HORRIFIKLAND

Mickey, Donald et Dingo dirigent une agence de détectives privés. Leur dernière cliente leur demande de ramener son chat. Ce dernier traîne souvent dans le vieux parc d’attraction : Horrifikland. Alors que Mickey s’empresse de s’équiper, Donald hésite. Selon lui, il y a plein de moustiques et des fantômes se baladent dans le parc. Les trois détectives entrent dans le parc sans avoir idées des surprises qui les attendent !

Pour ce 8e titre de la collection Disney, les éditions Glénat s’attachent les services de Lewis Trondheim et Alexis Nesme, respectivement aux postes de scénariste et dessinateur. C’est la troisième fois que Lewis Trondheim se retrouve sur la collection, après les tomes Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest aventures. Tous les deux dessinés par Keramidas.
Si l’histoire est simple (Nos héros doivent retrouver un chat dans un ancien parc d’attraction), Lewis Trondheim écrit une intrigue faites de surprises où l’enquête devient une folle équipée. L’auteur n’oublie pas toutes les possibilités que peuvent renfermer un ancien parc d’attraction : automates en tous genres, trappes, effets spéciaux… C’est un festival d’idées drôles et effrayantes à la fois. Oui, on peut être dans un esprit Walt Disney tout en « effrayant » le lecteur. N’oublions pas la projection du court-métrage La Danse Macabre en 1929. Les personnages ne sont pas oubliés. Si Mickey reste un personnage courageux et malin, Dingo reste un étourdi naïf et Donald un faux courageux. On aura la surprise d’apercevoir un vieil ennemi de notre souris et non… Malgré le thème fantomatique, ce n’est pas le Fantôme Noir.
Découvert avec la série Les enfants du Capitaine Grant, Alexis Nesme propose un univers rétro : maisons de guingois, cimetières gothiques, architectures délirantes… Mickey n’est pas en reste puisqu’il est habillé uniquement de sa célèbre culotte rouge. Les trouvailles graphiques sont magnifiques et pourtant simples : des ombres, des éclairages inquiétants, des décors qui rappellent les films de la Hammer. Le dessin est magnifique, vivant, mais Alexis Nesme a une particularité : la couleur. Qu’il soit question de la lumière des maisons, de celle des costumes ou de la nuit, l’auteur n’a pas son pareil pour nous plonger dans l’ambiance.


Sous-titrée Une terrifiante aventure de Mickey Mouse, Horrifikland joue avec nos peurs enfantines : fantômes, clowns, vampires, insectes, ambiance macabre… Tout est là pour nous faire réagir. On ne se lasse pas de cette histoire qui oscille entre rires et frissons.

HORRIFIKLAND, UNE TERRIFIANTE AVENTURE DE MICKEY MOUSE
SCENARISTE : LEWIS TRONDHEIM
DESSINATEUR : ALEXIS NESME
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI-LES CARNETS RETROUVES

Daniel Dravot et Peachey Carnehan se sont mis en tête de quitter l’Inde. Les deux aventuriers veulent devenir rois du Kafiristan. Un illustrateur, Armel Gaulme, accompagne le fabuleux périple. Ces croquis apportent une nouvelle dimension au récit.

