POUR UNE POIGNEE DE NANARS

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A la fin des années 90, une poignée d’individus recommandables ont eu l’idée de créer une liste de diffusion sur Internet, dénommée « nanar ». Cet endroit permettait de retrouver des sommets du 7e art ! Les sous-Conan, les « chefs-d’oeuvres » incompris, les films de Paul Naschy, des films oubliés de la blaxpoitation… Bref, du nanar !

Pourquoi écrire une chronique sur ce livre alors qu’il existe deux tomes du site Nanarland ? J’ai trois excellentes raisons. La liste nanar est sans doute la plus ancienne qui parle de ce genre cinématographique (les mauvais films sympathiques), elle est écrite par Michel Pagel, un auteur dont j’affectionne la plume et l’humour (ah cette soirée d’Impro-SF). Quant à Rivière Blanche, c’est une édition qui permet de lire des pépites qu’on ne trouvera pas ailleurs. Elle permet aussi de découvrir des futurs talents. Alors, pourquoi s’en priver ?

Je n’expliquerai pas ce qu’est le nanar. Dans son avant-propos, Michel Pagel l’explique très bien tout en criant son amour du cinéma. Ce texte, fort sympathique, ne fait que cacher le potentiel zygomatique de l’ouvrage, mais il est essentiel à la compréhension de l’ensemble ! Comme toute compilation, on peut lire les chroniques du début à la fin, les lire à l’envers ou ne se délecter que d’une prise au hasard. Il n’y a pas de posologie. j’y mettrais néanmoins un avis sociétal : Ne lisez pas ce livre dans les lieux publics. Une irrépressible envie de rire monterait des entrailles et il serait très difficile d’y résister. Un sourire bêta se dessinerait sur votre visage, vos yeux pétilleraient de plaisir et il serait dommage de postillonner votre hilarité à la face de votre voisin.

Comme tout bon nanar, ne vous fiez pas à la couverture du livre. On ne retrouve pas tous les personnages dessinés par Mike Hoffman et les chroniques ne s’arrêtent pas aux genres de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique). Films policiers, d’aventures, comédie sexy, presque tout y passe sous les doigts agiles de Michel Pagel. Les films chroniqués ne sont pas tous récents. il ont été tournés entre 1954 et 2001, mais presque tous ont été oubliés. J’écris bien presque car, Ator L’invincible, The Brain that wouldn’t die ou Captain America (L’adaptation des années 90, pas les récentes) restent des sommets d’hilarité ou de stupéfaction. A vous de choisir.

En une vingtaine de chroniques, l’auteur nous déclame son amour du cinéma et nous relate ses expériences de visionnage filmique (avec ou sans le bouton « avance rapide »). A la lecture, on se demande s’il n’a pas abusé de quelques substances. J’ai pu visionner quelques bandes-annonces des dites-chroniques et l’effet hilarité-consternation-stupéfaction ne se fait pas attendre. On admire le résultat d’une chronique de quelques pages quand il n’y a pas de scénario, les acteurs semblent absents et les dialogues sont au mieux, incompréhensibles. Si toutes ne frisent pas le déplacement de la mâchoire, elles provoquent au minimum un sentiment de curiosité envers l’œuvre. Écrites pour la liste « Nanar « , Michel Pagel a retravaillé ses chroniques pour qu’elles soient lisibles par le plus grand nombre. En refermant l’ouvrage, on se livre à des recherches sur tel ou tel film, on s’imagine une autre compilation de la défunte liste par auteurs (Pen of Chaos ou Dr Bis). En définitive, si nous avons été touchés, nous œuvrons à la reconnaissance du nanar, ce genre en soi, ces films injustement oubliés qui montrent une autre voie du cinéma.

POUR UNE POIGNEE DE NANARS
AUTEUR : MICHEL PAGEL
EDITIONS : RIVIERE BLANCHE

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UN HOMME EST MORT

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En avril 1950, la ville de Brest est en pleine reconstruction. Celles et ceux qui y travaillent ne le font pas dans des conditions décentes. Une grève est déclarée. Lors d’une des manifestations, Edouard Mazé est atteint d’une balle en pleine tête.
Suite à ces événements, René Vautier, un cinéaste, débarque et filme la ville, les habitants, guidé par deux brestois Ti-zef et Désiré.

