CAFE GEEK : MARS 2020

Sommergeeks est une association ludique de Sommervieu (Calvados). Elle a pour but de promouvoir tout ce qui touche au ludique(jeu vidéo, ban de dessinée, animation, cosplay, cinéma, jeu de société…) au travers de tournois, conférences et d’un évènement majeur, le SOMMERGEEKS Festival.
Tous les trimestres, la médiathèque de Bayeux accueille le Café Geek où les membres parlent de ce qu’ils ont aimé, débattent autour d’un thème décidé et finissent par un quizz, arbitré de mauvaise foi par leur président, Nicolas.
Quand je me suis rendu à cet événement, j’étais étonné. Jeunes et moins jeunes étaient présents. Il y avait même des familles. Un cluster de geek se cacherait-il en normandie ? Peut-être, mais les gens venaient d’horizons très différents : un participant avait fait sa maîtrise sur les comics des années 90, un autre était dans la médecine tandis qu’un troisième était journaliste. L’ambiance était bon-enfant  et les gens s’écoutaient parler, même au milieu du débat très animé.
Celui-ci avait comme thème : 2000-2020 : bilan pop d’une génération.
Les participants ont évoqué les jeux vidéos, les films, les séries comme Stranger Things, la musique de synth wal ou le revival des 70-80..

Avec une quarantaine de participants de tout âge, la médiathèque de Bayeux et les geeks peuvent s’enorgueillir d’avoir un tel événement et de rassembler des passionnés de tout genres. Une surprise nous attendait pour la première partie. Jean-Pierre Dionnet était présent. Il nous a fait une « bande-annonce » pour la journée pop-culture du lendemain. De quoi nous mettre l’eau à la bouche.
Le prochain café geek aura lieu le 24 avril. Il aura pour thème les séries télés.

Voici les oeuvres présentées lors de la première partie : 

Coups de coeur :
L’art de la vulve  de Rokudenashiko

Ravina the Witch d
e Junko mizuno

Ma première Aventure (en quête du Dragon)
d’Arnaud Boutle-Romeo Hennion

Dark Crystal (comics) de Simon Spurrier-Kelly et Nicole Matthews
Revival He-Man

Karmen de Guillermo March-Dupuis

William Shakespeare’s-Get thee back to the future de Ian Doescher

Mutafukaz
( le film) de Run

Transformers (
les comics en v.o)

J’ai perdu mon corps de Jeremy Clapin

Marvel Spider-Man
(jeu PS4)

Flop :  Un nouveau livre d’Osamu Tezuka fait par une intelligence artificielle

DISPARITION D’ANDRE CHERET

C’est le 5 mars 2020 qu’André Chéret, célèbre dessinateur de Rahan nous quittait. C’est une partie de notre enfance qui part avec lui. Il est allé rejoindre son épouse Chantal, disparue en 2017.

Beaucoup ont découvert Rahan à travers le magazine Pif Gadget. Les aventures de « cheveux de feu » ont continué aux éditions Soleil. Ancien libraire, je me rappelle que des lecteurs achetaient le coffret ou complétaient leur collection à chaque Noël. La renommée de Rahan est immense ! Le groupe les Wampas a nommé leur groupe en hommage au personnage d’André Chéret et Roger Lecureux. La tribu des hommes-wampas s’habillent de capes rappelant les chauves-souris. Christophe Gans avait mis en route un projet d’adaptation de Rahan (avec Marc Dacascos ?), mais celui-ci ne verra jamais le jour. Il existe aussi une adaptation en dessin animé.
Si je fus un lecteur du fils des âges farouches, je n’ai connu qu’André Chéret tardivement. En 1997, alors que le festival de la bande dessinée de Brest célèbre sa troisième édition, le comité d’organisation (le club sportif et loisirs de la marine) prend pour thème : La mer. C’est André Chéret qui dessinera l’affiche. Je reste encore stupéfait du nombre de lecteurs qui faisaient la queue pour avoir une dédicace. A chaque personne, André avait un mot gentil.
Mais André Chéret ce n’est pas que Rahan. En 1973, il crée avec Greg, Domino. Un justicier du XVIIIeme siècle maladroit. Paru dans Tintin, il y aura 5 albums où le dynamisme du dessin n’empêche pas l’humour du scénario. Ly-Noock, créée avec Michel Rodrigue, est une aventure fantastique au temps de l’Âge de Bronze. L’auteur a aussi dessiné quelques récits complets comme une biographie de Yannick Noah, scénarisée par Claude Gendrot, parue dans Le Journal de Mickey en 1984.

