DIABOLIC

Némésis est une diabolic. Une créature concue génétiquement pour traquer et tuer n’importe qu’elle créature. Programmée pour aimer et protéger sa maîtresse Sidonia Empyrée, Némésis va devoir remplir une mission particulièrement complexe. Elle sera envoyée à la cour impériale, en se faisant passer pour sa maîtresse. Elle y rencontrera la traitrise, la politique, mais aussi l’amitié et l’amour.

Diabolic est le premier roman de S.J.Kincaid traduit en français. Sous un vernis de science-fiction, il montre toute la folie des hommes pour accéder au pouvoir. On pourrait y voir une version différente de la grande période de Rome. Orgies, jeux du cirque, manipulations politiques… L’autrice ne nous épargne rien. Le lecteur se demandera vers qui Némésis doit donner sa confiance, vu que tout le monde peut la trahir. L’échange entre Sidonia et Némésis fait penser au roman de Mark Twain : Le Prince et Le Pauvre.

Le narrateur est le personnage principal, Némésis. Si elle est censée être une créature sans âme, uniquement conçue pour tuer, on suit toute son évolution au fil des pages. A la différence de nombreux autres livres pour adolescents, elle ne s’apitoie pas trop sur son sort et le récit se lit sans temps mort. L’aspect psychologique des personnages est bien rendu. On sent la fole des personnages, les traitrises qui se mettent en place et rien n’est jamais gratuit. On regrettera cependant que la folie simulée de Tyrus soit trop vite envolée. Certaines situations sont des clichés éculés, mais l’aspect général est de bonne tenue.

Le roman abordera plusieurs sujets : Qu’est ce qui nous rend humains, la manipulation génétique, la politique, asns oublier les sentiments qui nous permettent de nous dépasser.

Ce roman est une bonne surprise. L’originalité tient autant de l’univers que du personnage principal. Les situations sont aussi réalistes que possible et le récit ne subit aucun temps mort.

DIABOLIC : PROTEGER OU MOURIR

AUTRICE : S.J. KINCAID

TRADUCTEUR : ERIC MOREAU

EDITIONS : BAYARD

L’APOCALYPSE SELON MAGDA

apocalypse-selon-magdaPour Magda, la veille de son treizième anniversaire a tout changé. Les scientifiques annonçaient que le monde n’avait plus que douze mois à vivre. A partir de ce moment, toute la société se brisa.

J’avais eu vent de ce projet il y a deux ans, lors d’une rencontre avec Carole Maurel. Quant à Chloé Vollmer-Lo, je partageais quelques-uns de ses textes, je demandais des autorisations pour ses photos, mais je n’en savais pas plus. Le choc fut grand à la lecture. Je m’attendais (en lecteur de science-fiction) à du post-apocalyptique, sauf qu’il n’en est rien. C’est de l’apocalyptique-intimiste, pour Magda, pour les lecteurs.
Les autrices se demandent qu’elles seraient la réaction des gens face à l’annonce de la fin du monde. Comme personnage principal, elles prennent une jeune fille, Magda. C’est autour d’elle qu’on va voir la société voler en éclat. Chacun va gérer cette pré-fin à sa façon. Pour certaines personnes, rien ne change, pour d’autres, il faut se laisser une dernière chance… Et pour Magda, tout change. Parce qu’elle est une jeune femme (encore une enfant, pas tout à fait une adulte), elle va dévorer la vie qu’on lui refuse (le collège, la maison, etc.).
Difficile d’aimer ce dur portrait de la jeunesse, de notre société si fragile. Chloé Vollmer-Lo ne lâche rien, montre le parcours d’une enfant qui  grandit trop vite. Ce n’est pas seulement Magda, c’est aussi son entourage. Pour montrer son évolution, la bande dessinée est découpée en quatre saisons. Des moments simples comme d’autres plus importants (premier baiser, premier amour) sont mis sur le même plan. Ca n’a plus d’importance, ils vont tous mourir. Magda, comme d’autres adolescents se rebellent contre cette société qui veut continuer. Eux, ils trouvent que ça ne sert à rien.
Pour Carole Maurel, le plus dur reste à illustrer le texte, le mettre en ambiance. Avec un jeu de cadre bien choisi, on va rentrer dans l’intime des personnages. Ca va être des gestes anodins, des cadrages serrés, des couleurs qui contrastent le texte. Le graphisme va jouer tout son sens avec la morphologie des adolescents. Certains sont encore enfants, d’autres sont adultes. Ce jeu de nuance contredit le texte de façon frappante et nous fait réfléchir. Vu la lisibilité du récit, on se plaît à penser à une animation. On espère voir raison.

