RENCONTRE AVEC XAVIER MAUMEJEAN

Xavier Mauméjean est un auteur. Il écrit des livres, mais aussi des fictions pour la radio. Il écrit de l’imaginaire comme du policier, mais toujours avec un sens de l’humour et des anecdotes. Rencontre avec un auteur hors-norme

(c)Coline Sentenac-Alma

Bonjour Xavier,

J’hésite à te qualifier d’artiste. Tes carrières sont nombreuses. Du cinéma expérimental, tu passes à la littérature de genre. On te retrouve traducteur ou essayiste sur la suite avortée de La Planète des singes. Pourquoi toutes ces carrières ?
 
Par curiosité, par passion, en un mot.

Pourquoi écris-tu sur des personnages hors-normes (Julien Offray de la Mettrie, Sherlock Holmes, John Merrick, etc.) ? Est-ce à voir avec ton côté Docteur Jekyll et Mr. Hyde ?

L’intérêt à la fois pour le vrai et l’imaginaire. Je prends mes personnages dans une situation qui les satisfait plus ou moins puis, au terme du récit, ils seront devenus ce qu’ils sont vraiment. Ils se réalisent.

Il y a une autre figure que je vois chez toi, c’est celle du détective. Pourquoi le genre policier a-t-il une importance pour toi ?

J’aime autant le policier que la science-fiction, la fantasy, le fantastique… Pour des tas de raisons, notamment philosophiques, parce que le récit policier classique repose sur des raisonnements, des démonstrations. Le genre classique, celui à énigme, est très contraignant et donc intéressant car il suppose quand même que tu bâtisses des problèmes… Des challenges. Sans tomber dans l’auto-satisfaction, je suis assez content de certains récits que j’ai faits parce que ce sont de vraies énigmes et notamment, ma trilogie policière élisabéthaine L’Echiquier du Roi (un feuilleton radiophonique, ndlr).

Dans cette figure du monstre et du détective, il y a un univers qui les rassemble : Batman. Pourquoi cette fascination pour cet univers ?

Ce sont des raisons qui sont partagées par beaucoup de gens : il n’a pas de pouvoirs, il y a une blessure au départ, il est tourmenté. J’aime beaucoup sa distinction dans l’univers DC : Superman protège les innocents et Batman punit les coupables. Ce ne sont pas les mêmes conceptions de la justice. Tu l’as dit, c’est un détective, Ra’s Al Ghul l’appelle d’ailleurs détective. La ville de Gotham est magnifique. Ça fait quelques années que je fais un guide touristique de Gotham city qui a plus de 2000 entrées. Chaque fois que dans une image, j’ai un repère : une boutique, une pizzeria, un journal… Je le note. J’ai les équipes de base-ball, de hockey, de basket-ball…

Comment as-tu découvert Batman ?

Je l’ai découvert enfant, dans les parutions françaises cheap. J’aimais bien aussi Superman. Dans les adaptations, Christopher Reeve est pour moi, Superman et Clark Kent, alors que – et ce n’est que mon avis – on n’a pas trouvé d’acteur qui soit aussi crédible en Batman et Bruce Wayne. Soit c’est l’un, soit c’est l’autre.

Tu dis être un auteur de l’imaginaire, oui, mais : tu poses toujours un pied dans le réel, tu mêles la grande et la petite histoire, tu la mélanges à l’imaginaire. Pourquoi ?

Le réel englobe tout, à la fois ce qui est vrai et faux. Une licorne n’est pas vraie mais est réelle puisqu’elle présente des critères réels de reconnaissance. Donc le réel est beaucoup plus vaste que le vrai et on accède à la part d’irréel via l’imaginaire.

Pourquoi tu cherches toujours une anecdote, une référence dans tes récits ?

J’aime bien plaire au lecteur, raconter des petites choses et ça entre sur des détails que personne ne connaît. Par exemple, quand j’ai découvert que les studios Disney, pour faire Bambi, avaient écorché un faon, je n’ai pas pu m’en priver. J’ai réussi à la mettre dans la postface de La Société des faux-visages. Quand le magazine Cosmopolitan, dans les années 20, dit à Freud de quitter l’Europe et de devenir chroniqueur pour leur journal afin de tenir une rubrique sur les problèmes de couple, c’est génial ! On lui offrait une très belle somme, un appartement à Manhattan… J’aime bien que le lecteur, pris dans l’histoire, ait une sorte de petit recul pour dire : « Ah, c’est rigolo, ça ! »

Quand on regarde ta bibliographie, on s’aperçoit que plusieurs de tes romans, ont été des pièces radiophoniques, des nouvelles, alors que tu dis : « Je ne réécris pas, je ne retravaille pas hormis des points de détail. » Pourquoi cette réécriture ?

