LA PLANETE INTERDITE

Alors qu’il effectue son premier voyage spatial, Styxx se réveille de son sommeil artificiel. Bizarrement, il est le seul de son unité à être réveillé. L’ordinateur de bord répète que sa trajectoire est incorrecte et que la planète en vue est interdite. Pourtant, tout est fait pour que Styxx s’y rende. Pourquoi ?

« L’histoire est écrite par les vainqueurs ». Cette citation de Robert Brasillach représente tout à fait le récit de La planète interdite et de son personnage Styxx. En une quarantaine de pages, on suit la vie de Styxx, un jeune homme différent des autres. Pour réaliser son rêve, il doit s’intégrer, obéir aveuglément, subir le racisme, pour la glorieuse civilisation des alphas.
Les histoires de futurs des éditions Syros sont à chaque fois de vraies surprises. Le jeune lecteur peut découvrir de la science-fiction, mais aussi une lecture qui le fera réfléchir. Ici, Yves Grevet a retenu plusieurs éléments : la différence et l’histoire des civilisations. A travers ces deux thèmes, il naît une troisième thématique, autrement plus sournoise : la manipulation. Qu’est-ce-que l’histoire ? Que nous raconte-t-elle et comment un gouvernement peut changer un récit pour bénéficier des événements ? Avec des mots simples, Yves Grevet invite le jeune lecteur à réfléchir, à ne pas obéir bêtement. La quarantaine de pages sont un modèle de concision tout en donnant suffisamment de poids aux personnages. Si le récit dénonce les manipulations historiques, le racisme, il démontre aussi qu’un « vivre ensemble » est possible.

Quand on a la chance de lire un auteur talentueux dans une somptueuse collection, le plaisir est immense. C’est le cas avec La planète interdite. Yves Grevet n’est plus à présenter. Qu’il soit question de Méto, de U4 ou de L’Ecole est finie, ses récits n’en finissent pas de nous faire réfléchir et voyager.

LA PLANETE INTERDITE
AUTEUR : YVES GREVET
COLLECTION : MINI SYROS SOON
EDITIONS : SYROS

Publicités

MINIVIP&SUPERVIP : LE MYSTERE DU VA-ET-VIENT

Minivip et Supervip sont frères et descendent d’une longue lignée de super-héros. Tout les oppose ! Si l’un est fort, peut voler et ressemble à un mannequin, l’autre est son contraire. Malgré tout, ils défendent les faibles contre les oppresseurs. Cette fois, il semblerait que la menace vienne d’une autre planète et que le plan d’invasion remonte à des centaines d’années.

Ce livre de près de 300 pages est à déguster en plusieurs couches. En effet, il cache des trésors. La collection Métamorphose s’attache toujours à une réflexion philosophique, voire à un rêve. A première vue, Ce mystère du va-et-vient est hors-sujet. En fait, le scénario de Bruno Bozzetto montre à quel point notre planète est mal utilisée. La pollution, les publicités qui n’en finissent pas à la télévision, la surconsommation. Pourtant, jamais il n’adopte un ton moralisateur. Il propose une comédie de situation qui fera réfléchir le lecteur.

UN SCENARISTE INCONNU ?

Si le nom de Bruno Bozzetto ne semble pas très connu en bande dessinée, il en est autrement en Italie et dans le monde de l’animation, en général. C’est l’un des pionniers de l’animation italienne. Avec quelques 300 films à son actif, il est surnommé le Walt Disney italien, excusez du peu ! Son héros le plus connu est sans nul doute Monsieur Rossi, un héros comme tout le monde. Mais Bruno Bozzeto a touché à la parodie, au film de science-fiction, la vulgarisation scientifique, etc. Son credo ? Nous amuser pour mieux dénoncer ! Avec Le mystère du va-et-vient, il reprend le scénario d’un long-métrage jamais réalisé pour en faire une bande dessinée. Une première pour ce jeune homme de 80 ans ! On y trouve tout ce qui fait le succès d’une comédie : Des personnages hilarants, des situations incongrues, des dialogues percutants. Ce mélange est bien travaillé et donne des scènes hilarantes. Nous aurons droit à un match de catch, une déclamation faite par un singe géant, l’essai à répétition du va-et-vient ou les discours attendus de Sa Fertilité. Les personnages secondaires sont travaillés de telle manière qu’on s’y attache. Du géant Sterminator qui n’a comme cerveau que ses muscles, au gentil Willy aimant danser, sans oublier un réalisateur de cinéma tyrannique… Qui ne va jamais au cinéma ! C’est plein d’entrain, on ne perd pas le tempo. Le scénario suit les règles d’or de la comédie italienne, un genre cinématographique qui a régné des années 60 aux années 80. Tout en riant, on dénonce. Simple et efficace. Pas seulement, ce scénario est brillant d’inventivité.

