MIR : VILLES DE L’IMAGINAIRE

mir-fevrier.jpgTous les mois, la librairie Critic propose les MIR (les Mercredis de l’Imaginaire). Pour février, elle s’associe au festival Travelling, dont elle décline en romans et en comics (avec la participation d’Armel), le sujet principal : La ville. Cette soirée placée sur le thème urbain fut riche et varié. Xavier et Simon, le duo dynamique des MIR, a su nous faire profiter de leurs compétences, mais il a permis aux lecteurs d’exprimer leurs points de vues. Quels romans avons-nous aimé, quelles villes ont été mises en valeurs ? C’est ainsi que Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, Les Salauds Gentilhommes de Scott Lynch, Rêve de Gloire de Roland C Wagner, La Tetralogie Rama d’Arthur C. Clarke, Les Cavernes d’Acier d’Isaac Asimov, Silo d’Hugh Howey ou Neverwhere de Neil Gaiman ont été chroniqués brillamment par les personnes présentes.

Cette soirée a été découpée en deux parties. La première montraient des villes qui existaient, mais qui sont imaginées par les auteurs, alors que la deuxième mettait en valeur les villes imaginaires. Certaines villes fictives se sont développées, au point d’avoir des rues, des lieux, des monuments dédiés dans notre réalité. La carte d’Ankh-Morpork en est un bon exemple.

Du côté des villes réelles, on évoque souvent les mêmes : Paris, Londres, New-York, mais c’est la façon de faire qui diffère.
Paris peut être vu comme une ville-lumière et bucolique (Ravages-René Barjavel), une cité de la belle-époque avec les créatures merveilleuses (Paris des Merveilles-Pierre Pevel), voire les villes périphériques et la cité-dortoir (Les Etoiles s’en Balancent-Laurent Whale).
Il existe la ville de Londres contée par Neil Gaiman (Neverwhere) et cette même ville rapportée par J.G Ballard (La Trilogie de Béton), voire George Orwell et son Londres Totalitaire dans 1984.
La ville de New-York est souvent décrite dans les comics : Elle peut être celle de Spider-Man, des Watchmen (Alan Moore-Dave Gibbons), de Frank Miller, mais elle ne sera jamais racontée de la même façon.

A côté de ces trois villes, d’autres auteurs ont choisi de parler de cités différentes. On évoquera Moscou dans Metro 2033 de Dmitri Glukhovski, Istanbul dans La Maison des Derviches, Calcutta dans Le Fleuve des Dieux de Ian McDonald, Le Cap dans Moxyland de Lauren Beukes, Zanzibar, dans le roman éponyme de John Brunner, Rennes dans Fox Boy de Laurent Lefeuvre ou Alger dans Rêve de Gloire de Roland C Wagner.

La partie réservée à la ville imaginaire était toute aussi variée. Certaines œuvres se cantonnent à une rue (The Goon d’Eric Powell ou un quartier (Daredevil, Fables) tandis que d’autres réinventent des cités. Deux œuvres de China Mieville montrent cette architecture. City and The City décrit deux villes qui sont bâties l’une sur l’autre, alors que Perdido Street Station est une ville tentaculaire dans un univers de fantasy.
Pour Frank Miller, la ville de Gotham sert d’accessoire pour ses personnages. Ils parcourent les toits, sautent d’immeubles en immeubles. A contrario, la ville de Ronin (même auteur), décrit une architecture croisée entre la logique et la mécanique.
Les divers auteurs qui oeuvrent sur Batman montrent la logique des quartiers, pourquoi les habitants restent à Gotham, mais aussi que cette ville existe avant et après Batman. Elle est importante.
Du côté des romans, on évoquera la cité d’Ankh-Morpork. Terry Pratchett la décrit par son odeur, la couleur de son fleuve et le fait qu’elle soit corrompue. Dans Les Salauds Gentilhommes, Scott Lynch montre l’importance des rivières, des bateaux, du réseau fluvial qui traverse la ville. Ca évoque Venise.

Cette soirée fut dense. Lecteurs et libraires prenaient la parole pour discuter de la ville qu’ils avaient aimé dans telle œuvre ou telle autre. On ne voit pas le temps passer, on aimerait que ça continue, bercé par les paroles et nourri par les petites plats de l’heure du jeu, hôte du lieu.

