écrire sur Rennes (exception faite du Collectif La Vilaine).

Cette table-ronde a montré les différentes formes d’écritures : roman, bande dessinée, collectif d’une revue. Les intervenant-e-s étaient justes. On apprécie de tels événements. Le festival continue jusqu’au 30 novembre. N’hésitez pas à visiter le site Internet.

RENCONTRE AVEC ANDORYSS

Où l’on parle d’architectes et de jardiniers, d’égalité femmes/hommes, d’un roman commencé en cinquième, de l’amour de la littérature et de l’écriture. Andoryss/Mélanie Guyard à plusieurs cordes à son harpe. Elle est à découvrir.

(c) Chloé Vollmer-Lo

Tout a commencé sur deux forums : Cocyclics et le Café Salé. L’un est pour les écrivains, l’autre pour les illustrateurs. Mais es-tu illustratrice? 

Andoryss : Non (rires), mais quand je suis allée sur le forum la première fois, c’était à l’initiative d’un pote qui est dessinateur. À l’époque, il n’y avait pas de scénariste sur le forum, mais ça s’est démocratisé. J’ai pu commencer mes collaborations sur le Café Salé. On a vu notamment sur le forum Julien Blondel, Olivier Henriot, etc. 

Mais il arrive que tu illustres aussi, n’est-ce pas ?  

Andoryss : Ça m’arrive de dessiner, j’aime bien ça, mais je n’ai pas les techniques de base. Je n’arrive pas à reproduire deux fois le même visage, mais je suis capable de dessiner n’importe quel animal avec un niveau scolaire… Et je dessine des femmes de trois quarts face, type manga, comme tout le monde (rires).

Peut-on résumer ta vie professionnelle à deux instants ? Quand adolescente, un cahier 24 × 32 se retrouve par erreur dans la liste des courses, ce qui donnera Les Loups puis ta rencontre avec David Chauvel, ton boss bien-aimé (dixit toi-même).

Andoryss : Tout à fait ! Ce sont deux moments clés !

Quand tu parles de comics, tu cites Watchmen et V pour Vendetta, les deux titres sont d’Alan Moore, un auteur qu’admire David Chauvel. Est-ce que ça a permis un rapprochement entre vous deux ?

Andoryss : Oui. On avait publié sur le site du Café Salé des planches des Enfants d’Evernight (1). David demande à nous rencontrer, mais ce qui l’intéresse en premier, ce sont les dessins… Comme toute personne qui fait de la bande dessinée. On commence à discuter et très rapidement, on se rend compte avec David qu’on a des univers en commun. Très rapidement, il va me proposer de travailler sur d’autres projets. J’ai travaillé sur Sept Naufragés (2) l’année qui suit Les Enfants d’Evernight. Je suis une jeune autrice et Sept est une grosse série, mais il me met dans la barque ! C’est lui aussi qui m’offre la possibilité d’écrire Le Cercle (3). Je lui suis reconnaissante. Oui, ça a été un bon point pour David, le fait qu’Alan Moore  soit l’un de mes maîtres.

Tu es plutôt littéraire mais tu deviens professeure de SVT, alors que tu aurais pu devenir aussi bien professeure d’histoire, vu que la plupart de tes récits en est imprégné. Pourquoi cette voie ?

Andoryss : Je suis au lycée et je suis douée en français. J’aime ça. Je m’approprie le commentaire composé. Je n’ai jamais eu moins de quinze à un commentaire composé. Après, je suis monotâche, je n’aime que le commentaire composé. L’essai ou le texte argumentatif, ça ne marche pas. J’ai 20 à l’écrit du bac de français, 19 à l’oral… Je ne savais même pas que je pouvais avoir 20 à l’écrit du bac de français ! Ma professeure de français me voit bien en khâgne ou hypokhâgne. Je me dis que j’ai prouvé ce que j’avais à prouver : je sais écrire ! En même temps, je ne suis pas une compétitrice, je suis incapable d’être dans l’opposition ou d’être dans le conflit avec qui que ce soit. Je n’ai rien à faire en classe prépa, les professeurs vont me rentrer dedans et je vais me rouler en boule en pleurant. Je vais me dégoûter toute seule d’un truc que j’aime d’amour, à savoir, la littérature. Du coup, comme j’ai peur, je me dis que je ne vais pas faire ça, je vais plutôt faire des études de sciences parce qu’il n’y a pas d’affect dans la relation à la matière. Je vais garder le français pour mon temps personnel, pas comme quelque chose où il y a des enjeux et de la compétition. C’est pour ça que je me retrouve à être prof de bio : parce que j’ai eu peur de la classe prépa. J’en ai croisé des auteurs qui ont été brûlé plusieurs années, après leurs classes prépas. Ils se sont dit qu’ils n’arriveraient jamais à écrire et ils ont eu beaucoup de mal à sortir de cet état d’inertie.

Tu écris des romans, des scénarios, du jeu de rôle… Tu n’arrêtes pas.

Andoryss : J’écris tout le temps et à partir de cette année, je vais faire aussi du jeu vidéo. Je dis que ce n’est plus un arc que j’ai, c’est une harpe. À force de rajouter des cordes… On peut raconter des histoires sous plein de médias différents et seule la technicité diffère. Raconter une histoire en bande dessinée ou en roman ou en jeu vidéo, c’est toujours raconter une histoire avec une technique différente et apprendre de nouvelles techniques, c’est quelque chose qui m’intéresse.

Justement, quand tu te présentes, tu dis écrire pour la jeunesse, pour les adultes, pour la bande dessinée. Pourquoi cette différence entre les genres ? Tu écris, tu racontes des histoires…

Andoryss : Je suis d’accord, je suis autrice, j’écris. Néanmoins, je trouve que cette distinction permet effectivement de toucher différents publics. Certains vont être intéressé par les romans jeunesse, d’autres par les bandes dessinées, etc. Si je me contentais de dire « je suis autrice », je ne leur donne pas les billes pour interagir avec moi. Quand je multiplie les supports, je leur donne les billes pour interagir avec moi et j’adore quand les gens interagissent avec moi.

Pourquoi une distinction entre Andoryss, Mel Andoryss et Mélanie Guyard ? 

Andoryss : Je pense que le nom de l’autrice (moi en l’occurrence) doit autant refléter le contenu du livre que le titre de celui-ci. Ça ne me dérange pas d’avoir vingt millions de pseudos car ma plume est différente selon ce que je raconte et certains bouquins trouveront mieux leur public si je n’utilise pas tel ou tel pseudo. Les âmes silencieuses (4) ne se serait pas bien vendu si j’avais laissé Mel Andoryss dessus, parce que le public aurait cru à quelque chose de bizarre. C’est un roman de littérature générale et Mélanie Guyard ça leur parle plus.

Tu vas écrire un jeu vidéo ? Peux-tu nous en dire plus ?

Andoryss : J’ai été recrutée par la région Picardie pour écrire un jeu vidéo autour du pays du coquelicot . Je le fais avec Clément Lefèvre  et Pixel Hunt. Pour réaliser ce projet, on va travailler deux ans dessus, en résidence ponctuelle.

Les projets ne s’arrêtent jamais chez toi. Ils portent tous des codes secrets : « Sang, Benedict, Les Loups » etc. Pourquoi mettre des codes ? Pourquoi ne jamais s’arrêter d’avoir des projets ? 

Andoryss : Je mets des codes car je suis un peu superstitieuse. Le projet ne reçoit son nom définitif que lorsqu’il est terminé. J’utilise des codes tant que le projet est en travail. Notamment pour le projet « Sa Collab ». Le titre original était Sa Collaboration. Il a changé en cours de route pour devenir Les âmes silencieuses… Il paraît que Sa collaboration ne faisait pas vendre (rires). Au final, on se retrouve avec des codes qui sont bien différents du projet final. Si certains projets restent à l’état de projets, c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé d’éditeur mais ils ont à vocation d’être publiés quand même. 

Entre tes projets et les parutions, il se passe beaucoup de temps : quatre, cinq, voire dix ans. Pourquoi autant de temps entre la première pensée et le livre, voire le manuscrit ?