UN DUO CELEBRE DEPUIS 50 ANS

Minivip et Supervip ne sont pas des inconnus. Ils sont nés en 1968 dans le premier long-métrage de Bruno Bozetto Vip, mon frère Superman. Déjà, l’animateur dénonçait le consumériste. Supervip est une parodie de super-héros. Son uniforme rappelle Superargo ou les 3 Supermen, des productions de l’époque où le cinéma bis était projeté en salles. Quant à Minivip, tout rappelle Woody Allen. Le faciès, les lunettes, la psychologie. Pour l’anecdote, le doubleur italien de Minivip sur le film de 1968 était le doubleur attitré de Woody Allen. A la suite du succès, des strips de bande dessinée seront proposés, ainsi que deux suites tardives, mais la renommée des Vip est éternelle ! Les lecteurs auront plaisir à (re) découvrir ce duo. Tantôt drôles, tantôt tragiques, ils sont les reflets de notre société. Quant au troisième personnage, il est question de Nervustrella, la fiancée de Minivip. Malgré la pollution, les situations incongrues ou dangereuses, elle reste positive. On finit par se demander si elle n’est pas quelque peu naïve…

BANDE DESSINEE OU CINEMA ?

Pour illustrer ce scénario, Gregory Panaccione utilise tout son talent ! Que ce soit pour découvrir les personnages, montrer la pollution environnante, souligner une situation, il faut voir son ingéniosité dans les cadrages. Tout respire le cinéma : gros plan, travelling, etc. nous sommes projetés dans cet univers ! Son trait rond et expressif permet de saisir les visages, les émotions, tout en les tournant à la caricature. Il reprend les personnages de Bruno Bozzetto, se les approprie tout en gardant leur spécificité. Il n’a pas son pareil pour remplir ou vider une case. Absence de cases, bulles, pleines pages, c’est un déferlement de techniques qui permettent une lisibilité totale dans cet univers aussi délirant que graphique. Quant aux couleurs, on soulignera ce côté « passé » qui donne une vision très 60’s. On se trouve à mi-chemin du cinéma d’animation et de la bande dessinée !

La collection Métamorphose continue de nous embarquer dans des univers fascinants ! Tandis que le lecteur lambda sera amusé des prouesses de nos héros et des péripéties pour dominer la Terre, les plus curieux découvriront un artiste. C’est le seul point négatif qu’on pourrait donner à ce beau-livre. Un dossier de présentation sur Bruno Bozzetto aurait été le bienvenu. Bruno Bozzetto montre l’étendue de son talent et Gregory Panaccione réussit à le mettre en images, comme si nous allions au cinéma. Un tour de force impressionnant ou scénario, graphisme et couleurs sont au service des lecteurs. Un magnifique objet qui rend hommage au cinéma populaire italien, aux films d’animations mais qui permet aussi de prendre conscience de la beauté autour de nous et des dangers dont nous sommes responsables.

MINIVIP&SUPERVIP : LE MYSTERE DU VA-ET-VIENT
SCENARISTE : BRUNO BOZZETTO
DESSINATEUR : GREGORY PANACCIONE
COLLECTION : METAMORPHOSE
EDITIONS : SOLEIL

Pour ceux qui l’auraient remarqué, la musique de la bande-annonce reprend le thème original du film de 1968.

ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ

Un homme, auteur de bande dessinée de son état, souhaite payer ses courses, mais il a oublié la carte de fidélité du magasin. A la suite d’un malentendu, il s’enfuit. A partir de cet instant, cet inconnu va devenir la personne la plus recherchée de France. Les médias s’en mêlent, ne cessant de mettre la pression sur cet homme qui a oublié sa carte de magasin.

Quand Fabcaro publie en 2015 Zaï zaï zaï zaï, il ne s’attend certainement pas à un retour dithyrambique. Il reçoit plusieurs récompenses dont celui du Grand Prix de la Critique ACBD. Très vite, on annonce des adaptations théâtrales dont celle d’Amandine Marcq et François Pioc. La compagnie Légère Eclaircie interprète avec justesse cette fuite rocambolesque d’un auteur de bande dessinée, obligé de partir en cavale, à cause d’une carte de fidélité. L’adaptation est minimaliste. Il y a peu de décors permettant ainsi aux comédiens de changer de scène et aux spectateurs de s’immiscer plus facilement dans le contexte. A la façon d’un puzzle, Chaque séquence de la bande dessinée est rejouée, presque à l’identique, comme autant de sketches. Si on n’a pas les moyens de nous faire voyager d’un endroit à un autre (poste de police, la Lozère, un groupe de gospel, une famille qui part en vacances, etc) le texte, la mise en scène et le talent des comédiens font le reste. Dans ce minimalisme, on oublie souvent combien la régie est importante. Ici, la régie son a permis de mettre en valeur certaines séquence et d’accompagner les comédiens pour les chansons (oui, on chante dans l’univers de Fabcaro). On regrettera tout de même un manque de rapidité dans les enchaînements. Si dans l’œuvre originale, du fait de la lecture, les séquences peuvent être lentes, l’adaptation scénique peut être plombée du fait de ce tempo. Un peu plus de rapidité aurait été bienvenu. On entre complètement dans l’univers de Fabcaro. Tour à tour drôle, cynique, trash, avec un je-ne-sais-quoi de fataliste, le texte n’épargne rien, ni personne. Apparemment, la plupart des spectateurs n’avaient pas lu Zaï zaï zaï zaï, mais la salle réagissait de bon cœur. un vrai triomphe pour cette adaptation !