Je ne pouvais finir cet hommage bibliographique par une anecdote. Enfant, je suis lecteur de Pif-Gadget. Une publicité annonce la parution d’un album de Rahan et le prix est de 20 francs (3€). Mes parents trouvent çà trop cher. Dans ma tirelire, j’ai quatre pièces de 5 francs, mais en argent. Je prends les pièces, je vais chez la marchande de journaux et je reviens tout heureux chez moi. Quand Papa rentre, il voit la bande dessinée et il s’étonne. Tout heureux de ma décision, je lui avoue. Papa est vite sorti, il a échangé les pièces avec la vendeuse (qui n’avait pas compris la valeur) et il est revenu m’expliquer la valeur des pièces. Pour info, les pièces de 5 francs en argent (0,80 cent de nos jours) valent entre entre 5€ et 5000€.

TRANSVERSALES 2019 : « ECRIRE LA VILLE : LA RENNES IMAGINAIRE »

Du 27 au 30 nov se déroule la 9è édition des Transversales. Le thème retenu est « écrire(s)». Ce festival littéraire et artistique est né au sein du département lettres de l’université Rennes 2. Il a pour particularité de mêler les enseignant-e-s et les étudiant-e-s. La table ronde « Ecrire la ville : la Rennes imaginaire » a été pensé à l’initiative de Marie Kergoat, étudiante et membre de l’association le laboratoire des imaginaires

Plusieurs intervenants étaient présents. Xavier Dollo et Laurent Lefeuvre, comme auteurs. Simon Pinel en tant qu’éditeur. Jop et Loïc Gosset avaient la double casquette. Les questions pertinentes des étudiantes ont permis de peindre un portrait des auteurs mais aussi d’évoquer leur manière d’écrire la ville de Rennes.

Quand on leur parle de littérature de l’imaginaire (science-fiction/fantasy/fantastique), les intervenants montrent que cette étiquette brasse un univers très large qui englobe beaucoup de sous-genres. Elle a servi à démarquer la science-fiction du polar, mais elle a aussi permis aux libraires comme aux lecteurs d’avoir un rayon spécifique. De l’autre côté, ils se demandent aussi si ce n’est pas une machine du marketing. Toutes ces appellations (roman-graphique/ littérature-imaginaire) ne sont présentes que pour devenir un genre reconnu. Le fait de les utiliser, a aussi un effet « club privé ».

Les intervenants ont tous des cultures différentes et chacun à sa manière a glissé un hommage, une référence dans leurs œuvres. Xavier Dollo a cité John Carpenter dans Alone. Les références intertextuelles abondent. Dans le Fox-Boy de Laurent Lefeuvre, l’auteur a cité nombres de super-héros dans un monde où ils n’existent pas.  Cet exercice se fait presque inconsciemment.

Pour les auteurs, Rennes peut être aussi bien écrite de façon réaliste ou imaginaire. Ecrire sur cette ville, c’est se l’accaparer, avoir une balise et pouvoir la développer. C’est aussi un point d’ancrage pour le lecteur que ce soit dans la réalité ou dans les références (on reconnait telle rue ou tel bâtiment). 

Du fait d’être une « petite » ville, on représente souvent le centre-ville de Rennes. Il y a une forme d’errance à représenter les mêmes quartiers, à se reconnecter au réel aussi en reconnaissant tel ou tel bâtiment (voir paragraphe précédent). Pour Laurent Lefeuvre, la taille de Rennes n’est pas représentative. Dans son œuvre, la ville peut être un monde. Il porte un regard sur ce qui existe ou n’existe plus. Il donne une autre couleur, un autre ton aux quartiers (la gare, Saint-hélier, le Blosne).

Les auteurs écrivent pour s’évader. Ecrire sur un lieu où on ne vit pas donne toujours une touche exotique. Ça permet de mettre de l’imaginaire dans le quotidien. A contrario, il est difficile de trouver des auteurs rennais pour écrire sur Rennes (exception faite du Collectif La Vilaine).

Cette table-ronde a montré les différentes formes d’écritures : roman, bande dessinée, collectif d’une revue. Les intervenant-e-s étaient justes. On apprécie de tels événements. Le festival continue jusqu’au 30 novembre. N’hésitez pas à visiter le site Internet.