Andoryss : Prenons mon Grand Œuvre, avec des majuscules à tous les mots, qui n’est absolument pas paru, qui s’appelle « Les loups ». La première fois que je l’ai écrit, j’étais en cinquième. Il avait besoin d’être réécrit (rires). À l’heure actuelle, il a été réécrit treize fois… De mémoire, je dois être à la version 13.1.5 pour des raisons qui ne regardent que moi. Je ne pense pas qu’il y aura une version 14. Le premier volume a l’air pas mal… Néanmoins, je me réserve le droit de revenir sur cette déclaration quand j’aurai écrit les six volumes. Du fait de sa taille et de son contenu, comme il y a six tomes de prévus, les éditeurs n’en veulent pas. C’est trop gros, c’est inclassable : Ce n’est pas du polar, ce n’est pas de l’enquête, ce n’est pas de la jeunesse mais ce n’est pas non plus de l’adulte. Si je publiais ce bouquin-là, les éditeurs ne sauraient pas où le mettre et les libraires ne sauraient pas où le placer. Comme ça se passe dans les années 1990, je commence à avoir un décalage temporel de folle furieuse. Actuellement, la mode est encore aux années 1980, j’attends encore vingt ans, ce sera les années 1990, on sera pile-poil dedans. Je le sors à ce moment-là, on est bien ! Il y a d’autres projets qui prennent du temps. Je les ai écrits, ils ont besoin d’être réécrits, mais je n’ai pas le temps. Je favorise les projets signés et j’écris sur mon temps libre les projets non-signés, mais qui prennent du temps avant de sortir. Il y a notamment un projet du nom de code : « Odyssée » sur lequel je bosse depuis dix ans. C’est un roman de fantasy jeunesse animalière du type Brisby et le secret de NIMH, avec une société de souris. Je l’aime d’amour, il est séquencé, je ne l’écris que quand j’ai du temps libre, ça fait trois ans qu’il est commencé.

Comment évolue le cycle des « Loups » ? Une double saga familiale dans le milieu de la mafia, que tu as prévue en six volumes et sur laquelle tu travailles depuis plus de dix ans ?

Andoryss : « Les Loups », c’est mon Grand Œuvre, c’est le roman pour lequel j’écris tout le reste. Tous les autres romans n’avaient pour vocation que d’aiguiser ma plume pour « Les Loups ». Alors derrière j’ai publié, d’autres histoires se sont imposées, mais la première motivation qui m’a amené à écrire d’autres histoires, c’était pour améliorer ma plume afin d’écrire cette saga. Je pense que « Les Loups » sont dans ma bibliographie ce que La Tour Sombre est dans la bibliographie de Stephen King. C’est l’œuvre pour laquelle j’ai vécu mon écriture, c’est l’œuvre pour laquelle j’écris, mais en même temps, c’est celle qui est la plus inaccessible à mon public. Je l’ai fait lire à des bêta-lecteurs et j’ai une réaction de 50/50. Soit les gens aiment et ils sont fans, ils attendent la suite. Soit ils n’accrochent pas tout en aimant le reste de ce que je fais. J’ai beaucoup de pression de la part de ceux qui ont aimé. Je travaille beaucoup sur les secrets de famille et sur les interactions des héritages. Les lecteurs développent une forme d’addiction, ils veulent connaître la suite des secrets de famille.  Je ne pense pas que j’arrêterai d’écrire, mais c’est la fin de mon premier cercle, en sachant que tout ce que j’écris a pour vocation de m’aider à faire sortir « Les Loups ».

Tu t’intéresses à l’interaction des personnages, à la famille. Pourquoi ? C’est un thème qu’on retrouve dans tous tes livres. 

Andoryss : Je suis absolument passionnée par un thème : l’héritage familial. Comment les enfants se débrouillent avec ce qu’ont fait leurs parents, des choix de leurs parents ou de leurs grands-parents. Tu nais dans une famille et tu en portes le poids. Quel que soit le roman dont je parle, le thème est toujours le même. C’est fascinant parce qu’il me semble que c’est un équilibre dans lequel on peut tout faire. C’est vraiment un jeu dont vous êtes le héros ! On a plein de voix, de réactions par rapport aux situations familiales qui nous sont imposées. On a l’acceptation, la vengeance, la résilience… On va même polluer les réactions familiales en réaction au passif qui nous pèse dessus. Il y a plein de façons de faire et je trouve qu’explorer ces différentes réactions c’est fascinant.

Dans tes univers, il y a une chose qu’on retrouve systématiquement : une clef. Pourquoi ? 

Andoryss : À cause des loups ? (rires) C’est le premier élément de mon imaginaire. La première héroïne que j’ai créée s’appelle Jo, c’est un personnage des « Loups ». Je l’ai créée quand j’avais huit ans et elle avait une clef en argent autour du cou. Or, je trouve sur un marché la clef que j’ai imaginé. Je demande à l’avoir pour Noël. On me répond non et en fait, au matin de Noël, la clef est au pied du sapin… Le premier miracle de Noël ! Je la porte toujours. Elle a été fondamentale dans ma création d’univers. Je trouve que la symbolique de la clef est très forte et comme c’est cette clef qui a été à l’origine de tout, que ce soit mes personnages, mes histoires, elle représente la pierre fondamentale sur laquelle j’ai construit mon édifice. 

La clé d’Andoryss

Quand tu parles de tes personnages, tu dis : « Je n’aime pas avoir un héros, parce que je crois moyennement à l’héroïsme individuel, alors que j’ai une foi inébranlable en la force du groupe. » Donc tu ne crois pas à L’architective ou au Passageur…

Andoryss : Ce n’est pas vrai ! Même si ce sont des héros individuels, ils sont forcément accompagnés. Armand (un personnage de L’Architective (5), ndlr) a un ami qui le soutient et Malaurie qui arrive au cours du roman va participer à ce soutien. Même si ses parents sont aux abonnés absents et c’était une caractéristique voulue au moment où j’ai créé le bouquin, il n’est pas seul. Quant à Matéo (un personnage du Passageur (6), ndlr) il dispose de son frère et de sa soeur qui participent à son travail. Il a aussi la communauté Rom à laquelle il appartient et qui lui permet d’avoir un point de repère pour la suite.

Tu n’aimes pas les sauts de temporalité, mais tu écris des livres qui parlent d’espace-temps. C’est paradoxal !

Andoryss : En fait, je n’aime pas les sauts de temporalité intra-récit. Je sais exactement d’où vient cette réflexion. Elle vient des Princes d’Ambres (de Roger Zelazny, ndlr). Quand j’ai lu  « Les 20 années suivantes… », etc. j’ai lâché le bouquin. Non ! Je refuse ce genre de choses ! Je trouve ça abominable ! Tolkien nous fait traverser toutes les terres brumeuses pendant des pages et des pages… C’est chiant comme la mort. On a envie que Frodon arrive, mais si l’auteur avait écrit  « Ils voyagèrent pendant quarante jours et ils arrivèrent en Mordor. », j’aurais lâché le bouquin de la même façon. On n’a pas le droit de faire ça, c’est une rupture de contrat ! Quand on fait une ellipse, on la fait bien. On ne la fait pas à l’intérieur d’un roman ou alors de façon extrêmement efficace. On a le droit de résumer l’enfance d’un personnage, de faire un prologue et d’embrayer sur la suite, mais les sauts de temporalité c’est très casse-gueule et je n’aime pas quand ils sont mal faits. Je suis désolée de le dire, mais dans Les Princes d’Ambre, c’était très mal fait ! Les gens vont me détester pour ça et ce n’est pas grave ! 

Dans l’histoire de Spider-Man, il y a cette réplique : « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », mais chez toi, les personnages ne sont pas infaillibles, ce ne sont pas des super-héros.

Andoryss : Je pense que les super-héros sont super-humains. C’est ça que j’aime beaucoup dans le travail d’Alan Moore, c’est que ces super-héros sont plein de défauts. Dans Watchmen, le comédien est une plaie ! Ils sont tous faillibles ! Docteur Manhattan quand on y regarde de plus près, il a perdu son humanité. Il fait les choses parce qu’il pense que c’est ce que les autres attendent de lui mais il n’a plus d’interaction avec les gens, même plus avec la femme qu’il aime. J’aime les héros faillibles. Dans V pour Vendetta, le héros est déterminé et sa plus grande faille, c’est justement son auto-détermination. Au moment où il se lance dans la lutte, il est déjà en tort par ses méthodes, mais il accepte ça, il emporte le monde avec lui dans sa chute, il accepte de chuter avec le monde. Il le fait très bien, mais ce n’est pas un héros, c’est un monstre ! 