Le texte prend à la gorge, le trait l’accompagne dans la douceur. Pris au piège du récit, on a envie de crier à Magda de revenir, mais c’est déjà trop tard. Les deux autrices jouent de leurs arts pour créer une oeuvre sensible, incisive, tendre et tragique. On sait que c’est de la fiction, mais on croit à l’histoire (et si ça nous arrivait), on croit à Magda, héroïne de papier mais si réelle. Magnifique et dur à la fois.

L’APOCALYPSE SELON MAGDA
AUTRICE : CHLOE VOLLMER-LO
DESSINATRICE : CAROLE MAUREL
EDITIONS : DELCOURT

Cette chronique a été faite dans le cadre de la BD de la semaine. Aujourd’hui, les différents participants sont hébergés dans La Bibliothèque de Noukette.

D’ autres chroniques de L’Apocalypse selon Magda, par Au Milieu des Livres, par Un Amour de BD

bd-semaine

U4 : KORIDWEN

koridwen-u4Au fin fond de la Bretagne, Koridwen a survecu au filovirus U4. Contre toute-attente, elle se red à Paris, en tracteur. Elle emmène avec elle, Max, son cousin, légèrement attardé. 541 kilomètres les séparent de la capitale. Un rendez-vous les attend le 24 décembre. Un rendez-vous fixé le maître d’un jeu en ligne : Warriors Of Time.

Yves Grevet (Nox, Des Ados Parfaits) s’est embarqué dans le projet U4. Quatre auteurs, quatre romans qui parlent de survivants après une apocalypse. Les adultes n’ont pas survécu. Après le Stéphane de Vincent Villeminot, j’ai plongé avec délectation dans l’univers d’Yves Grevet. Des les premières lignes, il accroche son lecteur par sa plume élégante et sympathique. Il ne nous lâchera pas durant les 400 pages du roman.
Outre le style, l’auteur a rajouté un brin de magie celtique. Koridwen aurait des dons. Ce sera au lecteur de le découvrir, mais cette quête initiatique ne sera pas sans quelques éléments magiques : une personne protégée par les dieux, des incantations considérées comme la plus ancienne poésie bretonne.
Quant à Koridwen, ce voyage sera une double quête initiatique : le rendez-vous donné par Khronos et ses dons qu’elle ignore. Foncièrement gentille, elle n’hésite pas à défendre ses amis, au point de passer le point de non- retour. L’auteur ne s’embarrasse pas de faux-semblants. les maladies, la folie, la mort seront le lot quotidien des personnages. Chaque auteur va gérer sa création. Est-ce son caractère, les incantations ou son don ? Koridwen ne baissera jamais les bras. Elle évite de trop réfléchir, elle tente d’avancer pas à pas.
Ce deuxième tome indépendant montre la difficulté d’assembler 4 auteurs autour d’un même espace temps. Les personnages se croisent, on commence à comprendre les interactions (quitte à relire les précédents romans). Bien qu’il se déroule en parallèle de Stéphane, Koridwen est un roman de survie positif, elle en est le contraire. Deux personnages d’autant plus troublants que les auteurs ont pris les personnages féminins et les autrices, les personnages masculins. A suivre pour connaître les 4 visions des personnages.

A l’opposé de plusieurs romans post-apocalyptique, Koridwen est un livre qui prône l’amour et ce qu’il y a de meilleur en nous. Néanmoins réaliste, il nous invite à nous dépasser et à croire en nos proches.

U4 : KORIDWEN
AUTEUR : YVES GREVET
EDITIONS : NATHAN/SYROS

Lire la chronique de U4 : Stéphane

MON FRÈRE EST UN SUPER-HÉROS

super-hérosLuke Parker est un passionné de bandes dessinées et plus spécialement celles sur les super-héros. Alors, quand il s’aperçoit que c’est son frère aîné (qui préfère les devoirs aux bandes dessinées), Zack, qui reçoit des super-pouvoirs, on peut comprendre qu’il soit jaloux. Avec patience, il va essayer de montrer la voie super-héroïque à son frère. Une mission délicate alors que « Némesis est en route » (dixit Zorbon Le Décideur).

