HORRIFIKLAND

Mickey, Donald et Dingo dirigent une agence de détectives privés. Leur dernière cliente leur demande de ramener son chat. Ce dernier traîne souvent dans le vieux parc d’attraction : Horrifikland. Alors que Mickey s’empresse de s’équiper, Donald hésite. Selon lui, il y a plein de moustiques et des fantômes se baladent dans le parc. Les trois détectives entrent dans le parc sans avoir idées des surprises qui les attendent !

Pour ce 8e titre de la collection Disney, les éditions Glénat s’attachent les services de Lewis Trondheim et Alexis Nesme, respectivement aux postes de scénariste et dessinateur. C’est la troisième fois que Lewis Trondheim se retrouve sur la collection, après les tomes Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest aventures. Tous les deux dessinés par Keramidas.
Si l’histoire est simple (Nos héros doivent retrouver un chat dans un ancien parc d’attraction), Lewis Trondheim écrit une intrigue faites de surprises où l’enquête devient une folle équipée. L’auteur n’oublie pas toutes les possibilités que peuvent renfermer un ancien parc d’attraction : automates en tous genres, trappes, effets spéciaux… C’est un festival d’idées drôles et effrayantes à la fois. Oui, on peut être dans un esprit Walt Disney tout en « effrayant » le lecteur. N’oublions pas la projection du court-métrage La Danse Macabre en 1929. Les personnages ne sont pas oubliés. Si Mickey reste un personnage courageux et malin, Dingo reste un étourdi naïf et Donald un faux courageux. On aura la surprise d’apercevoir un vieil ennemi de notre souris et non… Malgré le thème fantomatique, ce n’est pas le Fantôme Noir.
Découvert avec la série Les enfants du Capitaine Grant, Alexis Nesme propose un univers rétro : maisons de guingois, cimetières gothiques, architectures délirantes… Mickey n’est pas en reste puisqu’il est habillé uniquement de sa célèbre culotte rouge. Les trouvailles graphiques sont magnifiques et pourtant simples : des ombres, des éclairages inquiétants, des décors qui rappellent les films de la Hammer. Le dessin est magnifique, vivant, mais Alexis Nesme a une particularité : la couleur. Qu’il soit question de la lumière des maisons, de celle des costumes ou de la nuit, l’auteur n’a pas son pareil pour nous plonger dans l’ambiance.


Sous-titrée Une terrifiante aventure de Mickey Mouse, Horrifikland joue avec nos peurs enfantines : fantômes, clowns, vampires, insectes, ambiance macabre… Tout est là pour nous faire réagir. On ne se lasse pas de cette histoire qui oscille entre rires et frissons.

HORRIFIKLAND, UNE TERRIFIANTE AVENTURE DE MICKEY MOUSE
SCENARISTE : LEWIS TRONDHEIM
DESSINATEUR : ALEXIS NESME
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

SUPER MICKEY

Dingo a toujours eu un fond gentil, mais il est plus connu pour ses maladresses. Une nuit, pendant qu’il se rêve en super-héros, une météorite s’écrase dans son jardin. Au matin, des cacahuètes ont poussé. Quand Dingo en ingère une, il devient Super-Dingo. Si ses pouvoirs lui permettent de faire le bien, sa maladresse est toujours présente. Heureusement, Mickey veille…
Quand on annonce que Pieter de Poortere, l’auteur de la série Dickie fera un album de la collection Disney autour de Super-Dingo, le lecteur peut être surpris. L’auteur a l’habitude de raconter des gags bêtes et méchants, alors que le personnage de Dingo est plutôt bête, mais gentil. Autant vous dire que l’album est une jolie surprise !
L’auteur ne déroge pas à ses règles : l’album est muet et les pages sont découpées en autant de cases (le gaufrier ndlr). Pour le lecteur adulte, cette relecture de Super-Dingo est une madeleine de Proust dans l’univers Disney. On aura plaisir à croiser Mickey, Minnie, Horace, Clarabelle, ainsi que les adversaires : Pat Hibulaire, Lafouine, les Rapetout. Les références sont nombreuses, qu’elles soient issues de films (King-Kong, Superman) ou du patrimoine Disney. Si, à l’opposé du grinçant Dickie, Super Mickey est jovial, l’auteur ne peut s’empêcher de se moquer de l’univers du super-héros. Le personnage de Dingo, très humain, est parfait pour être un super-héros très ordinaire. Quand les Fantomiald, Batman ou Spiderman combattent pour la paix dans leur ville, le monde ou l’univers… Super-Dingo fait la vaisselle, achète les courses etc. N’oublions pas qu’une partie de l’histoire le montre malade. Dans ce cas, il est victime et criminel à la fois, car un super-héros devient super-malade… On ne vous en dira pas plus.
Dans cette débauche de cases, les détails ne manquent pas et le gag visuel fonctionne complètement. On apprécie le fait de tout comprendre, alors que l’album ne comprend que quelques onomatopées. Une bonne idée qui permet de mettre le livre dans les mains de n’importe quel lecteur et ce, quelque soit son âge ! En bonus, quelques jeux nous rappellent ces moments à jouer dans le journal de Mickey ou de celui de Picsou.
Malgré ces bonnes idées, il y a quand même une chose que nous trouvons dommage. Si les histoires tournent autour du personnage de Dingo et de son alter-ego super-héroïque, pourquoi avoir comme titre Super-Mickey ?