Adapter un livre n’est pas chose facile, mais adapter une bande dessinée qui raconte les événements d’avril 1950, sur un film dont il ne reste presque rien l’est encore moins. Que garder dans la partie graphique ? A quels endroits faut-il couper ? A ces questions, l’équipe du film a su répondre intelligemment. A l’univers militant du livre, ils ajoutent la difficulté de vivre au quotidien en 1950, se rapprochant des personnages tout en gardant l’univers graphique d’Etienne Davodeau. Dans cette histoire, le personnage de René Vautier va permettre de faire l’équilibre entre les différents protagonistes. On y suit Ti-zef, un jeune homme qui n’hésite pas à ruer dans les brancards, sans se soucier des conséquences. Dans son sillage, Désiré et Paulette. On y découvre aussi le quotidien des brestois : La grève, la violence des manifestations, les privations, vivre à plusieurs dans une baraque (préfabriqué d’après-guerre),etc.

Le réalisateur, Olivier Cossu, n’a pas cherché le pathos. On ressent la violence, la tristesse et la colère des brestois, sans jamais trop en faire. Un pari difficile quand on passe d’un livre d’une soixantaine de planches à un premier scénario de 220 pages puis à un film d’animation de 65 minutes. Pour mener à bien ce projet, Les scénaristes Guillaume Mautalent et Sébastien Oursel ont su montrer l’essentiel de cette dramatique et incroyable épopée. L’équipe se documente et réussi à numériser entièrement la ville en 3D. La musique de Pablo Pico et Yann Volsy fait partie de ses thèmes qui restent dans la tête. Les cadrages montrent les visages, la ville… Tout en authenticité. Le résultat est là : Magnifique !

Dans le cadre du festival du court-métrage, une avant-première fut projetée dans la nef des capucins. 700 places gratuites, rapidement prises. Malgré ce nombre, on sentait la chaleur brestoise, comme un rendez-vous familial. La projection, opérée par Cin’Etoiles fut un moment convivial et vivement applaudit.

Comment ne pas finir en retraçant l’aventure de ce livre. En 2002, Kris et OxO (dessinateur) commencent les recherches sur le film « Un Homme Est Mort ». Après de multiples péripéties (recherches de documentation, changement d’éditeur, de dessinateur), la bande dessinée est éditée en 2006 chez Futuropolis avec Etienne Davodeau comme dessinateur et co-scénariste. Le succès est immédiat. En 2008, une première adaptation naît, sous forme de bd-concert. Le succès est toujours au rendez-vous, émaillé des conférences auxquels les auteurs sont invités. Un succès qui ne touche pas que Brest, mais l’hexagone national ! En 2018, Arte et Les Armateurs sortent une adaptation animée de ce livre, pour une diffusion en première partie de soirée (printemps 2018)

REALISATEUR : OLIVIER COSSU D’APRÈS LA BANDE DESSINÉE DE KRIS ET ETIENNE DAVODEAU
DUREE : 65 MINUTES
PRODUCTION : LES ARMATEURS-ARTE

TRAVELLING 2018 : VIENNE ET SON CINEMA

Travelling 2018Du 20 au 27 février, le festival Travelling importe Vienne et son cinéma à Rennes. A travers les multiples projections, les rencontres, les expositions, le spectateur aura plusieurs visions de la capitale autrichienne, entre passé et avenir. Mais Travelling, ce n’est pas qu’une ville dédiée à l’image.

L’équipe de Clair-Obscur et ses partenaires explorent les différentes visions de la ville pour que le public rennais s’imprègne de cette architecture cinématographique. Il y en a pour tous les goûts !

Vous aimez les comics ? Comics in [City] vous propose plusieurs rendez-vous pour vous plonger dans la bande dessinée américaine et ses représentations à l’écran. Côté projections, nous aurons droit à Spider-Man de Sam Raimi, Avengers de Joss Whedon et Spider-Man : Homecoming de Jon Watts. Le documentaire Marvel Univers, de Philippe Guedj et Philippe Roure sera aussi projeté.

