SECRET POUR SECRET

secret-pour-secretLouane en est sûre. Elle est enceinte. Confrontée à un choix cornélien, elle doit faire face à la vie de tous les jours : Le lycée, les amis, l’ex-copain… Si seulement ce n’était pas arrivé.

Le duo Charlotte Bousquet/Stéphanie Rubini nous avaient montré quatre histoires de collégiens d’aujourd’hui et les maux qu’on peut y rencontrer. Avec Secret pour Secret, Jaypee remplace Stephanie Rubini et les histoires se passent au lycée. Pour ce premier récit, on suit Louane, « jeune femme modèle ». Elle découvre qu’elle est enceinte de quelques semaines. On se dit qu’en 2017, une jeune femme comme elle, tout devrait se passer pour le mieux, mais celle-ci hésite. Comment faire ? Comment le cacher aux parents ? Doit-elle garder son enfant ? C’est l’intervention de Cécile, une élève de sa classe qui va la décider.
L’IVG. Trois lettres qui ont changé la vie des femmes depuis 1975. Sans s’appesantir sur les effets, on suit tout le processus d’une jeune femme qui doit faire son choix. C’est prenant, dur, pédagogique. Pourtant, vu les derniers récits de Charlotte Bousquet, on s’attendait à quelque chose de plus percutant. Le profil psychologique de Louane est soigné, celui de Cécile, un peu moins. On comprend les hésitations, les souffrances, mais il manque ce malaise qu’on ressent dans les précédents récits. C’est presque trop gentil. Par contre, parler de l’IVG et des possibilités, en parler autour de soi, se protéger… Il n’est jamais trop tôt pour en parler.
Premier album de bande dessinée pour Jaypee. On apprécie le trait, la mise en scène posée (malgré la dureté du propos), le traitement des couleurs. Tout le petit monde lycéen, son ambiance est retranscrite. Un univers doux et dur à la fois. Pour une première, c’est une réussite.

Premier tome d’un nouveau cycle. Prenant le thème « casse-gueule » de l’IVG, les auteurs s’en sortent, mais on a l’impression de tenir le carnet du parfait avortement. Il manque une histoire plus développée, voire la légalisation de l’IVG expliquée. On reste sur notre faim, mais, ce n’est que le premier tome.

SECRET POUR SECRET
AUTRICE : CHARLOTTE BOUSQUET
DESSINATEUR : JAYPEE
EDITIONS : GULF STREAM

FORT BOYARD T1 : LES MONSTRES DES OCEANS

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Cinq enfants sont sélectionnés pour participer à l’émission de Fort Boyard. ce qu’ils ne savent pas c’est que le fort est construit sur une faille dimensionnelle. A chaque génération, les forces du mal essayent de déferler sur le monde, mais elles sont repoussées par les héros de Fort Boyard. Cette fois, ces héros sont ces enfants ! Pourront-ils sauver le fort et le monde ?

L’une des émissions phares de la télévision revient en bande dessinée. Le pitch est déja dur à croire : Pourquoi faire une adaptation graphique de Fort Boyard ? Le scénariste prend le parti de raconter une histoire de fantasy. tous les ingrédients sont présents : Les armures magiques, les gardiens du fort, la prophétie, etc. On rajoute l’univers de Fort Boyard (les clés, les gardiens, les épreuves) et l’ensemble pourrait tenir, mais malheureusement la bonne idée s’arrête ici. Les héros sont des enfants. Pourquoi pas ? Mais les clichés sur les caractéres des personnages s’accumulent. Le beau blond (le guerrier), l’intellectuel (le mage), etc. Des clichés qui font prendre l’eau à l’ensemble de l’histoire. L’humour est censé alléger la « tension » du récit mais le ton n’y est pas. Le lecteur aura l’impression de retourner dans le dessin animé Le Sourire du Dragon (adaptation de Donjons et Dragons). On retiendra cependant d’avoir les habitants du fort en personnages secondaires.

Côté dessin, ce sont des membres de l’association Les Bédéastes Imageurs qui se retrouvent derriere les crayons. Le trait semi-realiste fonctionne, les accents comiques aussi. On reconnaît bien les personnages du fort, les monstres sont impressionnants. L’ensemble graphique est sympathique.

