UTOPIALES 2018 : AUTOUR DES SPECTACULAIRES

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Le festival des Utopiales, c’était aussi l’occasion de rencontrer les auteurs d’une série. Samedi 3 novembre, Georges Merel présentait Les Spectaculaires, en présence du scénariste Régis Hautière et du dessinateur Arnaud Poitevin.

Les Spectaculaires est une série de bande dessinée qui se passe au début du XXe siècle. On y suit les aventures d’un groupe de saltimbanques, pris en sympathie par le professeur Pipolet, inventeur de son état. Il va leur procurer des gadgets qui vont faire d’eux des super-héros. On s’apercevra vite que le personnage principal est la femme de l’équipe, qu’elle n’a pas de super-pouvoir à contrario de ses collègues, qui sont des bras cassés.
Arnaud Poitevin avait envie de dessiner le vieux Paris, des super-héros, mais ne voulant pas chasser sur le terrain des américains, il voulait une version paté-rillette ! Régis Hautière qui se met toujours au service de son dessinateur a accepté. A travers son écriture, il a voulu rendre hommage aux romans-feuilletons, aux personnages historiques d’alors. On rencontrera Sarah bernhardt ou le Préfet Lépine pour ne citer qu’eux. Les Spectaculaires, c’est l’occasion de faire de l’humour tout en restant fidèle à l’histoire. Certains personnages ont existé, les événements racontés sont véridiques (la grande crue de 1910 dans le tome 3). C’est aussi l’occasion de se moquer des clichés de l’époque. On y voit l’équipe paniquer à l’idée de se rendre en province, eux qui ne sont jamais sortis de Paris. Comme toute bonne série de super-héros, nos spectaculaires sont équipés de gadgets. Le scénariste aurait pu inventer une technologie, mais il a préféré ancrer dans le réel, les inventions ayant réellement existé. Le côté comique vient du décalage entre la technologie du début du XXe siècle et maintenant.
La force d’une bande dessinée, c’est aussi l’échange. En discutant avec Arnaud, en voyant les premières esquisses, Régis a su trouver la bonne approche pour travailler sur les gags, sur l’ambiance, sur les onomatopées. Un travail plus exigeant qu’il n’y paraît, mais le dessin d’Arnaud permet ce genre d’excentricités. Du côté des dialogues, Régis se fait plaisir en citant Le Mépris de Godard, tandis qu’Arnaud mettait Louis de Funès ou Jean Rochefort dans les différents tomes. Un ensemble de clins d’œil/double lecture qui montre la bonne entente entre les créateurs.
Chaque aventure des Spectaculaires met en avant un événement de cette époque. Si nous avons eu successivement Eugène Sue, Sarah bernhardt, la grande crue de 1910, Régis Hautière a donné un indice au public. Le tome 4 aura une référence aux Fous du Volant !

La discussion était animée entre les 3 intervenants. La présentation fut intéressante et permettait de montrer la création de la série et ses points forts. Ce fut un bon moment passé avec le public.

LES SPECTACULAIRES
AUTEUR : REGIS HAUTIERE
DESSINATEUR : ARNAUD POITEVIN
COLORISTE : CHRISTOPHE BOUCHARD

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MIR : REVUES DE SFFF

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Un mercredi par mois, la librairie Critic nous donne rendez-vous au bar L’Heure du Jeu, pour les Mercredis de l’Imaginaire Rennais (MIR).

Pour ce MIR de novembre, la librairie Critic mettait en avant les revues de science-fiction. Un programme dense et intéressant qui parlait aussi bien des fanzines d’autrefois que de la dernière revue créée par des rennais : Anticipation. Pour parler de celle-ci, Marcus Dupont-Besnard était présent.

Anticipation, c’est une revue d’enquête journalistique qui paraît tous les 6 mois. Sur 120 pages, on confronte science et science-fiction. On y croise articles et interviews. Chaque numéro comporte une nouvelle. La revue permet de lire des articles de scientifiques, d’auteurs, de politologues, de médecins etc. Le but étant d’avoir plusieurs points de vues pour montrer un futur possible. Les responsables d’Anticipation veulent, à chaque fois, aborder un thème de manière journalistique, mais de manière neutre.

