RENCONTRE AVEC LE COORDINATEUR DU PRIX COMICS ACBD

Le 25 octobre prochain, lors de la Comic-Con Paris, l’ACBD remettra pour la première fois, le Prix Comics ACBD de la critique. Nous avons rencontré Yaneck Chareyre, le coordinateur du prix.

Bonjour Yaneck,

Qu’est-ce qu’un comics ?

Pour faire simple c’est une bande dessinée publiée aux États-Unis ou en Angleterre. Le champ du comic-book, c’est vraiment de la bande dessinée anglo-saxonne, même s’il a pu essaimer de part le monde.

Quelle a été la réaction de l’association ACBD quand tu as demandé la création d’un Prix Comics ?

Ce n’est pas moi qui l’ai demandé. C’est Aurélien Pigeat, il y a deux ans, à la fin d’une assemblée générale de l’ACBD (Association des Critiques et Journalistes de Bande Dessinée ndlr). Pour lui, c’était un souci qu’il n’y ait pas de prix de la bande dessinée américaine, au vu de l’importance que prenait dans notre pop-culture, les univers liés aux comics-books. Florian Rubis et moi avons renchéris sur ce constat. Le bureau de l’ACBD m’a confié une mission d’évaluation du projet. Celle-ci s’est faite durant l’année 2018 et nous avons rendus nos analyses lors de l’assemblée générale 2019. L’association et ses membres ont validé le principe d’un prix. A une énorme majorité, celui-ci a été considéré comme une très bonne idée, comme une logique que notre milieu reconnaisse un genre qui était là avant les mangas et qui était délaissé depuis des années.

Comment s’est déroulée la sélection ? Quels en sont les membres ?

Il se compose de quatre personnes. Il y a Florian Rubis qui écrit notamment pour ActuaBD.com.  Il est aussi monteur d’exposition consacrée à la bande dessinée anglo-saxonne et surtout britannique. Il y a Aurélien Pigeat qui fait aussi partie d’ActuaBD.com. Il est aussi le nouveau responsable du Prix Asie. Il y a aussi Bernard Launois qui écrit pour Auracan.com et moi, en tant que journaliste pour Zoo.
Nous avons validé l’existence du prix au mois de mars, lors de l’assemblée générale de l’ACBD. Depuis, on se soumet les titres qui nous semblent les plus pertinents. Tout au long de l’année, on utilise les réseaux sociaux pour les faire découvrir, pour les commenter, mais aussi pour demander aux éditeurs des copies numériques pour la sélection. Nous nous sommes réunis début septembre virtuellement pour épurer la liste et déterminer la sélection finale. Nous avions une vingtaine de titres sur six mois. On fera sans doute mieux l’année prochaine. Nous avons fait une première liste de dix titres, avec certains éditeurs qui en avaient deux. Nous avons discuté, échangé et sous forme de consensus, nous sommes arrivés à bâtir une sélection. Elle fait la part belle aux deux grands univers historiques qui sont Marvel et DC, par l’entremise des éditions Panini Comics et Urban Comics. Les deux autres éditeurs sont des défricheurs de talents. Nous avons Tumultes chez Presque Lune et Pour l’amour de Dieu Marie chez Cambourakis.

Dans la sélection, pourquoi ne pas prendre que des titres super-héroïques ou au contraire n’en prendre aucun ?

La définition que je viens d’en faire- qui n’est pas celle de l’ACBD-mais qui se recoupe là-dessus- ne tient pas compte de ces questions-là. Ce n’est pas un critère discriminant. La définition de l’ACBD pour le Prix Comics ACBD de la Critique : nous primons un album publié en anglais, dans un pays de culture anglophone et traduit en français pour les pays francophones. On n’est pas loin de ce que j’ai dit. La définition officielle est là pour se garder des portes ouvertes sur d’autres univers culturels, pour ne rien se fermer. La bande dessinée franco-belge c’est autant Thorgal, La Famille Passiflore ou Le déclic de Manara. Le comic-book, c’est de l’indépendant, du mainstream avec de la science-fiction, du polar, du super-héros, etc. On ne voulait se fermer aucune porte. On a essayé de faire en sorte que la sélection finale des cinq titres soit à la hauteur de cette diversité de production.

Dans cette sélection, on est plutôt dans les genres : fantastique, polars, etc. Vous n’avez-pas peur de laisser des lecteurs sur le chemin ?