Ce spectacle a été présenté dans le cadre de Théâtre ici et là. Pendant 3 mois, la FETAAR (Fédération de Troupe de Théâtre Amateur de l’Agglomération Rennaise) propose des spectacles dans l’agglomération rennaise. Ca se passe dans les MJC, au Thabor, dans le parc de Maurepas. les propositions sont variées : Le legs de Marivaux, Il était une fois..Ou pas de Roald Dahl, Arsenic et vieilles dentelles de Joseph Kesselring ou Opéra panique d’Alejandro Jodorowsky. Une autre salve sera proposée cet automne.

ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ
MISE EN SCENE : FRANCOIS PIOC ET AMANDINE MARCQ d’après la bande dessinée de Fabcaro aux éditions 6 pieds sous terre
COMPAGNIE : LEGERE ECLAIRCIE

VINCE TAYLOR, L’ANGE NOIR

La vie de Brian Holden dit Vince Taylor fut mouvementée. Voulant devenir une star du rock’n roll, il s’habille en noir et devient malgré lui, l’idole des mauvais garçons. Sa carrière, principalement française, est faite de fracas, d’excès, d’alcool. Bref, une vie rock’n roll.

Arnaud Le Gouëfflec ne fait pas comme tout le monde. Ecrivain, chanteur, musicien, co-fondateur du festival invisible, cet artiste est multi-tâche, mais surtout, il trouve des sujets qui sortent de l’ordinaire. Le chanteur sans nom, La nuit Mac-orlan ou J’aurai ta peau Dominique A ne sont que des exemples de son imagination.
Avec Vince Taylor, l’Ange noir, il réitère cette capacité à nous surprendre, parfois à nous perdre. Pourquoi écrire une biographie, alors qu’on peut faire mieux ? Dans les premières pages, Vince Taylor semble se confesser à un religieux. Un dialogue qui permettra d’éclater la vie du chanteur en plusieurs morceaux. De son enfance à sa « retraite » à Macon, le scénariste éparpille la vie du chanteur comme autant de moments vécus. Quand on recolle les morceaux, on s’aperçoit de l’ange noir du rock n’a eu qu’une longue chute, mais qu’elle fut magnifique. C’est cela la magie d’Arnaud Le Gouefflec. Prendre des morceaux de vies d’inconnus et réussir à montrer toute la complexité du personnage. Pour Vince Taylor, on hésitera toujours entre ritre et larmes. Son contrat avec Barclay, ses excès, sa foi, ses fans… Tout prédisposait le jeune artiste à une longue déchéance, mais raconté par Arnaud Le Gouefflec, elle en devient magnifique.
Marc Malès adopte parfaitement l’écriture d’Arnaud Le Gouëfflec. Son trait est dur et fait ressentir d’autant plus les vies de Vince Taylor, entre show-business et réalité. Ce qui est étonnant, c’est la composition des planches. Aux cadres classiques suivent des compositions hallucinantes, on frise le surréalisme. Des cadrages serrés, d’autres qui donnent le vertige, des plans qui s’attardent sur une partie de l’image. Le talent de Marc Malès permet de mettre en avant la « folie » qu’était la vie de Vince Taylor. Pour ne rien adoucir, tout l’album est en noir et blanc, comme un rappel entre l’ange et le démon, les deux faces de Vince Taylor.

Entre l’écriture et le dessin, le lecteur sera pris dans le tourbillon de cette folle époque. Il est difficile d’appréhender le personnage de Vince Taylor. Parodie, victime ou vraie star du rock ? L’album pose autant de questions qu’il apporte de réponses. Emporté à 52 ans par un cancer, Vince restera une énigme.

VINCE TAYLOR L’ANGE NOIR
SCENARISTE : ARNAUD LE GOUEFFLEC
DESSINATEUR : MARC MALES
COLLECTION : 1000 FEUILLES
EDITIONS : GLENAT

RENCONTRE AVEC ANDRE-FRANCOIS RUAUD

André-François Ruaud 2018Où l’on parle ovins, bibliothèques, littératures, pays imaginaire et vocabulaire québécois

Nous allons aborder la quatorzième année des Moutons électriques. Si tu devais faire un résumé, est-ce une balade, un parcours ou un chemin de croix ?