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TRAVELLING 2017

aff_trav2017_webAvec la 28eme édition du festival Travelling. L’association rennaise Clair Obscur mettra en avant la ville de Tanger, du 7 au 14 février. Autour du thème urbain, des rencontres, des films, une déambulation  attireront l’œil du lecteur averti.

Pour cette édition 2017, un nouveau rendez-vous fait son apparition : Comixity. Si la définition originale veut montrer la représentation des villes des comics à l’écran, l’association et ses partenaires voient beaucoup plus large.
Côté projection, on aura droit au Superman de Richard Donner, celui qui nous a fait croire qu’un homme pouvait voler. Son pendant animation ne sera pas loin puisque 9 épisodes du Superman des frères Fleischer seront projetés. De quoi en prendre plein la vue pour cette superproduction de 1941.
Le personnage de Batman sera aussi projeté. La programmation a sélectionné le second opus de la trilogie de Christopher Nolan, The Dark Knight : Le Chevalier Noir. Nous auront aussi droit au second opus de Tim Burton, Batman : Le Défi. A l’opposé, la version cinéma de la série télé des années 60 sera aussi proposée. Ou comment passer du noir aux couleurs et à l’ambiance psychédélique. Quant à ceux qui préfèrent la version animation, ils auront droit à Batman Year One. Un long métrage d’animation adapté du titre éponyme.

Côté franco-belge, Phantom Boy sera diffusé, histoire de montrer que les américains n’ont pas le monopole en matière de super-héros.

Une rencontre, qu’on peut qualifier d’exceptionnelle, sera donnée. Xavier Fournier (rédacteur en chef de Comic-Box), Alain Carrazé (journaliste spécialiste des séries télé) et Sonia Dollinger (directrice des archives de la ville de Baunes et passionnée de culture) parleront des villes de DC Comics et leurs places dans la mythologie super-héroïque.

Une déambulation, une rencontre, des extraits de films et sûrement bien plus, c’est ce que nous propose l’auteur rennais Laurent Lefeuvre. A la tombée de la nuit, suivez l’auteur dans le quartier du Colombier. Redécouvrez vos personnages favoris à travers la culture populaire de ce guide inhabituel.

Avec cette programmation, le spectateur/lecteur sera déja repus, mais elle va plus loin. A L’Heure du Jeu, deux soirées sont consacrées aux villes à travers la littérature :

– Les libraires de Critic parleront  Villes du futur, villes imaginées et villes des ailleurs. Une promenade littéraire qui nous projettera sur tous les continents et ailleurs.

– Quant à Yaneck Chareyre et Nicolas Masztaler, ils parleront de l’Afrique du Nord en bande dessinée.

D’autres projections sont proposées tout au long de la semaine Travelling.

Adaptations littéraires : Edge of Tomorrow, La Vengeance dans la peau, Les Aventures de Tintin : Le secret de la licorne

Visions de Tanger, du désert : Le Lion et Le Vent, Un thé au Sahara, Le Voleur de Tanger, Le Voleur de Bagdad, Zarafa

Visions de villes : Le Festin Nu, Strange Days, Summer Wars.

Autant de projections, de rencontres… Qui font parties des séances spéciales, des rétrospectives… Soyez curieux, allez jeter un oeil au programme, vous serez surpris. Ferez-vous mieux que moi en 1999 (20 films pendant le festival) ?

Site du festival et sa programamtion

PARIZ

parizParis est désormais habité par des zombies. Dans les souterrains de l’ancienne ville-lumière, trois clochards se cachent. Ils seront bientôt rejoints par un commando. Les deux groupes devront mettre leurs différents de côté pour avoir une chance de survivre face à cette vague zombie.