Pour la création de la revue, Marcus raconte qu’entre l’idée et la mise en forme, il s’est passé six mois (de juin à octobre 2017). Il faut rajouter six mois de plus pour la première parution. Anticipation est une revue qui peut se trouver dans toutes les librairies, aux côtés de XXI ou La Revue Dessinée. Si elle utilise la science-fiction, ce n’est pas un hasard. La production des actuelles séries télévisuelles explorent la science-fiction, mais c’est surtout un outil de divertissement.
La science-fiction provoque l’avenir. On ne compte plus les outils technologiques de Star Trek qui sont devenus habituels. Les besoins de la fiction décrivent des futurs possibles, mais la science-fiction est un outil contre les dérives. Elle permet d’alerter.

Anticipation ne se veut pas une revue spécialisée. A travers elle, c’est montrer que la science-fiction est un moyen d’enquêter comme un autre. Elle veut aller au-delà du genre et proposer une culture généraliste. Ainsi, les lecteurs vont pouvoir découvrir la science-fiction. Chaque numéro sera une enquête complète et réfléchie. Le deuxième numéro sera consacré à la vie dans l’espace (Comment y aller ? Comment y vivre ? Comment se présente une planète ou un vaisseau spatial ? Si la revue était auto-éditée jusqu’à aujourd’hui, Anticipation vient d’être reprise par un éditeur. Pour des raisons de confidentialité, nous n’en saurons pas plus. Avec cette reprise, Anticipation sera mieux connue et diffusée.

Le premier numéro s’interrogeait sur le transhumanisme. C’est un mouvement scientifique, social voire culturel qui entend augmenter l’être humain par la science. On va utiliser pour celà des prothèses, des interfaces connectées. A la fin, on fera naître une autre forme d’être vivant. La silicon Valley, les GAFA (acronyme des géants d’Internet) ou Elon Munsk s’intéressent de très près à cette transformation sociale. Le transhumanisme anime notre civilisation et il y a un enjeu politique majeur. On s’aperçoit rapidement qu’il y a plusieurs courants transhumanistes. Dans la science-fiction, on peut lire deux ouvrages qui montrent l’origine du transhumanisme : Cyborg (Martin Cadin) dont l’adaptation donnera L’Homme qui Valait Trois Milliards et Accelerando de Charles Stross. On y trouve aussi un entretien avec Raphaël Granier de Cassagnac. Cet auteur pose des questions philosophales. Il apporte une vision entre science et science-fiction.

Comme il est question de transhumanisme et que ce mouvement pose débat, la présentation de la revue s’est plusieurs fois vue détournée par une discussion sur le mouvement. Des échanges courtois, posés, avec des exemples sources.

La deuxième partie de cette soirée était consacrée aux revues de science-fiction. Christophe « Sneed » Duchet et Xavier Dollo ont alternativement pris la parole pour les présenter. Ils ont fait une différence entre un fanzine et une revue. Le premier est généralement fait par des amateurs qui produisent à petit tirage, généralement photocopié. Il est très prolifique en France. La seconde devient plus professionnelle. Cela n’empêche pas qu’elles ont du mal à exister en kiosque ou en librairie. Ce qui permet à une revue de survivre, ce sont les abonnements. Christophe et Xavier rappellent que beaucoup d’auteurs ont commencé avec le fanzinat. Christophe donne son exemple. Il a commencé avec la revue Est-ce-F ? . Repéré par la revue Khimaira, il a rencontré André-François Ruaud avant d’entrer dans Fiction. Depuis, il a collaboré à plusieurs revues ou anthologies.

Voici un panel des revues présentées :