La collection Disney s’enrichit d’un nouveau titre après le très apprécié Horrifikland. Surprise, c’est l’auteur de l’incisif Dickie, Pieter de Poortere. C’est drôle, joliment imagé et les lecteurs, petits ou grands ne pourront qu’être ravis à la re-lecture super-héroïque de l’univers Disney

SUPER MICKEY
AUTEUR : PIETER DE POORTERE
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

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NEW TEEN TITANS T1

Robin, le jeune prodige, fait un cauchemar récurrent. Il combat aux côté d’autres super-héros. Il en connait certains, mais d’autres lui sont inconnus. Ce n’est pas un cauchemar, mais un rêve prémonitoire envoyé par l’un des inconnus : Raven. La Terre va devoir affronter une menace d’une autre dimension : son père, Trigon !

Dans les années 80, si le titre X-Men est en tête des ventes, un nouveau titre le talonne : New Teen Titans (les Jeunes T. en français). La cause tient en trois points : Une bonne écriture, un dessin soigné et un éditeur qui prend le temps de faire connaître le titre. Quand il écrit les aventures de ses personnages, Marv Wolfman s’identifie à eux, il veut les rendre réels. Si nos jeunes super-héros ont des capacités hors-normes, ils ont aussi des problèmes plus commun. Kid Flash se demande s’il doit être étudiant ou super-héros, Starfire, ancienne esclave, est exilée sur Terre, Cyborg ne supporte pas son corps robotisé. Des problèmes ordinaires qui permettent aux lecteurs de ressentir des émotions face à des créations de papier. Pour contrebalancer ses attentes (trop?) humaines, le scénariste va plonger ses jeunes héros dans des aventures palpitantes. La Terre est menacée par un démon inter-dimensionnel, qui est aussi le père d’un des membres, rien que çà… Les titans, parents des dieux grecs vont se réveiller, des êtres surpuissants vont s’accaparer le quartier général des super-héros… On découvre aussi des personnages complexes, comme Deathstroke, un mercenaire qui accepte de prendre le contrat de son fils, après que celui-ci fut tué. Au fil des 400 pages, on découvre que les motivations des personnages ne sont pas si simples. Si les combats sont présents, l’humour l’est aussi à travers les dialogues. La dénomination de titan n’est pas anodine. Ces jeunes super-héros ne veulent plus être les acolytes de leurs aînés. Ils ont des capacités, du caractère et s’avère autonomes. La série est une rébellion contre le monde des adultes !
Si on est un lecteur de comics, le nom de George Perez n’est pas inconnu : Wonder Woman, Futur Imparfait ou Crisis on Infinite Earths font parties de ces séries indémodables. C’est avec les New Teen Titans qu’il devint connu. Son approche graphique est des plus réalistes, il met en valeur ses personnages et il a du talent pour le cadrage de ses planches. C’est du grand art !

Il y a 13 ans, les éditions Panini reprenaient en deux volumes (un par année) les archives DC consacrées aux titans. Urban Comics a retravaillé le matériel : compilation des volumes, changement de papier, etc. Seule question : pourquoi avoir changé la traduction ? Celle de Jean-Marc Lainé semblait convenir. La nouvelle, d’Edmond Tourriol, semble couler de source aussi. Nous n’avons pas les données nécessaires pour affirmer si l’une ou l’autre est la meilleure. Elles sont toutes les deux différentes !