La nouvelle de Rudyard Kipling est connue, mais moins que son adaptation cinématographique. Filmée par John Huston, interprétées par Sean Connery (Daniel Dravot), Michael Caine (Peachey Carnehan) et Christopher Plummer (Rudyard Kipling), cette fresque est tout simplement magistrale. Le livre des éditions Caurette nous en apporte une autre facette.
Le récit est scindé en deux parties. La première comme une mise en bouche présente les personnages que sont les aventuriers et leur projet. Le deuxième est un témoignage de Peachey Carnehan. Un témoignage singulier puisqu’il est raconté sous forme narrative et Peachey, devenu fou, le fait soit à la première, soit à la troisième personne. Un style qui pourrait perdre le lecteur, mais en fait, il n’en est rien. Rudyard Kipling nous montre tout à la fois l’exotisme de l’Inde, son climat, mais aussi sa lourdeur administrative (alors colonie britannique), sans oublier le racisme du narrateur envers les indigènes. A l’opposé, on suit Daniel Dravot qui devient peu à peu fou de son propre pouvoir. En un cours texte, nous avons les deux faces d’un gouvernement. Celui, déjà établi par un empire Britannique, l’autre, en devenir, qui est entre les mains de deux aventuriers, deux escrocs, qui le savent eux-mêmes. Le ton, le style font penser à un documentaire. Lorsqu’on lit la nouvelle, on voit le Kafiristan, on sent la poisseur de l’Inde et on suit avec avidité l’élévation puis la chute de Daniel et Peachey. N’oublions pas toute la part maçonnique qui est présente dans le livre. Rudyard Kipling faisait partie d’une loge et sa nouvelle montre plusieurs éléments maçonnique : le rouge de la barbe de Daniel Dravot, le tablier, le fait de parler des francs-maçons aussi.
La présente édition ajoute une part de réel, dans cette oeuvre (fictive?). Armel Gaulme a retrouvé dans son grenier le carnet d’un aïeul qui se prénommait comme lui. Le carnet suit les aventures de Daniel Dravot et Peachey Carnehan, mais il ajoute Rudyard Kipling comme témoin ! Le narrateur de la nouvelle serait donc l’auteur lui-même. Un Daguerréotype en quatrième de couverture tend à prouver la véracité des illustrations. L’homme qui voulut être roi serait donc un témoignage ?
Les dessins ne sont pas que des croquis tracés à la va-vite ! Ce sont des crayonnés détaillés; quand je dis détaillé, c’est que chaque paysage, chaque personnage ou objet est minutieusement retranscrit, voire découpé. Comment ça fonctionne, comment les personnages s’habillent, quel est l’intérieur… Armel Gaulme donne une vision du témoignage de Peachey Carnehan qui permet de toucher cet univers qui n’est plus. Ça ne pourrait être que du crayon, mais c’est bien plus avec les jeux de lumières, la précision du trait et en même temps, ce remplissage qui serait presque brouillon.
Pour ajouter au côté réel/irréel, nous avons les témoignages de Jean-Christophe Caurette, Armel Gaulme ainsi que celui d’Erik Lhomme. Ce dernier avait été au Kafiristan, il y a quelques années pour un « chasse » au Yéti !
La police utilisée est très agréable. Renseignement pris auprès du graphiste (Philippe Poirier ndlr), c’est celle de Mrs Eaves. L’ensemble est agréablement espacé et permet de « souffler » entre les mots. A l’opposé, l’écriture manuscrite d’Armel Gaulme est resserrée, minuscule, difficilement lisible. C’est la seule chose à reprocher sur cette édition. Les illustrations, quoique magnifiques sont imprimées sur fond perdu. En étant agrandies, elles auraient gagnées en lisibilité. C’est un infime détail sur une édition de qualité.

L’Homme qui voulut être roi-les carnets retrouvés permet de toucher au plus près l’Inde du XIXe siècle ainsi que le Kafiristan. Le texte de Kipling, associé aux illustrations de Gaulme ainsi que les textes explicatifs, permettent aux lecteurs de se questionner : est-ce vrai ?

L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI-LES CARNETS RETROUVES
AUTEUR : RUDYARD KIPLING
ILLUSTRATIONS : ARMEL GAULME
EDITIONS : CAURETTE