Fiction a existé entre 1953 et 1990. Elle avait une grande ouverture éditoriale. On a pu y lire de la science-fiction politique ou le premier épisode de La Tour Sombre. Beaucoup d’auteurs français y ont participé.
Née au milieu des années 90, Galaxies s’est fait remarquer par ses dossiers thématiques. Si elle s’est arrêtée au numéro 42, on peut souligner qu’elle était professionnelle et que nombres de personnalités de l’imaginaire ont collaboré à cette revue : Stéphanie Nicot, Jean-Daniel Brèque, Tom Clegg ou Lionel Davoust pour ne citer que ceux-là.
Lionel Davoust, a été le rédacteur en chef d’Asphodale. Cette revue défendait la fantasy. Malgré son peu de numéros (5) et le fait qu’elle ait disparue, elle reste encore une référence du genre. Quant à Lionel Davoust, il est devenu une figure de l’imaginaire français.
Bifrost est une revue qui existe encore. On doit retenir ses dossiers sur les auteurs (Ceux préparés par Richard Comballot sont magnifiques soulignent les intervenants) ainsi que les numéros special nouvelles.
Show Effroi n’a duré que trois numéros, mais son équipe a fondé ensuite la revue Ténèbres. On y a vu les début de Jean-Daniel Brèque (traducteur). On a pu y lire les premiers textes de Sylvie Miller et Philippe Ward ou encore neil Gaiman.
Yellow Submarine est une revue apériodique dirigé par André-François Ruaud.
Les éditions Denoël ont édité la revue Science-Fiction. Chaque numéro comportait un dossier sur des auteurs ou une thématique.
Le Novelliste édite des textes qui méritent d’être redécouverts, sans oublier de publier des auteurs plus récents.
Carbone est une revue qui ne se consacre pas qu’à la science-fiction, mais ses dossiers sont aussi trans-média (une partie de ses articles sont en ligne).
Angle Mort a vécu le temps de 12 numéros. Elle présentait des articles et des nouvelles, sous forme électronique.
Res Futurae est une revue d’études de la science-fiction sous toutes ses formes. Elle est dirigée par Irène Langler et Simon Bréand.

Cette deuxième partie était aussi dense. Xavier et Christophe ont montré une partie des revues qui existaient. Il était dommage de manquer de temps. On n’a pu que les présenter superficiellement. Le peu qu’ils ont évoqué démontrait la richesse des revues et des fanzines des littératures de l’imaginaire en France.

Cantonné à l’étage de L’Heure du Jeu, le public était si nombreux que l’on pouvait difficilement servir nos boissons. Quant à parler, les intervenants ont du prendre un micro. C’était un beau succès !

UTOPIALES 2018 : UNIVERSITE EPHEMERE : LA RAISON DESINCARNEE : SHERLOCK HOLMES

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Pour cette 19eme édition, une université éphémère permettait aux festivaliers d’assister à un cours magistral. Pendant 90 minutes au lieu unique, une personnalité s’exprimait sur un thème donné. Jeudi soir, Xavier Mauméjean proposait : La Raison désincarnée : Sherlock Holmes. Voilà un titre qui peut paraître hors de propos. Selon mes souvenirs de lecteur, Sherlock Holmes fait partie du champ littéraire des romans policiers. Comment peut-on parler de lui aux Utopiales ?

Xavier Mauméjean n’est pas hors sujet (le comble pour un professeur). En cinq minutes, il démontre que Sherlock Holmes s’exporte dans d’autres champs littéraires. Le détective anglais est un paradoxe tant dans ses univers (il entre dans la science-fiction, la fantasy et le fantastique) que dans sa façon de vivre. Malgré toutes les parutions, on ne peut saisir son aspect physique, ni son hygiène de vie. Sherlock Holmes est un paradoxe vivant. Il en est de même pour ses déductions. Celles-ci n’ont rien de logique, mais elles sont magiques (le réel s’adapte à son raisonnement). En peu de temps, alors qu’il parle des aventures canoniques du détective anglais, il démontre logiquement que le détective fait aussi partie des littératures de l’imaginaire. En quelques mots, l’assistance est suspendue aux lèvres de l’auteur qui démonte toute la « logique » du personnage.

Quant aux champs littéraires qui nous intéressent, les nouvelles de Conan Doyle y font référence, mais de manière discrète. Il est question des « untold stories » (les histoires non publiées par le Docteur Watson). celles-ci seront racontées et interprétées par d’autres auteurs (Stephen King, Philip José Farmer, Stephen Baxter, etc.). A partir de là, le cours magistral prend une toute autre tournure. les aspects des littératures de l’imaginaire qui étaient discrets, sont mis en avant. Il faut entendre l’auteur parler des récits d’ Edgar Rice Burroughs où ce dernier intègre Sherlock Holmes à l’univers tarzanide ou August Derleth et la notion de crossover (des personnages appartenant à des séries différentes se retrouvent dans le même univers), et ce, dès 1928.