Avec PariZ, on aurait pu craindre un énième massacre de zombies, sa vague explication scientifique et un cache-cache dans les bâtiments célèbres de la capitale. Heureusement, l’auteur prend une autre direction. Il y a bien des zombies, mais ils font partie du décor. Ses personnages sont loin d’être des baroudeurs, des héros. Entre le commando qui a une certaine idée de la France et des clodos accros à l’alcool, on n’est pas sortis du métro. Ils auraient pu se faire dévorer dès le premier chapitre, mais étonnamment ils arrivent à survivre. Loin des clichés du survival, l’auteur va prendre ses lecteurs à contre-pied. Dans un ton semi-parodique, on va suivre les pérégrinations de ce groupe. Les personnages de Rodolphe Casso ont la loose, mais ils la vivent avec grandiloquence. Leur langage évoque le titi parisien, le vocabulaire de Michel Audiard et par moments, la bêtise humaine. L’autre personnage, jamais nommé et pourtant bien présent, c’est la ville de Paris. A travers les visions des « héros », des zombies, on a une certaine vision de Paris. Même après avoir été dévasté, « Paris sera toujours Paris ».
Rodolphe Casso se lâche dans ce premier roman. Il détruit Paris, montre les rares survivants se combattre, alors qu’une vague amorphe de zombies erre dans la capitale. On sent la colère de l’auteur, mais aussi tout l’amour qu’il porte à cette ville (cf son interview)

Entre roman social et thriller, PariZ permet de voir les clodos de Paris sous un autre jour. On suit l’histoire avec intérêt, on s’attache aux personnages. Un premier roman qui va droit au but !

PARIZ
AUTEUR : RODOLPHE CASSO
EDITIONS  : CRITIC

RENCONTRE AVEC RODOLPHE CASSO

rodolphe-casso

Le nouveau roman paru aux éditions Critic ne passe pas inaperçu. Une couverture qui intrigue, un auteur qui n’a pas la langue dans sa poche. Il n’en fallait pas plus pour que je le rencontre.

Si c’est ton premier roman, tu es un habitué de l’écriture : Gonzai, Marianne, Ecran Total, Mad Movies…. Serais-tu addict à l’écriture ?

Oui, addict. L’écriture me nourris dans tous les sens du terme puisque quinze ans après mes débuts de journaliste, j’arrive encore à payer mon loyer.

L’écrit meurt à petit feu, on pourrait dire que les journalistes sont de zombies en devenir.

La presse écrite est clairement subclaquante et je me sens sur le point d’être zombifié. C’est un vrai problème. C’est Internet qui a tout foutu en l’air, mais il a d’autres vertus. Mais oui, la presse écrite est en voie de zombification (rires)

Sur ces médias, tu parles souvent de musique, tu critiques ouvertement les artistes, mais toujours avec de l’humour. Cette façon de faire te vient il naturellement ?

J’espère et j’aime qu’on le ressente comme çà. Utiliser l’humour c’est déjà une façon de tenir le lecteur. C’est pareil dans la vie. Pour séduire une femme ou se faire un ami, on commence en rigolant. J’ai ce même rapport avec le lecteur. Quand tu fais rire les gens, tu les tiens un peu quelque part. Derrière, il faut que ça tienne la route, mais l’humour c’est un point d’accroche… C’est peut-être même, le seul point d’accroche à mes yeux qui vaille et qui crée des vrais liens.

Article, roman et musique sont sur la même trame : un scénario minimaliste, quelques envolées lyrique, de l’humour et une colère. A quand un Rodolphe Casso apaisé ?

Le fait d’avoir cassé Paris m’a fait du bien (rires)

Tu l’as annihilé...

Annihilé comme tu dis. En tout cas, je lui ai bien refait la gueule. Ca m’a apaisé. Paris, j’y suis né, c’est ma ville, mais j’entretiens un rapport amour/haine avec elle. C’est une ville extrêmement ingrate pour pleins de raisons, notamment des pressions immobilières qui sont insoutenables.
L’écriture me permet de relâcher cette colère, mais il faut le faire de manière mesuré, car une personne qui vocifère, c’est repoussant. Il faut réussir à distiller la colère, avec de bons mots et de manière très ciblée. Pour le reste, la musique, etc. j’ai essayé de mélanger tout ce que j’aimais en terme de discipline artistique. Je me suis lancé des défis. Le personnage de la goule en fait partie. L’autre défi, c’est de créer une bande originale pour mon livre, un peu à la manière d’un film. Je voulais que les gens aient de la musique dans la tête. C’est pour çà que j’ai fait le choix de chansons connues. Les morceaux anglo-saxons ne sont pas connus de tout le monde, mais les chansons françaises, 99% des français les connaissent. C’est un exercice difficile de mettre de la musique dans la tête du lecteur. J’espère avoir réussi.