André-François Ruaud : Hm… Chemin de croix quand même. C’est très dur d’être éditeur. C’est épuisant, ce sont des inquiétudes tout le temps. Évidemment, c’est aussi plein de satisfaction, sinon, je ne suis pas complètement maso, j’aurais fait autre chose, mais avouons-le, faut être un peu marteau. On me l’avait dit avant que je devienne éditeur et je le constate. Mais c’est un boulot que j’aime toujours, à la passion, parce que quand la passion n’y sera plus, je ne pourrai plus le faire. Je trouve énormément de choses qui m’intéressent et j’ai toujours cette passion. Ce n’est pas simple, mais je ne me plains pas. Je fais un métier que j’adore.

Les Moutons électriques, c’est un nom original pour une maison d’édition qui veut éditer principalement des auteurs français.

André-François Ruaud : (Rires) Comme tu le sais, ça provient du roman Les Androides rêvent-ils des moutons électriques, le Blade Runner de Philip K. Dick, mais c’est parce que j’ai co-créé Les Moutons électriques… La maison a été créée en 2003 avec plein de monde, mais mon principal associé c’était Patrice Duvic, un éditeur lyonnais et parisien et c’était un ami personnel de Philip K. Dick. Dans son placard, Patrice avait une chemise hawaïenne qu’avait portée Philip K. Dick (rires). Ce nom, c’était un moyen de rendre hommage à Philip K. Dick et à Patrice Duvic.

Le mouton est un ovin généralement considéré comme stupide. Du point de vue culinaire, on aime celui des prés salés ou celui de Ouessant… Ce dernier est aussi apprécié comme tondeuse écologique. Qu’en est-il de vos moutons ?

André-François Ruaud : Les Moutons électriques, c’est un nom qui nous a séduit tout de suite… Qui nous a défrisé (rires). Ce n’était pas pour le côté ovin, bien entendu, mais en vérité, pour le rythme de ce nom. Ça m’a fait penser au Serpent à plumes ou aux Humanoïdes associés, c’est-à-dire un nom d’éditeur en plusieurs morceaux. Le Serpent à plumes comme les Humanoïdes associés, ce sont de très belles aventures éditoriales. Quand une copine nous a proposé ce nom là, ça nous a séduits immédiatement.

Tu édites de la littérature populaire. Le terme semble aujourd’hui galvaudé. Peux-tu en donner une définition ?

André-François Ruaud : Je publie à la fois de la littérature populaire et de la littérature de genre. Je ne sais pas si c’est galvaudé. Les séries télé de nos jours sont éminemment populaires, c’est dans ce sens-là que j’entends « populaire », une littérature qui plaît à un grand nombre. Ça ne veut pas dire pour autant que c’est une littérature médiocre, mais c’est une littérature de genre… Je considère qu’il y a trois faces de littératures. Il y a la littérature « blanche » officielle, il y a la littérature noire, c’est-à-dire le polar, et il y a les littératures de l’imaginaire. Pour moi, les gens vraiment cultivés, les gens qui m’épatent totalement, ce sont les gens qui maîtrisent les trois genres. Par exemple, David Vincent, le directeur de L’Eveilleur et de L’Arbre vengeur, m’épate absolument car il maîtrise à la perfection la littérature générale et les littératures de l’imaginaire. Pour moi, c’est ça être vraiment cultivé.

Dans une autre vie, tu as été libraire de bande dessinée. Pourquoi ne pas devenir éditeur du 9eme art ?

André-François Ruaud : J’aurais pu, c’est sûr, mais, c’est un autre métier. Ce n’est pas éditeur, c’est éditeur de bandes dessinées. J’en avais pas envie. J’adore la bande dessinée, mais j’aime encore plus tout ce qui est littérature.

Tu lis et pratiques la psychogéographie. Qu’est ce que c’est ?

André-François Ruaud : La psychogéographie, c’est l’art de se promener en ville, l’art de se perdre en ville et l’art d’en parler. Parler de ses promenades, des sensations que donne la ville, de l’influence de la vie urbaine sur la vie humaine et de l’interaction de la nature avec la ville.

Toi qui es bordelais. A-t-on des balades psychogéographiques sur Bordeaux ?

André-Francois Ruaud : Je n’en ai pas rédigé, mais ça pourrait se faire,.. Comme dans toutes les grandes villes, Mais pour faire de la psychogéographie, il faut que la ville soit assez vaste et Bordeaux a cet avantage de ne pas être spécialement très peuplée, mais d’être très vaste, très étendue. Donc, pour répondre à ta question, on peut le faire.

Tu apprécies Bordeaux, comme tu as apprécié Lyon, mais pourquoi cet amour particulier de Londres ?