Dans une troisième partie, Xavier Mauméjean parle des affrontements de Sherlock Holmes avec d’autres univers. Si on rencontre divers adversaires venus d’autres univers de la même époque (Dracula, Docteur Jekyll), on va nous montrer aussi que les écrits parlent soient de Mycroft Holmes (le frère de Sherlock Holmes), soit de James Moriarty (l’ennemi juré du détective). Le « logicien » se retrouvera dans l’univers d’H.G.Wells, de Lovecraft, de Poul Anderson (écrit par lui-même dans La Patrouille du Temps), d’Edgard Allan Poe, de C.S Lewis, de L. Frank Baum. Dans ses différents livres, qu’ils soient de fantasy ou de science-fiction, il y a toujours cette constante : A Partir du moment ou Sherlock Holmes est évoqué, son univers existe aussi là où il est évoqué. Autant dire que vu par Xavier Mauméjean, l’univers de Sherlock Holmes existe dans La Guerre des Mondes, Narnia, Tarzan, LA PAtrouille du Temps, Le Magicien d’Oz, etc.

A la fin de ce cours magistral, on comprend qu’on s’est fait balader par un auteur passionné et passionnant. Il a évoqué autant le roman policier que ceux de l’imaginaire, sans jamùais nous perdre. La liste des livres évoqués est impressionnante, mais nous avons tous noté et nous allons chercher ces pépites de pastiche.

Pour celles et ceux qui voudront écouter l’université éphémère de Xavier Mauméjean, vous pouvez vous rendre sur le lien d’ActuSF qui a enregistré toutes les conférences.

LA RAISON DESINCARNEE : SHERLOCK HOLMES
XAVIER MAUMEJEAN
UNIVERSITE EPHEMERE DES UTOPIALES 2018
LIEU UNIQUE

UTOPIALES 2018

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Les Utopiales 2018, c’était du 31 octobre jusqu’au 5 novembre, à Nantes. Cette 19ème édition avait pour thème « le corps ». Si la cité des congrès est toujours le vaisseau amiral de cet événement, depuis quelques années, le lieu unique se veut le satellite des Utopiales. En l’occurrence, une exposition montrait l’un des premiers auteurs de bande dessinée, G.Ri et ses planches parlant de la science-fiction au début du XXe siècle. Une université éphémère était aussi mise en place. pendant 90 minutes, un expert dans son domaine nous faisait « cours ». Les thèmes abordés ont touché la bande dessinée, la littérature, la musique, le cinéma, etc.
A la cité des congrès, plusieurs changements furent effectués. Le pôle ludique descendit d’un étage, pour permettre une salle de conférence Hypérion plus vaste et accueillante. Au sous-sol, un deuxième bar fut mis en place. Tous ces changements permettent de montrer l’évolution des Utopiales, sa volonté d’accueillir un vaste public.

Quand je suis arrivé jeudi, j’ai eu peur. Toutes les allées, toutes les conférences étaient remplies ! Que l’événement soit un succès, soit. Qu’il soit rempli par une foule compacte au point qu’on ne puisse plus assister à des conférences ou une projection… Non ! Heureusement, l’un des libraires m’a rappelé que ce jeudi était férié, pendant les vacances scolaires. Deux raisons d’avoir plus de monde que d’habitude. La suite des événements lui donneront raison. La foule fut moins compacte les jours suivants.

Je n’ai fait aucune projection, mais j’ai pu assister à plusieurs conférences. La plupart étaient d’un bon niveau et les intervenant-e-s faisaient leur possible pour se mettre à notre niveau. Les conférences avaient toutes un résumé dans le programme. Malheureusement pour le public, certaines de ses conférences n’abordaient qu’une partie du sujet évoqué, à contrario du résumé. Heureusement entre l’université éphémère, les interros-surprises, les rencontres, etc. le choix était vaste. Le festivalier ne pouvait être que satisfait (au minimum).

L’exposition consacrée à Beb-deum s’exposait dès l’entrée du salon. Un véritable choc visuel et les réactions étaient diverses face aux œuvres de l’artiste. Son choix d’exposer sur un mur (et non d’exposer sur cadre ) est un parti-pris que j’apprécie particulièrement.