Pour entrer dans cet univers littéraire, deux rencontres sont organisées :

Ville de papier, ville de ciné#2 : NewYork… Marvel City ? Philippe Guedj, Aurélien Vives et Sonia Dollinger parleront de New-York (vous vous en êtes doutés)
New-York, capitale des comics : Stéphane Le Troëdec nous invitera à le suivre dans la ville à la rencontre des comics et de ses personnages.

-L’exposition Marvel La French Touch comblera les admirateurs d’artistes français. En effet, des auteurs tels que Olivier Vatine ou Boulet ont réalisé planches et couvertures de la Maison des Idées.

-Si cela ne vous suffit pas, des expériences immersives sont proposées. Si vous préférez incarner Batman, recharger votre téléphone portable et rejoignez le jeu video We Are Batman et à plusieurs, vous incarnerez le chevalier de Gotham. Si vous préférez incarner Fox-Boy, une borne interactive vous permettra d’enfiler les collants du super-héros rennais et de répondre aux questions d’un journaliste !

Si les comics ne sont pas votre genre, des films d’animations sont proposés. Qu’ils soient français, japonais ou tchécoslovaque, le programmation est aussi éclectique que rare ! Princesse Mononoké (Hayao Miyasaki), Pompoko (Isao Takahata), La Légende de La Forêt (Osamu Tezuka), Le Gruffalo (Jakob Shuh/Max Lang), Mia et le Migou (Jacques-Rémy Girerd), Le Jour des Corneilles (Jean-Christophe Dessaint), La Révolte des Jouets.

Dans les films proposés, on retrouve aussi cet imaginaire qui nous est cher : Benny’s Video, La Nuit a dévoré Le Monde ou Die Nacht Der 1000 Stunden ne sont que des exemples de cette excellente programmation.

D’autre part, des personnalités comme Jean-Luc Fromental ou Rafik Djoumi seront présentes.
Au vu de toutes ces possibilités, la seule difficulté est de choisir.

Pour savoir où retrouver ces projections, ces événements, rendez-vous sur le site de Clair-Obscur

SOS FANTÔMES / GHOSTBUSTERS

ghostbusterA New-York, de plus en plus de phénomènes paranormaux se manifestent. Des fantômes apparaissent un peu partout en ville. Peter Venkman, Raymond Stantz et Egon Spengler, chercheurs universitaires, se dressent face à la menace spectrale.

SOS Fantômes (ou Ghostbusters) est avant tout un film d’Ivan Reitman (Président d’un Jour, Jumeaux), sur une idée de Dan Aykroyd. On connaît le succès public, les suites, les séries animées, mais qu’en est-il de la novelisation ? Sous ce titre se cache l’adaptation en roman d’un autre média (jeux vidéos, films, série télévisée, etc). Dans les genres qui nous intéressent, Alan Dean Foster en a écrit quelques unes mais on peut citer aussi George C Cesbro pour Crying Freeman. Quant à Jason Dark, l’auteur de la novelisation de SOS Fantômes, il est surtout connu en Allemagne pour le personnage du détective privé John Sinclair.
Une novelisation se doit d’adapter en écrit ce qu’on voit à l’écran. Le résultat n’est pas toujours réussi, mais dans le cas de SOS Fantômes, c’est un véritable navet. Pourtant, tout commençait bien. Les différentes scènes collent au film, on retrouve avec plaisir les personnages. Malheureusement, le tempo du roman (224 pages) n’égale pas celui du film (105 minutes). Toutes les actions s’enchaînent et petit à petit, on s’éloigne du scénario. Des lignes de dialogues sont rajoutées, des scènes sont imaginées ou mal retranscrites. Le personnage de Bill Murray devient un odieux profiteur qui ne pense qu’à séduire, celui d’Harold Ramis, un scientifique qui ne s’intéresse qu’à la science. Quant au personnage de Dan Aykroyd, s’il est présent, il n’est pas développé… Les effets comiques de Rick Moranis ne fonctionnent pas, etc.

