UNE SEMAINE, 7 LUNDIS

une-semaine-7-lundisEllie Spark vient de passer la pire journée de sa vie d’adolescente. Elle a raté son essai de base-ball, son discours électoral a été un échec, sa dissertation a été détruite deux fois et son petit-ami la quitte. Elle s’endort en désirant avoir une seconde chance. Quand elle se réveille, elle s’aperçoit qu’elle revit la même journée.

En lisant le pitch, on pense au film Un Jour Sans Fin. Une référence d’autant plus marquée qu’elle est citée sur la quatrième de couverture. Le problème, c’est que Une Semaine, 7 Lundis s’approche dangereusement du plagiat. L’héroïne va tenter de rattraper ses erreurs durant les 7 jours qui vont se répéter. Evidemment tout ne va pas se passer comme prévu. Durant cette semaine, en essayant de gagner cette seconde chance, elle va essayer de savoir ce qu’elle est, ce qu’elle veut. L’intrigue est classique, on se doute de la psychologie des personnages… Seuls les morceaux de musique cités sauvent l’ensemble.

Une Semaine, 7 Lundis est un joli conte, pour jeunes filles énamourées. La morale est sauve. pour le reste des lecteurs, on conseille d’aller visionner Un Jour Sans Fin, largement meilleur.

UNE SEMAINE, 7 LUNDIS
AUTRICE : JESSICA BRODY
TRADUCTRICE : ALICE MARCHAND
EDITIONS : GALLIMARD JEUNESSE

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LUNE D’ARGENT SUR PROVIDENCE

lune-dargent-sur-providenceProvidence est une petite ville tranquille, jusqu’au jour où un meurtre est commis. Pour le shérif, c’est le début d’une longue affaire. Si seulement, on le laissait tranquille. Mais le maire qui demande des comptes, Miss Gattling, qui est aussi belle que dangereuse et ce chien « qui pue comme deux cochons »… L’affaire allait être longue !

On connaît Eric Herenguel pour la série Krän, sa participation à Balade au Bout du Monde ou Légendes de Troy. Quand l’auteur décide d’entamer un album personnel, il utilise un univers très codifié : Le western. Au lieu de respecter scrupuleusement les règles, l’auteur joue avec les codes pour nous donner un western féministe et fantastique. Malgré la place de monstres dantesques, de scènes violentes, la mise en scène, leurs rôles fait plutôt penser au fantastique qu’à l’horreur pure.
L’auteur s’amuse à inverser le rôle des personnages : Un shérif trop beau, une jeune femme sûre d’elle et armée (donc deux fois plus dangereuse dixit l’auteur), un tueur séduisant,etc. On s’amuse beaucoup pour toutes les ambiances qu’on rencontre. Tantôt bucolique, dantesque, fantastique, Eric Herenguel passe d’une ambiance à une autre en douceur.
Malgré une histoire western-romance-humour-avec des monstres et de la philosophie, personnages et ambiances tiennent sur la longueur; Quant au dessin, Eric se surpasse ! Dans sa postface, il raconte son amour du western, sa ceinture fabriquée par son papa et ses recherches. Il s’est « amusé » à mélanger plusieurs choses. D’un côté, nous avons tous ces détails qui rendent le dessin véridique, de l’autre, le graphisme des armes à feu et comment elles sont liées aux Etats-Unis. A l’opposé, les héros semblent propres, beaux, comme sortis d’une carte postale, ou d’un film. Pensez-vous que l’auteur allait s’arrêtez là ? Il dessine des gueules, des horizons mystérieux, et ces monstres, si organiques qu’ils deviennent presque sympathiques.

La seule façon de connaître et d’appréhender Lune d’Argent sur Providence, c’est de se procurer le coffret. il permet de ne pas attendre l’achat-le prêt (rayer la mention inutile) du second tome. il faudra attendre un peu avant qu’Eric nous montre son dernier projet : Kong Crew. Autant en profiter pour découvrir sa bibliographie et son style inimitable.