L’autre exposition que j’attendais était celle consacrée à trois auteurs de bande dessinée : Marion Montaigne, Denis Bajram et Mathieu Bablet. Conçue par le Miroir de Poitiers, elle mélange trois visions de l’espace. Des créateurs de nouvelles images ont mis en scène trois compartiments, qui miment un vaisseau spatial. On ne pourra pas vous en dire plus, mais le choc est à la hauteur de l’attente. Cette expérience est immersive. Si l’exposition n’a pas été conçue pour les Utopiales, elle va se poser sur d’autres lieues. Chaque nouveau lieu permettra de faire évoluer l’exposition. Vu l’attente à l’entrée du vaisseau spatial, on peut dire que c’est un succès !

Il est toujours difficile de résumer 3 jours de festival. On est pris dans un maelstrom de connaissance, de repas, de contact échangés, de jeux, d’expositions… Les Utopiales le permettent et nous remercions les organisateurs pour celà. N’oublions pas les bénévoles, les interprètes, les attachées de presse et tous les responsables qui travaillent pour toujours nous donner envie de revenir. Merci à eux !

Un grand merci à Mickaël, à Solenn et Kris, à la team Critic, à Soledad, à Bertrand… j’en oublie certainement.
Toutes mes excuses à Aymeline pour ce rendez-vous manqué 🙂

FESTIVAL TRANSVERSALES : TRANSMETTRE LE SAVOIR EN BANDE DESSINEE

festival-transversalesA l’occasion du Festival Transversales, une table ronde était organisée autour du thème : Transmettre le savoir en bande dessinée. Les intervenants étaient Janine (autrice de bande dessinée et professeure de philosophie), Isabelle Picault (bibliothécaire à l’université Rennes 2, spécialiste du fond bande dessinée), Morvandiau (auteur de bande dessinée, responsable d’atelier bande dessinée au sein de Rennes 2, membre de Spéléographie et doctorant sur une thèse de la bande dessinée alternative francophone, entres autres casquettes).

Ce moment était tout aussi sympathique, qu’instructif. Les étudiantes ont posé des questions simples mais précises. Les intervenants se sont posés avec plaisir au jeu des questions. Le public, nombreux, se composait d’universitaires mais aussi de non-universitaires. On y apprend que Le fonds bande dessinée de la bibliothèque de Rennes 2 est né en plusieurs temps. Il y a eu un premier don du festival Périscopages. Une demande de don a été accepté pour qu’il y ait des acquisitions. Si le fonds représente environ 2000 titres, il y a 150 à 200 titres qui sont achetés chaque année. Il explore plusieurs champs : La bande dessinée documentaire, celle de divertissement, l’objet pédagogique (le support, la ressource) et les œuvres d’art. Depuis quelques années, les bibliothèques scientifiques puis universitaires se sont ouvertes peu à peu à la bande dessinée. Il y a une reconnaissance de celle-ci. On la reconnaît comme art à part entière, mais aussi comme moyen et comme fin d’enseignement. Il existe plusieurs thèses de bande dessinée, mais il manque d’experts dans le monde universitaire. A contrario, il existe plusieurs écoles de bande dessinée. Du côté de la théorie, Morvandiau citera notamment Thierry Groensteen pour ses différentes publications, que ce soit du côté technique de bande dessinée ou de l’appréhension du lecteur vis-à-vis du genre.

L’auteur n’essaye pas de cibler son lectorat. Dans ce cas, il en ferait trop ou pas assez. Mais parce que la bande dessinée est aussi un art avec ses codes et ses techniques, l’auteur va travailler la lisibilité pour attirer le lecteur. Que ce soit pour un blog, un livre ou une publication Facebook, le travail et la réception n’est pas la même. Quand les éditions Delcourt ont approuvé le projet de Janine, elle a du réapprendre les codes de narration pour que l’adaptation de son blog BD soit lisible en livre. Pour comprendre toute la complexité de la bande dessinée, il faut connaître son langage (art de la narration et du dessin). Janine évoque sa grand-mère qui a lu deux fois sa bande dessinée : Une fois pour le texte, une autre fois pour les images. Elle ne connaissait pas les codes. En bande dessinée, il existe aussi plusieurs formats dont le plus classique : 48CC (48 pages cartonnés, couleurs). Morvandiau parle de son expérience avec Monsieur Vandermeulen pour leur réinterprétation du cid. Ils ont proposé un format classique, mais au final, l’éditeur qui a accepté le projet (les éditions Rackham) a demandé un format carré, souple, noir et blanc de 64 pages.