Toi qui n’aime pas l’héroïsme individuel ou qui préfère les héros faillibles, comment as-tu vécu ce déferlement de films de super-héros ?

Andoryss : Comme une explosion de popcorn ? Si on me demande de choisir entre Pitch Black et Iron-Man, je choisis Pitch Black. Mais aller voir un film Marvel ou ce genre de choses, c’est vraiment du popcorn. Je trouve qu’ils ont fait du bon travail. Sur certains aspects, leurs héros sont faillibles. Dans Civil War, Captain America dit qu’il n’est pas d’accord avec ça. Le film lui dit que s’il n’est pas d’accord avec, il devient un méchant. Et Captain America accepte. On voit où Captain America pose ses limites. On a le droit d’être d’accord ou pas, mais il cesse d’être un super-héros parfait. Ça c’est intéressant ! Le seul super-héros parfait, c’est Superman et il est assez insupportable, il faut le savoir. Ce qu’ils ont fait avec les personnages dépasse ce qui avait été fait dans les comics, mais ça rejoint ce qui a été fait depuis. Il y a toute une génération dans les années 1990 qui s’est amusée à challenger les limites des super-héros et à détruire leur aura. Même si Marvel s’est inspiré de la genèse officielle de ses super-héros, ils ont accepté de garder cette part d’ombre, là où dans les années 1980, on restait sur des super-héros intouchables et parfaits.

Tu détestes faire des recherches. Alors explique-moi cette phrase de David Chauvel : « Andoryss, la scénariste, adore ce genre de choses. C’est une créatrice de mondes, capable de dessiner des plans, des cartes, de définir la faune, la flore ou la toponymie d’un monde imaginaire. c’est un de ses nombreux et indispensables apports au projet. » On parle évidemment des 5 Terres. (7) 

Andoryss : Il y a une nette différence à passer des heures à chercher des faits réalistes et inventer ex nihilo un univers. J’adore inventer un univers. Mais quand je réalise Les 5 Terres, ce n’est pas de la recherche, c’est de l’invention pure. Je me demande comment sont composés les continents. Où sont les fleuves, les villes, les montagnes ? Que mangent-ils ? Quels dieux vénèrent-ils ? Créer un univers, ça m’évite de faire des recherches ! Le premier volume des 5 Terres est sorti, mais nous sommes à l’écriture du septième volume, le dessinateur est sur le troisième volume. Aux alentours du volume 4 ou 5, un des membres de l’équipe s’étonne d’avoir des armures de cuir, alors que ce sont des animaux. D’où vient le cuir dans ce cas ? David a dit : « Je laisse Mélanie répondre »… Et j’ai une réponse ! Je sais d’où vient le cuir, quelle est son économie, qui le fournit, comment il est récupéré, etc. Un des cinq continents fournit en cuir l’intégralité des cinq terres. 

Ton chef vénéré (David Chauvel) te pose cette question : « Cette capacité incroyable que tu as à inventer des personnages, est-ce inné ou acquis ? »

Andoryss : Oh p… c’est chaud comme question ! Je pense que c’est de l’acquis, c’est comme faire de la bicyclette. En fait, je suis une insomniaque chronique. L’un des moyens que j’ai trouvé pour m’endormir quand j’étais adolescente et que j’ai commencé à avoir des troubles du sommeil, c’était de créer un personnage et de le mettre dans un monde. Je regardais comment ça se passait. Le temps qu’il traverse trois rues, je m’endormais. Le lendemain, je récupérais le même personnage dans la troisième rue et j’essayais de voir la suite. Je crée des histoires et des mondes… Pour dormir. À force d’utiliser les même chemins neuronaux, Le cerveau se dit que c’est très employé donc c’est utile. Ces chemins de créations de monde, ça a été tellement emprunté que maintenant, c’est un feu d’artifice ! Quand je veux créer un monde, mon cerveau me dit :  « J’ai plein d’idées ! » (rires)

Tu as un agent. Quelles sont tes relations avec elle ? Que traite-t-elle?

Andoryss : Roxane est en charge de tous mes romans, par contre elle ne touche pas à la bande dessinée, car cette partie appartient à David. J’ai toute confiance en lui. Il a toujours tenu ce double rôle : c’est lui qui négociait mes contrats, mes avances, etc. Je ne me voyais pas le by-passer en lui mettant quelqu’un entre les pattes. La relation que j’ai avec David est très privilégiée et j’y tiens. En dehors de ça, Roxane, c’est un coach et c’est une personne à qui je vais pouvoir déléguer tout ce que je suis incapable de faire. Relancer les éditeurs, négocier mes contrats, négocier l’à-valoir… Un des plus beaux jours de ma vie, ça a été le jour où Roxane m’a dit : « Ne t’occupe pas de ça, c’est mon travail. Toi, contente-toi d’écrire. »

Tu fais partie du Collectif de Créatrices de Bandes Dessinées. Peut-on te définir comme militante ?

Andoryss : Je ne sais pas car je pense que j’occuperai la place de gens qui le font mieux que moi. Je suis une sympathisante militante féministe. Je vais lutter pour l’emploi du mot « autrice », je vais parler des luttes, mais on me verra très peu répondre aux haters sur Internet ou participer à des débats publics parce que tout en étant sympathisante, je hiérarchise énormément mon emploi du temps. Cette lutte, même si je suis très sympathisante, ce n’est pas une priorité.

Que penses-tu du fait qu’il n’y ait pas ou peu d’autrices au programme du bac ou lors des sélections de prix ? 

Andoryss : Nous souffrons toujours d’un défaut d’attention de la part des gens. Aussi bien les mecs que les nanas. Une femme sera moins écoutée, moins prise au sérieux, elle retiendra moins l’attention qu’un mec. Les médecins commencent à le dire, il y a un problème d’écoute de la douleur féminine. Du côté des femmes, c’est pire. Elles sont tellement résilientes, elles ont tellement l’habitude de souffrir en silence que quand elles commencent à se plaindre… En parallèle, l’homme, ça ferait deux ou trois mois qu’il serait à l’hôpital. On a une quantité hallucinante de femmes diagnostiquées avec des cancers en phase terminale juste parce qu’elles ont fermé leur gueules ! Une quantité plus importante que celle des mecs parce que les femmes taisent leurs douleurs. C’est une part d’inné et d’acquis. Dans la nature, les proies font le moins de bruit possible lorsqu’elles accouchent pour ne pas attirer les prédateurs. Ce silence, c’est quelque chose qui va se retrouver dans la nature, mais nous sommes une société civilisée, nous sommes censés avoir établi une forme d’équilibre entre les sexes. Il serait temps de le faire pour de vrai et de considérer les gens pour ce qu’ils sont. Pour en revenir au bac et aux prix, c’est un escalier avec plusieurs marches. À quantité égale d’hommes et de femmes qui écrivent, plus d’hommes soumettront leurs romans. À quantité égale de soumissions de romans, plus d’hommes seront publiés. À quantité égale d’hommes et de femmes publiés, plus d’hommes auront un tirage supérieur. À ce moment, on se rend compte que la proportion de femmes est très faible… À quantité égale de tirages, les hommes seront plus mis en avant. Ce n’est pas étonnant qu’ils se retrouvent sur les prix, ils sont plus lus. Ça fonctionne parce que toutes les marches de l’escalier mènent jusque-là. C’est d’une logique implacable.

Nous sommes en novembre et novembre, c’est ? 

Andoryss : NaNoWriMo ! (rires)

Peux-tu expliquer ce que c’est ? Depuis combien de temps le fais-tu ?  