LUNE D’ARGENT SUR PROVIDENCE (COFFRET)
AUTEUR : ERIC HERENGUEL
EDITEUR : VENTS D’OUEST

cette chronique a été faite pour le mercredi de la semaine, vous trouverez les autres participants sur le blog de Stefie.

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LE SIGNE

le signeAlex Morsen est excédé. Il entend sa voisine jouer du piano toute la journée. Une situation qui l’empêche d’écrire ses livres. Peu à peu, l’idée de se débarrasser de cette gêne se fait dans la tête de l’écrivain.

Apparemment banale, l’histoire du Signe devient de plus en plus inquiétante au fil du récit. Philippe Thirault sait mettre la pression petit à petit. On se demande si le personnage devient fou, avant de voir les répercussions de la malédiction, qui s’étale dans l’entourage d’Alex Morsen. Malheureusement, l’histoire s’embourbe dans des effets chocs et une explication peu crédible…
Côté graphisme, Manuel Garcia propose un trait simple, mais non dénué de détails. Le lecteur scrupuleux appréciera les changements minimes qui permettent de montrer l’émotion en un coup de crayon. Une ambiance qui devient oppressante avant de tourner au carnage total. Malgré les effets chocs, le dessinateur ne se complaît pas dans l’horreur et permet au lecteur de laisser son imagination travailler
Dans son catalogue comic-book Glénat n’a pas que des super-héros. La collection Flesh and Bones s’approprie les récits de genres et revient à la base de ces publications. Des ouvrages noirs et blancs, une couverture souple et un récit censé vous effrayer…

Si le récit ne tient pas toutes ses promesses, Le Signe reste un honnête ouvrage. Il permettra au lecteur d’essuyer quelques sueurs froides.

LE SIGNE
AUTEUR : PHILIPPE THIRAULT
DESSINATEUR : MANUEL GARCIA
COLLECTION : FLESH AND BONES
EDITIONS : GLENAT

NORA

nora-lea-mazeDurant cet été-là, Nora doit passer une partie de ses vacances à la campagne, dans la ferme de son oncle. Ce qui devait être une corvée devient un formidable terrain de jeux. Mais qui est la vieille femme, voisine de son oncle ? Pourquoi est-elle tout le temps toute seule ?

En refermant ce livre, j’ai encore des frissons sur les bras. Pourquoi ? Peut-être parce que Nora (et à travers elle Léa Mazé) raconte le cycle de la vie. Ce personnage de petite fille s’interroge sur la vie et les réponses alambiquées de son oncle vont faire naître un monde onirique. A partir d’une seule question (Pourquoi Madame Jeanne est-elle tout le temps toute seule ?), Léa Mazé déroule toutes les questions enfantines. Au ton naturel de l’enfant répond celui de l’adulte, mais les réponses sont interprétées par Nora. Ca aurait pu être un album jeunesse qui traite des questions enfantines, de façon bucolique. Léa Mazé fait contraster une ambiance poétique et la dure réalité. Les tons s’entremêlent naturellement et frappent directement le lecteur, dans un récit apparemment anodin. Petit à petit, l’imaginaire s’invite dans ce récit et ne le quittera plus, comme une promesse d’enfance.
Le trait est simple, le décor dépouillé. Les cases de Léa Mazé vont à l’essentiel. Cela n’empêche pas le caractère sympathique des personnages. Au visage simple et moustachu de l’oncle, répond la bouille vivante de Nora. Quant à ceux « imaginaires », Léa a opté pour le minimum et ça fonctionne très bien. L’album sera aux tons sépia, comme une couleur nostalgique. L’auteur  travaillera les différentes palettes et le résultat est inattendu. C’est un arc en ciel de sépia qui s’offre à nos yeux.

