ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ

Un homme, auteur de bande dessinée de son état, souhaite payer ses courses, mais il a oublié la carte de fidélité du magasin. A la suite d’un malentendu, il s’enfuit. A partir de cet instant, cet inconnu va devenir la personne la plus recherchée de France. Les médias s’en mêlent, ne cessant de mettre la pression sur cet homme qui a oublié sa carte de magasin.

Quand Fabcaro publie en 2015 Zaï zaï zaï zaï, il ne s’attend certainement pas à un retour dithyrambique. Il reçoit plusieurs récompenses dont celui du Grand Prix de la Critique ACBD. Très vite, on annonce des adaptations théâtrales dont celle d’Amandine Marcq et François Pioc. La compagnie Légère Eclaircie interprète avec justesse cette fuite rocambolesque d’un auteur de bande dessinée, obligé de partir en cavale, à cause d’une carte de fidélité. L’adaptation est minimaliste. Il y a peu de décors permettant ainsi aux comédiens de changer de scène et aux spectateurs de s’immiscer plus facilement dans le contexte. A la façon d’un puzzle, Chaque séquence de la bande dessinée est rejouée, presque à l’identique, comme autant de sketches. Si on n’a pas les moyens de nous faire voyager d’un endroit à un autre (poste de police, la Lozère, un groupe de gospel, une famille qui part en vacances, etc) le texte, la mise en scène et le talent des comédiens font le reste. Dans ce minimalisme, on oublie souvent combien la régie est importante. Ici, la régie son a permis de mettre en valeur certaines séquence et d’accompagner les comédiens pour les chansons (oui, on chante dans l’univers de Fabcaro). On regrettera tout de même un manque de rapidité dans les enchaînements. Si dans l’œuvre originale, du fait de la lecture, les séquences peuvent être lentes, l’adaptation scénique peut être plombée du fait de ce tempo. Un peu plus de rapidité aurait été bienvenu. On entre complètement dans l’univers de Fabcaro. Tour à tour drôle, cynique, trash, avec un je-ne-sais-quoi de fataliste, le texte n’épargne rien, ni personne. Apparemment, la plupart des spectateurs n’avaient pas lu Zaï zaï zaï zaï, mais la salle réagissait de bon cœur. un vrai triomphe pour cette adaptation !

Ce spectacle a été présenté dans le cadre de Théâtre ici et là. Pendant 3 mois, la FETAAR (Fédération de Troupe de Théâtre Amateur de l’Agglomération Rennaise) propose des spectacles dans l’agglomération rennaise. Ca se passe dans les MJC, au Thabor, dans le parc de Maurepas. les propositions sont variées : Le legs de Marivaux, Il était une fois..Ou pas de Roald Dahl, Arsenic et vieilles dentelles de Joseph Kesselring ou Opéra panique d’Alejandro Jodorowsky. Une autre salve sera proposée cet automne.

ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ
MISE EN SCENE : FRANCOIS PIOC ET AMANDINE MARCQ d’après la bande dessinée de Fabcaro aux éditions 6 pieds sous terre
COMPAGNIE : LEGERE ECLAIRCIE

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THE DARK KNIGHT RISES

 

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Attention, certaines scènes clés sont dévoilées

Ça fait huit ans que Batman a disparu. Lui et le commissaire Gordon ont fait en sorte que l’esprit du chevalier blanc de Gotham (Harvey Dent) reste aux dépens du chevalier noir. Cette tactique est un succès. De son côté, Bruce Wayne n’est pas réapparu non plus. Mais divers incidents vont le faire sortir de sa grotte : L’entreprise familiale est dans une situation critique, une voleuse joue au chat et à la souris après lui avoir dérobé un bijou et le mystérieux Bane fait son apparition.

Lors du précédent film, The Dark Knight, Christopher Nolan nous avait laissé avec un goût amer dans la bouche. Batman devenait un fugitif et un hors-la-loi. Comment faire revenir le chevalier noir après un tel final ? Selon les médias, Christopher Nolan s’est inspiré de la saga Knightfall pour bâtir son film. Exact, mais il y en a d’autres références selon moi. Le premier tome de Knightfall (paru chez Urban Comics) montre peu à peu la déchéance de Batman face à ses divers ennemis et la montée de Bane en tant que méchant « ultime » (brutal et intelligent). Tout est en place pour briser notre héros. Cette saga, parue en 1992, fait partie de cette période où DC remet en question ses personnages phares (C’est à cette époque que Superman meurt). Il y a deux autres inspirations au film. La première est la série Gotham Central (Paru Chez Panini lorsqu’ils avaient les droits). Crée par Greg Rucka et Ed Brubaker, elle raconte le quotidien des forces de police de Gotham. Si on y parle de Batman, celui-ci n’est pas souvent présent. L’autre inspiration vient de la saga No man’s land (inédit chez nous) où le gouvernement des Etats-Unis isole Gotham, suite à un cataclysme.