RENCONTRES BANDE DESSINEE RENNES : SAMOURAÏ

La semaine dernière, les soirées bandes dessinées reprenaient à l’heure du jeu. Le duo d’animation, Yaneck et Nicolas était présent. Cette soirée mensuelle se déroule le deuxième jeudi. Une thématique est donnée. Yaneck et Nicolas proposent une sélection quelque soit le style graphique. Les personnes présentent peuvent aussi présenter des albums dans la thématique de la soirée. Pour cette première, le thème était celui du samouraï.
Nous avons commencé par un court historique du samouraï. Quelles sont les caractéristiques, son code moral, etc.
La sélection présentée abordait tous genres graphiques : franco-belge, comics et manga. Si certaines montrent un côté historique (Kaze no sho, Kogaratsu), d’autres jouent avec les codes (5 ronin, Space Usagi, Heart braker). Nous aurons également du Star Wars. Si l’univers s’étend au-delà du cinéma, le rapprochement avec l’univers du samouraï est évident : vêtement, masque de Dark Vador, etc.
A noter que Lone wolf & cub est un classique du manga au Japon, au point qu’une adaptation cinématographique a été réalisée : Baby Cart.
Que pouvons-nous en retirer ? Si le samouraï a des valeurs universelles, on utilise encore beaucoup les clichés. La sélection de Yaneck et Nicolas puise dans tous les genres : franco-belge, comics, manga. La période sélectionnée (1983- 2019) montre que le thème du samouraï est toujours aussi prolifique qu’il soit question de genre historique, fantasy, science-fiction ou action.

Quant aux deux animateurs, ils sont un spectacle à eux tout seuls. Fonctionnant comme Laurel et Hardy ou Chapi Chapo, ils ont deux manières très différentes de présenter les albums sélectionnés. Les voir se chamailler pour un mot, une expression reste une expérience inoubliable.

La prochaine soirée aura pour thème les fantômes, en partenariat avec le festival Court-Métrange. Rendez-vous le 10 octobre !
les soirées sont annoncées sur la page Facebook homonyme.

Sélection de la soirée :
Lone wolf & cub : Kazuo Koike-Goseki Kojima
28 tomes
Editions : Panini

Kaze no sho : Ken Furuyama- Jiro Taniguchi
Tome unique
Editions : Panini

Ronin : Frank Miller
Tome unique
Collection : DC deluxe
Editions : Urban comics

Samuraï : Jean-François Di Georgio-Frédéric Genêt/Cristina Mormil
12 tomes
Editions : Soleill

Kogaratsu : Bosse-Michetz
13 tomes
Editions : Dupuis

Le masque aux mille larmes : Daivd Chauvel-Roberto Ali
1 tome
Editions : Dargaud

Tanka : Toppi
Tome unique
Editions : Mosquito

5 Ronin : Pete Mulligan-collectif
Tome unique
Collection : Marvel graphic novels
Editions : Panini

Tokyo ghost : Rick Remender-Sean Murphy
Deux tomes
Collection : Urban indies
Editions : Urban Comics

Space usagi : Stan Sakai
tome unique
Collection : Comics
Editions : Paquet

Heart braker : Collectif d’auteurs
hors-série
Collection : Doggy bags présente
Label : 619
Editions : Ankama

Dark vador : Kieron Gillen-Salvadore Larroca
4 tomes
Collection : 100% Star wars
Editions : Panini

LE PHARE AU CORBEAU : LA SOIRÉE

Le 10 septembre dernier, Rozenn Illiano rencontrait ses lecteurs à L’Heure du jeu. Si Le Phare au corbeau est son premier roman à compte d’auteur, elle a déjà édité une dizaine de romans, des albums illustrés, en auto-édition. Quand elle a commencé, elle créait des bijoux, elle illustrait… Petit à petit, seule l’écriture est restée. Elle a commencé par des nouvelles, avant de passer progressivement au roman. Actuellement, elle n’écrit que çà. Si le genre diffère (urban fantasy, vampirisme, etc.), la plupart de ses histoires sont reliées vers une fin, une apocalypse qui aura lieu le 18 janvier 2016. Pour se retrouver dans les différents récits, elle utilise le logiciel Aon Timeline..
Au quotidien, elle écrit 4 à 5 heures par jour. Généralement, elle a envie de traiter un sujet qui lui tient à cœur, ou une chronologie en particulier. Quand elle a une idée, il y une phase intense de documentation. Pour Le Phare au corbeau, ce fut 15 jours avant de pouvoir écrire. Ce livre a été écrit en un mois. C’est le cas de la plupart de ses écrits. Si elle ne suit pas le Nanowrimo (1), elle en suit le principe. Elle connaît le début et la fin de l ‘histoire. Elle écrit de façon architecturale. Elle a besoin de tout connaître et d’organiser son univers. Elle écrit au fil des chapitres.