Un premier album qui enchante autant qu’il questionne. Comment donner la bonne réponse aux enfants (surtout s’ils ont le caractère de Nora) ? Un nouveau coup de coeur des éditions de la gouttière qui vous fera vibrer !

Au milieu des livres avait donné un avant-goût de cet album. Merci à elle.

NORA
AUTEUR : LEA MAZE
EDITIONS : LA GOUTTIERE

Cette chronique a été faite dans le cadre de la BD de la semaine. Vous retrouverez l’ensemble des participants sur Mille et une frasques, dont l’hôte est Stéphie.

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BALADE AU BOUT DU MONDE : L’ INTEGRALE

balade-au-bout-du-monde-integrale-1Arthis, jeune artiste, désire photographier les marais. L’hotelier lui fait savoir qu’on les appelle le bout du monde à cause des personnes qui ont disparu. Malgré l’avertissement, Arthis s’enfonce dans les marais. C’est en voulant porter secours à une jeune femme, qu’il est lui-même kidnappé par des hommes en armures du moyen-âge!

Edité en albums en 1983 et 1991, le premier cycle de Balade au Bout du Monde est toujours aussi « fort », malgré les années. Makyo met en avant deux thématiques : la liberté/l’emprisonnement et joue avec ces deux concepts en y ajoutant une ambiance fantastique. On peut aussi mettre le récit dans la catégorie uchronie, même si, à l’époque, le genre n’était pas en vogue. En jouant avec le personnage d’Arthis, Makyo le fera peu à peu perdre la raison, victime des complots du petit pays. Avec succès, Makyo imagine une histoire qui se passe en France. Nul besoin de voyager à l’étranger pour trouver un dépaysement, même si celui-ci peut s’avérer fatal.
Si le scénario, linéaire, suit une implacable logique avec juste ce qu’il faut de rebondissements, le dessin de Laurent Vicomte va ne cesser de s’améliorer au fil des quatre albums de ce cycle. De semi-réaliste, il va s’affiner et devenir le dessin que l’on admire tant. Sous son trait, le moindre visage peut devenir beau ou effrayant. Ces planches, à couper le souffle sont aussi belles qu’elles peuvent être oppressantes (l’épisode de la prison).
Balade au Bout du Monde connaîtra quatre cycles, publiés sur trente ans (1982-2012). Plusieurs dessinateurs y feront leurs armes, avec plus ou moins de succès (Laurent Vicomte/Claude Pelet, Eric Herenguel, N.G Laval, Michel Faure). Au fil des 17 albums qui composent la série, le scénario explorera la science-fiction, la réincarnation, la religion.

Ce premier cycle pose la base de l’histoire. Il peut se lire indépendamment du reste (à contrario des cycles suivants) et permet de s’oublier dans une Aventure.

BALADE AU BOUT DU MONDE : L’INTEGRALE
AUTEUR : MAKYO
DESSINATEUR : LAURENT VICOMTE
EDITIONS : GLENAT

Une chronique faite pour La bd de la semaine, hébergée chez Un Amour de BD

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PRISON D’EBENE

prison-d-ebene-sylvain-combrouzeAu XVIIIème siècle, un négrier négocie sa « marchandise ». Un sorcier lui propose un coffre au contenu intéressant.
Au XXIème siècle, Lucien est un sdf. Il erre dans Nantes, jusqu’à ce qu’il secoure un vieil homme, victime d’un malaise.
Entre les deux histoires, aucun lien et pourtant…