SUPER MICKEY

Dingo a toujours eu un fond gentil, mais il est plus connu pour ses maladresses. Une nuit, pendant qu’il se rêve en super-héros, une météorite s’écrase dans son jardin. Au matin, des cacahuètes ont poussé. Quand Dingo en ingère une, il devient Super-Dingo. Si ses pouvoirs lui permettent de faire le bien, sa maladresse est toujours présente. Heureusement, Mickey veille…
Quand on annonce que Pieter de Poortere, l’auteur de la série Dickie fera un album de la collection Disney autour de Super-Dingo, le lecteur peut être surpris. L’auteur a l’habitude de raconter des gags bêtes et méchants, alors que le personnage de Dingo est plutôt bête, mais gentil. Autant vous dire que l’album est une jolie surprise !
L’auteur ne déroge pas à ses règles : l’album est muet et les pages sont découpées en autant de cases (le gaufrier ndlr). Pour le lecteur adulte, cette relecture de Super-Dingo est une madeleine de Proust dans l’univers Disney. On aura plaisir à croiser Mickey, Minnie, Horace, Clarabelle, ainsi que les adversaires : Pat Hibulaire, Lafouine, les Rapetout. Les références sont nombreuses, qu’elles soient issues de films (King-Kong, Superman) ou du patrimoine Disney. Si, à l’opposé du grinçant Dickie, Super Mickey est jovial, l’auteur ne peut s’empêcher de se moquer de l’univers du super-héros. Le personnage de Dingo, très humain, est parfait pour être un super-héros très ordinaire. Quand les Fantomiald, Batman ou Spiderman combattent pour la paix dans leur ville, le monde ou l’univers… Super-Dingo fait la vaisselle, achète les courses etc. N’oublions pas qu’une partie de l’histoire le montre malade. Dans ce cas, il est victime et criminel à la fois, car un super-héros devient super-malade… On ne vous en dira pas plus.
Dans cette débauche de cases, les détails ne manquent pas et le gag visuel fonctionne complètement. On apprécie le fait de tout comprendre, alors que l’album ne comprend que quelques onomatopées. Une bonne idée qui permet de mettre le livre dans les mains de n’importe quel lecteur et ce, quelque soit son âge ! En bonus, quelques jeux nous rappellent ces moments à jouer dans le journal de Mickey ou de celui de Picsou.
Malgré ces bonnes idées, il y a quand même une chose que nous trouvons dommage. Si les histoires tournent autour du personnage de Dingo et de son alter-ego super-héroïque, pourquoi avoir comme titre Super-Mickey ?

La collection Disney s’enrichit d’un nouveau titre après le très apprécié Horrifikland. Surprise, c’est l’auteur de l’incisif Dickie, Pieter de Poortere. C’est drôle, joliment imagé et les lecteurs, petits ou grands ne pourront qu’être ravis à la re-lecture super-héroïque de l’univers Disney

SUPER MICKEY
AUTEUR : PIETER DE POORTERE
COLLECTION : DISNEY
EDITIONS : GLENAT

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NEW TEEN TITANS T1

Robin, le jeune prodige, fait un cauchemar récurrent. Il combat aux côté d’autres super-héros. Il en connait certains, mais d’autres lui sont inconnus. Ce n’est pas un cauchemar, mais un rêve prémonitoire envoyé par l’un des inconnus : Raven. La Terre va devoir affronter une menace d’une autre dimension : son père, Trigon !

Dans les années 80, si le titre X-Men est en tête des ventes, un nouveau titre le talonne : New Teen Titans (les Jeunes T. en français). La cause tient en trois points : Une bonne écriture, un dessin soigné et un éditeur qui prend le temps de faire connaître le titre. Quand il écrit les aventures de ses personnages, Marv Wolfman s’identifie à eux, il veut les rendre réels. Si nos jeunes super-héros ont des capacités hors-normes, ils ont aussi des problèmes plus commun. Kid Flash se demande s’il doit être étudiant ou super-héros, Starfire, ancienne esclave, est exilée sur Terre, Cyborg ne supporte pas son corps robotisé. Des problèmes ordinaires qui permettent aux lecteurs de ressentir des émotions face à des créations de papier. Pour contrebalancer ses attentes (trop?) humaines, le scénariste va plonger ses jeunes héros dans des aventures palpitantes. La Terre est menacée par un démon inter-dimensionnel, qui est aussi le père d’un des membres, rien que çà… Les titans, parents des dieux grecs vont se réveiller, des êtres surpuissants vont s’accaparer le quartier général des super-héros… On découvre aussi des personnages complexes, comme Deathstroke, un mercenaire qui accepte de prendre le contrat de son fils, après que celui-ci fut tué. Au fil des 400 pages, on découvre que les motivations des personnages ne sont pas si simples. Si les combats sont présents, l’humour l’est aussi à travers les dialogues. La dénomination de titan n’est pas anodine. Ces jeunes super-héros ne veulent plus être les acolytes de leurs aînés. Ils ont des capacités, du caractère et s’avère autonomes. La série est une rébellion contre le monde des adultes !
Si on est un lecteur de comics, le nom de George Perez n’est pas inconnu : Wonder Woman, Futur Imparfait ou Crisis on Infinite Earths font parties de ces séries indémodables. C’est avec les New Teen Titans qu’il devint connu. Son approche graphique est des plus réalistes, il met en valeur ses personnages et il a du talent pour le cadrage de ses planches. C’est du grand art !