Un scénario qui fonctionne toujours, quarante ans après, un dessin magnifiquement expressif et une réédition de choix. Autant de bonnes raisons de prendre cette intégrale des New Teens Titans ! Pour ceux qui ont peur de manquer de lecture, le deuxième tome arrive en décembre !

NEW TEEN TITANS : T1
AUTEUR : MARV WOLFMAN
DESSINATEUR : GEORGE PEREZ
COLLECTION : DC ESSENTIELS
EDITIONS : URBAN COMICS

BRAVO POUR L’AVENTURE

Jesse Bravo n’a pas son pareil pour aller se fourrer dans des aventures rocambolesques. Alors qu’il est engagé comme cascadeur aérien, la fille du réalisateur le prend en grippe et un chef ce la mafia tente de le recruter. Mais rien n’arrête le brave pilote. Avec lui, on vit de folles aventures !

Cet ouvrage comprend l’intégralité des aventures de Jesse Bravo. Il y a ses origines, l’aventure décrite plus haut, un récit aussi inattendu que bizarre et une quinzaine de pages de bonus (croquis, essais de couleurs). On aborde le livre avec les origines du héros. Bien que publiées après, elles permettent une mise en bouche. Jesse Bravo, ce sont les années 30, les aventures des pilotes d’avions, la romance, la bagarre, la camaraderie… C’est ce type d’aventure qu’Alex Toth voulait retrouver. A la fois la nostalgie d’un Âge d’Or des héros, mais aussi un hommage aux maîtres qui l’ont fait rêver. Il faut reconnaître que 40 ans plus tard, ça fonctionne encore ! On croit à ce héros, sosie d’Errol Flynn, on craint pour lui autant que pour les autres personnages. Aussi clichés qu’ils soient (Alex Toth les voulaient ainsi), les personnages restent crédibles. Les situations s’enchaînent sans temps mort, on suit l’histoire avec attention. C’est une véritable madeleine de Proust (façon serial-aviateur) !
La deuxième aventure ferait presque penser à du Moebius ou du Jodorowsky. Jesse Bravo, assommé par une hélice, se réveille dans un univers fantasmagorique. Alex Toth mélange Les aventures d’Alice au pays des merveilles, les possibilités de narration de la bande dessinée, sans oublier les références aux maîtres qu’il admire (Caniff, Pratt, Eisner). 15 pages de délire graphiques, mais qui montrent toutes les palettes de l’auteur. Du grand art ! Comment vous parler du dessin d’Alex Toth ? Dans cet ouvrage, ses traits utilisent aussi bien le réalisme que le gros-nez, il utilise toutes les possibilités du noir et blanc selon les besoins de l’histoire. On reste béat devant tant de maîtrise et chaque case est une pépite.
Les dernières pages sont une mine d’information. Croquis de récits jamais édités, mises en couleurs de planches, de couvertures. Ça serait déjà de bons bonus, mais les annotations de l’éditeur permettent de savoir quand et pourquoi ces dessins ont été utilisés. Malheureusement, les annotations sont imprimées sur fond sombre et donc, peu lisible.

Bravo pour l’aventure est une réédition, mais le travail effectué est d’une telle qualité qu’on pourrait écrire nouvelle édition. Les planches sont nettoyées, la traduction a été revue, le format, plus grand que la moyenne, permet de mettre en valeur les dessins de l’auteur. Une préface écrite par Dean Mullaney (un des experts de l’oeuvre d’Alex Toth) raconte la création de ce personnage dans le marasme éditorial aussi bien français qu’américain. Une préface très importante qui permet de s’immerger dans l’univers de Jesse Bravo. Quand on demande au directeur éditorial Pol, de chez Paquet pourquoi l’avoir édité, voici sa réponse : « Alex Toth est un des maîtres du noir et blanc, il méritait un livre à sa mesure, pour cette édition totalement inédite de toutes les pages et aventures de Jesse Bravo en français. Une édition couleur, suivant les instructions laissées par Alex Toth avant sa mort, a également été réalisée, et incluse dans notre collection Cockpit, car Jesse Bravo est un aventurier, mais avant tout un aviateur ! Quant au format 37 x 28 cm – c’est un format que nous réservons aux ouvrages d’exception du catalogue (Romain Hugault, Michel Koeniguer, Gung Ho, …) ».