Je ne crois pas. On a beaucoup de diversités. Pour l’amour de Dieu, Marie raconte la façon dont une jeune fille, élevée dans une culture anglicane, va pousser un petit peu loin le mantra : « Aimez-vous les uns, les autres ». On est sur quelque chose de très politique : sur la place de la femme, celle de la femme par rapport à la religion anglicane et donc au christianisme. C’est une bande dessinée engagée avec un dessin qui flirte avec les influences japonaises. Tumultes est un polar psychologique, Multiversity est un récit de super-héros méta-analytique, Mister Miracle, C’est du super-héros revu et corrigé. Quant à X-Men Grand Design, c’est un récit de super-héros à la sauce indé ! Le seul reproche que je pense qu’on puisse faire à cette sélection et c’est assumé volontairement, c’est un caractère élitiste. C’est le propos du prix : nous nous demandons, journalistes et critiques, de déterminer quels sont les meilleurs albums de l’année. Cela nous amène à avoir des titres qui ne seront pas nécessairement très grand public et qui ne seront pas les plus classiques. Il n’y aura pas forcément Captain America ou Walking Dead. Mais ce genre de séries pourront trouver leurs places dans la sélection à l’avenir. Par exemple, nous avons beaucoup hésité sur le Batman White Knight de Sean Murphy, mais il ne rentrait pas dans les critères, en termes de délais. A un mois près, il y aurait eu du Batman dans la sélection.

Hors sélection, on remarque qu’il y a un choix varié d’éditeurs.

Sur le Prix Comics, on s’est résolu à mettre deux titres des éditions Urban Comics, sur les cinq de la sélection. On aurait aimé idéalement avoir cinq éditeurs pour une vraie diversité éditoriale. Du coup, on utilise nos recommandations pour dire aux gens qu’il y a beaucoup de choses, différents éditeurs et des univers variés. C’est un moyen pour nous d’avoir tous les éditeurs qui publient du comic-book et de citer un titre de chez eux globalement. Ça permet d’avoir une sélection qui dise :  » La bande dessinée américaine, aujourd’hui en France, ça ressemble à ça et ce sont ces acteurs-là qui la font ». Malheureusement, on a oublié des éditeurs, comme Le Snorgleux. Je l’ai redécouvert récemment. Il avait toute sa place dans les recommandations.

Est-ce qu’un Prix Comics pourrait devenir Grand Prix de la Critique?

Techniquement, ce serait possible. On s’est posé la question dans l’association. Les albums qui sont dans la sélection du prix pourront se retrouver dans la sélection du Grand Prix. L’an dernier, Moi, ce que j’aime c’est les monstres a été primé. C’est un comic-book et il aurait été impensable de ne pas l’intégrer à un Prix Comics. On aurait sans doute été obligé de le primer deux fois, ce qui nous aurait causé du tracas, sur des questions de principes, mais ça aurait été mérité.

Vous êtes partenaires de la Comic-Con Paris. Comment ça se déroule ? Est-ce qu’une personne de la Comic-Con vote pour le prix ?

Non, ils ne votent pas. La Comic-Con Paris a accepté de nous recevoir pour la remise de ce prix. Nous les avons démarchés parce qu’à notre sens, c’est aujourd’hui, en termes de festival comics, la marque la plus connue, en France. Il y a de nombreuses initiatives qui se développent, comme la Lyon Comic-Gone, le Toulouse Game Show, le Roubaix Comics festival, etc. Il y a pleins d’événements qui existent en France, mais avec tout le respect dû à ces festivals, que j’espère pouvoir visiter un jour, Comic-Con, c’est une marque internationale, extrêmement connue et qui va toucher des publics différents. On est allé les voir parce qu’on recherchait un espace médiatique pour remettre ce prix. Ils ont accepté qu’on soit partenaires. Le lauréat sera annoncé lors de la Comic-Con et le prix sera remis lors d’un panel avec des invités, le vendredi 25 octobre. Ce panel permettra de débattre autour de l’œuvre ou des auteurs primés. Ainsi se clôturera cette première édition du Prix Comics ACBD de la Critique. . En attendant, les membres de l’ACBD votent, ils ont jusqu’au 10 octobre. Après, il nous restera à préparer la conférence !

Comment as-tu découvert les comics ?