André-François Ruaud : Londres, c’est une forme d’exotisme. Oh, je me rends compte que ce n’est pas très original, d’aimer cette ville. On est des centaines et des milliers à aimer ou à avoir aimé Londres, Pour moi Londres et même l’archipel britannique en général, c’est un peu comme un pays imaginaire, très sophistiqué. Je le trouve fascinant. J’aime lire des romans qui se passent dans ce pays imaginaire, mais c’est un pays imaginaire qui a un avantage supplémentaire… On peut y aller ! C’est formidable quand même !

Tu as fait partie d’une gang lyonnaise… Qu’est-ce que la Gang ?

André-François Ruaud : Quand j’étais à Lyon, j’avais envie d’avoir autour de moi des amateurs de genres et de bandes dessinées. J’ai cherché à créer une bande d’amis, de discussion voire d’écriture… Ce groupe est né dans une voiture en rentrant d’un salon de science-fiction à Nancy. Nous étions assez intéressés sur le vocabulaire québécois et on a décidé de s’appeler la Gang. En québécois, il y a des mots qui n’appartiennent pas au même genre qu’en français. C’est un clope et une gang… Voilà. C’était ambitieux, parce que c ‘était un déjeuner hebdomadaire. On y est arrivé. Tous les jeudis on se réunissait, pendant quelques années, c’était très chouette !

Le Club de l’hydre en est-il le pendant bordelais ?

André-François Ruaud : Tu as tout compris. Lyon est une ville de passage. La plupart des membres de la Gang sont partis, donc la Gang s’est dissoute… littéralement. Et moi aussi, je suis parti. Quand j’ai décidé d’arriver à Bordeaux, je connaissais quelques personnes et je leur ai proposé de faire un dîner mensuel. En hommage à mon camarade Francis Saint-Martin, on a appelé ça Le Club de L’hydre.

Tu as une théorie : « Au début des années 80, notre planète est passée dans une singularité qui en a arraché tout goût et bon sens créatif. » Est-ce le cas pour la littérature ?

André-François Ruaud : (rires) Oui, c’est aussi le cas pour la littérature. Essayes de relire Poppy Z. Brite, par exemple. C’est clinquant au possible… Les années 80, c’est les années du clinquant, donc j’aime cette théorie un peu idiote du passage de la planète dans une singularité qui aurait arraché brièvement tout sens du bon goût…

Pourtant, les années 80, ce sont aussi les années où tu as commencé à travailler, à écrire. Est-ce que ça veut dire que tu avais mauvais goût ?

André-François Ruaud : Oui, j’aimais bien entendu certaines choses que je n’aime plus du tout. (rires)

Sur les différentes interviews de toi, il y a souvent la même photo. Est-ce une coquetterie de ta part ou tu ne changes pas au fil des années ?

André-François Ruaud : Premièrement, je n’ai pas beaucoup changé (rires). Deuxièmement, oui, c’est une coquetterie, en ce sens, que j’avais envie d’avoir une photo officielle…. mais j’en ai changé depuis peu parce que j’ai la barbe. Il n’y a pas longtemps, une jeune femme photographe a mitraillé une conférence où j’intervenais. Je lui ai demandé l’autorisation d’utiliser une des photos, qui me plaisait bien.

Tu apprécies la musique sophistiquée. Peux-tu nous en dire plus ?

André-François Ruaud : J’apprécie le progressive-rock et le jazz-rock. Voilà ce que j’aime particulièrement. Ce sont des musiques sophistiquées au niveau de l’instrumentalisation et de l’arrangement. Mais qui t’a dit que c’est ce que j’appréciais ?

Temps de Livres : Tu l’as écrit sur ton blog.

Tu as une maison soigneusement décorée, des bibliothèques choisies (aucune ne vient d’Ikea), une cuisine raffinée… Peut-on dire qu’André-François Ruaud est un esthète ?

André-François Ruaud : C’est prétentieux, donc je te laisse le dire. (rires)

Ton blog à pour titre Neverland. On ajoute à cela des achats compulsifs de Mickey-Parade, des titres de La Bibliothèque verte, etc. Es-tu atteint du syndrome de Peter Pan ?

André-François Ruaud : Oui, c’est évident ! Je n’aime pas l’idée de vieillir, je suis très jeuniste et je me rends parfaitement compte que le fait d’acheter des anciens Bibliothèque rose et verte, c’est un rêve d’enfant. Une fois, étant môme, j’étais dans un Monoprix et ils avaient tout un présentoir de vertes et roses. J’ai eu une vraie gourmandise… J’ai eu envie de tous les avoir. Pourtant, mes parents étaient généreux. je me rends compte avec le recul qu’ils me donnaient beaucoup d’argent de poche pour acheter des bouquins. J’avais beaucoup de livres, mais je ne pouvais pas acheter tous les Bibliothèques rose et verte (rires)… Je le fais maintenant ! Ce n’est pas très sérieux, ce n’est pas mature, mais je le fais !