On ne retiendra pas grand chose de ce premier tome. Si l’ensemble tient la route graphiquement, le scénario accumule les poncifs tout en jouant superficiellement avec l’univers de Fort Boyard. A éviter…

FORT BOYARD : T1 LES MONSTRES DES OCEANS
AUTEUR BENJ
DESSINATEURS : CHRISTOPHER LANNES-GILDAS LE ROC’H
COULEURS : JOEL ODONE
EDITIONS : SOLEIL/ADVENTURE LINE

OBION AU MUSEE

museelyon_couviplatblogL’auteur Obion est invité à Lyon. En partenariat avec le festival de bande dessinée et le musée gallo-romain, il va parcourir les allées du site et dessiner ce qu’il en pense.Vous ne verrez plus jamais un musée comme avant…

Le festival de Lyon a la bonne idée d’inviter chaque année un auteur dans un de ses nombreux musées. En 2015, c’était Boulet. Il est suivi en 2016 par Obion, au musée gallo-romain. A première vue, l’idée est farfelue. Le lecteur, habitué des jeux de mots de l’auteur le voit aussi à l’aise dans un musée qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine… ou alors on s’attend à ce qu’Obion fasse du Obion. Le résultat est aussi surprenant qu’agréable.
Suivre Obion et sa guide alexandra c’est s’abandonner au plaisir de visiter un musée. Outre les jeux de mots, l’auteur utilise toute son imagination. Il n’hésite pas un seul instant à utiliser les clichés inhérent à un tel endroit (Indiana Jones, Complots, etc). En quelques pages, « l’austère » catalogue devient un terrain de jeu pour la vision « néophyte » d’Obion. On se plaît à imaginer une visite où chaque détail devient un jeu.
Le trait semi-réaliste d’Obion permet de s’immerger dans son univers, d’apprécier son humour et les postures cartoonesques de ses personnages. A l’inverse, son sens de l’observation permet de reconstituer les pièces du musée. Quant à son travail de colorisation, il est toujours aussi impressionnant. La fin de l’ouvrage permet d’avoir des explications plausibles sur les objets vus par l’auteur. Si on peut rire, on peut aussi rire en apprenant.

Cette promenade aux côtés d’Obion fut aussi récréative que pédagogique. Un vrai régal . Si les musées font de plus en plus d’efforts pour attirer les visiteurs différemment, celle d’inviter un auteur de bande dessinée est une excellente idée. On espère que cette initiative s’étendra à tout l’hexagone.

OBION AU MUSEE
AUTEUR : OBION
EDITIONS : LAPIN/LYONBD

7 CANNIBALES

7cannibalesTous les ans, 7 compagnons organisent des fêtes privées. Le clou de ces soirées ? Le droit de jouir d’une invitée, triée sur le volet.
Pour l’édition 2016, tout paraissait organisé, mais ils ont invité la mauvaise personne…

Le concept de la série 7 remonte à 2007. Chaque tome est différent, unique, jusqu’aux noms des auteurs. Seul point similaire : Avoir 7 personnages. Pour ce tome, David Chauvel (directeur de collection) s’attache les services de Sylvain Runberg et Tirso. Le premier a scénarisé la série Orbital, Reconquêtes ou Millenium, tandis que le second  s’est fait connaître sur Murmures ou Les Chroniques de Légion.
Le récit dénonce le manque d’éthique des personnes influentes, leur confiance dans leur propre pouvoir, mais aussi la duplicité des réseaux virtuels. Une histoire qui fait penser à La Chasse du Comte Zaroff.
Le tempo de l’histoire est rapide, il monte en puissance pour finir dans une apocalypse d’adrénaline. Outre le jeu de massacre et le côté voyeur des lecteurs, des flash-back nous montrent la poussée de l’horreur de cette élite qui en veut toujours plus.
Côté dessin, le trait nerveux de Tirso sert l’histoire et il propose quelques « gueules angéliques » savoureuses pour nos héros.
Si le pitch donne envie, si le dessin est sympathique, on ne peut refermer le livre sans avoir l’impression que quelque chose ne va pas. Comment admettre que sept personnes, influentes, riches, mais voulant rester discrètes, ne fassent une recherche poussée sur l’identité de leur invitée ? Ca laisse perplexe.

Avec sa dénonciation du pouvoir, son jeu de massacre, Sept Cannibales est un livre qui se laisse lire. Le duo d’auteurs permet un mélange détonnant à ce thriller.