Andoryss : Le NaNoWriMo , c’est le National Novel Writing Month. C’est un mois où nous écrivons en moyenne 1667 mots par jour. En moyenne, puisque le but c’est d’arriver au 30 novembre avec 50 000 mots. Je me souviens d’une année bénie où j’ai fait un NaNoWriMo en 7 jours. C’était super mais je ne le referai plus jamais. Ça sert à détecter spontanément les tics d’écritures. Quand on écrit 1000 mots par jour, on va se rendre compte qu’on emploie toujours les mêmes verbes, les mêmes intonations, les mêmes phrases, etc. En terme de rythme, c’est mortel. Quand on se rend compte au bout de trois jours qu’on a le même rythme, ça tue tout. En cours d’écriture, on soulève les tics, on les corrige, on en découvre d’autres et c’est très bien pour ça ! Le NaNoWriMo c’est aussi le principal allié des gens qui veulent écrire. Le principal écueil des gens qui veulent écrire, c’est qu’ils ne finissent jamais. Avec le Nanowrimo, on écrit et on finit. C’est la vidéo d’Ira Glass que je publie régulièrement sur mon blog. Elle dit de finir, d’aller jusqu’au bout ! On a le droit que ce ne soit pas parfait à la fin du premier jet, mais il faut faire un premier jet parce que vous saurez que vous en êtes capables. Quand on est capable de quelque chose, alors on peut déplacer des montagnes !



Qu’est-ce c’est pour toi ? Qu’est-ce que ça t’a appris ? 

Andoryss : Le NaNoWriMo c’est un exercice. Ça m’a appris que mon écriture était toujours perfectible. Ça m’a donné des clefs sur l’écriture. Le syndrome de la page blanche n’existe pas par exemple. Tu ne sais pas ce que tu dois écrire, ben tu te bottes le cul. Ce que tu écris, c’est de la merde ? Ce n’est pas important parce que comme tu te seras forcé à écrire de la merde, la scène suivante viendra spontanément et elle sera superbe. Tu n’aurais jamais réussi à écrire si tu l’avais juste pensé pendant des semaines. Ça m’a appris aussi qu’on a tous peur, parce qu’on est des milliers à écrire pendant le NaNoWriMo. On voit ces personnes qui ont peur, qui n’y arrivent pas, on les soutient parce qu’on est passé par là. Internet a permis ça, c’est une émulation monumentale.

Êtes-vous beaucoup à le pratiquer entre auteurs ? 

Andoryss : Oui, il y en a. Au fil des années, il y a de moins en moins d’autrices et auteurs professionnels qui le pratiquent, mais ce n’est pas parce qu’ils ont déconsidérés l’exercice. Il y a des deadline d’écriture. On ne peut plus passer un mois à écrire un projet dans le vent. Quand ça tombe bien, on peut écrire un projet de roman sur le NaNoWriMo, mais il ne faut pas se leurrer, à la fin du mois de novembre, le roman est à réécrire. Aucun roman écrit en un mois n’est bon spontanément.

Sur ton blog, tu commentes cette phrase de Ray Bradbury : « Your intuition knows what to write, so get out of the way  » (8), par le fait que le NaNo le permet. Est-ce que les autrices-auteurs sont trop timorés dans l’écriture ?

Andoryss : Ce n’est pas une question d’être timoré, c’est une question de maîtrise. En fait, il y a un travail à faire dans l’écriture, un travail de lâcher-prise. C’est la discussion des architectes et des jardiniers. Il y a un travail de jardinier à faire quand on est architecte et vice-versa. Il faut les deux dans ce monde, mais il y a un truc très fort qui est un manque dans la plume quand on ne l’a jamais expérimenté… Il y a des moments de grâce. Les personnages savent mieux que nous où ils veulent aller et ce qu’ils doivent faire. C’est ce que disait Olivier Paquet hier pendant la table ronde ( Le story telling, un nouveau code social? Festival des Utopiales) : « Je laisse les personnages être et ils m’apprennent des choses sur l’histoire que je veux raconter ». C’est exactement ça. À un moment, il faut accepter de ne pas savoir ce que tu es parti pour écrire, de voir les scènes au moment où elles arrivent et de les accepter. Il faut faire confiance aux personnages, ils s’en sortiront tout seuls, ils n’ont pas envie de mourir. Il faut lâcher-prise. Peut-être que notre cerveau, notre intuition, nos rêves savent mieux que nous comment écrire une bonne histoire.

Tu te définis comme jardinière. Comment ça se passe pour l’écriture ? Le point final l’est-il ou les personnages ont encore des choses à dire ?

Andoryss : Je suis une jardinière qui se soigne. Sur certains points, j’ai besoin d’être architecte. Quand on est jardinier, il ne faut pas croire qu’on va tout écrire au fil de la plume et que ça va être super. Il y a des gens qui y arrivent, mais pas moi. Quand on ne veut pas écrire de la merde, il faut accepter l’idée qu’il faut faire un premier jet et qu’il faut le réécrire. Je suis un animal de réécriture. Je ne réécris pas tout, mais assez régulièrement, je réécris des portions entières de mes romans, parce que la fin m’a appris ce que je voulais vraiment raconter. Je fais un premier jet, mais ce n’est pas une œuvre. Derrière, il va falloir que j’efface, je peaufine, j’affine et je finis par obtenir quelque chose qui peut être appelé un roman. 

Tu dis être jardinière mais dans ta vie tout est régit par emploi du temps. Ce ne serait pas de l’architecture ?

Andoryss : J’ai besoin d’avoir des points de repère dans mon univers pour ne pas avoir l’impression de ne rien faire. Malgré ça, j’ai souvent l’impression de ne pas en faire assez. Le fait d’avoir un emploi du temps ça me permet de me dire qu’à la fin de la période je ne me suis pas tournée les pouces. Si je ne le faisais pas, j’aurais fait la même chose, mais je me lamenterais parce que j’aurais l’impression de ne pas avancer. L’emploi du temps, c’est une méthode pour éviter l’écueil du désespoir qui me retarde. Quand on s’épuise et qu’on est désespéré, on écrit beaucoup moins que quand on est fatiguée, mais conscient de ce qu’on a fait jusque-là.

La musique est-elle présente dans la vie de tous les jours ou uniquement pendant les phases d’écritures ? 

Andoryss : Dans la vie de tous les jours, j’ai davantage de musique à parole. Mes BO d’écriture, ce sont des musiques sans parole. Ce sont généralement des bandes originales de films, de jeux vidéos. Quand j’écoute pour le plaisir, j’écoute des chansons. Il y a une unique exception : « Les loups ». Le projet a une bande originale composée de chansons. Mais « Les loups » c’est l’exception à tout…

On rappelle que tu es jardinière, que la musique d’écriture pourrait te transporter, mais tu la sélectionnes d’avance. Ce ne serait pas de l’architecture ?

Andoryss : Hmmm, je ne sais pas. Souvent, avant de choisir une bande originale, j’ai des idées préconçues. Je me mets sur YouTube avec la musique à laquelle j’ai pensée et je laisse le mode aléatoire défiler. C’est comme ça que je suis tombée sur Max Ritcher pour le roman  « #tempête ». De Max Ricther, je suis passée à celle de Shutter Island. J’ai donc trouvée ma bande originale sans la connaître à l’avance, par inadvertance.


On reste dans la musique, avec ton travail sur Peer Gynt et Casse-Noisette (9). Comment adapter un conte qui va être produit en musique et en bande dessinée projetée ? 

Andoryss : Peer Gynt était super compliqué. J’étais obligée de tenir compte de la musique car c’était une bande dessinée sans parole. Il fallait que les planches apparaissent à l’écran selon un certain timing correspondant à la musique qui allait être jouée. On m’a donné l’ordre et la temporalité des morceaux. Je suis allée chercher la musique, je les ai enchaîné pour les avoir dans le bon ordre et la bonne temporalité et j’ai écrit avec ça. Je mettais des timer pour que ce que j’écrive, c’est ce qu’on entende. C’était un travail de grande précision. Notamment, à un moment, Peer Gynt sort d’une caverne et Solveig fait sonner les cloches. Je voulais qu’au moment où les cloches résonnent, le lecteur arrive sur la case où on les voyait sonner. C’était du travail de chirurgie. Ça a été compliqué à cause de ça. Cette année, on adapte Casse-Noisette et c’est beaucoup plus simple, parce qu’il y a un conteur. Cette personne va parler entre deux morceaux de musique et après, les images vont raconter ses paroles pendant que la musique est jouée. C’est quelque chose de beaucoup plus facile à faire. Si l’image n’est pas au bon moment, ce n’est pas grave il y a eu le conte avant.   