Un été, petit, mon grand-père maternel m’offre un comics de retour d’une braderie. C’est un Special Strange avec Iron-Man en couverture. Je ne sais plus lequel, mais ça doit être déjà la période Semic. Quelques années plus tard, je me fais opérer des amygdales. Pour ne pas m’ennuyer, mon grand-père m’offre un comics. Je me souviens très bien de celui-ci. C’est le recueil kiosque de La guerre du pouvoir, avec Adam Warlock et Le mage. C’est le premier comics que j’ai lu, avec une palanquée de personnages. J’ai commencé là. J’ai suivi Strange sous le format de trois magazines reliés. En janvier 1995, j’achète mon premier Strange mensuel et je n’arrêterai plus d’acheter de magazines kiosques comics jusqu’en 2017. 

Comment as-tu évolué ? Tu ne lis pas que du super-héros.

J’ai toujours lu de tout. A côté de Strange, je lisais Noritaka, le roi de la baston, Alix, etc. J’avais cet éclectisme et naturellement ça m’a amené à tester d’autres univers. Du côté des comics, ça doit être vers 1997, quand Thierry Mornet était à la barre chez Semic. Il commençait à publier des comics indépendants. Je pense que j’y suis venu par le kiosque et puis après… Pas de limites !

Que conseillerais-tu à une personne qui voudrait commencer le comics ?

Commencer par UN comics, ce n’est pas possible… Le plus simple, c’est de commencer par du Batman. Prenez le Batman Silence par Jeff Loeb et Jim Lee. Si vous voulez du super-héros, c’est celui-là que vous allez prendre, mais comme on l’a dit, le comics ce n’est pas que du super-héros. Si vous ne devez en retenir qu’un, allez lire Maus d’Art Spiegelman ! C’est de la bande dessinée américaine, c’est du comic-book et il n’existe pas de meilleure bande dessinée au monde, à mon avis !

A quel moment as-tu senti qu’on commençait à reconnaître le comics ?

Il y a plusieurs choses. Le développement de l’audience du comic-book se fait malgré tout largement par l’entremise du cinéma. Dès Blade, le film avec Wesley Snipes, on montre qu’avec un personnage de seconde zone de comic-book, on peut faire un film stylé et vendeur. Le film X-Men de Bryan Singer fait la même chose avec des personnages que tout le monde connaît. On peut faire un film qui a du sens, de la profondeur. Tout ça vient créer un éco-système dans lequel Marvel Studios va s’épanouir et montrer qu’ils peuvent adapter leur médium et leurs personnages avec respect et sérieux, ce que beaucoup de films ne faisaient pas avant. Ça n’a pas créé beaucoup de lecteurs, car le lectorat, même aux États-Unis ne se développent pas grâce aux films. Par contre, ça a permis de ramener la culture comics dans une forme de respectabilité. A partir du moment où un film de super-héros peut avoir du sens, où il peut faire des millions de ventes de billets… A ce moment-là, les gens le regardent différemment. Dans le même temps, les éditeurs français sont partis en recherche de matériel moins coûteux à publier. Payer des droits d’adaptations sur une bande dessinée étrangère coûte moins chère que de publier un auteur français. Je pense que les mouvements ont été concomitants. Les éditeurs de bande dessinée franco-belge sont venus de plus en plus vers le comics. On peut citer le travail de Benoît Peeters dans la collection écritures (aux éditions Casterman ndlr) qui a notamment fait découvrir Craig Thomson et qui a montré tout le potentiel de la bande dessinée américaine aux amateurs de « roman graphique ». C’est venu de pleins d’angles différents et aujourd’hui, un peu comme Antoine de Caunes demande : « C’est quoi la pop-culture ? », le comic-book, la bande dessinée américaine, ce n’est plus seulement la bande dessinée pour enfant, ce qu’elle était quand je l’ai connu. Elle a évolué, elle a fait des propositions différentes, elle a su aborder tous les genres, ce qu’elle faisait moins avant. Le public américain s’est diversifié et nous en avons bénéficié. On est sur un exemple de mondialisation culturelle, dont je ne me plaindrais pas.

Journaliste à 
Zoo, membre de l’ACBD, sélectionneur du prix comics, futur auteur, on ne t’arrête plus. Jusqu’où veux-tu aller ?