J’ai l’impression que tu aimes bien tout ce qui est considéré comme cassé (la série z, les clochards)

En fait, j’aime bien la loose, en terme romanesque. j’aime le personnage du « beautiful looser ».C’est attachant un looser. C’est plein de promesses qui peuvent être tenues ou ratées. C’est plein de revanche à prendre sur la vie… C’est émouvant les gens sur lequel le sort s’acharne et qui vont arriver à sortir de leur condition… Ou pas.

Le 7 octobre, le livre PariZ paraît…Mais tu l’as en tête depuis longtemps. Tu as fait un article sur les films Z(et il y a aussi des zombies), en 2014 tu annonces la sortie d’un film meilleur que celui avec Brad Pitt, tu annonces aussi la mort de Davie Bowie qui ne fait que mourir depuis plusieurs années (article écrit avant sa mort) et Jour de Greve sur la Ligne 13  (chanson de son groupe de punk) annonce PariZ. Serais-tu omnubilé par ce thème zombiesque ?

Je suis surtout obnubilé par le thème de Paris. Je suis aussi musicien, j’ai écrit beaucoup de chansons sur Paris qui est un decorum. Le livre est le croisement de mes marottes zombies et post-apocalyptique. Paris est le fil rouge de tout ce que j’ai pu faire ou écrire jusqu’à présent. C’est une ville de légende et un thème inépuisable. Je ne suis pas le premier à écrire dessus, mais pour le coup je voulais apporter ma modeste contribution et lui « péter la gueule ».

Avec PariZ, j’ai l’impression que tu fais un constat de la vie d’aujourd’hui. Il n’y a pas de héros, on essaie de survivre, on rit jaune… C’est une apocalypse neologiste !

Oui, tu n’as pas tort. J’espère qu’on retrouve dans mes personnages  et dans leurs aventures une métaphore de la galère parisienne. La vie a Paris n’est pas simple. Certains disent que Paris, ça se mérite ou ça se paye. Moi je suis piégé car je suis né à Paris. Je suis attaché à cette ville, je n’ai jamais eu envie de vivre ailleurs. Le problème, c’est que c’est compliqué de rester à Paris. Ça coûte cher, c’est très ingrat et il y a une sorte de violence sociale. Effectivement, pour « survivre » à ces états de fait, on vit dans des petits appartements, on paie des loyers exorbitants, on vit chichement, mais on est tout le temps dehors. On boit des coups, on a une vie culturelle extraordinaire, donc c’est une façon de faire contre « mauvaise fortune bon cœur », car c’est une sorte de chance de vivre dans une ville aussi intéressante.

Le lieu des opérations, le métro, me fait penser à Neverwhere (livre de Neil Gaiman ndlr), mais aussi à Subway (film de Luc Besson ndlr).

Absolument, tu mets le doigt dessus. C’est surtout cette dernière référence qui m’a porté sur tous les passages dans le métro. Subway est un de mes films cultes. Je l’ai vu quand j’avais huit ou neuf ans. Pour moi, c’était magique d’imaginer qu’une communauté humaine puisse s’établir dans un endroit aussi pourri et aussi peu hospitalier que le métro. Ce film m’a ouvert des horizons… Ce fut ma première expérience de l’underground, au propre comme au figuré. (attention spoiler) Le personnage de Christophe Lambert, hyper-cool, qui cherche à monter un groupe de rock, alors qu’il est poursuivi par des mecs qui veulent le tuer…  Je trouvais ça génial. Je me disais : »Qu’est-ce que c’est cool de vivre dans le métro et de recruter pour un groupe de rock.  » Cette histoire est folle et géniale. Tous les jours, je pense à Subway quand je prends le métro et régulièrement, je regarde les rails et je vois Christophe Lambert sauter sur les rails… Ca me hante (rires).

Tes personnages sont atypiques et on frise les clichés

J’aime les archétypes. Que ce soit les auteurs ou la littérature de genre, on travaille quelque chose de très codifié et très archétypal. Je voulais des personnages qu’on situe tout de suite. « Mes » Clochards sont de trois générations différentes. il y a un très vieux, qui parle à la Audiard. On ne sait pas quel âge il a, mais il est un peu subclaquant. Il y a La Gachette qui a été enfant soldat au Mozambique. Il a connu une violence extrême. Il est aujourd’hui quadragénaire. Il incarne le personnage de l’immigration, à ma manière. Il y a La Gobe, qui a une vingtaine d’années. Il fait partie de la génération « punk à chiens ». Je voulais montrer aussi que chez les clochards, les sdf, les vagabonds, il existe des profils extrêmement différents.