Ce livre est doublement un ouvrage d’exception. Le premier c’est évidemment tout l’art graphique et de narration d’Alex Toth, ensuite, c’est le travail autour de sa publication. On ne se lasse pas de regarder les pages, de lire les aventures et de s’imaginer mettre les gaz, tirer le manche pour rejoindre les aventures de Jesse Bravo !

BRAVO POUR L’AVENTURE
AUTEUR : ALEX TOTH
COLLECTION : COCKPIT
EDITIONS : PAQUET

MAUDIT SOIS-TU T1 : ZAROFF

Cette chronique fait partie d’une série d’articles ayant pour thématique le personnage du général Zaroff. Vous pouvez retrouver la totalité des articles sur la page dédiée.

A la suite d’un meurtre, l’enquêteur, le médecin légiste, une journaliste et l’amie du défunt, tous sont amenés à être en relation avec un mystérieux oligarque russe : Nicolas Zaroff. Pourquoi le milliardaire s’intéresse à eux ?

Le scénario de Philippe Pelaez montre la traque que mène Zaroff. Le personnage n’apparaît tout d’abord qu’au second plan, mais comme le souligne son discours du début : « La chasse a déjà commencé ». S’il est peu présent, on voit ses actions. Tel un joueur d’échec, il mène ses futures proies, là où il le souhaite. Le personnage est mystérieux et ce n’est qu’au deuxième tiers de l’ouvrage, qu’il va se révéler. Le personnage de Zaroff se veut semblable , mais l’auteur a voulu en faire quelqu’un de différent. Il est plus manipulateur et on apprendra qu’il est mené par une autre quête que la chasse : la vengeance. Là où l’original et les autres adaptations laissaient une chance aux proies, ici, elles sont droguées, traquées dans des vêtements inadaptés. Quant à l’avance donnée, elle est de 5 minutes… Ce Zaroff est plus un exécuteur qu’un chasseur. Pour ceux qui suivent la série d’articles sur le personnage, il est curieux de noter que deux ouvrages sortis à quelques mois, donnent le même prénom à un personnage qui, à la source, n’en a pas.
A ses côtés, il y a le docteur Moreau. Apparemment, descendant du personnage de H.G Wells, il a une certaine façon de considérer la science. Selon ses termes, il faut se débarrasser de la vision de Dieu pour se sentir libre. Considéré soit comme un génie, soit comme un fou, il apparaît aussi comme malade. Il se soigne par une drogue qu’il s’injecte régulièrement.
Le travail de Carlos Puerta est fantastique. De premier abord, on pourrait penser qu’il fait du photoréalisme. En fait, l’auteur espagnol mixe le traditionnel et le numérique. Le crayonné est traditionnel, réaliste, alors que la mise en couleur est numérique. Comme dans tous ces albums, Carlos Puerta a le souci du détail : d’où viens la lumière, quels sont les sentiments des personnages, où mettre le cadre du texte ? Chaque case est une peinture en soi et l’auteur y apporte un soin particulier. Si le fantastique est présent dans le récit, l’auteur ne va pas en accentuer la présence, mais il va la rendre floue. L’ensemble contient alors un côté bizarre, irréel.
Au terme de la lecture, nous sommes mitigés. L’album est réussi, mais il y a des questions en suspens. Les réponses devraient apparaître dans les deux autres tomes, situés en 1848 et 1816.

Philippe Pelaez et Carlos Pueira signent ce premier tome d’une trilogie, à rebours. Si ce tome peut se lire indépendamment, les questions laissées trouveront leurs réponses dans les suivants. Il permet d’apporter un nouvelle vision de Zaroff et de ses chasses.

MAUDIT SOIS-TU T1 : ZAROFF
AUTEUR : PHILIPPE PELAEZ
DESSINATEUR : CARLOS PUEIRA
EDITIONS : ANKAMA

ZAROFF

Cette chronique fait partie d’une série d’articles ayant pour thématique le personnage du général Zaroff. Vous pouvez retrouver la totalité des articles sur la page dédiée.