Comment travailles-tu ?

Andoryss : Pour tout ce qui est scénario, je l’ai fait toute seule. Il a fallu que j’explique à l’orchestre de Paris que j’avais besoin des morceaux de musique et de leurs successions. Ils ont mis du temps à me les fournir, parce que c’est le chef d’orchestre qui les choisissait. On ne savait pas quel morceau allait être joué. À partir du moment où je l’ai su, j’ai travaillé toute seule sur le scénario et après, j’ai travaillé en partenariat avec Noémie Chevalier, l’illustratrice, puis avec l’orchestre de Paris pour ajuster le tout. Mais au départ, je suis toute seule sur le scénario.

Nous sommes en novembre, est-ce que la to-do list 2019 est remplie ?    

Andoryss : Pas du tout. De temps en temps, la vie arrive avec un marteau et fait voler ton emploi du temps en éclats. J’aurai dû finir deux romans d’ici la fin de l’année, ce n’est pas fait. J’ai encore l’espoir de finir l’un des deux ! Je ne finis jamais mes to-do list. Elles sont toujours trop chargées. Le but n’est jamais de les réaliser, mais de prioriser mon emploi du temps. Ça me sert également de point de repère à l’horizon vers lequel je tends. Si je fais dix kilomètres au lieu de vingt, ce n’est pas grave, je suis toujours dans la bonne direction.

On peut dire que tu es une geek. Comment travailles-tu maintenant que technologie doit rimer avec éthique et écologie ? Fais-tu des choix de logiciels, de matériel ?

Andoryss : Je le fais parfois. Mon moteur de recherche par défaut c’est Ecosia, mais de temps en temps, je ne trouve pas ce que je veux, alors je repasse sur Google, parce que Ecosia est « moins » efficace que Google. Mais « j’aime bien mes chaussons ». Je suis habituée à Word et je ne suis pas passée sur OpenOffice. J’essaie effectivement mais les logiciels libre de droits n’étant pas ceux sur lesquels j’ai appris, je m’en sers extrêmement peu parce qu’il y a une forme de satisfaction à retrouver un logiciel qu’on maîtrise. Ça fait des années que sur l’impulsion de Lionel Davoust, je devrais passer à Scrivener. J’ai fait le tutoriel, j’ai trouvé ça génial. Sauf que comme ça va me demander un travail d’adaptation, je refuse systématiquement d’y passer complètement.

Aux Utopiales, tu es modératrice, tu passes à une autre étape. Quel est ton sentiment ? 

Andoryss : Comme à chaque fois que je fais quelque chose… J’ai un gros syndrome de l’imposteur (rires). C’est quelque chose qui est difficile à combattre. À un moment, j’ai eu un manque de légitimité parce que je n’avais pas fait d’études littéraires et que j’étais autrice. Pendant très longtemps, je ne me suis pas sentie à ma place. Puis, il y a eu des petits détails qui m’ont remis dans le droit chemin… Par exemple, j’ai assisté à une masterclass de Lionel Davoust sur la création d’histoires. Quand il m’a vu rentrer, Lionel m’a demandé :
« Qu’est-ce que tu fais là, Mélanie ? Tu sais créer et raconter des histoires.
— Je n’en sais rien, je ne sais pas. »
Pendant la masterclass, il nous a fait faire quelques petits exercices et les réponses m’ont semblé évidentes. Je suis sortie en me disant que j’étais capable d’être pertinente sur certaines choses. Par ajout de petites pièces où je me disais que j’étais pertinente, j’ai pu étouffer mon syndrome de l’imposteur sur l’écriture de scénarios et de romans. Maintenant, on me demande de modérer des tables rondes. C’est nouveau, donc je suis à nouveau une impostrice… On en reparle dans trois ans !

La dernière question vient de Charlotte Bousquet, ton éditrice sur Le Passageur :  « Passageuse ou Pythie ? »

Andoryss : Définitivement Pythie. Le Passageur se soumet à un pouvoir qui lui est supérieur et dans lequel il doit aider les gens. La Pythie, c’est quelque chose qui lui tombe dessus. Elle est obligée de le faire, sinon elle devient folle et en même temps, c’est à la fois une malédiction et quelque chose qui est complètement incontrôlable. Le Passageur contrôle ses voyages dans le temps, et le fait de répondre aux âmes dévoreuses. Il y a une forme de maîtrise qui n’existe pas chez la Pythie. Je me sens plus Pythie. Je ne suis pas en contrôle de mes histoires, je suis un vecteur. J’ai vraiment l’impression d’être cette élue d’Apollon qui est traversée par la volonté du dieu et qui n’a pour vocation que de le restituer à la bonne personne. Moi, en tant qu’autrice, je me sens traversée par mes histoires et je suis en charge de les restituer. Je suis une Pythie.

Merci à Andoryss d’avoir accepté cette rencontre, malgré un emploi du temps surchargé.
Merci à Marielle pour les corrections.
Merci à Charlotte Bousquet et David Chauvel pour les questions.

(1) (2) (3) (7) sont des bandes dessinées éditées aux éditions Delcourt. 
(7) L’interview de David Chauvel vient du site Tout en BD.
(4) Les âmes silencieuses est un roman paru aux éditions du Seuil
(5) L’architective est un roman paru aux éditions Castelmore
(6) Le passageur est une série de romans parus aux éditions Lynks
(8) Votre intuition sait quoi écrire, alors écartez-vous de son chemin
(9) Casse-Noisette est un concert en famille par la Philharmonie de Paris. Le concert se déroulera le 30 novembre. Il n’y a plus de place.

Les citations de Ray Bradbury et Andoryss sont issus du blog de l’autrice

HORRIFIKLAND

Mickey, Donald et Dingo dirigent une agence de détectives privés. Leur dernière cliente leur demande de ramener son chat. Ce dernier traîne souvent dans le vieux parc d’attraction : Horrifikland. Alors que Mickey s’empresse de s’équiper, Donald hésite. Selon lui, il y a plein de moustiques et des fantômes se baladent dans le parc. Les trois détectives entrent dans le parc sans avoir idées des surprises qui les attendent !

Pour ce 8e titre de la collection Disney, les éditions Glénat s’attachent les services de Lewis Trondheim et Alexis Nesme, respectivement aux postes de scénariste et dessinateur. C’est la troisième fois que Lewis Trondheim se retrouve sur la collection, après les tomes Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest aventures. Tous les deux dessinés par Keramidas.
Si l’histoire est simple (Nos héros doivent retrouver un chat dans un ancien parc d’attraction), Lewis Trondheim écrit une intrigue faites de surprises où l’enquête devient une folle équipée. L’auteur n’oublie pas toutes les possibilités que peuvent renfermer un ancien parc d’attraction : automates en tous genres, trappes, effets spéciaux… C’est un festival d’idées drôles et effrayantes à la fois. Oui, on peut être dans un esprit Walt Disney tout en « effrayant » le lecteur. N’oublions pas la projection du court-métrage La Danse Macabre en 1929. Les personnages ne sont pas oubliés. Si Mickey reste un personnage courageux et malin, Dingo reste un étourdi naïf et Donald un faux courageux. On aura la surprise d’apercevoir un vieil ennemi de notre souris et non… Malgré le thème fantomatique, ce n’est pas le Fantôme Noir.
Découvert avec la série Les enfants du Capitaine Grant, Alexis Nesme propose un univers rétro : maisons de guingois, cimetières gothiques, architectures délirantes… Mickey n’est pas en reste puisqu’il est habillé uniquement de sa célèbre culotte rouge. Les trouvailles graphiques sont magnifiques et pourtant simples : des ombres, des éclairages inquiétants, des décors qui rappellent les films de la Hammer. Le dessin est magnifique, vivant, mais Alexis Nesme a une particularité : la couleur. Qu’il soit question de la lumière des maisons, de celle des costumes ou de la nuit, l’auteur n’a pas son pareil pour nous plonger dans l’ambiance.


Sous-titrée Une terrifiante aventure de Mickey Mouse, Horrifikland joue avec nos peurs enfantines : fantômes, clowns, vampires, insectes, ambiance macabre… Tout est là pour nous faire réagir. On ne se lasse pas de cette histoire qui oscille entre rires et frissons.