Je viens d’une famille de maître-verrier qui remonte à plusieurs générations. J’ai une approche très picturale, plasticienne de l’écriture… Et j’ai des périodes. J’ai un thème que je vais décliner en pièce radiophonique et en roman, parce que ce sont deux approches différentes. Cela me permet de développer des variations différentes, même si bien sûr, il y a quantités de points communs… Ce n’est pas forcément la même fin, par exemple. J’ai des périodes que j’aborde techniquement, comme un peintre a une palette de couleurs : telle couleur pour ci, telle couleur pour autre toile… C’est vrai que je ne réécris pas. Je quitte une page quand, de mon point de vue, elle est nette. Je n’ai pas de premier jet. J’avance au fur et à mesure. Autre chose : je n’écris jamais dans la continuité. Je peux écrire le chapitre douze puis le six, puis le huit. C’est le cas encore actuellement avec mon prochain roman, El Gordo, qui revisite le personnage de Don Quichotte durant la Guerre d’Espagne. Là, j’écris en même temps sur un épisode qui se passe en 1929 et un qui se déroule en août 1936…

On a parlé de ton côté Jekyll/Hyde, mais il y a aussi ton côté Holmes/Moriarty. Outre que tu fasses partie du club des mendiants de Madrid, ta première publication, tu l’envoies par courrier et ensuite, tu déménages, sans laisser d’adresse. Qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?

Oui, et en plus j’étais sur liste rouge… C’était par réalisme, je n’avais rien publié et je n’allais pas me la jouer à leur dire que le manuscrit 8302 a changé d’adresse. Mais les éditeurs m’ont retrouvé !

Tu dis être fasciné par la contrainte littéraire. Est-ce que tu la recherches ?

Oui, clairement, c’est le côté pataphysique. Dès qu’il y a une contrainte, c’est un jeu d’esprit, j’adore ça.

On a dit aussi que tu t’accroches au réel, que tu écris à la manière de… Le travail documentaire doit être phénoménal.

Oui, en effet. Dans les romans qui ont été les plus difficiles en contraintes, c’est Rosée de feu parce que les chapitres ne sont pas numérotés, mais ce sont les éléments chinois (terre, feu, etc.). C’était compliqué car un chapitre titré terre devait avoir une occurrence terre, mais je devais faire tourner les éléments, je ne pouvais pas faire terre-terre. Quant aux héros, il y a un petit garçon, son frère pilote et un commandant, ce sont les trois montreurs classiques du théâtre de marionnette japonais. Il fallait alterner. C’était une double contrainte.

On ne s’en aperçoit pas à la première lecture, mais il y a de l’humour dans tes textes.

Dans Kafka à Paris, c’est revendiqué.

Est-ce une manière de dédramatiser ou une manière de montrer que ce n’est pas si réel ?

Les deux. C’est une bouffée d’oxygène pour le lecteur et une façon de dire qu’on est au spectacle. C’est mon côté forain, mon côté clin d’œil au public au bord de scène.

Tu es un grand lecteur. Lorsque tu interviens, tu nous soumets toujours de nouveaux livres qui envahissent nos PAL (pile à lire). 

Oui, je suis désolé (rires). Ça rejoint ta première question. Je suis curieux et j’ai envie de faire découvrir les curiosités que je découvre. C’est vraiment par affection pour les lecteurs ou l’auditoire.

Quand on lit tes interviews, tu cites régulièrement des philosophes, des thèmes philosophiques. Tout n’est que philosophie ?

C’est une façon d’analyser les problèmes, d’ouvrir des horizons qu’il n’y a pas ailleurs. Comme c’est carré, on gagne du temps.

Tu as dit : « Les récompenses font plaisir, mais on peut parfaitement s’en passer. »

C’est bien pour une certaine reconnaissance… Mais non, vraiment… On ne va pas non plus y passer le nouvel an !

Quand est-ce que tu écris Le Roman de la famille en papier ?

Comment sais-tu ça ? Ah, tu es fortiche ! Ce serait une novella plutôt. Le sujet est certes passionnant, mais on ne peut pas en faire non plus un roman. J’y pense de temps en temps. Dans l’idéal, ça pourrait être un livre illustré…

Peux-tu nous en dire plus sur cette famille en papier ?

Ma fille avait une maison de poupée en carton, avec de jolis personnages, mais très sommaire. À force de jouer avec elle, je me suis dit : « C’est marrant, ils n’ont pas de pieds, ils ont des socles. Le père est toujours avec sa pipe ». Ce sont de super contraintes ! Dans la nouvelle, à chaque fois qu’ils parlent ça donnerait : « … dit le père en tirant sur sa pipe.  » Ou la mère de famille est réputée pour sa beauté, notamment son très joli socle… Cette famille qui vit dans une maison de papier, ils partiraient à l’aventure. Ça pourrait être une jolie histoire. Mais je ne sais pas comment la décliner.

On pourrait te croire accro aux livres, mais tu peux être aussi intarissable en musique, en jeux, en films… A quel moment tu t’arrêtes ?

J’ai la chance de ne dormir que quatre heures par nuit et d’être assez vite opérationnel. On en revient toujours à la même chose : l’appétit de la curiosité. Je peux aussi écrire n’importe où, à n’importe quel moment de la journée.

Merci à Xavier Mauméjean de s’être montré disponible et d’avoir répondu généreusement à mes questions.

Cette rencontre fait partie d’une série d’articles ayant pour thématique le personnage du général Zaroff. Vous pouvez retrouver la totalité des articles sur la page dédiée.

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4 commentaires sur “RENCONTRE AVEC XAVIER MAUMEJEAN

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