JODOROWSKY’S DUNE A SAINT-BRIEUC

Jodorowsky's DuneDepuis le mois de mars, le documentaire Jodorowsky’s Dune illumine les salles obscures de sa présence. j’ai été invité à débattre à Saint-Brieuc, le samedi 21 mai, à l’initiative du distributeur Nour Films.
Arrivé sur place, je suis accueilli chaleureusement par Marie-Thérèse et Brigitte. Respectivement présidente et trésorière de l’association Les Fondus Déchaînés, partenaire de la soirée. Après avoir posé mes affaires à l’hôtel, nous nous rendons à la librairie BD West. Arrivé là-bas, je me rends compte que ce n’est pas une librairie, mais une bd-westcaverne d’Ali Baba (ou une corne d’abondance) ! Bandes dessinées, comics-books, mangas sont soigneusement mis en valeur à côté de jeux, d’objets dérivés (dont un stormtrooper échelle 1, denommé Karl). Et si vous croyez avoir fait le tour, détrompez-vous. L’arrière de la boutique propose des fauteuils pour se relaxer (choisir un livre, quel sacerdoce), une galerie où l’ami Gwendal Lemercier exposait ses oeuvres, mais aussi d’autres rayons de bande dessinée, au cas où il vous manquerait un exemplaire. La librairie, elle aussi partenaire de la soirée, célèbre ses 10 ans d’existence. Un anniversaire qui se fête autour d’un apéritif, alors que Soizick, du cinéma Club 6 (partenaire également), nous rejoint.
breizNous allons nous restaurer à la brasserie Brei’z. L’ambiance et l’uniforme étaient plus marins que bretons, mais le choix était présent. Nos voisins de table ont du se poser des questions. Nos conversations se mêlaient dans un joyeux capharnaüm, aussi abondant et éclectique que nos assiettes! Le ventre plein, nous revenons au cinéma. A la fin de la projection, les spectateurs écouteront mon speech, avant de se lancer dans les questions. S’il est toujours difficile de commencer, le débat aura bien lieu : Sur la personnalité de Jodorowsky, sur la finalité du documentaire, etc. Ce fut une excellent soirée auprès de partenaires que je recommande chaleureusement.

DÉCROCHAGE D’EXPOSITION : UN MAILLOT POUR L’ALGÉRIE

Affiche-expounmaillotpourlalgrie-webJeudi dernier, la MPT de l’harteloire décrochait l’exposition Un Maillot pour l’Algérie. Celle-ci comprenait des travaux originaux de Javi Rey, des panneaux explicatifs et des travaux de recherches. L’association Brest en Bulle avait fait une mise en place originale. Les différentes planches semblaient placées de façon « aléatoire ». On aurait pu craindre une perte de repère du lecteur, mais au contraire. L’ensemble est organisé de façon thématique: Les 4 de Sétif, le contexte, le poids des joueurs d’Afrique du nord dans le foot professionnel français, etc. Et si l’exposition ne couvre pas la totalité de l’ouvrage (136 pages), sa mise en place donne envie d’en lire plus. Les visiteurs sont intrigués par ces planches dynamiques, à la nette lisibilité. Ce résultat est le fruit d’une équipe. Kris et Bertrand Galic aux scénario et découpage, Javi Rey au dessin. Présents pour ce décrochage d’exposition, les auteurs ont pu discuter avec leur public. Celui-ci était venu nombreux pour cette première dédicace brestoise.

 

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Les auteurs seront présent Vendredi 15 avril à la librairie Dialogues et le samedi 16 avril à l’espace culturel de Landerneau.

Merci à l’association Brest en Bulle pour ses informations.

MORGANE

morganePremière fille née du sang royal, Morgane aurait du hériter du trône de Tintagel. Malheureusement, la loi des hommes en a décidé autrement. Ce n’est que le début de décisions qui vont faire  de Morgane, l’opposante des chevaliers de la table ronde.