A part les « héros », il y a un autre personnage. La ville de Paris. Beaucoup de chapitres commencent par une citation sur Paris, entre amour et haine de cette ville.

Je trouvais çà intéressant. La plupart des citations que j’emploie en début de chapitre peuvent former comme un petit roman à elles toutes seules. On peut les lire à la suite et ce serait un beau portrait  de Paris. Les auteurs ne sont pas n’importe lesquels : Balzac, Zola, Baudelaire, Apollinaire, voire Jacques Chirac, qui a été le maire de Paris pendant plusieurs années. C’est une façon de montrer à quel point Paris a inspiré les auteurs. C’est aussi une vision de Paris qui montre une ville telle qu’on la présente peu souvent. C’est une ville violente, à travers son histoire (la révolution française, la commune, ). C ‘est une ville qui a ce paradoxe. C’est une ville qui attire le monde entier, c’est la ville la plus visitée du monde et en même temps, il y a certaines personnes qui arrivent à Paris en pensant qu’ils vont retrouver l’ambiance d’Amélie Poulain( Le film Le fabuleux Destin d’Amélie Poulain ndlr). Elles font des dépressions nerveuses parce que les parisiens sont agressifs, qu’ils volent leurs portefeuilles, etc. J’ai envie de dire aux gens, que Paris n’est pas un parc d’attraction.

C ‘est ton premier roman. Comment s’est déroulé le processus éditorial ?

Pour un premier roman, ce n’est pas toi qui choisis l’éditeur, c’est ton éditeur qui te choisit. Je connais très bien le milieu musical. Quand tu commences, si tu peux être signé, il vaut mieux que ce soit un label indépendant. Une major va te bouffer ou alors ne pas s’occuper de toi. Je connais aussi des auteurs qui ne sont pas contents d’avoir signé chez un gros éditeur parce qu’ils n’étaient pas une priorité et qu’ils se sentaient un peu négligé. Les éditions Critic, ça a été parfait pour moi; Que ce soit le thème, la structure éditoriale, voire la première rencontre avec Simon Pinel. La première prise de contact a été faite au téléphone. Ça a duré plus d’une heure. J’avais quelqu’un qui connaissait son taf, les codes du genre, qui avait compris mon bouquin.. J’ai envie de travailler avec des gens comme çà.

Pariz signifie Paris en Breton. Est-ce une coïncidence ?

C’est vrai ? Je crois qu’on le dit aussi comme çà en Croate, mais en Breton aussi. Tu fais ma journée là. Je signe chez un éditeur breton, ça s’appelle Pariz et ça signifie Paris en Breton ! Magnifique !

Avec ce titre, Vivras tu enfin comme dans une série américaine  (chanson de Rodolphe Casso ndlr)?

Justement non ! Avec ce livre je voulais écrire une histoire de zombie dans un contexte franco-français…. Et parisien. 90 % de l’univers zombie se déroule dans le monde anglo-saxon. Les histoires se passent à Londres, Los Angeles, new York. J’avais envie que mon histoire se déroule en France, dans ma ville. Pour répondre à ta question, je préfère une série française.

MIR : SEPTEMBRE

auteursSous cet acronyme se cache les Mercredis de l’Imaginaire Rennais.

Ca se passe tous les deuxièmes mercredis du mois à L’Heure du Jeu. Une rencontre entre passionnés mais aussi simples curieux autour des littératures de l’imaginaire, en partenariat avec la librairie Critic.