Il y a 13 ans, les éditions Panini reprenaient en deux volumes (un par année) les archives DC consacrées aux titans. Urban Comics a retravaillé le matériel : compilation des volumes, changement de papier, etc. Seule question : pourquoi avoir changé la traduction ? Celle de Jean-Marc Lainé semblait convenir. La nouvelle, d’Edmond Tourriol, semble couler de source aussi. Nous n’avons pas les données nécessaires pour affirmer si l’une ou l’autre est la meilleure. Elles sont toutes les deux différentes !

Un scénario qui fonctionne toujours, quarante ans après, un dessin magnifiquement expressif et une réédition de choix. Autant de bonnes raisons de prendre cette intégrale des New Teens Titans ! Pour ceux qui ont peur de manquer de lecture, le deuxième tome arrive en décembre !

NEW TEEN TITANS : T1
AUTEUR : MARV WOLFMAN
DESSINATEUR : GEORGE PEREZ
COLLECTION : DC ESSENTIELS
EDITIONS : URBAN COMICS

LE PHARE AU CORBEAU

Agathe et Isaïah sont un duo d’exorcistes. Elle voit les fantômes et lui les conjure. Leur prochaine enquête les emmène en Bretagne. Apparemment, une affaire vite réglée, mais dès le début rien ne se passe comme prévu. Une malédiction semble peser sur le phare et le domaine de Ker ar Bran, l’hostilité des locaux n’aide pas. Quant à Agathe, elle est chamboulée par cette affaire…

Le Phare au corbeau pourrait être une simple histoire de maison hantée. Le talent de conteuse de Rozenn Illiano suffirait à nous transporter. L’autrice ne se contente pas de raconter une histoire, elle mélange plusieurs genres littéraires pour nous immerger dans son univers. Au récit de maison hantée, on ajoute une intrigue à tiroir, du whodunit, mais aussi du roman d’apprentissage. Ça pourrait être un désordre complet, mais l’autrice réussit à tout mélanger sans qu’apparaisse aucune scorie. La lecture, bien que dense, est très accessible, grâce à plan scénaristique qui rappelle les meilleurs films ou séries. Quand on pense que le livre a été écrit en un mois !
Si l’intrigue principale est racontée par la voix d’Agathe, deux autres récits s’entrecroisent. On apprendra qu’en 1839, un naufrage affecte les habitants de Landrez. Près d’un siècle plus tard, Théophile de Saint-Amand achète la propriété de Ker ar Bran, pour y couler une douce retraite. Ce n’est pas donc une mais trois histoires qui construisent l’univers du phare au corbeau. Trois époques différentes avec ses us et coutumes, ses personnages, etc. Si le duo d’Agathe et Isaïah sont les deux faces d’une même pièce (elle a des pouvoirs, il n’en a pas. Il est sûr de lui, elle est peu sûre d’elle, etc.) si ils sont bien dessinés, les autres personnages ne sont pas en reste. L’autrice a un talent pour faire vivre en quelques mots ses caractères. Certains vont croire aux légendes du domaine, d’autres non, mais chacun, à sa manière, va devenir un suspect potentiel.
Si l’ambiance se veut fantastique, si la chair de poule n’est jamais loin d’être atteinte, le but de l’autrice n’est pas de nous faire peur. Tel un conte raconté au feu de cheminée, l’histoire dégage des leçons, des questions que le lecteur se posera. Dans son roman, Rozenn Illiano montre que le fait d’être différent suppose l’acceptation de l’autre, mais aussi de soi-même. A travers ce récit, on se rend compte que ce sont ceux qui prônent l’acceptation de la différence, qui la refusent, alors que d’autres s’en servent. Trouver des personnes qui vous acceptent comme vous êtes n’est pas une chose aisée. Elle dénonce aussi la condition féminine au XIXème siècle, les esprits fermés.