La demi-sœur d’Arthur est un personnage complexe. Selon les sources, elle est présentée comme bénéfique ou maléfique. Les auteurs de cet ouvrage ont posé une autre pierre sur l’édifice des légendes arthuriennes. Si Morgane devient si mauvaise, ce n’est pas de son fait, mais de celui des hommes. Dès sa naissance, elle a certains pouvoirs dont celui de clairvoyance. Prédisposée à régner justement sur Tintagel, elle en sera écartée par Merlin, pour que « Dieu puisse asseoir son dessein ». Rejetée, manipulée, Morgane usera de ses propres dons pour que justice soit faite.
En s’emparant du personnage de Morgane, Simon Kansara et Stéphane Fert en font un personnage moderne. Loin des clichés de la mauvaise fée ou de l’épouse luxurieuse, ils opposent une femme blessée, bafouée.Les hommes ne voient en elle (comme dans toutes les femmes) qu’un objet de désir. Si toute la légende arthurienne devient une vaste escroquerie, le destin de Morgane est une tragédie, alors qu’elle devient une héroïne ! Si on voit dans cette adaptation le mauvais côté de nos héros, il en est un qui ne change pas : Merlin. Toujours aussi énigmatique, prêchant la parole de Dieu mais ourdissant ses propres plans…
Pour que les personnages prennent vie, Stéphane Fert propose un graphisme qui oppose douceur et dureté. Telles des caricatures, les visages prennent des allures grotesques au fil des émotions. Le parti-pris du dessinateur est osé mais l’alliance du graphisme et des couleurs fonctionnent à merveille. Chaque planche est un tableau où le style enfantin s’oppose à la cruauté du récit.
Le découpage de Morgane est étonnant ! Il commence par la mort de son personnage principal. Chaque chapitre est annonce par illustration pleine page. Chaque illustration pouvant être lue comme une carte (à jouer, de tarot, etc.)

On pensait avoir tout lu des légendes arthuriennes, mais avec Morgane, Les auteurs montrent une vérité qui n’a jamais été mise en avant. On ne peut que saluer ce travail que ce soit dans l’adaptation, le graphisme pour l’ouvrage qui nous montre Morgane telle qu’elle n’a jamais été compté.

MORGANE
AUTEURS : SIMON KANSARA-STEPHANE FERT
DESSINATEUR : STEPHANE FERT
COLLECTION : MIRAGES
EDITIONS : DELCOURT

UN MAILLOT POUR L’ALGÉRIE

umpaIls s’appellent Zitouni, Mekhloufi, Boubekeur. Ce sont des professionnels de football. Par amour de leur pays (l’Algérie) et pour la faire reconnaître, ils quittent la France en pleine guerre d’indépendance et créent la première équipe nationale algérienne de football.

Je n’aime pas le football ! J’apprécie peu certaines vues politiques et une partie de l’Histoire a été écrite par les vainqueurs. Autant dire que ce n’était pas un tiercé gagnant pour ma lecture d’Un Maillot pour l’Algérie. De cette équipe d’auteurs, j’ai une anecdote à raconter. L’un des auteurs a passé sa dernière soirée d’un festival de bande dessinée allongé sur un canapé à regarder la retransmission d’un match. Ils ont le ballon dans le sang et le font ressentir dans cet album.
Il est difficile de faire un équilibre entre histoire, sport et politique. Comment relater une histoire aussi riche ? On a l’impression que les auteurs l’ont fait de manière naturelle, avec leur passion (le ballon) attachée aux pieds. On est loin d’un (long) commentaire sportif, d’une œuvre didactique ou de l’apologie d’une politique. Devant ces éléments, il faut mettre le plaisir. Un sentiment qu’il faut maintenir durant plus de 100 pages. La qualification est-elle assurée ? Elle l’est complètement ! Le lecteur se plongera dans cette période sombre et exaltante. Il suivra les pérégrinations de cette équipe, ses victoires et ses doutes. La tension amenée par les auteurs n’empêche pas la bonne humeur, l’humour et le beau geste sportif. Pour illustrer cet album, Javi Rey se montre efficace. Il aurait pu maintenir une ligne graphique digne d’Eric Castel, mais l’auteur a d’autres atouts en mains. Certaines pages rappellent Captain Tsubasa (Olive et Tom), voire Trois Pommes (En Piste), mais tout ne se passe pas sur le gazon. Des palaces au désert, de la foule au portrait, le trait élégant de Javi trace l’histoire. C’est un plaisir à lire et à relire.
Si l’action proprement dite se situe entre 1958 et 1962, le dossier qui clôt le livre aborde une période plus large. On pourrait alors couvrir une période qui part de 1945 à 2013 ! Un dossier qui permet de se rendre compte des évènements et de saluer d’autant plus la performance des auteurs !