C’est extrêmement prétentieux, mais j’espère un jour écrire un livre d’analyse sur la bande dessinée. Ce sera l’évolution à terme. J’ai un sujet ou deux qui me touchent. J’aimerai travailler avec mon épouse sur l’un de ses centres d’intérêts professionnels : le vieillissement. L’un des miens est la question du handicap dans la bande dessinée. J’ai déjà travaillé dessus, mais j’aimerai en faire quelque chose de plus poussé. Un jour, ça arrivera, je ne suis pas pressé, j’y vais étape par étape et je guette les opportunités lorsqu’elles se présentent. J’ai parlé de Peeters, plus tôt. Mon modèle, c’est lui. Un jour quand je serai grand, je serai Benoit Peeters. Il reste pas mal de travail encore pour y parvenir…

Retrouvez en lien, les cinq titres sélectionnés

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L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI-LES CARNETS RETROUVES

Daniel Dravot et Peachey Carnehan se sont mis en tête de quitter l’Inde. Les deux aventuriers veulent devenir rois du Kafiristan. Un illustrateur, Armel Gaulme, accompagne le fabuleux périple. Ces croquis apportent une nouvelle dimension au récit.

La nouvelle de Rudyard Kipling est connue, mais moins que son adaptation cinématographique. Filmée par John Huston, interprétées par Sean Connery (Daniel Dravot), Michael Caine (Peachey Carnehan) et Christopher Plummer (Rudyard Kipling), cette fresque est tout simplement magistrale. Le livre des éditions Caurette nous en apporte une autre facette.
Le récit est scindé en deux parties. La première comme une mise en bouche présente les personnages que sont les aventuriers et leur projet. Le deuxième est un témoignage de Peachey Carnehan. Un témoignage singulier puisqu’il est raconté sous forme narrative et Peachey, devenu fou, le fait soit à la première, soit à la troisième personne. Un style qui pourrait perdre le lecteur, mais en fait, il n’en est rien. Rudyard Kipling nous montre tout à la fois l’exotisme de l’Inde, son climat, mais aussi sa lourdeur administrative (alors colonie britannique), sans oublier le racisme du narrateur envers les indigènes. A l’opposé, on suit Daniel Dravot qui devient peu à peu fou de son propre pouvoir. En un cours texte, nous avons les deux faces d’un gouvernement. Celui, déjà établi par un empire Britannique, l’autre, en devenir, qui est entre les mains de deux aventuriers, deux escrocs, qui le savent eux-mêmes. Le ton, le style font penser à un documentaire. Lorsqu’on lit la nouvelle, on voit le Kafiristan, on sent la poisseur de l’Inde et on suit avec avidité l’élévation puis la chute de Daniel et Peachey. N’oublions pas toute la part maçonnique qui est présente dans le livre. Rudyard Kipling faisait partie d’une loge et sa nouvelle montre plusieurs éléments maçonnique : le rouge de la barbe de Daniel Dravot, le tablier, le fait de parler des francs-maçons aussi.
La présente édition ajoute une part de réel, dans cette oeuvre (fictive?). Armel Gaulme a retrouvé dans son grenier le carnet d’un aïeul qui se prénommait comme lui. Le carnet suit les aventures de Daniel Dravot et Peachey Carnehan, mais il ajoute Rudyard Kipling comme témoin ! Le narrateur de la nouvelle serait donc l’auteur lui-même. Un Daguerréotype en quatrième de couverture tend à prouver la véracité des illustrations. L’homme qui voulut être roi serait donc un témoignage ?
Les dessins ne sont pas que des croquis tracés à la va-vite ! Ce sont des crayonnés détaillés; quand je dis détaillé, c’est que chaque paysage, chaque personnage ou objet est minutieusement retranscrit, voire découpé. Comment ça fonctionne, comment les personnages s’habillent, quel est l’intérieur… Armel Gaulme donne une vision du témoignage de Peachey Carnehan qui permet de toucher cet univers qui n’est plus. Ça ne pourrait être que du crayon, mais c’est bien plus avec les jeux de lumières, la précision du trait et en même temps, ce remplissage qui serait presque brouillon.
Pour ajouter au côté réel/irréel, nous avons les témoignages de Jean-Christophe Caurette, Armel Gaulme ainsi que celui d’Erik Lhomme. Ce dernier avait été au Kafiristan, il y a quelques années pour un « chasse » au Yéti !
La police utilisée est très agréable. Renseignement pris auprès du graphiste (Philippe Poirier ndlr), c’est celle de Mrs Eaves. L’ensemble est agréablement espacé et permet de « souffler » entre les mots. A l’opposé, l’écriture manuscrite d’Armel Gaulme est resserrée, minuscule, difficilement lisible. C’est la seule chose à reprocher sur cette édition. Les illustrations, quoique magnifiques sont imprimées sur fond perdu. En étant agrandies, elles auraient gagnées en lisibilité. C’est un infime détail sur une édition de qualité.