Le Phare au corbeau est un magnifique conte philosophique où plane l’ombre des légendes bretonnes. Chaque lecteur, qu’il soit amoureux de la Bretagne, du récit policier ou de l’ambiance fantastique pourra y trouver son compte. Rozenn Illiano est une autrice à suivre. On remercie les éditions Critic de nous l’avoir fait découvrir.

LE PHARE AU CORBEAU
AUTRICE : ROZENN ILLIANO
COLLECTION : FANTASY
EDITIONS : CRITIC

BRAVO POUR L’AVENTURE

Jesse Bravo n’a pas son pareil pour aller se fourrer dans des aventures rocambolesques. Alors qu’il est engagé comme cascadeur aérien, la fille du réalisateur le prend en grippe et un chef ce la mafia tente de le recruter. Mais rien n’arrête le brave pilote. Avec lui, on vit de folles aventures !

Cet ouvrage comprend l’intégralité des aventures de Jesse Bravo. Il y a ses origines, l’aventure décrite plus haut, un récit aussi inattendu que bizarre et une quinzaine de pages de bonus (croquis, essais de couleurs). On aborde le livre avec les origines du héros. Bien que publiées après, elles permettent une mise en bouche. Jesse Bravo, ce sont les années 30, les aventures des pilotes d’avions, la romance, la bagarre, la camaraderie… C’est ce type d’aventure qu’Alex Toth voulait retrouver. A la fois la nostalgie d’un Âge d’Or des héros, mais aussi un hommage aux maîtres qui l’ont fait rêver. Il faut reconnaître que 40 ans plus tard, ça fonctionne encore ! On croit à ce héros, sosie d’Errol Flynn, on craint pour lui autant que pour les autres personnages. Aussi clichés qu’ils soient (Alex Toth les voulaient ainsi), les personnages restent crédibles. Les situations s’enchaînent sans temps mort, on suit l’histoire avec attention. C’est une véritable madeleine de Proust (façon serial-aviateur) !
La deuxième aventure ferait presque penser à du Moebius ou du Jodorowsky. Jesse Bravo, assommé par une hélice, se réveille dans un univers fantasmagorique. Alex Toth mélange Les aventures d’Alice au pays des merveilles, les possibilités de narration de la bande dessinée, sans oublier les références aux maîtres qu’il admire (Caniff, Pratt, Eisner). 15 pages de délire graphiques, mais qui montrent toutes les palettes de l’auteur. Du grand art ! Comment vous parler du dessin d’Alex Toth ? Dans cet ouvrage, ses traits utilisent aussi bien le réalisme que le gros-nez, il utilise toutes les possibilités du noir et blanc selon les besoins de l’histoire. On reste béat devant tant de maîtrise et chaque case est une pépite.
Les dernières pages sont une mine d’information. Croquis de récits jamais édités, mises en couleurs de planches, de couvertures. Ça serait déjà de bons bonus, mais les annotations de l’éditeur permettent de savoir quand et pourquoi ces dessins ont été utilisés. Malheureusement, les annotations sont imprimées sur fond sombre et donc, peu lisible.

Bravo pour l’aventure est une réédition, mais le travail effectué est d’une telle qualité qu’on pourrait écrire nouvelle édition. Les planches sont nettoyées, la traduction a été revue, le format, plus grand que la moyenne, permet de mettre en valeur les dessins de l’auteur. Une préface écrite par Dean Mullaney (un des experts de l’oeuvre d’Alex Toth) raconte la création de ce personnage dans le marasme éditorial aussi bien français qu’américain. Une préface très importante qui permet de s’immerger dans l’univers de Jesse Bravo. Quand on demande au directeur éditorial Pol, de chez Paquet pourquoi l’avoir édité, voici sa réponse : « Alex Toth est un des maîtres du noir et blanc, il méritait un livre à sa mesure, pour cette édition totalement inédite de toutes les pages et aventures de Jesse Bravo en français. Une édition couleur, suivant les instructions laissées par Alex Toth avant sa mort, a également été réalisée, et incluse dans notre collection Cockpit, car Jesse Bravo est un aventurier, mais avant tout un aviateur ! Quant au format 37 x 28 cm – c’est un format que nous réservons aux ouvrages d’exception du catalogue (Romain Hugault, Michel Koeniguer, Gung Ho, …) ».