Je n’aime toujours pas le football, je me méfie toujours de la politique, ainsi que de la récupération de l’histoire. Un Maillot pour l’Algérie est un cri de liberté, une apologie du Sport. Il restera l’un des meilleurs albums de 2016.

UN MAILLOT POUR L’ALGERIE
AUTEURS : BERTRAND GALIC-KRIS
DESSINS : JAVI REY
COULEURS : JAVI REY-MARINA MARTIN
COLLECTION : AIRE LIBRE
EDITIONS : DUPUIS

Cette chronique a été écrite dans le cadre de la BD de la semaine. Vous pouvez retrouver les autres contributions sur Les Chroniques de l’Invisible.

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LE MONDE SECRET DE SOMBRETERRE T1 : LE CLAN PERDU

SombreterreVictor croyait être le seul garçon bizarre de sa classe. Il voit des choses que personne ne voit. Alors quand une nouvelle élève arrive et commence à lui expliquer « ses bizarreries », il en est tout chamboulé. Qui est Alina et d’où vient-elle ?

Voilà un roman jeunesse qui se distingue de la production. Si le fond de l’histoire est assez classique, Cassandra O’Donnell donne une forme réjouissante au récit. Si Alina semble connaître beaucoup de choses sur les phénomènes qui entourent Victor, elle ne connaît pas notre monde et sa naïveté/franchise peut créer quelques problèmes. Elle n’hésite pas à aller au-devant de l’action, tout en restant une jeune adolescente. Un comportement paradoxal qui l’étonne elle-même. Victor a un comportement plus classique, mais il a un vécu avant le déroulement de l’histoire. La venur d’Alina va lui permettre de se sentir plus « normal ». Les personnages ne se comportent pas en héros, l’humour est souvent présent et si Lucas est « le clown » de la bande, on sent qu’il a un rôle à jouer… Plus important que celui de l’auguste. On aurait pu se passer des moqueries sur les adultes du collège, mais du professeur, au directeur tyrannique en passant par l’infirmière et ses remèdes « miracles », qui n’est jamais passé par là ?
Pour ce premier tome, Le Monde Secret de Sombreterre reste mystérieux. Tout au plus sait-on certaines fonctions des personnages et des monstres qui parcourent notre monde. On sent que Victor y est lié, mais pourquoi ? L’autrice réussit à maintenir un semblant de normalité dans ce tome. L’ambiance y est mystérieuse sans être effrayante, malgré quelques scènes de suspense. Le crayon de Jérémie Fleury permet de mettre en images l’univers de Sombreterre. On retiendra particulièrement le mougough : « Un gros iguane poilu avec d’horribles dents de requins et une queue couverte de piquants« .

Un premier tome qui permet de découvrir un univers, qu’on ne verra pas. Des héros qui n’en sont pas et des créatures mystérieuses. Un programme réjouissant qui donne envie de lire la suite.

LE MONDE SECRET DE SOMBRETERRE
T1 : LE CLAN PERDU
AUTRICE : CASSANDRA O’DONNELL
ILLUSTRATEUR : JEREMIE FLEURY
EDITIONS : FLAMMARION JEUNESSE

CETTE MACHINE TUE LES FASCISTES

cette-machine-tue-les-fascistesDébut 1945, l’Union Soviétique construit un char, le JS-2. Son concepteur obtient que son 500ème char soit marqué de la phrase : « Cette machine tue les fascistes ». De la seconde guerre mondiale au XXIème siècle, la « bête de guerre » va accomplir sa mission.