Avec cette histoire, elle voulait écrire sur la Bretagne, plutôt sur les Côtes d’Armor, car ses grands-parents en sont originaires. Elle ne veut pas être cataloguée folkloriste, car elle connaît mal celui de la Bretagne. Ce qu’elle raconte, au-delà des contes, c’est l’omerta qu’il y a dans les villages, le fait qu’on appelle sorcière des femmes seules, différentes, qu’on va stigmatiser. Dans ce récit, il y a un mélange de deux fantastiques : celui traditionnel avec cette ambiguïté, cette hystérie collective qu’il peut y avoir. A côté il y a un fantastique plus moderne, plus pop-culture. Le phare au corbeau mélange la classique histoire de fantômes, mais aussi une partie moderne avec son enchevêtrement dans les époques. Le phare au corbeau montre deux exorcistes qui sont des personnages parallèles. Agathe est bisexuelle, elle peut voir les esprits. Isaïah est homosexuel et peut conjurer les esprits par les sorts. Rozenn voulait montrer ce parallélisme et cette opposition (lui est accepté par sa famille/elle a été rejetée). Dans cette histoire, la nouvelle enquête va se révéler plus compliquée que prévue. Si on suit la première aventure du duo, le sous-titre (Magie grise) laisse imaginer une possible suite. Rozenn insiste sur le « possible » car son roman se passant en 2014, elle n’a pas beaucoup de marge avant l’apocalypse de son grand projet.

Etre éditée à compte d’auteur, ça change tout. D’habitude, elle n’a pas de bêta-lecteur, de correcteur. Rozenn considère que c’est sa création. Avec ce nouveau roman, elle a du s’entourer de l’équipe éditoriale de Critic. La direction d’ouvrage fut confiée à Étienne Vincent. La partie correction n’a pas été simple. Étienne lui a demandé de faire des phrases plus courtes. Elle a eu l’impression de changer son style. Seul un chapitre a été réécrit et toutes les propositions de son directeur d’ouvrage n’ont pas été acceptées. Au final, Rozenn se demande si son style n’a pas changé, comparé aux autres livres.

Quand on lui demande pourquoi être éditée chez Critic, elle répond en souriant : «Ils vont arrêter de me casser les pieds à leur envoyer un roman.».

(1) Le Nanowrimo est un événement qui se déroule tous les ans au mois de novembre. C’est l’acronyme de National Novel Writer Month (mois national de l’écriture d’un roman). Il s’agit d’écrire un roman de 50 000 mots en un mois

UTOPIALES 2018 : AUTOUR DES SPECTACULAIRES

utopiales-2018

Le festival des Utopiales, c’était aussi l’occasion de rencontrer les auteurs d’une série. Samedi 3 novembre, Georges Merel présentait Les Spectaculaires, en présence du scénariste Régis Hautière et du dessinateur Arnaud Poitevin.