Mercredi dernier, à l’Heure du Jeu, la salle était pleine. Les invités étaient au nombre de trois : Mathieu Gaborit, Nicolas Fructus et Raphaël Granier de Cassagnac. Si la soirée était consacrée à la parution de La Confrérie des Bossus, Xavier (de la librairie Critic) et les auteurs ont pu élargir la conversation.
La confrérie des Bossus est le dernier né de l’univers des Crépuculaires. Quand on pense que tout a commencé il y a 20 ans, aux éditions Mnémos… Les auteurs ont mené à bien des projets collaboratifs (Jadis, Abyme) tout en avançant leur carrière. L’univers du jeu de rôle (dont les invités sont issus) n’est pas innocent dans tout çà. Il permet de construire un univers. Mathieu Gaborit a rappeler l’importance de travailler son univers, de le rendre réel, sans pour cela s’enfermer dans les codes. Raphaël a renchéri avec la science-fiction : L’auteur doit inventer une technologie à partir de la réalité.
Quant à Nicolas Fructus, son univers est vaste puisqu’il travaille l’écriture et l’image. S’il dit qu’il s’immisce dans les illustrations, les invités n’oublient pas de préciser que la patte graphique de Nicolas est une vision architecturale. Elle permet de donner une vision cohérente.livres

Les différentes réflexions ont permis  de montrer l’importance du travail sur les univers, l’écriture qui peut être un accouchement dans la douleur et cette passion qui les anime, malgré tout. Une soirée chaleureuse qui permettait de commencer autrement la rentrée. Prochaine rencontre des Mercredis de l’Imaginaire Rennais : Les éditions ActuSF.

LA SELECTION 2015 : SFFF

sélectionLa fin de l’année approche, on s’énerve sur les cadeaux à offrir. Je vous propose donc ma sélection. Des livres que j’ai particulièrement apprécié cette année. Aujourd’hui, il sera question du genre imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy). Douze livres comme les douze mois de l’année.

  • Faire de la science avec Star Wars : Le nouvel épisode sort bientôt. Roland Lehoucq décrypte l’avancée scientifique de la saga en se posant la question : « Est-ce possible ? ». Les réponses sont surprenantes et l’auteur ne manque pas d’humour.
  • Winnie l’ourson : Qu’on soit accro aux histoires racontées par Jean Rochefort ou au dessin animé de Walt Disney, il est toujours bon de connaître l’œuvre source. Ici, c’est une compilation d’histoire prévue pour les jeunes. A lire, emmitouflé sous les couvertures.
  • Nanarland : A côté de la production cinématographique à gros budget, il en existe une moins connue. Certains sont des succès en leur pays, d’autres sont cachés au fond du grenier. Toute une face du cinéma est chroniquée. Si l’humour est présent, on sent aussi l’amour du genre. A ne pas réserver aux amateurs du genre, mais à tout esprit curieux.
  • C’est pas toujours facile d’être une créature fantastique : On les connaît tous pour les avoir lu ou vu à la télévision. Sirène, licorne, loup-garou sont des créatures fantastiques, mais sous la plume affutée de Sybilline et le crayon coloré de Marie-Voyelle, on découvre une autre facette de ces êtres. Une collection pour humaniser (sans cliché) et découvrir en douceur le bestiaire fantastique.
  • Lasser, détective des dieux T4 : Un nouvel épisode de notre détective préféré ça se déguste tout seul. Cette fois-ci, il se fait « voler » le rôle principal par Fazimel. Les aventures crées par Sylvie Miller et Philippe Ward son toujours aussi désopilantes. Cerise sur le gâteau, on peut, sans problème commencer par ce tome (ou un autre).
  • Ava T5 : Ca y est, c’est la fin de l’aventure pour Ava. Celle qui voit les fantômes tout en essayant de mener une vie d’adolescente normale doit prendre de grandes décisions. La saga fantastique de Maïté Bernard se passe dans les îles anglo-normandes. Une narration trépidante, un brin de frisson et « l’insolence » de l’adolescence.
  • La france steampunk : Depuis quelques années, on entend (re)parler du steampunk. Des passionnés créent les costumes, imaginent des intrigues, etc. Deux auteurs, (créateur du Guide Steampunk) vont inventer une uchronie avec l’aide de la communauté vaporiste française. Le résultat est un livre-objet magnifique où intrigue et photos se répondent.
  • Les outrepasseurs T3 : Et si les fées et autres créatures magiques existaient ? Si, au lieu des jolis récits, leurs histoires étaient tragiques ? Voilà une trilogie dramatique qui s’intéresse à la face cachée des contes. Surprenant et sombre !
  • L’instinct du troll : .Un troll, contremaître de son état, vit plusieurs aventures dans un monde de fantasy. Jean-Claude Dunyach mélange deux mondes, à-priori opposés : Le monde de l’entreprise et celui de la fantasy. Le résultat est hilarant.
  • Brainless : Pour sa nouvelle collection (Electrogène), les éditions Gulf Stream ont fait appel à Jérôme Noirez. Celui-ci livre un petit bijou d’insolence où il décrit notre monde. Le pitch ? Les adolescents sont victimes d’une maladie et deviennent des zombies. On n’en dit pas plus mais cette critique de notre société devrait trouver sa place dans chaque bibliothèque d’adolescents (et plus).
  • Le bâtard de Kosigan T2 : Pensez-vous que la fantasy est réservée aux auteurs anglo-saxons ? Que le scénario est toujours aussi pauvre ? Avec Le Bâtard de Kosigan (et cette suite), Fabien Cerutti nous prouve le contraire. Son intrigue se passe dans notre France de de 1340. Vous réviez de chevaliers, de fées et de magie ? Découvrez la barbarie, les complots politiques et en arrière-plan, la magie.
  • Mausolée : Une équipe spécialisée dans les missions à haut-risque, un patron qui cache bien des secrets, une technologie qui se rapproche de la science-fiction… Tout celà pourrait être uniquement imaginaire, mais Antoine Tracqui montre l’inimaginable : Une partie de son récit est véridique. A travers l’excellente fiction qu’est Mausolée, oserez-vous croire les faits ?