HORRIFIKLAND, UNE TERRIFIANTE AVENTURE DE MICKEY MOUSE
SCENARISTE : LEWIS TRONDHEIM
DESSINATEUR : ALEXIS NESME
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

RENCONTRE AVEC LE COORDINATEUR DU PRIX COMICS ACBD

Le 25 octobre prochain, lors de la Comic-Con Paris, l’ACBD remettra pour la première fois, le Prix Comics ACBD de la critique. Nous avons rencontré Yaneck Chareyre, le coordinateur du prix.

Bonjour Yaneck,

Qu’est-ce qu’un comics ?

Pour faire simple c’est une bande dessinée publiée aux États-Unis ou en Angleterre. Le champ du comic-book, c’est vraiment de la bande dessinée anglo-saxonne, même s’il a pu essaimer de part le monde.

Quelle a été la réaction de l’association ACBD quand tu as demandé la création d’un Prix Comics ?

Ce n’est pas moi qui l’ai demandé. C’est Aurélien Pigeat, il y a deux ans, à la fin d’une assemblée générale de l’ACBD (Association des Critiques et Journalistes de Bande Dessinée ndlr). Pour lui, c’était un souci qu’il n’y ait pas de prix de la bande dessinée américaine, au vu de l’importance que prenait dans notre pop-culture, les univers liés aux comics-books. Florian Rubis et moi avons renchéris sur ce constat. Le bureau de l’ACBD m’a confié une mission d’évaluation du projet. Celle-ci s’est faite durant l’année 2018 et nous avons rendus nos analyses lors de l’assemblée générale 2019. L’association et ses membres ont validé le principe d’un prix. A une énorme majorité, celui-ci a été considéré comme une très bonne idée, comme une logique que notre milieu reconnaisse un genre qui était là avant les mangas et qui était délaissé depuis des années.

Comment s’est déroulée la sélection ? Quels en sont les membres ?

Il se compose de quatre personnes. Il y a Florian Rubis qui écrit notamment pour ActuaBD.com.  Il est aussi monteur d’exposition consacrée à la bande dessinée anglo-saxonne et surtout britannique. Il y a Aurélien Pigeat qui fait aussi partie d’ActuaBD.com. Il est aussi le nouveau responsable du Prix Asie. Il y a aussi Bernard Launois qui écrit pour Auracan.com et moi, en tant que journaliste pour Zoo.
Nous avons validé l’existence du prix au mois de mars, lors de l’assemblée générale de l’ACBD. Depuis, on se soumet les titres qui nous semblent les plus pertinents. Tout au long de l’année, on utilise les réseaux sociaux pour les faire découvrir, pour les commenter, mais aussi pour demander aux éditeurs des copies numériques pour la sélection. Nous nous sommes réunis début septembre virtuellement pour épurer la liste et déterminer la sélection finale. Nous avions une vingtaine de titres sur six mois. On fera sans doute mieux l’année prochaine. Nous avons fait une première liste de dix titres, avec certains éditeurs qui en avaient deux. Nous avons discuté, échangé et sous forme de consensus, nous sommes arrivés à bâtir une sélection. Elle fait la part belle aux deux grands univers historiques qui sont Marvel et DC, par l’entremise des éditions Panini Comics et Urban Comics. Les deux autres éditeurs sont des défricheurs de talents. Nous avons Tumultes chez Presque Lune et Pour l’amour de Dieu Marie chez Cambourakis.

Dans la sélection, pourquoi ne pas prendre que des titres super-héroïques ou au contraire n’en prendre aucun ?

La définition que je viens d’en faire- qui n’est pas celle de l’ACBD-mais qui se recoupe là-dessus- ne tient pas compte de ces questions-là. Ce n’est pas un critère discriminant. La définition de l’ACBD pour le Prix Comics ACBD de la Critique : nous primons un album publié en anglais, dans un pays de culture anglophone et traduit en français pour les pays francophones. On n’est pas loin de ce que j’ai dit. La définition officielle est là pour se garder des portes ouvertes sur d’autres univers culturels, pour ne rien se fermer. La bande dessinée franco-belge c’est autant Thorgal, La Famille Passiflore ou Le déclic de Manara. Le comic-book, c’est de l’indépendant, du mainstream avec de la science-fiction, du polar, du super-héros, etc. On ne voulait se fermer aucune porte. On a essayé de faire en sorte que la sélection finale des cinq titres soit à la hauteur de cette diversité de production.

Dans cette sélection, on est plutôt dans les genres : fantastique, polars, etc. Vous n’avez-pas peur de laisser des lecteurs sur le chemin ?

Je ne crois pas. On a beaucoup de diversités. Pour l’amour de Dieu, Marie raconte la façon dont une jeune fille, élevée dans une culture anglicane, va pousser un petit peu loin le mantra : « Aimez-vous les uns, les autres ». On est sur quelque chose de très politique : sur la place de la femme, celle de la femme par rapport à la religion anglicane et donc au christianisme. C’est une bande dessinée engagée avec un dessin qui flirte avec les influences japonaises. Tumultes est un polar psychologique, Multiversity est un récit de super-héros méta-analytique, Mister Miracle, C’est du super-héros revu et corrigé. Quant à X-Men Grand Design, c’est un récit de super-héros à la sauce indé ! Le seul reproche que je pense qu’on puisse faire à cette sélection et c’est assumé volontairement, c’est un caractère élitiste. C’est le propos du prix : nous nous demandons, journalistes et critiques, de déterminer quels sont les meilleurs albums de l’année. Cela nous amène à avoir des titres qui ne seront pas nécessairement très grand public et qui ne seront pas les plus classiques. Il n’y aura pas forcément Captain America ou Walking Dead. Mais ce genre de séries pourront trouver leurs places dans la sélection à l’avenir. Par exemple, nous avons beaucoup hésité sur le Batman White Knight de Sean Murphy, mais il ne rentrait pas dans les critères, en termes de délais. A un mois près, il y aurait eu du Batman dans la sélection.

Hors sélection, on remarque qu’il y a un choix varié d’éditeurs.

Sur le Prix Comics, on s’est résolu à mettre deux titres des éditions Urban Comics, sur les cinq de la sélection. On aurait aimé idéalement avoir cinq éditeurs pour une vraie diversité éditoriale. Du coup, on utilise nos recommandations pour dire aux gens qu’il y a beaucoup de choses, différents éditeurs et des univers variés. C’est un moyen pour nous d’avoir tous les éditeurs qui publient du comic-book et de citer un titre de chez eux globalement. Ça permet d’avoir une sélection qui dise :  » La bande dessinée américaine, aujourd’hui en France, ça ressemble à ça et ce sont ces acteurs-là qui la font ». Malheureusement, on a oublié des éditeurs, comme Le Snorgleux. Je l’ai redécouvert récemment. Il avait toute sa place dans les recommandations.

Est-ce qu’un Prix Comics pourrait devenir Grand Prix de la Critique?

Techniquement, ce serait possible. On s’est posé la question dans l’association. Les albums qui sont dans la sélection du prix pourront se retrouver dans la sélection du Grand Prix. L’an dernier, Moi, ce que j’aime c’est les monstres a été primé. C’est un comic-book et il aurait été impensable de ne pas l’intégrer à un Prix Comics. On aurait sans doute été obligé de le primer deux fois, ce qui nous aurait causé du tracas, sur des questions de principes, mais ça aurait été mérité.

Vous êtes partenaires de la Comic-Con Paris. Comment ça se déroule ? Est-ce qu’une personne de la Comic-Con vote pour le prix ?

Non, ils ne votent pas. La Comic-Con Paris a accepté de nous recevoir pour la remise de ce prix. Nous les avons démarchés parce qu’à notre sens, c’est aujourd’hui, en termes de festival comics, la marque la plus connue, en France. Il y a de nombreuses initiatives qui se développent, comme la Lyon Comic-Gone, le Toulouse Game Show, le Roubaix Comics festival, etc. Il y a pleins d’événements qui existent en France, mais avec tout le respect dû à ces festivals, que j’espère pouvoir visiter un jour, Comic-Con, c’est une marque internationale, extrêmement connue et qui va toucher des publics différents. On est allé les voir parce qu’on recherchait un espace médiatique pour remettre ce prix. Ils ont accepté qu’on soit partenaires. Le lauréat sera annoncé lors de la Comic-Con et le prix sera remis lors d’un panel avec des invités, le vendredi 25 octobre. Ce panel permettra de débattre autour de l’œuvre ou des auteurs primés. Ainsi se clôturera cette première édition du Prix Comics ACBD de la Critique. . En attendant, les membres de l’ACBD votent, ils ont jusqu’au 10 octobre. Après, il nous restera à préparer la conférence !