Morvandiau et Janine, tous deux enseignants, ne se posent pas comme vulgarisateurs. Morvandiau propose à ses élèves d’explorer le 9e art autrement (comme la bande dessinée abstraite). D’autre part, comme membre de La Brèche, lui et d’autres réfléchissent aux différentes possibilités de langage de bande dessinée. Il prend exemple de L’Oubapo. Quant à Janine, elle distingue sa production d’autrice et son poste d’enseignante. Elle dessine mal pour qu’on ne reconnaisse pas son trait. Par contre, son blog permet de voir autrement la philosophie et donc de la vulgariser.

Mené par des enseignants chercheurs de l’université Rennes 2, le festival Transversales est un événement qui réunit différentes disciplines de la littérature et des arts autour d’un thème commun. Organisé en partenariat avec le service culturel de l’université Rennes 2, il permet des Expositions, journées d’études, projections, conférences durant le temps du festival. Les événements se déroulent au sein de l’université, mais aussi dans divers lieux de la ville. Ce festival n’est pas destiné qu’au public universitaire !
Pour sa huitième édition, du 24 au 27 octobre 2018, le thème est : « Transmettre, enseigner dans la littérature et dans les arts »

MIR : AUX FORGES DE VULCAIN

rencontre-vulcainLe troisième Mercredi de chaque mois, la librairie Critic nous donne rendez-vous au bar L’Heure du Jeu, pour les Mercredis de l’Imaginaire Rennais (MIR)

Ce Mercredi de l’Imaginaire avait un goût particulier. Non seulement c’était une rencontre avec les éditions aux Forges de Vulcain, mais celle-ci se déroulait durant le Mois de l’Imaginaire.

Créée en 2010, Aux Forges de Vulcains est une maison atypique qui s’est construite sur ses victoires et ses échecs. David Meulemans parle de ses années avec beaucoup d’humour !
S’il ne vient pas du monde de l’édition, David Meulemans a été professeur de philosophie, mais dès sa prime scolarité, il créait des revues. Avec sa propre maison d’édition, il a voulu un rapport humain entre les différents maillons de la chaîne. Dès qu’un livre sort, il demande aux libraires, aux lecteurs, si le produit peut être amélioré. D’autre part, il veut toujours suivre un auteur, livre après livre. David a une forte tolérance à l’échec, il aime créer, voire bricoler. Si son identité graphique actuelle plaît (Bravo à Elena Vieillard), il a fallu passer par 4 chartes graphiques différentes. C’était autant d’éléments visuels qui déstabilisaient libraires et lecteurs. Dans un monde où plusieurs milliers de livres sortent chaque année, difficile de se faire voir quand on teste, on bricole. Au fil des années, cette prise de risque a payé !
Lors de sa création, les éditions Aux Forges de Vulcain éditaient pour moitié des essais et pour l’autre de la fiction. Désormais, c’est un essai pour dix fictions. Il s’est même essayé à l’édition de bande dessinée. Tant pis s’il faut changer tout une partie de la chaîne du livre (librairies, promotions, journalistes à qui envoyer l’ouvrage). Il a voulu éditer Vaughn Bodé, un des premiers auteurs de bande dessinée underground américaine. Si le livre s’est bien fait acheté par les libraires, il a eu 97% de retours. Une raison à çà, son titre : Das Kampf. un titre qui n’a rien à voir avec Mein Kampf, mais qui a failli nuire à l’existence de la petite maison d’édition.
Quand on parle Mercredis de l’Imaginaire, on peut être étonné d’inviter un éditeur généraliste. Au début, David Meulemans ne voyait pas l’intérêt d’éditer de la littérature de l’imaginaire. Tout avait été créé par les autres maisons, puis petit à petit, il a voulu séduire une partie du public, mais pour ne pas faire comme tout le monde, il s’est essayé à séduire ceux qui n’aimaient pas cette littérature. IL a voulu une fiction, certes de divertissement, mais avec un enjeu narratif. Tout ce qui était trop didactique ne l’intéressait pas.
A ses côtés, il y avait deux auteurs qui démontraient cette ligne éditoriale.
Franck Thomas (La fin du monde est plus compliquée que prévue) a écrit un livre pré-apocalyptique. Dans son ouvrage, tout est plausible, mais souvent les situations comme les personnages tournent à l’absurde.
A l’opposé, Thomas Spok (Uter Pendragon) s’est posé des questions pour raconter Uter Pendragon. Les lecteurs connaissent la geste arthurienne, mais c’est par le biais de films, de séries. Comment raconter le mythe arthurien au XXIe siècle ? S’il veut écrire sa vision, il veut qu’elle reste dans la tradition du roman mais de notre époque. Il se sert pour celà de la logique médiévale. C’est à dire, de la logique de l’univers narré, mais sans ordre chronologique.