Ce troisième volet, qui se veut une conclusion de la trilogie est presque une redite des deux premiers films. On y retrouve deux idées majeures : Gotham est pourrie, on isole la ville pour mieux la détruire. Ceux qui voulaient admirer Batman resteront sur leur faim, puisque le film montre sa chute, puis une absence prolongée. A sa place, Bruce Wayne essayera de reconstruire sa vie, malgré les agissements de Selina Kyle et de Bane. Selon moi, Christopher Nolan montre un passage de témoin. Gotham n’a plus besoin de Batman, elle peut se défendre autrement. Côté interprétation, on saluera la prestation de Michael Caine et de Gary Oldman, ainsi que la non-prestation de Marion Cotillard. Si le scénario ne se montre pas tout à fait à la hauteur du précédent (la barre était haute), la réalisation de Christopher Nolan est impeccable. Il restera de sa trilogie un univers proche de la réalité, un questionnement sur la logique du héros (doit-il sacrifier sa ville pour mieux la reconstruire) et des interprètes remarquables.

THE DARK KNIGHT RISES
RESALISATEUR : CHRISTOPHER NOLAN

THE AMAZING SPIDER-MAN

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Enfant, Peter Parker a vu ses parents fuir, le laissant entre les mains de son oncle et sa tante. Adolescent, il retrouve la trace d’un ancien collègue de son père, le docteur Curtis Connors. Lui rendant visite au laboratoire qui l’emploie, Peter se fait piquer par une araignée. Très vite, des pouvoirs apparaissent. Pendant ce temps, il aide le docteur Connors à compléter le travail de son père.

Il y a 10 ans, Sam Raimi réalisait Spider-Man, suivi rapidement par deux suites (2004 et 2007). Sony et le studio Columbia décidaient de relancer la franchise pour les 50 ans du personnage (2012). Comme réalisateur, un quasi-inconnu Marc Webb. Si on doit reconnaître une chose, c’est que le réalisateur a bien travaillé. Loin du travail d’un homme aux ordres des studios, il a essayé de mélanger l’amour que les spectateurs et les lecteurs avaient pour ce personnage tout en donnant sa vision des choses. Spider-Man, selon Marc Webb, se base plutôt sur Peter Parker. Un enfant qui a été abandonné, un adolescent pas franchement populaire au lycée. Avec l’arrivée de nouvelles capacités, le personnage se croit tout permis jusqu’à ce qu’il commette l’irréparable. Il fait en même temps la connaissance de Gwen Stacy, fille d’un commissaire de police. Entre eux commence une histoire d’amour.
On l’aura compris, Marc Webb travaille plutôt les relations entre les personnages, la difficulté d’être un adolescent hors-norme, la perte d’un être proche. Il n’oublie pas pour autant la bible de tout film de super-héros : l’entrainement, le costume, les premières victoires, mais cette partie vient en second, à contrario de Sam Raimi, qui mariait habilement les deux. Si le ton est plus sombre que pour la précédente trilogie, je trouve qu’il est destiné à un public plus jeune.
Côté personnages, Andrew Garfield (Peter Parker/Spider Man) et Emma Stone (Gwen Stacy) jouent très bien leurs rôles, mais la palme va à deux acteurs. Martin Sheen (Ben Parker) joue le vieil oncle de façon magnifique, tout en justesse. Quant à Rhys Ifans, il est époustouflant. Tour à tour scientifique inquiétant, collègue paternaliste envers Peter Parker et humain habité par son double maléfique.
Si le film est sympathique, il y a deux erreurs. Certains effets spéciaux ne sont pas bien incrustés et des erreurs de raccord sont présentes (Une toile qui disparait, un skateboard qui est présent, etc… ).

Pour les 50 ans du tisseur, la franchise se paie un film divertissant, qui respecte le personnage, sans autant aller plus loin. On le sait depuis peu, Deux autres films vont voir le jour. On espère que le niveau sera plus élevé.

THE AMAZING SPIDER-MAN
REALISATEUR : MARC WEBB
STUDIO : COLUMBIA PICTURES

ORANGE MECANIQUE

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Hier soir au Multiplexe Liberté (Brest) avait lieu une soirée spéciale. En partenariat avec Le Quartz, le cinéma proposait de diffuser Orange Mécanique de Stanley Kubrick. En prologue de cette séance, Jean-Christophe Spinosi, chef d’orchestre de l’ensemble Matheus évoquait les filiations entre la musique, le film et Kubrick. Directeur artistique de l’ensemble Matheus, il travaille depuis plus de 20 ans à décloisonner la musique classique. Suite à sa présentation, il donne quelques dates. Au Quartz, puis à l’Avel Vor (Plougastel), il dirigera la 9ème symphonie de Beethoven interprétée par l’ensemble Matheus et des musiciens amateurs. En juillet, il se produira sur la scène des vieilles charrues avec Malena Ernman (une chanteuse d’opéra suédoise qui s’est ouvert à tous les répertoires : cabaret, jazz, pop). Ensemble ils vont aller du baroque au rock.