La plupart des novélisations ne sont pas des succès. Au mieux, elles surpassent la qualité de l’original, mais la plupart du temps, c’est un honnête divertissement. Dans le cas de SOS Fantômes, on s’ennuie, certaines scènes font peur au lieu de faire rire.. Bref, une novélisation à éviter.

SOS FANTÔMES/GHOSTBUSTERS
AUTEUR : JASON DARK D’APRES LE FILM D’IVAN REITMAN
EDITEUR : M.A EDITIONS

LIMITLESS

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Limitless est une série, suite d’un film, lui-même adapté d’un roman : Champs de Ténèbres, d’Alan Glynn.

« Lui c’est Eddie Spinola. C’était un modeste rédacteur-correcteur. Ce n’était pas un raté, mais il n’avait pas pris les bonnes décisions. Puis il en avait pris : la MDT 48. Cette pilule vient d’un laboratoire vaudrait 500 dollars. Eddie l’essaye et se voit métamorphosé. Ses capacités sont décuplées. De travailleur passable, il devient brillant et monte très vite les échelons de la société. Mais pour rester en haut, il faut continuer à prendre cette substance… Ceci est sa descente aux enfers. «

Thriller, mâtinée de science-fiction, Champs de Ténèbres est un honnête roman qui dénonce les méthodes de la haute-finance ainsi que du gouvernement des Etats-Unis. Si vous voulez lire ma chronique.

En 2011, un film est adapté du roman. Outre les noms qui changent, le héros passe de rédacteur à écrivain. Au fur et à mesure de son ascension, il essaye de réparer les morceaux de son ancienne vie. A l’inverse d’un film de ce type (un héros évolutif), Eddie Morra devient un anti-héros. On finit par le détester, car s’il tente de s’amender, il le fait pour de mauvaises raisons (avoir plus d’argent, consommer plus, être « libre »). Ce « héros » est interprété par Bradley Cooper. Sa transformation entre le perdant et « l’homme nouveau » est stupéfiante. Le personnage du mentor est interprété par Robert de Niro. Celui-ci cabotine avec son rôle d’analyste financier. Le film est sympathique avec une vision réaliste du milieu de la bourse. Pour les effets du médicament (qui devient le NZT-48), toutes les ficelles des effets spéciaux sont utilisés : Ordinateur, illusion d’optique, mouvements de caméra… On voit plusieurs Eddie pour montrer qu’il sait faire plusieurs choses en même temps, les lettres pleuvent littéralement sur les meubles quand il a de l’inspiration, etc. Bien que réaliste, le film se finissait sur un happy-end, pas du tout moraliste.

En 2015, la série Limitless est produite. Cette fois on suit un musicien raté (Brian Finch) qui au cours de l’épisode pilote, doit résoudre un meurtre et sauver son père par la même occasion. Il est poursuivi par le FBI, en la personne de Jennifer Carpenter (qui avait déjà endossé un rôle du genre dans Dexter). Tout se résout dans le meilleur des mondes sauf que… Brian devient la taupe d’Eddie Morra et le consultant du FBI (qui n’arrive pas à démêler une seule de leurs enquêtes).
Pour prolonger le film (et qu’il y ait 22 épisodes), On ne se contente plus du monde de la finance. Brian va explorer toutes les opportunités possibles. A la différence du film qui s’autorise quelques scènes d’humour dans un thriller, ici c’est plutôt le contraire. On a affaire à des enquêtes détendues avec quelques éléments de thriller (lorsque le marché avec Eddie Morra refait surface).

Si on devait se plaindre d’une chose, c’est le choix du héros. Pourquoi à chaque fois le cliché de l’artiste râté ? L’interprétation de Jake Dorman est par contre convaincante… Entre grand enfant et clown blanc…  . Lorsque Brian utilise la drogue, il est confronté à ses doubles alternatifs : le bad-guy, l’intello, le romantique… Qui discutent tous des différentes solutions au problème donné. Des doubles qui sont en fait les consciences de Brian. Les effets du NZT-48 sont visibles pendant qu’une voix-off commente les images.. Le thème musical est le même et Eddie Morra refait surface. Il est toujours interprété par Bradley Cooper. La série est sympathique mais la morale n’est pas sauf. Le héros est un pantin aux mains d’un homme politique et du FBI.