Cette soirée fut une véritable découverte entre un éditeur passionné et des auteurs qui se posent des questions sur leur oeuvre. Merci à eux, ainsi qu’à la librairie Critic et le bar L’Heure du Jeu.

MOIS DE L’IMAGINAIRE 2018 : L’AUTRE CHEZ LOVECRAFT

Le Mois de l’Imaginaire est un événement dédié aux genres de l’imaginaire : Science-fiction, fantasy et fantastique. Cet événement est soutenu par plusieurs éditeurs de l’imaginaire pour promouvoir et célébrer ces genres, peu médiatisés. A contrario, le cinéma, les séries et le jeu-vidéo se servent dans ce terreau et sont suivis. Désormais, le mois d’octobre sera le Mois de l’Imaginaire. Que ce soit au niveau national ou local, plusieurs acteurs mettent en avant ce mois à travers divers événements.

C’était le cas lundi dernier au Tambour. La librairie Critic, les éditions ActuSF avec le partenariat de l »université de Rennes 2 ont fait venir Christophe Thill (co-directeur des éditions Malpertuis, traducteur et passionné de Lovecraft) pour animer une conférence : L’autre chez Lovecraft.

Pendant plus d’une heure, Christophe Thill nous a plongé dans l’univers de Lovecraft mais aussi dans les Etats-Unis du début du XXe siècle. On y apprend notamment que l’auteur n’écrit pas de la littérature fantastique mais plutôt de la littérature « étrangement effrayante ». Il se consacre à l’étude de la peur, une émotion primale. Par ses écrits, il veut la communiquer. Pour y parvenir, il manie différentes notions. La peur est cosmique lorsqu’elle est inconnue, qu’elle dépasse l’incompréhension. Le monstre n’est pas identifiable, la chose n’est pas une créature humanoïde. Quant à la peur du chaos, c’est celui de la dissolution de la civilisation.
Pour mettre en valeur ses notions, Christophe Thill montre qui était Howard Philips Lovecraft. Issu d’une famille bourgeoise, sa notion à l’autre sera rattachée à la peur de l’étranger (celui-ci ne peut que nous vouloir du mal). Si on dénote dans ses écrits du racisme, on ne peut nier que l’auteur l’était mais qu’il évolue au fil de sa vie, qu’il se confronte à l’autre et qu’il revoit ses positions. Quant à la misogynie qu’on lui reproche, elle n’est que littéraire. Seuls plusieurs de ses personnages féminins sont faibles voire inexistants, quand ils ne font pas partie de cette peur cosmique. Dans la vie de l’écrivain, les femmes comptaient béaucoup, que ce soit de façon professionnelle ou amicale.
A la fin de la conférence, Christophe Thill nous a dit de continuer à lire Howard Philip Lovecraft et pour trois raisons :
-Pour l’art
-L’arrière plan est périmé
-Lovecraft n’a jamais mis ses idées dans ses récits.

Cette plongée dans l’univers littéraire et social de Lovecraft fut intéressant. Christophe Thill a su mettre en parallèle les deux façades d’un même personnage, sans jamais l’excuser mais en montrant l’impact de son œuvre et de l’auteur.

Pour celles et ceux qui n’ont pu venir à la conférence. Cette dernière a été filmé. Vous pouvez la visionner via ce lien.

Aujourd’hui, il y aura une autre conférence, toujours dans ce cadre : Genres et identités dans les littératures de l’imaginaire

cette table ronde explore comment les littératures de l’imaginaire s’emparent des questions de genre, de l’identité, de la transidentité. Comment réinterrogent-elles les frontières du féminin et du masculin ? Quels horizons nous donnent-elles à voir, à imaginer ?

Cette conférence, gratuite, est soumise à réservation.