Les Spectaculaires est une série de bande dessinée qui se passe au début du XXe siècle. On y suit les aventures d’un groupe de saltimbanques, pris en sympathie par le professeur Pipolet, inventeur de son état. Il va leur procurer des gadgets qui vont faire d’eux des super-héros. On s’apercevra vite que le personnage principal est la femme de l’équipe, qu’elle n’a pas de super-pouvoir à contrario de ses collègues, qui sont des bras cassés.
Arnaud Poitevin avait envie de dessiner le vieux Paris, des super-héros, mais ne voulant pas chasser sur le terrain des américains, il voulait une version paté-rillette ! Régis Hautière qui se met toujours au service de son dessinateur a accepté. A travers son écriture, il a voulu rendre hommage aux romans-feuilletons, aux personnages historiques d’alors. On rencontrera Sarah bernhardt ou le Préfet Lépine pour ne citer qu’eux. Les Spectaculaires, c’est l’occasion de faire de l’humour tout en restant fidèle à l’histoire. Certains personnages ont existé, les événements racontés sont véridiques (la grande crue de 1910 dans le tome 3). C’est aussi l’occasion de se moquer des clichés de l’époque. On y voit l’équipe paniquer à l’idée de se rendre en province, eux qui ne sont jamais sortis de Paris. Comme toute bonne série de super-héros, nos spectaculaires sont équipés de gadgets. Le scénariste aurait pu inventer une technologie, mais il a préféré ancrer dans le réel, les inventions ayant réellement existé. Le côté comique vient du décalage entre la technologie du début du XXe siècle et maintenant.
La force d’une bande dessinée, c’est aussi l’échange. En discutant avec Arnaud, en voyant les premières esquisses, Régis a su trouver la bonne approche pour travailler sur les gags, sur l’ambiance, sur les onomatopées. Un travail plus exigeant qu’il n’y paraît, mais le dessin d’Arnaud permet ce genre d’excentricités. Du côté des dialogues, Régis se fait plaisir en citant Le Mépris de Godard, tandis qu’Arnaud mettait Louis de Funès ou Jean Rochefort dans les différents tomes. Un ensemble de clins d’œil/double lecture qui montre la bonne entente entre les créateurs.
Chaque aventure des Spectaculaires met en avant un événement de cette époque. Si nous avons eu successivement Eugène Sue, Sarah bernhardt, la grande crue de 1910, Régis Hautière a donné un indice au public. Le tome 4 aura une référence aux Fous du Volant !

La discussion était animée entre les 3 intervenants. La présentation fut intéressante et permettait de montrer la création de la série et ses points forts. Ce fut un bon moment passé avec le public.

LES SPECTACULAIRES
AUTEUR : REGIS HAUTIERE
DESSINATEUR : ARNAUD POITEVIN
COLORISTE : CHRISTOPHE BOUCHARD

MIR : REVUES DE SFFF

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Un mercredi par mois, la librairie Critic nous donne rendez-vous au bar L’Heure du Jeu, pour les Mercredis de l’Imaginaire Rennais (MIR).

Pour ce MIR de novembre, la librairie Critic mettait en avant les revues de science-fiction. Un programme dense et intéressant qui parlait aussi bien des fanzines d’autrefois que de la dernière revue créée par des rennais : Anticipation. Pour parler de celle-ci, Marcus Dupont-Besnard était présent.

Anticipation, c’est une revue d’enquête journalistique qui paraît tous les 6 mois. Sur 120 pages, on confronte science et science-fiction. On y croise articles et interviews. Chaque numéro comporte une nouvelle. La revue permet de lire des articles de scientifiques, d’auteurs, de politologues, de médecins etc. Le but étant d’avoir plusieurs points de vues pour montrer un futur possible. Les responsables d’Anticipation veulent, à chaque fois, aborder un thème de manière journalistique, mais de manière neutre.

Pour la création de la revue, Marcus raconte qu’entre l’idée et la mise en forme, il s’est passé six mois (de juin à octobre 2017). Il faut rajouter six mois de plus pour la première parution. Anticipation est une revue qui peut se trouver dans toutes les librairies, aux côtés de XXI ou La Revue Dessinée. Si elle utilise la science-fiction, ce n’est pas un hasard. La production des actuelles séries télévisuelles explorent la science-fiction, mais c’est surtout un outil de divertissement.
La science-fiction provoque l’avenir. On ne compte plus les outils technologiques de Star Trek qui sont devenus habituels. Les besoins de la fiction décrivent des futurs possibles, mais la science-fiction est un outil contre les dérives. Elle permet d’alerter.

Anticipation ne se veut pas une revue spécialisée. A travers elle, c’est montrer que la science-fiction est un moyen d’enquêter comme un autre. Elle veut aller au-delà du genre et proposer une culture généraliste. Ainsi, les lecteurs vont pouvoir découvrir la science-fiction. Chaque numéro sera une enquête complète et réfléchie. Le deuxième numéro sera consacré à la vie dans l’espace (Comment y aller ? Comment y vivre ? Comment se présente une planète ou un vaisseau spatial ? Si la revue était auto-éditée jusqu’à aujourd’hui, Anticipation vient d’être reprise par un éditeur. Pour des raisons de confidentialité, nous n’en saurons pas plus. Avec cette reprise, Anticipation sera mieux connue et diffusée.