Pour la science-fiction, il y a deux choses. Il n’a jamais été prouvé qu’on utilisait 10% de notre cerveau, mais plutôt qu’on ne pouvait utiliser toutes ses capacités en même temps. Quant au médicament miracle, il n’existe pas sous cette forme. Il y aurait des traitements similaires, qui permettraient d’améliorer les performances cognitives. Lancer votre moteur de recherche avec « nootropique ». Les résultats sont « hallucinants ».

CHAMPS DE TENEBRES
AUTEUR : ALAN GLYNN
EDITIONS : POCKET

LIMITLESS
REALISATEUR : NEIL BURGER
ACTEURS : BRADLEY COOPER, ROBERT DE NIRO

LIMITLESS (LA SERIE)
ACTEURS : JAKE DORMAN, JENNIFER CARPENTER
PRODUCTEURS : BRADLEY COOPER, ALEX KURTZMAN

JODOROWSKY’S DUNE

Jodorowsky's Dune

Dune de Frank Herbert a marqué les esprits, ses adaptations filmiques, moins. Pourtant, l’une d’entre elles a révolutionné le monde du cinéma, voire le monde culturel. Une adaptation d’Alejandro Jodorowsky qui n’a jamais été tourné.

Jodorowsky’s Dune raconte comment a failli se monter l’adaptation du Dune de Frank Herbert, réalisé par Alejandro Jodorowsky et produit par Michel Seydoux. Un projet pharaonique construit en 1975. A première vue, on se dit que le film n’aurait jamais pu fonctionner, mais le spectateur ressort de ce documentaire en émettant un doute. Séduit par le charisme de Jodorowsky ainsi que par son équipe (ses guerriers comme il les appelle), on émet une possibilité de succès. C’est l’une des réussites du documentaire de Frank Pavich. Nous faire croire en l’irréalisable. Cette adaptation de Dune n’a jamais existé, mais en se focalisant sur les interviews de l’équipe, sur le matériel existant, il réussit à créer ce qui aurait pu être Dune.
La narration est linéaire. Elle met en parallèle les interviews de divers protagonistes qui ont participé à cette aventure. Ça aurait pu être verbeux, c’est au contraire passionnant. Ce qui nous accroche c’est ce personnage qu’est Alejandro Jodorowsky. Cet artiste avant-gardiste sait ce qu’il veut et réussit à faire basculer les destins.  Emporté dans sa propre narration, il passe de l’anglais à l’espagnol, tour à tour, colérique, joyeux,
A partir de cette pierre angulaire, le projet va pouvoir se monter. Il engage en premier le dessinateur Jean Giraud/Moebius. Les deux hommes construisent le story-board. Pendant que Jodorowsky raconte le film, Moebius le dessine. Le résultat c’est 3000 dessins. Nicolas Winding Refn, dans le documentaire, raconte avoir lu le story-board et pense être la seule personne à avoir vu le film. Ca donne une idée des détails. Plusieurs artistes vont être engagés par la suite: Mick Jagger, Dali, Orson Wells, H.R.Giger, le groupe Magma, Pink Floyd… La liste est longue. Bizarrement, plusieurs de ces rencontres se font sur un coup de hasard. Encore plus étrange, les engagements sont soumis à des clauses hors-normes (on vous laisse découvrir le film pour les apprécier). « Les guerriers spirituels » de Jodorowsky vont donner le meilleur d’eux-mêmes pendant toute la pré-production. Au point que leurs réalisations futures en seront marquées. Et si l’industrie du cinéma hollywoodien a refusé de distribuer le film, plusieurs concepts propres au Dune de Jodorowsky se retrouveront dans des futures productions.
Si les rencontres sont passionnantes, il faut les rendre vivantes. Frank Pavich prend les vignettes du story-board et les fait animer par Syd Garon. Devant nos yeux, les dessins de Moebius prennent vie et c’est un bout du film qui s’anime. Quant à la musique, elle est composée par Kurt Stenzel. ce musicien, dont c’est la première bande originale, utilise des instruments analogiques. Le résultat est une musique rétro, qui chemine entre beat électronique et musique planante; tout à fait dans le style des années 70. Pour ceux qui auraient la curiosité d’écouter la bande originale, sachez que plusieurs pistes ont le nom d’un protagoniste du film.