L’Homme qui voulut être roi-les carnets retrouvés permet de toucher au plus près l’Inde du XIXe siècle ainsi que le Kafiristan. Le texte de Kipling, associé aux illustrations de Gaulme ainsi que les textes explicatifs, permettent aux lecteurs de se questionner : est-ce vrai ?

L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI-LES CARNETS RETROUVES
AUTEUR : RUDYARD KIPLING
ILLUSTRATIONS : ARMEL GAULME
EDITIONS : CAURETTE

SUPER MICKEY

Dingo a toujours eu un fond gentil, mais il est plus connu pour ses maladresses. Une nuit, pendant qu’il se rêve en super-héros, une météorite s’écrase dans son jardin. Au matin, des cacahuètes ont poussé. Quand Dingo en ingère une, il devient Super-Dingo. Si ses pouvoirs lui permettent de faire le bien, sa maladresse est toujours présente. Heureusement, Mickey veille…
Quand on annonce que Pieter de Poortere, l’auteur de la série Dickie fera un album de la collection Disney autour de Super-Dingo, le lecteur peut être surpris. L’auteur a l’habitude de raconter des gags bêtes et méchants, alors que le personnage de Dingo est plutôt bête, mais gentil. Autant vous dire que l’album est une jolie surprise !
L’auteur ne déroge pas à ses règles : l’album est muet et les pages sont découpées en autant de cases (le gaufrier ndlr). Pour le lecteur adulte, cette relecture de Super-Dingo est une madeleine de Proust dans l’univers Disney. On aura plaisir à croiser Mickey, Minnie, Horace, Clarabelle, ainsi que les adversaires : Pat Hibulaire, Lafouine, les Rapetout. Les références sont nombreuses, qu’elles soient issues de films (King-Kong, Superman) ou du patrimoine Disney. Si, à l’opposé du grinçant Dickie, Super Mickey est jovial, l’auteur ne peut s’empêcher de se moquer de l’univers du super-héros. Le personnage de Dingo, très humain, est parfait pour être un super-héros très ordinaire. Quand les Fantomiald, Batman ou Spiderman combattent pour la paix dans leur ville, le monde ou l’univers… Super-Dingo fait la vaisselle, achète les courses etc. N’oublions pas qu’une partie de l’histoire le montre malade. Dans ce cas, il est victime et criminel à la fois, car un super-héros devient super-malade… On ne vous en dira pas plus.
Dans cette débauche de cases, les détails ne manquent pas et le gag visuel fonctionne complètement. On apprécie le fait de tout comprendre, alors que l’album ne comprend que quelques onomatopées. Une bonne idée qui permet de mettre le livre dans les mains de n’importe quel lecteur et ce, quelque soit son âge ! En bonus, quelques jeux nous rappellent ces moments à jouer dans le journal de Mickey ou de celui de Picsou.
Malgré ces bonnes idées, il y a quand même une chose que nous trouvons dommage. Si les histoires tournent autour du personnage de Dingo et de son alter-ego super-héroïque, pourquoi avoir comme titre Super-Mickey ?

La collection Disney s’enrichit d’un nouveau titre après le très apprécié Horrifikland. Surprise, c’est l’auteur de l’incisif Dickie, Pieter de Poortere. C’est drôle, joliment imagé et les lecteurs, petits ou grands ne pourront qu’être ravis à la re-lecture super-héroïque de l’univers Disney

SUPER MICKEY
AUTEUR : PIETER DE POORTERE
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

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RENCONTRES BANDE DESSINEE RENNES : SAMOURAÏ

La semaine dernière, les soirées bandes dessinées reprenaient à l’heure du jeu. Le duo d’animation, Yaneck et Nicolas était présent. Cette soirée mensuelle se déroule le deuxième jeudi. Une thématique est donnée. Yaneck et Nicolas proposent une sélection quelque soit le style graphique. Les personnes présentent peuvent aussi présenter des albums dans la thématique de la soirée. Pour cette première, le thème était celui du samouraï.
Nous avons commencé par un court historique du samouraï. Quelles sont les caractéristiques, son code moral, etc.
La sélection présentée abordait tous genres graphiques : franco-belge, comics et manga. Si certaines montrent un côté historique (Kaze no sho, Kogaratsu), d’autres jouent avec les codes (5 ronin, Space Usagi, Heart braker). Nous aurons également du Star Wars. Si l’univers s’étend au-delà du cinéma, le rapprochement avec l’univers du samouraï est évident : vêtement, masque de Dark Vador, etc.
A noter que Lone wolf & cub est un classique du manga au Japon, au point qu’une adaptation cinématographique a été réalisée : Baby Cart.
Que pouvons-nous en retirer ? Si le samouraï a des valeurs universelles, on utilise encore beaucoup les clichés. La sélection de Yaneck et Nicolas puise dans tous les genres : franco-belge, comics, manga. La période sélectionnée (1983- 2019) montre que le thème du samouraï est toujours aussi prolifique qu’il soit question de genre historique, fantasy, science-fiction ou action.