On m’a demandé si André-Framboise aime toujours la vergeoise. (C’est une private joke ndlr)

André-François Ruaud : (Rires) No comment.

Merci à André-François Ruaud d’avoir répondu à mes questions. Merci à la librairie Critic pour son accueil

LE GRAND LIVRE DE L’HORREUR T1 : DANS LE CHÂTEAU DE DRACULA

Dans-le-chateau-de-DraculaVirgile, un adolescent de treize ans a beaucoup de mal à être populaire. Il faut admettre qu’il a une passion originale : Les histoires d’horreur. De sa trousse « squelette » à son sweat « + beau zombie de la terre », tout rappelle sa passion. Alors, quand une vieille dame originale lui vend un ouvrage ancien, Le Livre de L’Horreur, Virgile est comblé. Une joie qui ne va pas durer. Quand il commence sa lecture, il se retrouve projeté dans le château de Dracula.

LE GRAND LIVRE DE L’HORREUR (voix caverneuse)

Le Grand Livre de L’Horreur est une nouvelle série des éditions Albin Michel. On y suit les aventures de Virgile dans les grands classiques littéraires ou cinématographiques. Il y a quatre tomes parus et les thèmes sont éloquents : Dracula, Frankenstein, Jurassic Park, Docteur Jekyll et Mister Hyde.

UNE AUTRICE TALENTUEUSE

L’autrice qui écrit (de son sang ?) ces ouvrages : N.M. Zimmermann. Nous avions lu Les Ombres de Kerohan et Le Miroir aux Sortilèges, mais il n’y a pas de frontière pour cette femme talentueuse. Sa bibliographie compte bandes dessinées, littérature adolescente et les thèmes sont légions. A chaque ouvrage, on ressent un véritable plaisir de lecture, mais aussi de l’humour pour désamorcer les situations les plus tendues.

UN RECIT ENTRE HOMMAGE ET MISE A JOUR

Avec ce premier tome, on découvre un concept original. Au lieu de faire lire le récit classique, on y fait plonger le lecteur. L’adolescent, mal dans sa peau, qu’est Virgile, n’est pas une figure héroïque et le lecteur pourra s’identifier à lui. On suit avec intérêt les aventures de cet adolescent avec son lapin, les situations stressantes où le frisson vous gagne (Eh oui ! Même les « vieux » lecteurs de Bram Stoker). Si le récit suit en grand partie la trame du roman original, on s’en écarte par moment… Mais nous ne vous révélerons pas pourquoi. Virgile essaie de dénouer cette situation, puisque lui, connaît le roman. S’il échoue, il se fera mordre. Heureusement, le sens de l’humour de l’autrice permet de terminer avec plaisir ce premier tome.

DES ILLUSTRATIONS HARMONIEUSES

Dès la couverture, Caroline Hüe colle à cette nouvelle version de Dracula. Il faut faire ressentir les frissons, mais sans faire fuir le lecteur. Son trait élancé, son sens du détail, illustrent parfaitement la thématique de la série et les émotions recherchées. On y voit une filiation avec l’illustrateur Fernando Puig Rosado. Les trouvailles qui parsèment le livre sont aussi simples que nécessaires. Le travail graphique est magnifique et donne une raison supplémentaire de lire ce livre.

Avec sa centaine de pages, des chapitres concis, des personnages attachants et originaux, N.M. Zimmermann signe un premier tome enlevé qui démonte les poncifs des classiques littéraires. On donne envie aux plus jeunes de découvrir ces « monuments » sans montrer le « poids » du titre. Les références sont présentes et on ose même citer Flicka ? Ça nous a fait rire ! On souhaite une grande longévité à cette série !

LE GRAND LIVRE DE L’HORREUR
T1 : DANS LE CHÂTEAU DE DRACULA
AUTRICE : N. M. ZIMMERMANN
ILLUSTRATRICE : CAROLINE HÜE
EDITIONS : ALBIN MICHEL

RENCONTRE AVEC PIERRE ALARY ET RONAN TOULHOAT

conana-glenat

A l’occasion des deux premiers tomes de la collection Conan, rencontre avec les deux dessinateurs Ronan Toulhoat et Pierre Alary. On parle de l’équipe éditoriale, des récits de Robert E. Howard, mais aussi de François Pignon et de l’Agent 212,

Comment avez-vous connu l’univers de Robert E. Howard ?
Ronan Toulhoat: J’ai vu le film de John Milius dans la fin des années 1990, et ce n’est que fin 2013, que je décide de m’intéresser à la littérature américaine du début du XXème siècle. Je commence à lire du Edward Rice Burroughs (TarzanLe Cycle de Mars ndlr), du Robert E. Howard, je lis les Conan, etc. et un an après, Jean David Morvan nous approche Vincent (Vincent Brugeas, le scénariste ndlr) et moi, pour nous demander si on veut être sur le projet. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. Quand on s’est mis dans l’exercice de l’adaptation, on s’est frotté à un personnage quasi-iconique, mais tout en restant dans notre vision du personnage.