Le premier numéro s’interrogeait sur le transhumanisme. C’est un mouvement scientifique, social voire culturel qui entend augmenter l’être humain par la science. On va utiliser pour celà des prothèses, des interfaces connectées. A la fin, on fera naître une autre forme d’être vivant. La silicon Valley, les GAFA (acronyme des géants d’Internet) ou Elon Munsk s’intéressent de très près à cette transformation sociale. Le transhumanisme anime notre civilisation et il y a un enjeu politique majeur. On s’aperçoit rapidement qu’il y a plusieurs courants transhumanistes. Dans la science-fiction, on peut lire deux ouvrages qui montrent l’origine du transhumanisme : Cyborg (Martin Cadin) dont l’adaptation donnera L’Homme qui Valait Trois Milliards et Accelerando de Charles Stross. On y trouve aussi un entretien avec Raphaël Granier de Cassagnac. Cet auteur pose des questions philosophales. Il apporte une vision entre science et science-fiction.

Comme il est question de transhumanisme et que ce mouvement pose débat, la présentation de la revue s’est plusieurs fois vue détournée par une discussion sur le mouvement. Des échanges courtois, posés, avec des exemples sources.

La deuxième partie de cette soirée était consacrée aux revues de science-fiction. Christophe « Sneed » Duchet et Xavier Dollo ont alternativement pris la parole pour les présenter. Ils ont fait une différence entre un fanzine et une revue. Le premier est généralement fait par des amateurs qui produisent à petit tirage, généralement photocopié. Il est très prolifique en France. La seconde devient plus professionnelle. Cela n’empêche pas qu’elles ont du mal à exister en kiosque ou en librairie. Ce qui permet à une revue de survivre, ce sont les abonnements. Christophe et Xavier rappellent que beaucoup d’auteurs ont commencé avec le fanzinat. Christophe donne son exemple. Il a commencé avec la revue Est-ce-F ? . Repéré par la revue Khimaira, il a rencontré André-François Ruaud avant d’entrer dans Fiction. Depuis, il a collaboré à plusieurs revues ou anthologies.

Voici un panel des revues présentées :

Fiction a existé entre 1953 et 1990. Elle avait une grande ouverture éditoriale. On a pu y lire de la science-fiction politique ou le premier épisode de La Tour Sombre. Beaucoup d’auteurs français y ont participé.
Née au milieu des années 90, Galaxies s’est fait remarquer par ses dossiers thématiques. Si elle s’est arrêtée au numéro 42, on peut souligner qu’elle était professionnelle et que nombres de personnalités de l’imaginaire ont collaboré à cette revue : Stéphanie Nicot, Jean-Daniel Brèque, Tom Clegg ou Lionel Davoust pour ne citer que ceux-là.
Lionel Davoust, a été le rédacteur en chef d’Asphodale. Cette revue défendait la fantasy. Malgré son peu de numéros (5) et le fait qu’elle ait disparue, elle reste encore une référence du genre. Quant à Lionel Davoust, il est devenu une figure de l’imaginaire français.
Bifrost est une revue qui existe encore. On doit retenir ses dossiers sur les auteurs (Ceux préparés par Richard Comballot sont magnifiques soulignent les intervenants) ainsi que les numéros special nouvelles.
Show Effroi n’a duré que trois numéros, mais son équipe a fondé ensuite la revue Ténèbres. On y a vu les début de Jean-Daniel Brèque (traducteur). On a pu y lire les premiers textes de Sylvie Miller et Philippe Ward ou encore neil Gaiman.
Yellow Submarine est une revue apériodique dirigé par André-François Ruaud.
Les éditions Denoël ont édité la revue Science-Fiction. Chaque numéro comportait un dossier sur des auteurs ou une thématique.
Le Novelliste édite des textes qui méritent d’être redécouverts, sans oublier de publier des auteurs plus récents.
Carbone est une revue qui ne se consacre pas qu’à la science-fiction, mais ses dossiers sont aussi trans-média (une partie de ses articles sont en ligne).
Angle Mort a vécu le temps de 12 numéros. Elle présentait des articles et des nouvelles, sous forme électronique.
Res Futurae est une revue d’études de la science-fiction sous toutes ses formes. Elle est dirigée par Irène Langler et Simon Bréand.

Cette deuxième partie était aussi dense. Xavier et Christophe ont montré une partie des revues qui existaient. Il était dommage de manquer de temps. On n’a pu que les présenter superficiellement. Le peu qu’ils ont évoqué démontrait la richesse des revues et des fanzines des littératures de l’imaginaire en France.

Cantonné à l’étage de L’Heure du Jeu, le public était si nombreux que l’on pouvait difficilement servir nos boissons. Quant à parler, les intervenants ont du prendre un micro. C’était un beau succès !