Quant aux deux animateurs, ils sont un spectacle à eux tout seuls. Fonctionnant comme Laurel et Hardy ou Chapi Chapo, ils ont deux manières très différentes de présenter les albums sélectionnés. Les voir se chamailler pour un mot, une expression reste une expérience inoubliable.

La prochaine soirée aura pour thème les fantômes, en partenariat avec le festival Court-Métrange. Rendez-vous le 10 octobre !
les soirées sont annoncées sur la page Facebook homonyme.

Sélection de la soirée :
Lone wolf & cub : Kazuo Koike-Goseki Kojima
28 tomes
Editions : Panini

Kaze no sho : Ken Furuyama- Jiro Taniguchi
Tome unique
Editions : Panini

Ronin : Frank Miller
Tome unique
Collection : DC deluxe
Editions : Urban comics

Samuraï : Jean-François Di Georgio-Frédéric Genêt/Cristina Mormil
12 tomes
Editions : Soleill

Kogaratsu : Bosse-Michetz
13 tomes
Editions : Dupuis

Le masque aux mille larmes : Daivd Chauvel-Roberto Ali
1 tome
Editions : Dargaud

Tanka : Toppi
Tome unique
Editions : Mosquito

5 Ronin : Pete Mulligan-collectif
Tome unique
Collection : Marvel graphic novels
Editions : Panini

Tokyo ghost : Rick Remender-Sean Murphy
Deux tomes
Collection : Urban indies
Editions : Urban Comics

Space usagi : Stan Sakai
tome unique
Collection : Comics
Editions : Paquet

Heart braker : Collectif d’auteurs
hors-série
Collection : Doggy bags présente
Label : 619
Editions : Ankama

Dark vador : Kieron Gillen-Salvadore Larroca
4 tomes
Collection : 100% Star wars
Editions : Panini

NEW TEEN TITANS T1

Robin, le jeune prodige, fait un cauchemar récurrent. Il combat aux côté d’autres super-héros. Il en connait certains, mais d’autres lui sont inconnus. Ce n’est pas un cauchemar, mais un rêve prémonitoire envoyé par l’un des inconnus : Raven. La Terre va devoir affronter une menace d’une autre dimension : son père, Trigon !

Dans les années 80, si le titre X-Men est en tête des ventes, un nouveau titre le talonne : New Teen Titans (les Jeunes T. en français). La cause tient en trois points : Une bonne écriture, un dessin soigné et un éditeur qui prend le temps de faire connaître le titre. Quand il écrit les aventures de ses personnages, Marv Wolfman s’identifie à eux, il veut les rendre réels. Si nos jeunes super-héros ont des capacités hors-normes, ils ont aussi des problèmes plus commun. Kid Flash se demande s’il doit être étudiant ou super-héros, Starfire, ancienne esclave, est exilée sur Terre, Cyborg ne supporte pas son corps robotisé. Des problèmes ordinaires qui permettent aux lecteurs de ressentir des émotions face à des créations de papier. Pour contrebalancer ses attentes (trop?) humaines, le scénariste va plonger ses jeunes héros dans des aventures palpitantes. La Terre est menacée par un démon inter-dimensionnel, qui est aussi le père d’un des membres, rien que çà… Les titans, parents des dieux grecs vont se réveiller, des êtres surpuissants vont s’accaparer le quartier général des super-héros… On découvre aussi des personnages complexes, comme Deathstroke, un mercenaire qui accepte de prendre le contrat de son fils, après que celui-ci fut tué. Au fil des 400 pages, on découvre que les motivations des personnages ne sont pas si simples. Si les combats sont présents, l’humour l’est aussi à travers les dialogues. La dénomination de titan n’est pas anodine. Ces jeunes super-héros ne veulent plus être les acolytes de leurs aînés. Ils ont des capacités, du caractère et s’avère autonomes. La série est une rébellion contre le monde des adultes !
Si on est un lecteur de comics, le nom de George Perez n’est pas inconnu : Wonder Woman, Futur Imparfait ou Crisis on Infinite Earths font parties de ces séries indémodables. C’est avec les New Teen Titans qu’il devint connu. Son approche graphique est des plus réalistes, il met en valeur ses personnages et il a du talent pour le cadrage de ses planches. C’est du grand art !