Il est difficile de ne pas voir cet album dans les librairies. La couverture rouge, la bouche du tank face au lecteur. On est irrémédiablement attiré. On ne le regrette pas. Comme il s’en explique en fin d’album, Jean-Pierre P2cau s’est inspiré du film Winchester 73. On y voyait une arme passée de main en main. Chaque propriétaire avait sa propre histoire. C’est la même chose ici. On suit le destin de ce char (considéré comme le prototype des chars modernes) à travers les différents conflits. Ancien professeur d’histoire, Jean-Pierre Pécau nous emmène dans une récit simple où le parallèle machine/homme peut être fait. Pour celà, il crée le personnage de Serguei Souvarov. Ingénieur ramené du goulag, il crée le char JS-2. Son amour (sa folie?) envers sa création se poursuivra pendant sa vie… Quelque soit le conflit ( Budapest, Cuba, etc.). Il réparera inlassablement la machine tant qu’elle pourra fonctionner.
Tout au long des récits, on peut observer des paradoxes. En premier lieu on pense à deux récits : Christine de Stephen King. A la place de la voiture, le char serait hanté. On peut y voir une allusion au film La Bête de Guerre. Mais qu’est-ce-qu’une arme anti-fasciste quand elle est dirigée par des fascistes ? Cette même arme libère-t-elle quand elle abat des combattants pacifiques ? Pour mettre en scène ce récit, Senad Mavric sert un graphisme aussi fascinant que froid. Gueules de personnages, des lieux qui montrent la pauvreté au lieu de la carte postale paradisiaque, des scènes d’apocalypse… La machine n’est qu’un instrument entre les mains de l’homme.

Avec Cette Machine Tue les Fascistes, les auteurs proposent une réflexion sur l’utilisation de l’arme intéressante. Loin d’un récit héroïque ou guerrier, la victoire apparaît rarement… Et à quel prix !

CETTE MACHINE TUE LES FASCISTES
AUTEUR : JEAN-PIERRE PECAU
DESSINATEUR : SENAD MAVRIC
COLORISTE : SCARLETT SMULKOWSKI
COLLECTION : HISTOIRE ET HISTOIRES
EDITIONS : DELCOURT

LE SIGNE

le signeAlex Morsen est excédé. Il entend sa voisine jouer du piano toute la journée. Une situation qui l’empêche d’écrire ses livres. Peu à peu, l’idée de se débarrasser de cette gêne se fait dans la tête de l’écrivain.

Apparemment banale, l’histoire du Signe devient de plus en plus inquiétante au fil du récit. Philippe Thirault sait mettre la pression petit à petit. On se demande si le personnage devient fou, avant de voir les répercussions de la malédiction, qui s’étale dans l’entourage d’Alex Morsen. Malheureusement, l’histoire s’embourbe dans des effets chocs et une explication peu crédible…
Côté graphisme, Manuel Garcia propose un trait simple, mais non dénué de détails. Le lecteur scrupuleux appréciera les changements minimes qui permettent de montrer l’émotion en un coup de crayon. Une ambiance qui devient oppressante avant de tourner au carnage total. Malgré les effets chocs, le dessinateur ne se complaît pas dans l’horreur et permet au lecteur de laisser son imagination travailler
Dans son catalogue comic-book Glénat n’a pas que des super-héros. La collection Flesh and Bones s’approprie les récits de genres et revient à la base de ces publications. Des ouvrages noirs et blancs, une couverture souple et un récit censé vous effrayer…

Si le récit ne tient pas toutes ses promesses, Le Signe reste un honnête ouvrage. Il permettra au lecteur d’essuyer quelques sueurs froides.

LE SIGNE
AUTEUR : PHILIPPE THIRAULT
DESSINATEUR : MANUEL GARCIA
COLLECTION : FLESH AND BONES
EDITIONS : GLENAT