SEPT CANNIBALES
AUTEUR : SYLVAIN RUNBERG
DESSINATEUR : TIRSO
COLORISTE : TOMEU MOREY
SERIE : 7
COLLECTION : CONQUISTADOR
EDITIONS : DELCOURT

LUNE D’ARGENT SUR PROVIDENCE

lune-dargent-sur-providenceProvidence est une petite ville tranquille, jusqu’au jour où un meurtre est commis. Pour le shérif, c’est le début d’une longue affaire. Si seulement, on le laissait tranquille. Mais le maire qui demande des comptes, Miss Gattling, qui est aussi belle que dangereuse et ce chien « qui pue comme deux cochons »… L’affaire allait être longue !

On connaît Eric Herenguel pour la série Krän, sa participation à Balade au Bout du Monde ou Légendes de Troy. Quand l’auteur décide d’entamer un album personnel, il utilise un univers très codifié : Le western. Au lieu de respecter scrupuleusement les règles, l’auteur joue avec les codes pour nous donner un western féministe et fantastique. Malgré la place de monstres dantesques, de scènes violentes, la mise en scène, leurs rôles fait plutôt penser au fantastique qu’à l’horreur pure.
L’auteur s’amuse à inverser le rôle des personnages : Un shérif trop beau, une jeune femme sûre d’elle et armée (donc deux fois plus dangereuse dixit l’auteur), un tueur séduisant,etc. On s’amuse beaucoup pour toutes les ambiances qu’on rencontre. Tantôt bucolique, dantesque, fantastique, Eric Herenguel passe d’une ambiance à une autre en douceur.
Malgré une histoire western-romance-humour-avec des monstres et de la philosophie, personnages et ambiances tiennent sur la longueur; Quant au dessin, Eric se surpasse ! Dans sa postface, il raconte son amour du western, sa ceinture fabriquée par son papa et ses recherches. Il s’est « amusé » à mélanger plusieurs choses. D’un côté, nous avons tous ces détails qui rendent le dessin véridique, de l’autre, le graphisme des armes à feu et comment elles sont liées aux Etats-Unis. A l’opposé, les héros semblent propres, beaux, comme sortis d’une carte postale, ou d’un film. Pensez-vous que l’auteur allait s’arrêtez là ? Il dessine des gueules, des horizons mystérieux, et ces monstres, si organiques qu’ils deviennent presque sympathiques.

La seule façon de connaître et d’appréhender Lune d’Argent sur Providence, c’est de se procurer le coffret. il permet de ne pas attendre l’achat-le prêt (rayer la mention inutile) du second tome. il faudra attendre un peu avant qu’Eric nous montre son dernier projet : Kong Crew. Autant en profiter pour découvrir sa bibliographie et son style inimitable.

LUNE D’ARGENT SUR PROVIDENCE (COFFRET)
AUTEUR : ERIC HERENGUEL
EDITEUR : VENTS D’OUEST

cette chronique a été faite pour le mercredi de la semaine, vous trouverez les autres participants sur le blog de Stefie.

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CONFESSIONS D’UN ENRAGE

confession-dun-enrageLiam n’a que quatre ans quand il est victime d’un chat atteint de la rage. Grâce à l’intervention des médecins, le petit garçon semble sauver, mais pour Liam, c’est autre chose. Il sent le chat dans son corps, la violence qui veut sortir. Quand enfin, elle s’immisce à l’extérieur, Liam devient incontrôlable.

La couverture, aussi étrange qu’elle soit, ne donne qu’un doux aperçu du livre. Nicolas et Verane Otero décrivent l’enfer que va vivre Liam pendant des années, atteint d’une rage. A l’extérieur c’est un garçon bien, sans reproches, mais à l’intérieur, un chat essaie de sortir. Dans ces cas-là, l’animalité refait surface et plus Liam attend, plus l’animal est violent. Pour essayer de garder la raison et empêcher le chat de sortir, il va tout essayer, mais pas toujours avec succès. Pour donner une explication au comportement de Liam, un scientifique intervient au fil des pages. Il explique la rage, la façon d’être de Liam, mais nous, lecteurs, savons ce qui ne va pas. Liam a un chat à l’intérieur de son corps.
Pour transposer tout le mal-être de Liam, les auteurs n’hésitent pas à utiliser tous les artifices du graphisme. Tout à tour, joli, inquiétant, clinique voire horrible, le dessin de Nicolas Otero ne laissera personne indifférent. Le comportement animal de Liam se traduit par l’ajout d’une queue, de griffes et de moustaches. Une originalité qui pourrait faire passer Lima pour un gentil matou. Il n’en est rien. Sous cet aspect, il reste tranquille jusqu’à ce que la bête s’éveille.
Le choix des couleurs est toujours important. Avec Valerane Otero, la palette est large. Ambiance fantastique, rétro, horrible, tout sera mis à la disposition du lecteur pour décrire l’histoire de Liam. Un dessin (graphisme et couleur) qui prend aux tripes.