Quand on parle de Kubrick et de film, on pense au perfectionnisme. Il l’était. C’était la même chose pour le choix de ses musiques. A la différence de la musique actuelle, les compositeurs de musique classique étaient des perfectionnistes, comme l’est Kubrick. Pour lui, la musique est le personnage principal d’un film. Dans Orange Mécanique, il a une importance capitale. Toute la musique du film est issue du classique : Purcell, Rossini, Beethoven. Mais la plupart des œuvres ont été revisitées par Wendy Carlos, auteur de Switched on Bach et jouées sur un synthétiseur Moog (synthétiseur modulaire). Certaines scènes sont comiques, un humour qu’on doit à la musique. En effet, en musique classique, on peut diviser les œuvres en deux genres. La musique à programme permet à un orchestre de décrire une narration, qui va renvoyer à une donnée extra musicale. Son opposée, la musique pure, n’a pas de narration. Elle va donner des impressions subjectives. Pour les musicologues, Rossini fait de la musique pure. Pour Spinozi et Kubrick, Rossini évoque l’acte sexuel et l’amour, tout en le tournant en ridicule. Le film comporte plusieurs images violentes (pour l’époque). A ce titre, il fut interdit aux moins de 18 ans à sortie (1971), puis aux moins de 16 ans, ce qu’il est toujours.

Orange Mécanique est une adaptation du livre éponyme d’Anthony Burgess. Si le film respecte la trame de l’histoire, il y a quelques différences. En premier lieu, la fin du film vient de l’édition américaine (et censurée) du livre. Le jargon utilisé par Alex (le nadsat, un langage inventé par Anthony Burgess) est moins présent dans le film, que dans le livre. Cette approche est normale pour la totale compréhension de l’œuvre. Un spectateur n’ayant pas lu le livre doit pouvoir comprendre le film. Des détails qui permettent de rapprocher l’adaptation de l’œuvre originale (a contrario de Shining).

On va suivre l’histoire d’Alex, jeune délinquant britannique. Il est obsédé par la musique (spécialement celle de Ludwig Van Beethoven), le sexe et l’ultra-violence. Accompagné de ses amis (les droogies), il commet des crimes jusqu’au jour où il est capturé. Accusé de meurtre, enfermé en prison, il est désigné pour un programme expérimental, le ludovico. Celui-ci lui permettra en 15 jours d’être remis sur le droit chemin.
Dès les premières secondes, le spectateur est happé par le film. L’image est rouge, la musique est celle d’Henry Purcell « Musique pour les funérailles de la Reine Mary ». Arrangée et interprétée par Carlos, le spectateur ne se sent pas à l’aise. Le ton est donné. Nous sommes dans un futur proche. Tout le décor est outrancié, coloré, mais rien n’apaisera la vue du spectateur. Tout est carré, exigu (la chambre d’Alex, le « foyer », les plans rapprochés). La violence est partout et à part quelques privilégiés, les immeubles sont à l’abandon. Pour contrer cette violence, le nouveau gouvernement ne répond plus par « oeil pour oeil », mais il veut changer le mal en bien. Stanley Kubrick livre ici une satyre du gouvernement qui peut aller jusqu’à la parodie (comportement du gardien chef, changement du gouvernement). Alex, de héros criminel va devenir un anti-héros, pantin des gouvernements. Quel est son libre arbitre ? Aucun ! Alex, narrateur, raconte ses péripéties, humour britannique en prime. Un humour spécifique présent dans plusieurs scènes pour « dédramatiser » l’action. Si le film avait été américain, comment Kubrick l’aurait dirigé ?
Plusieurs scènes clefs sont chorégraphiées : la venue du ministre à la prison, la bagarre avec Willie, la scène du viol. Musique et acteurs fusionnent pour donner à la scène le sentiment requis : humour, gêne, etc… Véritable ballets, elles permettent de prendre du recul. L’esthétisme du film portera sur trois aspects : la couleur, le décor et l’élément sexuel. Le spectateur attentif notera les couleurs portées. La mère du héros portera du rouge, comme beaucoup de femmes présentes. Alex sera en blanc (signe de virginité) avant d’être en bleu sombre (il rentre dans le rang). L’appartement de ses parents comprend un décor surchargé dans un petit espace. A contrario, que ce soit chez l’écrivain, à l’hôpital ou chez la dame aux chats, il n’y aura presque pas de décor, ce sera même choquant avec les plans utilisés (plans larges). Quant au sexe, s’il est présent dans toute la première partie du film, il restera quasiment absent du reste. Toujours mis en premier plan, il est utilisé de façon détourné : la sculpture, les tableaux, les fontaines de bar, les vêtements.

Orange Mécanique reste une œuvre qui interroge sur la liberté de l’être humain. Stanley Kubrick dénonce, interroge à sa façon le spectateur. Choquant, on peut voir Orange Mécanique comme un film dramatique, mais aussi comme une farce. Ça reste un monument du cinéma d’anticipation, dirigé par un génie : Stanley Kubrick. Dirigé, le mot est choisi. Musique, décor, direction d’acteur, tout sera contrôlé par Kubrick pour donner à l’écran sa vision d’Orange Mécanique.

Merci au Multiplexe, au Quartz, ainsi qu’à Jean-Christophe Spinosi pour cette soirée.

ORANGE MECANIQUE
REALISATEUR : STANLEY KUBRICK
D’APRES LE LIVRE D’ANTHONY BURGESS