Pierre Alary : J’ai découvert Robert E. Howard quand j’étais ado, parce qu’à l’époque je lisais beaucoup de littéraire américaine néo-gothique : Hobson, Lovecraft, Howard, etc. Notamment grâce aux éditions Néo. J’ai commencé Howard avec Solomon Kane avant de lire du Conan, mais je ne les ai jamais relus, même avec les nouvelles traductions. L’auteur faisait partie de mon histoire, de ma culture.

Avez-vous lu Conan en bande dessinée ?
Pierre Alary : J’en ai lu en comics, mais que ce soit Barry-Windsor Smith ou John Buscema, je n’ai pas apprécié leur travail sur le personnage. Du coup, je me réfère plus à la littérature.

Ronan Toulhoat : Je n’ai jamais lu les comics. J’avais les illustrations de Frazetta en tête, mais je n’ai découvert le travail de Buscema que largement après. Rétrospectivement, quand on voit le travail qu’ils ont fait, Conan est déjà à l’époque une grosse licence, largement exploitée par les américains. C’est à remettre dans son contexte aussi. On va demander aux jeunes dessinateurs qui apprennent leur métier, de dessiner sur des licences comme celles-ci. Ils dessineront un ou deux épisodes et ils passeront à autre chose. Donc, je suis comme Pierre, je me suis plus attaché au texte, mais au final, ce n’est pas plus mal, car je restais dans l’image du Conan que je me projetais.

Maintenant que vous avez œuvré sur le projet éditorial de Conan. Que pensez-vous du personnage ? Quelle est cette vision européenne, voulu par Patrice Louinet (Co-directeur de la collection ndlr) ?
Pierre Alary :  Une vision graphiquement européenne…

Ronan Toulhoat : Comme le dit Patrice Louinet, avec ce texte, ce format, on revient aux sources de ce que voulait Howard pour son personnage de Conan. C’est Sprague de Camp qui a donné une chronologie aux nouvelles, pour que le personnage de Conan colle à l’image du self-made man à l’américaine. Le mec qui ne part de rien et qui devient roi. Pour Howard, ce n’est pas çà. Vincent, mon scénariste, compare le personnage de Conan à Francois Pignon. C’est une sorte de personnage type qui lui permet, dans son environnement de fantasy, de raconter plusieurs histoires avec le même personnage. Mais il y a certaines nouvelles où le personnage de Conan n’intervient pas. Il n’est que spectateur. C’était là qu’il était intéressant de travailler sur Conan et de se rendre compte aussi que ce personnage, c’est une sorte d’anarchiste. Il est contre la civilisation qui pervertit socialement et politiquement les hommes.

La civilisation d’Howard, elle est pervertie.
Ronan Toulhoat : Oui, c’est une vision nihiliste.

Pierre Alary : C’est la vision de son époque. C’est la projection du romancier.

Comme s’est passé la relation avec Patrice Louinet ?
Pierre Alary : On n’en a pas eu. C’était plutôt avec l’éditeur. Celui-ci faisait le lien entre la collection et nous. Il était là en amont.

Ronan Toulhoat : C’est plutôt les scénaristes qui ont eu des rapports avec lui. Vincent, comme Jean-David Morvan ont eu un mémo pour rappeler qui est Conan, ce qu’il faut faire ou pas. Pour Vincent, ce qui était dedans était assez évident. Quand il a lu les nouvelles, c’était ce qu’il s’était projeté, ça lui semblait assez évident. Pour d’autres scénaristes, ce rappel a du être nécessaire.

Avez-vous choisi le récit que vous avez illustré ?
Pierre Alary : Je n’ai pas choisi le récit mais j’ai choisi la position. A la base, je devais être sur un autre récit, écrit par Patrice Louinet. Le dessinateur prévu sur le récit de Jean-David Morvan s’est désisté et je me suis permis de me proposer sur le projet. Il a accepté et ça m’a permis de me retrouver dans le peloton des premières sorties plutôt que des dernières. Sur des séries au long terme comme celles-ci, ça peut être intéressant.