Ce livre est doublement un ouvrage d’exception. Le premier c’est évidemment tout l’art graphique et de narration d’Alex Toth, ensuite, c’est le travail autour de sa publication. On ne se lasse pas de regarder les pages, de lire les aventures et de s’imaginer mettre les gaz, tirer le manche pour rejoindre les aventures de Jesse Bravo !

BRAVO POUR L’AVENTURE
AUTEUR : ALEX TOTH
COLLECTION : COCKPIT
EDITIONS : PAQUET

MAUDIT SOIS-TU T1 : ZAROFF

Cette chronique fait partie d’une série d’articles ayant pour thématique le personnage du général Zaroff. Vous pouvez retrouver la totalité des articles sur la page dédiée.

A la suite d’un meurtre, l’enquêteur, le médecin légiste, une journaliste et l’amie du défunt, tous sont amenés à être en relation avec un mystérieux oligarque russe : Nicolas Zaroff. Pourquoi le milliardaire s’intéresse à eux ?

Le scénario de Philippe Pelaez montre la traque que mène Zaroff. Le personnage n’apparaît tout d’abord qu’au second plan, mais comme le souligne son discours du début : « La chasse a déjà commencé ». S’il est peu présent, on voit ses actions. Tel un joueur d’échec, il mène ses futures proies, là où il le souhaite. Le personnage est mystérieux et ce n’est qu’au deuxième tiers de l’ouvrage, qu’il va se révéler. Le personnage de Zaroff se veut semblable , mais l’auteur a voulu en faire quelqu’un de différent. Il est plus manipulateur et on apprendra qu’il est mené par une autre quête que la chasse : la vengeance. Là où l’original et les autres adaptations laissaient une chance aux proies, ici, elles sont droguées, traquées dans des vêtements inadaptés. Quant à l’avance donnée, elle est de 5 minutes… Ce Zaroff est plus un exécuteur qu’un chasseur. Pour ceux qui suivent la série d’articles sur le personnage, il est curieux de noter que deux ouvrages sortis à quelques mois, donnent le même prénom à un personnage qui, à la source, n’en a pas.
A ses côtés, il y a le docteur Moreau. Apparemment, descendant du personnage de H.G Wells, il a une certaine façon de considérer la science. Selon ses termes, il faut se débarrasser de la vision de Dieu pour se sentir libre. Considéré soit comme un génie, soit comme un fou, il apparaît aussi comme malade. Il se soigne par une drogue qu’il s’injecte régulièrement.
Le travail de Carlos Puerta est fantastique. De premier abord, on pourrait penser qu’il fait du photoréalisme. En fait, l’auteur espagnol mixe le traditionnel et le numérique. Le crayonné est traditionnel, réaliste, alors que la mise en couleur est numérique. Comme dans tous ces albums, Carlos Puerta a le souci du détail : d’où viens la lumière, quels sont les sentiments des personnages, où mettre le cadre du texte ? Chaque case est une peinture en soi et l’auteur y apporte un soin particulier. Si le fantastique est présent dans le récit, l’auteur ne va pas en accentuer la présence, mais il va la rendre floue. L’ensemble contient alors un côté bizarre, irréel.
Au terme de la lecture, nous sommes mitigés. L’album est réussi, mais il y a des questions en suspens. Les réponses devraient apparaître dans les deux autres tomes, situés en 1848 et 1816.

Philippe Pelaez et Carlos Pueira signent ce premier tome d’une trilogie, à rebours. Si ce tome peut se lire indépendamment, les questions laissées trouveront leurs réponses dans les suivants. Il permet d’apporter un nouvelle vision de Zaroff et de ses chasses.

MAUDIT SOIS-TU T1 : ZAROFF
AUTEUR : PHILIPPE PELAEZ
DESSINATEUR : CARLOS PUEIRA
EDITIONS : ANKAMA