Comment as-tu découvert les comics ?

Un été, petit, mon grand-père maternel m’offre un comics de retour d’une braderie. C’est un Special Strange avec Iron-Man en couverture. Je ne sais plus lequel, mais ça doit être déjà la période Semic. Quelques années plus tard, je me fais opérer des amygdales. Pour ne pas m’ennuyer, mon grand-père m’offre un comics. Je me souviens très bien de celui-ci. C’est le recueil kiosque de La guerre du pouvoir, avec Adam Warlock et Le mage. C’est le premier comics que j’ai lu, avec une palanquée de personnages. J’ai commencé là. J’ai suivi Strange sous le format de trois magazines reliés. En janvier 1995, j’achète mon premier Strange mensuel et je n’arrêterai plus d’acheter de magazines kiosques comics jusqu’en 2017. 

Comment as-tu évolué ? Tu ne lis pas que du super-héros.

J’ai toujours lu de tout. A côté de Strange, je lisais Noritaka, le roi de la baston, Alix, etc. J’avais cet éclectisme et naturellement ça m’a amené à tester d’autres univers. Du côté des comics, ça doit être vers 1997, quand Thierry Mornet était à la barre chez Semic. Il commençait à publier des comics indépendants. Je pense que j’y suis venu par le kiosque et puis après… Pas de limites !

Que conseillerais-tu à une personne qui voudrait commencer le comics ?

Commencer par UN comics, ce n’est pas possible… Le plus simple, c’est de commencer par du Batman. Prenez le Batman Silence par Jeff Loeb et Jim Lee. Si vous voulez du super-héros, c’est celui-là que vous allez prendre, mais comme on l’a dit, le comics ce n’est pas que du super-héros. Si vous ne devez en retenir qu’un, allez lire Maus d’Art Spiegelman ! C’est de la bande dessinée américaine, c’est du comic-book et il n’existe pas de meilleure bande dessinée au monde, à mon avis !

A quel moment as-tu senti qu’on commençait à reconnaître le comics ?

Il y a plusieurs choses. Le développement de l’audience du comic-book se fait malgré tout largement par l’entremise du cinéma. Dès Blade, le film avec Wesley Snipes, on montre qu’avec un personnage de seconde zone de comic-book, on peut faire un film stylé et vendeur. Le film X-Men de Bryan Singer fait la même chose avec des personnages que tout le monde connaît. On peut faire un film qui a du sens, de la profondeur. Tout ça vient créer un éco-système dans lequel Marvel Studios va s’épanouir et montrer qu’ils peuvent adapter leur médium et leurs personnages avec respect et sérieux, ce que beaucoup de films ne faisaient pas avant. Ça n’a pas créé beaucoup de lecteurs, car le lectorat, même aux États-Unis ne se développent pas grâce aux films. Par contre, ça a permis de ramener la culture comics dans une forme de respectabilité. A partir du moment où un film de super-héros peut avoir du sens, où il peut faire des millions de ventes de billets… A ce moment-là, les gens le regardent différemment. Dans le même temps, les éditeurs français sont partis en recherche de matériel moins coûteux à publier. Payer des droits d’adaptations sur une bande dessinée étrangère coûte moins chère que de publier un auteur français. Je pense que les mouvements ont été concomitants. Les éditeurs de bande dessinée franco-belge sont venus de plus en plus vers le comics. On peut citer le travail de Benoît Peeters dans la collection écritures (aux éditions Casterman ndlr) qui a notamment fait découvrir Craig Thomson et qui a montré tout le potentiel de la bande dessinée américaine aux amateurs de « roman graphique ». C’est venu de pleins d’angles différents et aujourd’hui, un peu comme Antoine de Caunes demande : « C’est quoi la pop-culture ? », le comic-book, la bande dessinée américaine, ce n’est plus seulement la bande dessinée pour enfant, ce qu’elle était quand je l’ai connu. Elle a évolué, elle a fait des propositions différentes, elle a su aborder tous les genres, ce qu’elle faisait moins avant. Le public américain s’est diversifié et nous en avons bénéficié. On est sur un exemple de mondialisation culturelle, dont je ne me plaindrais pas.

Journaliste à 
Zoo, membre de l’ACBD, sélectionneur du prix comics, futur auteur, on ne t’arrête plus. Jusqu’où veux-tu aller ?

C’est extrêmement prétentieux, mais j’espère un jour écrire un livre d’analyse sur la bande dessinée. Ce sera l’évolution à terme. J’ai un sujet ou deux qui me touchent. J’aimerai travailler avec mon épouse sur l’un de ses centres d’intérêts professionnels : le vieillissement. L’un des miens est la question du handicap dans la bande dessinée. J’ai déjà travaillé dessus, mais j’aimerai en faire quelque chose de plus poussé. Un jour, ça arrivera, je ne suis pas pressé, j’y vais étape par étape et je guette les opportunités lorsqu’elles se présentent. J’ai parlé de Peeters, plus tôt. Mon modèle, c’est lui. Un jour quand je serai grand, je serai Benoit Peeters. Il reste pas mal de travail encore pour y parvenir…

Retrouvez en lien, les cinq titres sélectionnés

L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI-LES CARNETS RETROUVES

Daniel Dravot et Peachey Carnehan se sont mis en tête de quitter l’Inde. Les deux aventuriers veulent devenir rois du Kafiristan. Un illustrateur, Armel Gaulme, accompagne le fabuleux périple. Ces croquis apportent une nouvelle dimension au récit.

La nouvelle de Rudyard Kipling est connue, mais moins que son adaptation cinématographique. Filmée par John Huston, interprétées par Sean Connery (Daniel Dravot), Michael Caine (Peachey Carnehan) et Christopher Plummer (Rudyard Kipling), cette fresque est tout simplement magistrale. Le livre des éditions Caurette nous en apporte une autre facette.
Le récit est scindé en deux parties. La première comme une mise en bouche présente les personnages que sont les aventuriers et leur projet. Le deuxième est un témoignage de Peachey Carnehan. Un témoignage singulier puisqu’il est raconté sous forme narrative et Peachey, devenu fou, le fait soit à la première, soit à la troisième personne. Un style qui pourrait perdre le lecteur, mais en fait, il n’en est rien. Rudyard Kipling nous montre tout à la fois l’exotisme de l’Inde, son climat, mais aussi sa lourdeur administrative (alors colonie britannique), sans oublier le racisme du narrateur envers les indigènes. A l’opposé, on suit Daniel Dravot qui devient peu à peu fou de son propre pouvoir. En un cours texte, nous avons les deux faces d’un gouvernement. Celui, déjà établi par un empire Britannique, l’autre, en devenir, qui est entre les mains de deux aventuriers, deux escrocs, qui le savent eux-mêmes. Le ton, le style font penser à un documentaire. Lorsqu’on lit la nouvelle, on voit le Kafiristan, on sent la poisseur de l’Inde et on suit avec avidité l’élévation puis la chute de Daniel et Peachey. N’oublions pas toute la part maçonnique qui est présente dans le livre. Rudyard Kipling faisait partie d’une loge et sa nouvelle montre plusieurs éléments maçonnique : le rouge de la barbe de Daniel Dravot, le tablier, le fait de parler des francs-maçons aussi.
La présente édition ajoute une part de réel, dans cette oeuvre (fictive?). Armel Gaulme a retrouvé dans son grenier le carnet d’un aïeul qui se prénommait comme lui. Le carnet suit les aventures de Daniel Dravot et Peachey Carnehan, mais il ajoute Rudyard Kipling comme témoin ! Le narrateur de la nouvelle serait donc l’auteur lui-même. Un Daguerréotype en quatrième de couverture tend à prouver la véracité des illustrations. L’homme qui voulut être roi serait donc un témoignage ?
Les dessins ne sont pas que des croquis tracés à la va-vite ! Ce sont des crayonnés détaillés; quand je dis détaillé, c’est que chaque paysage, chaque personnage ou objet est minutieusement retranscrit, voire découpé. Comment ça fonctionne, comment les personnages s’habillent, quel est l’intérieur… Armel Gaulme donne une vision du témoignage de Peachey Carnehan qui permet de toucher cet univers qui n’est plus. Ça ne pourrait être que du crayon, mais c’est bien plus avec les jeux de lumières, la précision du trait et en même temps, ce remplissage qui serait presque brouillon.
Pour ajouter au côté réel/irréel, nous avons les témoignages de Jean-Christophe Caurette, Armel Gaulme ainsi que celui d’Erik Lhomme. Ce dernier avait été au Kafiristan, il y a quelques années pour un « chasse » au Yéti !
La police utilisée est très agréable. Renseignement pris auprès du graphiste (Philippe Poirier ndlr), c’est celle de Mrs Eaves. L’ensemble est agréablement espacé et permet de « souffler » entre les mots. A l’opposé, l’écriture manuscrite d’Armel Gaulme est resserrée, minuscule, difficilement lisible. C’est la seule chose à reprocher sur cette édition. Les illustrations, quoique magnifiques sont imprimées sur fond perdu. En étant agrandies, elles auraient gagnées en lisibilité. C’est un infime détail sur une édition de qualité.