Ronan Toulhoat :  Quand nous sommes arrivés sur la collection, nous étions parmi les derniers et Glénat nous a proposé trois nouvelles. Elles ne nous plaisaient pas. Par contre, nous avions lu tout l’oeuvre d’Howard sur Conan et la nouvelle Le Colosse Noir nous intéressait. Elle n’était pas non plus dans le choix de Glénat. On leur a dit qu’on voulait travailler sur celle-là, sinon ce ,’était pas la peine. Ils ont accepté et on a commencé à travailler. La nouvelle regroupait plusieurs choses qui nous intéressait. Il y avait cette notion du personnage qui partait de rien pour devenir général du jour au lendemain. Il y avait cet aspect politique avec la princesse et ce côté très épique de la bataille. C’était la première fois que je me confrontais à une gestion de bataille. Ça me sortait de ma zone de confort. Je revenais aussi au franco-belge après pas mal de temps  sur du format comics, donc cet ensemble était intéressant.

Pierre Alary : De mon côté, comme Jean-David Morvan est le directeur de collection, je pense qu’il a choisi en premier. La Reine de la Côte Noire  n’est pas la pire des nouvelles de Conan, parce qu’il rencontre son seul grand amour. La faiblesse de Conan, c’est dans cette nouvelle. Par contre,  il y a une chose qui me plaisait bien, c’était les hyènes géantes. Jean-David Morvan ne les a pas mis et c’est dommage. Je les ferai dans le deuxième tome (rires).

Comment aborder une énième adaptation de Conan ?
Pierre Alary :  Il ne faut pas dessiner à la façon de Frazetta ou celle de Buscema, parce que c’est juste impossible. L’idée des directeurs de collection, c’était de prendre des dessinateurs avec des styles différents, pour que chacun le fasse à sa façon. S’ils avaient pris le dessinateur de L’Agent 212, Ils auraient voulu le voir avec un gros nez (rires). Il ne va pas se forcer à faire du réalisme. C’est l’idée aussi de la collection.

Ronan Toulhoat : Il faut se faire plaisir avant tout.

Comment s’approprier un personnage iconique qui puisse plaire aux lecteurs ?
Pierre Alary : On n’en sait rien. Les lecteurs auront le choix entre quinze Conan différents. Certains vont se vendre à quinze mille exemplaires et d’autres à deux mille.

Ronan Toulhoat :  J’ai vu sur les forums que certains n’aimaient pas mon Conan et préféraient celui d’Anthony Jean…

Pierre Alary :  Qu’ils achètent celui d’Anthony Jean (rires) !

Ronan Toulhoat : Ce ne sont que des one-shot. Ils ne sont pas obligés de prendre toute la collection.

Pierre Alary : Ce qu’il fallait éviter entre nous, c’était une compétition malsaine. Du fait qu’on n’ait pas été mis en contact, ça a fonctionné. Aucun ne nous n’est capable de citer les quinze équipes. On ne s’est pas montrés nos Conan respectifs en les comparant. Chaque équipe a un style différent. Ça permet d’éviter ce genre de conflit interne.

Ronan Toulhoat : Encore une fois, nous n’avions pas lu les comics. On n’était pas dans une sorte d’hommage à la manière de… On s’est fait plaisir avant tout et c’est le principal. Après la notion de se faire plaisir chez un auteur, c’est ce qui est ressenti par le lecteur. Il prendra aussi du plaisir à lire.

En tant que lecteur, est-ce que vous attendez un titre de la collection plus qu’un autre ?
Pierre Alary
:  Je ne connais pas les équipes, mais j’ai une bonne copine, Virginie Augustin, qui m’a montré ce qu’elle a fait. Ça a l’air plutôt beau… Comme d’habitude, on va dire (sourire).

Ronan Toulhoat :  J’attends de voir La Citadelle Ecarlate, dessiné par Etienne Leroux. Je suis curieux aussi de voir ce qu’à fait Didier Cassegrain.

Tous les deux vous avez travaillé sur des personnages mythiques : Sinbad le marin, Moby Dick, Philippe Auguste, Tancrède, Sherlock Holmes, etc. A quand des gens simples ?
Ronan Toulhoat : Au travers de ses personnages qui sont épiques, presque mythologiques, on essaie de raconter des histoires d’hommes simples, parce que ce sont des hommes avant tout.

Pierre Alary : Adapter des personnages « iconiques », c’est vrai que ça fait partie aussi du travail quand tu fais de la bande dessinée, c’est d’aller au-delà de l’ordinaire. En tout cas pour Ronan et moi, pas pour tout le monde. C’est comme faire du cinéma, de l’aventure, voir de l’extraordinaire. Si en plus,  tu as l’occasion de te frotter à des personnages qui font partie de la culture, c’est assez excitant. Tu te dis, que toi aussi tu fais partie de ta propre histoire. Pour Conan, je fais partie des personnages qui ont fait du Conan ! C’est génial !

Merci à la librairie Critic d’avoir permis cette rencontre ainsi qu’à la responsable événementielle des éditions Glénat.
Une interview enregistrée sous l’influence du fond sonore : La bande originale du film Conan Le Barbare par Basil Poledouris.