Tour à tour récit clinique (Liam est-il fou ?),  récit fantastique,  voire déchéance humaine Confessions d’un Enragé est un récit qui vous laissera sa marque. On en ressort pas indifférent du combat de Liam.

CONFESSIONS D’UN ENRAGE
AUTEUR : NICOLAS OTERO
COULEURS ET ILLUSTRATION DE COUVERTURE : VERANE OTERO
COLLECTION : 1000 FEUILLES
EDITEUR : GLENAT

TOUSSAINT 66/99

toussaint-66-99Avec le décès de sa mère, Toussaint Polignac rentre en France après quinze années d’absence. Mais il s’étonne quand les dernières volontés de celle-ci lui demande de disperser ses cendres… Au Congo ! Toussaint reprend la route. Au fil du voyage, il rencontrera son passé, ses racines…

Toussaint 66 est le premier album de Kris et Julien Lamanda. On entrevoit le scénariste que sera Kris (histoire, ambiance et dialogues), on s’étonne devant la maturité graphique de Julien Lamanda. Si les deux auteurs ont des chemins différents, Toussaint 66 aura marqué la mémoire. Pour l’association L’Atelier des  Violons Dingues (1), la première marche est atteinte. Deux de leurs membres ont réussi à faire paraître un album. Ils remporteront le prix lycéen du meilleur premier album au festival d’Amiens.
Le concept de l’album était délicat (raconter le voyage intérieur d’un homme à travers un voyage africain, avec comme passager l’urne funéraire de sa mère), mais Kris ne s’attarde pas sur la peine humaine. Il fait rire, grincer des dents, émouvoir, que ce soit par la situation ou les dialogues. Il mélange les rencontres cocasses, les clichés sur l’Afrique et ce continent qui garde sa part de mystère, de magie. Pour l’accompagner, Julien Lamanda utilise un style semi-réaliste. Un style qui s’associe parfaitement au texte : mi-grave, mi-humoristique. Son travail sur le noir et blanc est fabuleux et le découpage , pour un premier album n’a pas à envier les plus grands. Les éditions Delcourt ne sont pas trompées en éditant Toussaint 66 dans la collection « Encrages »
Mais tout livre à une vie qui se finit. Depuis plusieurs années, les lecteurs essayaient de retrouver cet album. En mai 2016, les éditions Sixto offrent une nouvelle vie à Toussaint Polignac. Est-ce juste une ré-édition ? En fait,Sixto ajoute un « prologue » et une fin. Un album qui permet de boucler la boucle, mais comme le dit Kris : »… Cela devrait s’achever. Mais avec Toussaint Polignac, allez savoir ». Quant à Julien Lamanda, en artiste, il se permet quelques retouches, que le lectorat remarquera, ou pas.

Toussaint 66/99 permet de redécouvrir le premier album de deux auteurs brestois. Loin de toucher uniquement le cœur des concitoyens, l’album s’attache à des valeurs universelles. Plus de dix ans après sa parution, la magie fonctionne encore. Les bonus permettent de « terminer » l’aventure, en suivant les nouvelles créations des auteurs et du repreneur de l’édition : Sixto

TOUSSAINT 66/99
AUTEUR : KRIS
DESSIN : JULIEN LAMANDA
COLLECTION : L’AVVENTURA
EDITEUR : SIXTO

(1)L’Atelier des  Violons Dingues était une association brestoise qui promouvait la bande dessinée. A travers un fanzine, elle permettait à de jeunes auteurs de publier. On pouvait y retrouver Obion, Gwendal Lemercier, Mike, Josselin Paris, etc. Depuis, plusieurs membres ont publié.

Cette chronique a été publié dans le cadre de la BD de la semaine. Vous retrouverez les autres participants chez Noukette.

 

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