Depuis son affrontement avec Sanger Rainsford, le général Zaroff a perdu l’envie de chasser. Un jour, on lui apporte un message. Celui-ci indique que sa sœur cadette et ses enfants ont été amenés sur l’île par la fille d’une ancienne proie, Fiona Flanagan. Celle-ci lui propose un marché : soit elle retrouve la famille Zaroff et elle les abat, soit c’est le général qui les trouve et il devra les défendre, contre le clan Flanagan. Que la chasse commence !



Qu’on ait vu le film ou lu le livre, le personnage de Zaroff reste un personnage particulier, fascinant. Parce que les deux médias laissent une fin ouverte à l’œuvre, Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes ont imaginé une suite. Un pari risqué que les deux auteurs ont remporté de main de maître.
Pour arriver à ce résultat, il fallait remanier l’univers créé par Richard Connell. On rajoute une famille au général et on lui invente un prénom : Nikolaï. On renforce son côté russe en montrant l’architecture byzantine de ses quartiers généraux (les coupoles dans le brouillard sont du plus bel effet). L’aspect historique est présent avec la référence à la grande famine de Russie (1931-1933). L’album est rempli de détails qui permettent de densifier l’œuvre, que ça ne devienne pas une « simple chasse à l’homme ». Le scénario des deux auteurs est solide. Le récit est une traque où s’impose un inversement des rôles chasseur/chassé. Une grande partie de la pagination fonctionne sur le parallélisme Flanagan/Zaroff : que font les deux clans ? Qui chasse qui ? Pour faire fonctionner ce jeu scénaristique, il faut des personnages crédibles. D’un côté nous avons la famille Zaroff, avec la mère de famille et ses trois enfants. Peu à peu, le cliché de la mère de famille va s’effacer pour révéler combien il ne faut pas s’attaquer à la portée d’un animal. Quant aux enfants, ils craignent leur oncle Zaroff, avant de prendre parti pour lui, voire de l’aider. Il est intéressant de noter le comportement des femmes dans cet album. Elles commandent, elles ne subissent pas. A contrario, la plupart des hommes font des actions stupides, parce qu’ils se croient supérieurs. On pourrait se dire alors que ces victimes font références à « la lie de la société » évoqué dans l’œuvre originale !
On ne peut évoquer les personnages sans parler de l’évolution de Zaroff. Au début de l’aventure, on le découvre apathique, presque ridicule quand il s’énerve, puis le côté chasseur renaît en lui. Tout au long de la traque, il va rester maître de lui, même quand il est blessé. S’il est montré comme le plus innommable des hommes, le récit fait qu’on s’attache peu à peu à lui, qu’on est presque à le glorifier.
Si le scénario et les personnages sont posés, il ne faut pas oublier ceux qui avaient lu ou lu les œuvres précédentes. Là aussi, les références sont nombreuses : le prologue, les jaguars, la tête du buffle du Cap et un gorille qui rappelle King-Kong. La temporalité se déroule sur trois jours, comme l’œuvre originale.
Le lieu du récit à toute son importance. Nous avons des plages paradisiaques, des chutes d’eaux magnifiques, mais à côté, il y a des marécages putrides, une jungle luxuriante et millénaire. Cette jungle, omniprésente va devenir de plus en plus touffue, oppressante. Si la référence fait penser au Skull Island de King Kong, le graphisme de cette flore envahissante et majestueuse fait aussi penser au dessin de Burne Hogarth dans Tarzan. Cette retranscription, nous la devons à François Miville-Deschênes. Les lecteurs l’avaient découverts dans Millénaire, avant de voir tout son potentiel s’exprimer dans Reconquêtes. Dans Zaroff, son graphisme est mis à rude épreuve. Il y a des décors très différents, la nature est omniprésente. Si les dialogues sont importants, ils doivent y rester lisibles autant dans la case que dans l’ensemble de la page. Si l’auteur reste classique dans sa composition, on regarde certaines cases avec déférence : Zaroff et son serviteur dans la jungle, l’ouragan qui s’annonce, l’attaque des sauriens ou celle des jaguars. Il y a peu ou pas de paroles et l’auteur propose des poses iconiques qui fonctionnent. Quant à la couleur, elle va restituer complètement l’ambiance. Le vert n’est jamais tout à fait le même, l’ocre est très présent aussi. Chaque case est un œuvre en soi. Pour preuve, il suffit de voir la couverture au milieu des étalages des libraires. Que ce soit le graphisme ou les couleurs, tout l’ensemble ressort. La curiosité fait ouvrir le livre, le talent des auteurs fait le reste.
Zaroff est un album qui mélange références à la nouvelle de Richard Connell, comme à son adaptation cinématographique par Irving Pichell et Ernest B. Schoedsack. A côté de ces références, c’est un vrai récit de survival où les caractères se révèlent totalement. Les auteurs ont su trouver le juste milieu pour que le livre soit une œuvre « signé » et non pas un décalque de l’original. Le tandem Runberg-Miville-Deschênes fonctionne à merveille. on en redemande !