L’Homme qui voulut être roi-les carnets retrouvés permet de toucher au plus près l’Inde du XIXe siècle ainsi que le Kafiristan. Le texte de Kipling, associé aux illustrations de Gaulme ainsi que les textes explicatifs, permettent aux lecteurs de se questionner : est-ce vrai ?

L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI-LES CARNETS RETROUVES
AUTEUR : RUDYARD KIPLING
ILLUSTRATIONS : ARMEL GAULME
EDITIONS : CAURETTE

SUPER MICKEY

Dingo a toujours eu un fond gentil, mais il est plus connu pour ses maladresses. Une nuit, pendant qu’il se rêve en super-héros, une météorite s’écrase dans son jardin. Au matin, des cacahuètes ont poussé. Quand Dingo en ingère une, il devient Super-Dingo. Si ses pouvoirs lui permettent de faire le bien, sa maladresse est toujours présente. Heureusement, Mickey veille…
Quand on annonce que Pieter de Poortere, l’auteur de la série Dickie fera un album de la collection Disney autour de Super-Dingo, le lecteur peut être surpris. L’auteur a l’habitude de raconter des gags bêtes et méchants, alors que le personnage de Dingo est plutôt bête, mais gentil. Autant vous dire que l’album est une jolie surprise !
L’auteur ne déroge pas à ses règles : l’album est muet et les pages sont découpées en autant de cases (le gaufrier ndlr). Pour le lecteur adulte, cette relecture de Super-Dingo est une madeleine de Proust dans l’univers Disney. On aura plaisir à croiser Mickey, Minnie, Horace, Clarabelle, ainsi que les adversaires : Pat Hibulaire, Lafouine, les Rapetout. Les références sont nombreuses, qu’elles soient issues de films (King-Kong, Superman) ou du patrimoine Disney. Si, à l’opposé du grinçant Dickie, Super Mickey est jovial, l’auteur ne peut s’empêcher de se moquer de l’univers du super-héros. Le personnage de Dingo, très humain, est parfait pour être un super-héros très ordinaire. Quand les Fantomiald, Batman ou Spiderman combattent pour la paix dans leur ville, le monde ou l’univers… Super-Dingo fait la vaisselle, achète les courses etc. N’oublions pas qu’une partie de l’histoire le montre malade. Dans ce cas, il est victime et criminel à la fois, car un super-héros devient super-malade… On ne vous en dira pas plus.
Dans cette débauche de cases, les détails ne manquent pas et le gag visuel fonctionne complètement. On apprécie le fait de tout comprendre, alors que l’album ne comprend que quelques onomatopées. Une bonne idée qui permet de mettre le livre dans les mains de n’importe quel lecteur et ce, quelque soit son âge ! En bonus, quelques jeux nous rappellent ces moments à jouer dans le journal de Mickey ou de celui de Picsou.
Malgré ces bonnes idées, il y a quand même une chose que nous trouvons dommage. Si les histoires tournent autour du personnage de Dingo et de son alter-ego super-héroïque, pourquoi avoir comme titre Super-Mickey ?

La collection Disney s’enrichit d’un nouveau titre après le très apprécié Horrifikland. Surprise, c’est l’auteur de l’incisif Dickie, Pieter de Poortere. C’est drôle, joliment imagé et les lecteurs, petits ou grands ne pourront qu’être ravis à la re-lecture super-héroïque de l’univers Disney

SUPER MICKEY
AUTEUR : PIETER DE POORTERE
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

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RENCONTRES BANDE DESSINEE RENNES : SAMOURAÏ

La semaine dernière, les soirées bandes dessinées reprenaient à l’heure du jeu. Le duo d’animation, Yaneck et Nicolas était présent. Cette soirée mensuelle se déroule le deuxième jeudi. Une thématique est donnée. Yaneck et Nicolas proposent une sélection quelque soit le style graphique. Les personnes présentent peuvent aussi présenter des albums dans la thématique de la soirée. Pour cette première, le thème était celui du samouraï.
Nous avons commencé par un court historique du samouraï. Quelles sont les caractéristiques, son code moral, etc.
La sélection présentée abordait tous genres graphiques : franco-belge, comics et manga. Si certaines montrent un côté historique (Kaze no sho, Kogaratsu), d’autres jouent avec les codes (5 ronin, Space Usagi, Heart braker). Nous aurons également du Star Wars. Si l’univers s’étend au-delà du cinéma, le rapprochement avec l’univers du samouraï est évident : vêtement, masque de Dark Vador, etc.
A noter que Lone wolf & cub est un classique du manga au Japon, au point qu’une adaptation cinématographique a été réalisée : Baby Cart.
Que pouvons-nous en retirer ? Si le samouraï a des valeurs universelles, on utilise encore beaucoup les clichés. La sélection de Yaneck et Nicolas puise dans tous les genres : franco-belge, comics, manga. La période sélectionnée (1983- 2019) montre que le thème du samouraï est toujours aussi prolifique qu’il soit question de genre historique, fantasy, science-fiction ou action.

Quant aux deux animateurs, ils sont un spectacle à eux tout seuls. Fonctionnant comme Laurel et Hardy ou Chapi Chapo, ils ont deux manières très différentes de présenter les albums sélectionnés. Les voir se chamailler pour un mot, une expression reste une expérience inoubliable.

La prochaine soirée aura pour thème les fantômes, en partenariat avec le festival Court-Métrange. Rendez-vous le 10 octobre !
les soirées sont annoncées sur la page Facebook homonyme.

Sélection de la soirée :
Lone wolf & cub : Kazuo Koike-Goseki Kojima
28 tomes
Editions : Panini

Kaze no sho : Ken Furuyama- Jiro Taniguchi
Tome unique
Editions : Panini

Ronin : Frank Miller
Tome unique
Collection : DC deluxe
Editions : Urban comics

Samuraï : Jean-François Di Georgio-Frédéric Genêt/Cristina Mormil
12 tomes
Editions : Soleill

Kogaratsu : Bosse-Michetz
13 tomes
Editions : Dupuis

Le masque aux mille larmes : Daivd Chauvel-Roberto Ali
1 tome
Editions : Dargaud

Tanka : Toppi
Tome unique
Editions : Mosquito

5 Ronin : Pete Mulligan-collectif
Tome unique
Collection : Marvel graphic novels
Editions : Panini

Tokyo ghost : Rick Remender-Sean Murphy
Deux tomes
Collection : Urban indies
Editions : Urban Comics

Space usagi : Stan Sakai
tome unique
Collection : Comics
Editions : Paquet

Heart braker : Collectif d’auteurs
hors-série
Collection : Doggy bags présente
Label : 619
Editions : Ankama

Dark vador : Kieron Gillen-Salvadore Larroca
4 tomes
Collection : 100% Star wars
Editions : Panini