 

PORT D’ÂMES

PortdamesRhuys ap Kaledan, débarque à la cité franche d’Aniagrad. Tout juste libéré de ses années de service, il tente de remettre sur pied le nom de sa famille déchue, avec l’aide d’un ancien ami de son père : Edelcar Menziel.
Au fil de son ascension, il s’apercevra du véritable visage d’Aniagrad. Si tout peut s’y acheter, les habitants ne montrent qu’une face de la cité. Pour Rhuys, ce dédale de faux-semblants et d’hypocrisie sera l’ouverture vers un passé qu’il aurait aimé ne pas connaître.

Evanégyre est la création de Lionel Davoust. A travers nouvelles, novella et maintenant roman, il construit l’histoire d’un monde. Chaque porte qu’il ouvre sont indépendantes les unes des autres. Le lecteur pourra y entrer qu’il soit novice en la matière ou expert dans la bibliographie « davoustienne ». C’est là une des réussites de ces récits : construire un monde cohérent au fil de centaines d’années où tout lecteur, quelque soit la porte d’entrée, puisse se retrouver.
Dans Port d’Âmes, l’auteur montre tous les vices d’une ville gangrénée par l’humain. Le jeune héros Rhuys ap Kaledan devra à son tour s’y plonger pour survivre. Seul havre de paix, le transfert. Mais quand il apprend la terrible vérité sur cette marchandise, il essaie de sauver la jeune fille qui le pratique. A travers le récit de Rhuys, l’ingénuité qui le caractérise (au début au moins), c’est toute la société que montre Lionel Davoust. Les trahisons pour l’argent, le pouvoir (quelquefois les deux), les machinations politiques, rien ne nous sera épargné. Port d’Âmes est plus plutôt une descente aux enfers.
En voulant offrir au lecteur toute la psychologie de la cité, Lionel Davoust détaille des caractères dont il pousse les raisonnements à l’extrême limite. A la fermeture du livre, le lecteur sera soufflé, tant la masse d’ambiance et d’informations sont (trop?) présentes.
Bien que nous ne puissions pas comparer les auteurs, ce livre me fait penser à deux oeuvres d’Honoré de Balzac : Le Père Goriot et La Peau de Chagrin. Le premier pour la montée sociale du héros, le second pour la perte d’âme lors du transfert.

Au moment de conclure, on est en droit de se demander si Port d’Âmes peut être aimé. La vision d’Aniagrad totalement corrompue par l’humain, celle du transfert qu’on doit accepter. Deux réalités qui s’opposent dans un mélange d’émotions. Au milieu, un enfant, devenu adulte qui doit assumer ses choix. Une histoire intense qu’on n’est pas près d’oublier.

PORT D’ÂMES
AUTEUR : LIONEL DAVOUST
COLLECTION : FANTASY
EDITION : CRITIC

Evanegyre, c’est aussi La Route de la Conquête et La Volonté du Dragon.