ZAROFF
AUTEURS : SYLVAIN RUNBERG-FRANÇOIS MIVILLE-DESCHÊNES
DESSINATEUR : FRANÇOIS MIVILLE-DESCHÊNES
COLLECTION : SIGNE
EDITIONS : LE LOMBARD

DANS LA TÊTE DE SHERLOCK HOLMES T1/2 : L’AFFAIRE DU TICKET SCANDALEUX

Un agent de police apporte un individu suspect au docteur Watson. Habillé d’une chemise de nuit, vêtu de chaussons dépareillés, il a une clavicule cassée. Reconnaissant un de ses confrères, le docteur Watson s’empresse de savoir ce qui s’est passé, ainsi que Sherlock Holmes. Ce dernier note plusieurs indices et déjà, son cerveau fonctionne à plein régime. Une poudre mystérieuse et un ticket de spectacle vont être les prochains indices de cette enquête inédite.

La plupart des lecteurs vous le diront. Une bande dessinée se lit en peu de temps. De l’autre côté, on n’a jamais su ce qui se passait dans la tête de Sherlock Holmes. Cyril Lieron et Benoît Dahan ont résolu les deux problèmes. Avec L’Affaire du ticket scandaleux, on suit l’enquête en cours, mais aussi ce qui se passe dans la tête du détective. Si l’idée est brillante, tenir le lecteur en haleine sur 48 pages est une autre histoire. Heureusement, les auteurs ont fait travailler leurs petites cellules grises et l’histoire tient la route tant scénaristiquement que visuellement.
Qu’est-ce qui distingue une bande dessinée d’un roman ? C’est le jeu entre les images et les lettres. Souvent, le scénario décrit l’endroit, la position des personnages, voire le dialogue. Le dessin va se positionner sur le scénario. Dans cette nouvelle série (trois retirages à ce jour), le livre n’est pas qu’un support, il est lui-même l’objet pour comprendre toute les subtilités de l’enquête !
Au lecteur le moins attentif, les auteurs offrent un fil rouge (une référence à Une étude en rouge ?) qui permet de suivre les pérégrinations des personnages, l’avancement de l’enquête et évidemment, ce qui se passe dans la tête de Sherlock Holmes. Quant aux autres, ils ne peuvent que s’esbaudir devant la mise en page de ce bijou. La coordination scénario-histoire-dessin-vu d’ensemble est parfaite. Chaque page est une oeuvre d’art à elle-même. Le mieux étant de jouer le jeu des auteurs et de retourner le livre dans tous les sens pour mieux apprécier ce moment ludique et littéraire. Quant à ce qu’il se passe dans la tête de Sherlock Holmes, nous ne révélerons qu’une chose… Ce que nous voyons est élémentaire ! Il fallait y penser !
Outre le scénario, le dessin et la mise en page, il ne faudrait pas oublier qu’il y a beaucoup de détails dans cette reconstitution historique. Habitations, vêtements, publicités, etc.

Ce premier tome de L’Affaire du ticket scandaleux est une excellente surprise. Tout y parfaitement orchestré et la lecture devient, non pas un plaisir mais un véritable jeu, que les auteurs nous proposent de partager avec nous !

DANS LA TËTE DE SHERLOCK HOLMES : L’AFFAIRE DU TICKET SCANDALEUX 1/2
AUTEURS : CYRIL LIERON-BENOÎT DAHAN
DESSINATEUR : BENOÎT DAHAN
EDITIONS : ANKAMA