Il y a 13 ans, les éditions Panini reprenaient en deux volumes (un par année) les archives DC consacrées aux titans. Urban Comics a retravaillé le matériel : compilation des volumes, changement de papier, etc. Seule question : pourquoi avoir changé la traduction ? Celle de Jean-Marc Lainé semblait convenir. La nouvelle, d’Edmond Tourriol, semble couler de source aussi. Nous n’avons pas les données nécessaires pour affirmer si l’une ou l’autre est la meilleure. Elles sont toutes les deux différentes !

Un scénario qui fonctionne toujours, quarante ans après, un dessin magnifiquement expressif et une réédition de choix. Autant de bonnes raisons de prendre cette intégrale des New Teens Titans ! Pour ceux qui ont peur de manquer de lecture, le deuxième tome arrive en décembre !

NEW TEEN TITANS : T1
AUTEUR : MARV WOLFMAN
DESSINATEUR : GEORGE PEREZ
COLLECTION : DC ESSENTIELS
EDITIONS : URBAN COMICS

LE PHARE AU CORBEAU

Agathe et Isaïah sont un duo d’exorcistes. Elle voit les fantômes et lui les conjure. Leur prochaine enquête les emmène en Bretagne. Apparemment, une affaire vite réglée, mais dès le début rien ne se passe comme prévu. Une malédiction semble peser sur le phare et le domaine de Ker ar Bran, l’hostilité des locaux n’aide pas. Quant à Agathe, elle est chamboulée par cette affaire…

Le Phare au corbeau pourrait être une simple histoire de maison hantée. Le talent de conteuse de Rozenn Illiano suffirait à nous transporter. L’autrice ne se contente pas de raconter une histoire, elle mélange plusieurs genres littéraires pour nous immerger dans son univers. Au récit de maison hantée, on ajoute une intrigue à tiroir, du whodunit, mais aussi du roman d’apprentissage. Ça pourrait être un désordre complet, mais l’autrice réussit à tout mélanger sans qu’apparaisse aucune scorie. La lecture, bien que dense, est très accessible, grâce à plan scénaristique qui rappelle les meilleurs films ou séries. Quand on pense que le livre a été écrit en un mois !
Si l’intrigue principale est racontée par la voix d’Agathe, deux autres récits s’entrecroisent. On apprendra qu’en 1839, un naufrage affecte les habitants de Landrez. Près d’un siècle plus tard, Théophile de Saint-Amand achète la propriété de Ker ar Bran, pour y couler une douce retraite. Ce n’est pas donc une mais trois histoires qui construisent l’univers du phare au corbeau. Trois époques différentes avec ses us et coutumes, ses personnages, etc. Si le duo d’Agathe et Isaïah sont les deux faces d’une même pièce (elle a des pouvoirs, il n’en a pas. Il est sûr de lui, elle est peu sûre d’elle, etc.) si ils sont bien dessinés, les autres personnages ne sont pas en reste. L’autrice a un talent pour faire vivre en quelques mots ses caractères. Certains vont croire aux légendes du domaine, d’autres non, mais chacun, à sa manière, va devenir un suspect potentiel.
Si l’ambiance se veut fantastique, si la chair de poule n’est jamais loin d’être atteinte, le but de l’autrice n’est pas de nous faire peur. Tel un conte raconté au feu de cheminée, l’histoire dégage des leçons, des questions que le lecteur se posera. Dans son roman, Rozenn Illiano montre que le fait d’être différent suppose l’acceptation de l’autre, mais aussi de soi-même. A travers ce récit, on se rend compte que ce sont ceux qui prônent l’acceptation de la différence, qui la refusent, alors que d’autres s’en servent. Trouver des personnes qui vous acceptent comme vous êtes n’est pas une chose aisée. Elle dénonce aussi la condition féminine au XIXème siècle, les esprits fermés.

Le Phare au corbeau est un magnifique conte philosophique où plane l’ombre des légendes bretonnes. Chaque lecteur, qu’il soit amoureux de la Bretagne, du récit policier ou de l’ambiance fantastique pourra y trouver son compte. Rozenn Illiano est une autrice à suivre. On remercie les éditions Critic de nous l’avoir fait découvrir.