Pour un premier album, Sylvain Combrouze ne passe pas par la facilité. Son récit est entièrement muet et il fait de la bichromie. Et pourtant, ça fonctionne. Par une talentueuse mise en page, il réussit à mélanger passé et présent. Le récit imbrique les deux histoires, mais ce n’est qu’à la fin que le lecteur comprendra. Une lecture « puzzle » qui peut se lire indépendamment. Difficile de ne pas chroniquer ce récit sans dévoiler des points essentiels. Prison d’ébène parle de vie et de mort, des choix qu’on doit faire, mais aussi de cette solitude quand on est loin de chez soi. Solitude des esclaves, solitude du vieil homme ou  de Lucien, dans cette ville de Nantes. L’auteur montre aussi comment Nantes s’est enrichie grâce au marché d’esclave et comment, trois siècles après, les descendants veulent se venger.
Alors qu’il pourrait tomber dans un récit manichéen, Sylvain Combrouze évite les clichés. Il nous fait deviner les évènements plutôt que les montrer. Un travail magnifique grâce à un scénario travaillé, mais aussi à son trait. Tantôt élégant, tantôt charbonneux, le crayon met en place des personnages expressifs. Loin de la caricature du cinéma muet, l’interprétation ici semble juste. Au lecteur de choisir les paroles. A-t-on besoin de bulles devant des dessins aussi vivants ?
Pour les férus des contes, je ne peux m’empêcher de penser à une lointaine filiation avec Le Filleul de L’Ankou. Un conte croisicais récolté par Fernand Guériff, d’après Monsieur de Parscau du Plessix. Chose étonnante, le conte commence aussi au XVIIIème siècle.

La Boîte à Bulles aime les paris. Celui-ci est particulièrement réussi. Entre histoire à deux niveaux, fantastique, souvenir de la richesse nantaise et malgré tout, cet espoir que l’on peut toujours changer le monde.

PRISON D’EBENE
AUTEUR : SYLVAIN COMBROUZE
EDITIONS : LA BOÎTE A BULLES

Cette chronique a été faite dans le cadre de la BD de la semaine.Pour ce 18 mars, toutes les chroniques sont hébergées dans La Bibliothèque de Noukette

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LE ROI DE TERRE D’OMBRE

roi-ombreArnaud est passionné par le jeu de cartes Terre d’Ombre. Quand celui-ci est décliné en jeu vidéo, l’adolescent l’achète. Sa première quête est simple. Il doit devenir chevalier. Une quête parsemée d’embûches… Pendant ce temps, la petite ville de Fresnières est bousculée dans son quotidien par des évènements bizarres : piratage informatique, bétail tué, apparition d’une créature…

Le Roi de Terre d’Ombres a eu une naissance particulière. Olivier Lécrivain a écrit un chapitre par mois pendant une année scolaire. Suivi par une classe de 4ème, l’auteur a montré les rouages d’un roman.
L’ambiance hésite sans cesse entre polar et fantastique. Le Roi d’Ombre est-il réel ? Agit-il sur les habitants de Fresnières ? Plusieurs points de vues sont mis en place, mais ce n’est qu’au dernier moment qu’on découvrira les secrets de cette petite ville. Si le livre critique l’addiction et le marketing des jeux de cartes du genre « Magic », il s’attache à aller plus loin et évoque le difficile passage de l’adolescence.
Si les personnages sont complexes, les relations bien rendues, on ne peut s’empêcher de remarquer quelques cafouillages. Les changements de tempérament d’Arnaud sont trop soudains pour être totalement crédible. Certains personnages ne sont pas développés. Judith et  Alban Novelac en particulier, alors que l’intrigue s’intéresse à eux.Ca ressemble plus à un envoutement ! Quant à la résolution du problème, il n’est fait qu’en partie. Aucun des protagonistes coupables ne sera sanctionné légalement. Des points noirs qui plombent ce sympathique roman.

Comme roman d’ambiance, Le Roi de Terre d’Ombre est une excellente lecture. Par son style et les différentes narrations, Olivier Lécrivain passe sans peine du fantastique, au polar en passant par « l’horreur ». Si certains personnages ne sont pas assez développés, ça n’empêchera pas le lecteur de frissonner en compagnie d’Arnaud.

LE ROI DE TERRE D’OMBRE
AUTEUR : OLIVIER LECRIVAIN
COLLECTION : TRIBAL
EDITIONS : FLAMMARION