Pour l’anecdote : projeté en avant-première, en 2013, à Cannes, à la quinzaine des réalisateurs. Le fichier DCP (le format pour la salle de projection) est confisqué par la police, à la demande de la veuve de Moebius. Depuis, les différentes parties ont trouvé une entente, mais jusqu’au bout, Dune aura porté « la poisse ».

Si l’adaptation de Dune par Alejandro Jodorowsky n’a pas pu se faire, le documentaire de Frank Pavich raconte sa création, par ceux qui l’ont vécu. Le résultat n’est jamais nostalogique ou rancunier. Positif, vivant, souvent drôle, on suit des artistes hors-normes qui ont su continuer leur chemin, malgré l’arrêt de cette formidable aventure.

JODOROWSKY’S DUNE
REALISATEUR : FRANK PAVICH
DISTRIBUTION FRANCE : NOUR FILMS
SORTIE FRANCE : 16 MARS

MARVEL’S AGENT CARTER

Agent-Carter

 

Alors qu’elle était une combattante au sein des conflits, Peggy Carter est releguée à des tâches administratives après la seconde guerre mondiale. Travaillant au SSR (Strategic Scientific Reserve), elle va devoir montrer qu’elle vaut autant voire mieux que ses collègues masculins.

Apparue dans Captain America : First Avenger, le personnage de Peggy Carter s’éloigne du cliché « petit copain du héros ». Elle n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, à frapper, à dégainer… Bref à être en première ligne. Fort de cette aventure, Marvel a produit un spin-off intitué Agent Carter. Là-aussi, la réponse des spectateurs est positive. La série est lancée.
Il faut savoir que le personnage de Peggy Carter existe depuis 1966 (elle a donc 50 ans), qu’il a été créé par Stan Lee et Jack Kirby. Ce n’est pas un des personnages majeurs de l’univers Marvel, mais produire une série autour de ce personnage était intéressant pour plusieurs raisons :
-La période filmée se situe dans l’après-guerre. Les femmes sont reléguées à leurs rôles, alors qu’elles ont contribué à l’effort de guerre.
-Peggy Carter est un personnage qui n’a pas de pouvoir.
-Les armes et autres gadgets d’espions ont le look des années 40.
La première saison permet de mettre en place l’univers. On n’a pas de méchant avec des capacités extraordinaires, mais les hommes ont souvent tendance à sous-estimer les talents féminins. Si les histoires ne sont pas très fines, on se prend au jeu. Le personnage d’Hayley Hatwell en remontre à ses collègues par ses remarques ou ses poings. Elle est entourée de personnages charismatiques : Edwin Jarvis (le comique), Howard Stark (le séducteur) ou Jack Thompson (le macho). Suite au succès de cette première saison, une seconde est mise en place. Si l’ensemble ne change pas, on note des différences. L’adversaire est une femme avec des capacités extraordinaires, le ton est plus sombre et surtout, il y a un côté « horrifique ». C’est assez surprenant pour une série Marvel. Là aussi, on dénonce le machisme, le racisme, etc.

La série n’est pas sans défaut. La plupart des comédiens semblent sortis d’une agence de mannequin, Peggy Carter a un rouge à lèvres et une coiffure parfaites à toute occasion (rappelez-vous La Rose Pourpre du Caire)… Mais il serait dommage de bouder cette série. Les comédiens prennent plaisir à interpréter leurs personnages, le rythme de chaque épisode est tonique, une saison ne s’enlise pas, le SSR (ancêtre du SHIELD) et ses armes sont démodées, l’univers de l’après-guerre est très bien rendue… Vous êtes encore là au lieu de regarder Marvel’s Agent Carter ?

MARVEL’S AGENT CARTER
AUTEURS : CHRISTOPHER MARKUS-STEPHEN McFEELY D’APRES STAN LEE-KACK KIRBY
ACTRICE : HAYLEY HATWELL