LE PHARE AU CORBEAU
AUTRICE : ROZENN ILLIANO
COLLECTION : FANTASY
EDITIONS : CRITIC

BRAVO POUR L’AVENTURE

Jesse Bravo n’a pas son pareil pour aller se fourrer dans des aventures rocambolesques. Alors qu’il est engagé comme cascadeur aérien, la fille du réalisateur le prend en grippe et un chef ce la mafia tente de le recruter. Mais rien n’arrête le brave pilote. Avec lui, on vit de folles aventures !

Cet ouvrage comprend l’intégralité des aventures de Jesse Bravo. Il y a ses origines, l’aventure décrite plus haut, un récit aussi inattendu que bizarre et une quinzaine de pages de bonus (croquis, essais de couleurs). On aborde le livre avec les origines du héros. Bien que publiées après, elles permettent une mise en bouche. Jesse Bravo, ce sont les années 30, les aventures des pilotes d’avions, la romance, la bagarre, la camaraderie… C’est ce type d’aventure qu’Alex Toth voulait retrouver. A la fois la nostalgie d’un Âge d’Or des héros, mais aussi un hommage aux maîtres qui l’ont fait rêver. Il faut reconnaître que 40 ans plus tard, ça fonctionne encore ! On croit à ce héros, sosie d’Errol Flynn, on craint pour lui autant que pour les autres personnages. Aussi clichés qu’ils soient (Alex Toth les voulaient ainsi), les personnages restent crédibles. Les situations s’enchaînent sans temps mort, on suit l’histoire avec attention. C’est une véritable madeleine de Proust (façon serial-aviateur) !
La deuxième aventure ferait presque penser à du Moebius ou du Jodorowsky. Jesse Bravo, assommé par une hélice, se réveille dans un univers fantasmagorique. Alex Toth mélange Les aventures d’Alice au pays des merveilles, les possibilités de narration de la bande dessinée, sans oublier les références aux maîtres qu’il admire (Caniff, Pratt, Eisner). 15 pages de délire graphiques, mais qui montrent toutes les palettes de l’auteur. Du grand art ! Comment vous parler du dessin d’Alex Toth ? Dans cet ouvrage, ses traits utilisent aussi bien le réalisme que le gros-nez, il utilise toutes les possibilités du noir et blanc selon les besoins de l’histoire. On reste béat devant tant de maîtrise et chaque case est une pépite.
Les dernières pages sont une mine d’information. Croquis de récits jamais édités, mises en couleurs de planches, de couvertures. Ça serait déjà de bons bonus, mais les annotations de l’éditeur permettent de savoir quand et pourquoi ces dessins ont été utilisés. Malheureusement, les annotations sont imprimées sur fond sombre et donc, peu lisible.

Bravo pour l’aventure est une réédition, mais le travail effectué est d’une telle qualité qu’on pourrait écrire nouvelle édition. Les planches sont nettoyées, la traduction a été revue, le format, plus grand que la moyenne, permet de mettre en valeur les dessins de l’auteur. Une préface écrite par Dean Mullaney (un des experts de l’oeuvre d’Alex Toth) raconte la création de ce personnage dans le marasme éditorial aussi bien français qu’américain. Une préface très importante qui permet de s’immerger dans l’univers de Jesse Bravo. Quand on demande au directeur éditorial Pol, de chez Paquet pourquoi l’avoir édité, voici sa réponse : « Alex Toth est un des maîtres du noir et blanc, il méritait un livre à sa mesure, pour cette édition totalement inédite de toutes les pages et aventures de Jesse Bravo en français. Une édition couleur, suivant les instructions laissées par Alex Toth avant sa mort, a également été réalisée, et incluse dans notre collection Cockpit, car Jesse Bravo est un aventurier, mais avant tout un aviateur ! Quant au format 37 x 28 cm – c’est un format que nous réservons aux ouvrages d’exception du catalogue (Romain Hugault, Michel Koeniguer, Gung Ho, …) ».

Ce livre est doublement un ouvrage d’exception. Le premier c’est évidemment tout l’art graphique et de narration d’Alex Toth, ensuite, c’est le travail autour de sa publication. On ne se lasse pas de regarder les pages, de lire les aventures et de s’imaginer mettre les gaz, tirer le manche pour rejoindre les aventures de Jesse Bravo !

BRAVO POUR L’AVENTURE
AUTEUR : ALEX TOTH
COLLECTION : COCKPIT
EDITIONS : PAQUET