Premier roman de David Solomons, Mon Frère est un Super-Héros adopte un ton original alors que l’histoire oscille entre hommage et parodie. Pour les lecteurs les plus âgés (le roman est à lire à partir de 9 ans), on pourra rapprocher le récit de Ralph Super-Héros (The Greatest American Hero). Cette série, créée par Stephen J. Cannell, raconte comme un enseignant de Los Angeles devient un super-héros. Des extra-terrestres lui offrent le costume, mais Ralph perd le mode d’emploi.
Ici, pas de mode d’emploi, mais à la place, le petit-frère de Zack, Luke, narrateur de l’histoire. A la différence de nombreux mentors, voire des passionnés de pop-culture, Luke est obsédé par le genre. Il ne voit le monde qu’à travers le prisme et la différence entre monde-réel et fictif est très mince. La bonne idée est de le raconter sur le ton de l’humour. Il est montré comme un gentil garçon, enfermé dans son monde. Les clins d’oeils malicieux, promis par l’argumentaire de presse, sont plutôt énormes. L’auteur essaye de ratisser large entre comics de super-héros, films et séries. Si trop de références tue la référence, on appréciera l’effort. On pourra toutefois se demander comment un frère qui cite (à 11 ans) des titres aussi adultes Watchmen, Dark Knight Returns ou Sandman peut être aussi peu réfléchi ?
Il va être difficile de chroniquer la suite sans révéler quelque chose. On va contourner la difficulté. Alors qu’on s’attend aux clichés sur les super-héros (cape, collant, masque, etc.), les super-méchants (repaire secret, rire sardonique, plan machiavélique, etc), David Solomon importe tout cela dans son roman, mais il le tourne à sa façon. Le résultat est original. Son personnage maléfique est aussi méchant que ridicule, tenant tête haute au personnage de super-héros.
Les deux autres aspects qui sont racontés ici sont la lutte fraternelle et l’adolescence. Luke est encore un enfant et ne comprend pas les réactions de son frère envers leur voisine. A contrario, il ne comprend pas ses propres réactions envers la soeur de la voisine. Une soeur qui a les pieds sur terre, ne comprend rien aux super-héros mais essaye de découvrir l’identité de ce nouveau héros, avec l’aide de Luke…

L’aspect de la traduction est toujours délicat. Doit-on tout traduire littéralement ? Ici, la plupart des références sont respectées. Lorsque ce n’est pas le cas, le lecteur lambda ne se posera pas la question, mais le lecteur avisé, oui. La traductrice ignorait-elle les références citées ? C’est possible, mais à ma connaissance, des forums de traduction existent et certains traducteurs sont spécialisés sur la question super-héroïque. Une approximation qui est dommageable alors que le reste se lit tout seul.

Orienté jeunesse pour son ton, Mon Frère est un Super-Héros s’adresse à des lecteurs qui ont quelques références (ou ils ont un aîné qui peut leur expliquer). Au-delà de l’aspect super-héroïque, ce premier roman critique, de façon humoristique la différence monde réel/monde imaginaire et aborde l’âge de l’adolescence. Un mélange original qui plaira aux plus jeunes comme aux plus âgés.

MON FRÈRE EST UN SUPER-HÉROS
AUTEUR : DAVID SOLOMONS
EDITIONS : GALLIMARD JEUNESSE

CITRIQ

 

MEUTES T1 : LUNE ROUGE

meutes-t1Monsieur Keller est un homme respectable qui est prêt à tout pour protéger sa famille et perpétuer les traditions. Comme d’autres, il est un loup-garou et sa vie fait partie de la meute. Bientôt, son fils en fera partie aussi.

Le pitch marketing de Glénat était bien calculé. Faire de cette nouvelle série, ce que Rapaces avait été pour les vampires (écrite par le même scénariste). A part quelques idées, Meutes n’est en rien semblable à Rapaces, bien au contraire.
Une voix raconte les différentes péripéties qui tournent autour de la famille Keller. Si on s’intéresse en partie au fils, Régis, l’histoire se tourne plus volontiers vers l’aînée de la famille, Otis. En pleine adolescence, celle-ci sent les changements qui transforment son corps et son esprit. L’autre partie de l’histoire est ciblée vers son père, qui, à cause d’une erreur est la cible d’un chantage puis de la police.
Jean Dufaux est un maître scénariste. On ne compte plus les oeuvres qu’il a écrite. Dans Meutes, on a droit à des personnages complexes, des situations tordues et des surprises ! Pourtant, ce premier tome « ne fait que  54 pages ». On ne peut donc développer le potentiel des héros ( les mères, le jeune Régis, Oscar, etc.). On ne fait qu’effleurer la psychologie et la tension que l’histoire apporte. A côté de ce manque, on a un curieux portrait des loups-garous. Mi-hommes, mi-loups, ils s’épaulent les uns les autres et le clan ne bouge pas depuis des générations, mais quelque chose menace cet équilibre. On est loin de ce que décrit la quatrième de couverture : « …La chasse est ouverte et c’est vous la proie ». Le marketing ou un indice du tome 2 ?
Quant au dessin, c’est Olivier Boiscommun qui traduit et illustre les propos de Jean Dufaux. Si son style graphique est reconnaissable, c’est la couleur qui fera toute la différence. A contrario de la couverture, tout est pâle, comme ethéré. C’est là toute l’ambiance du genre fantastique (ce qui est réel ou pas, qui peut être dérangeant). La séance cinématographique montre toute l’ampleur du talent d’Olivier Boiscommun (sa reprise de La Nuit du Loup-Garou est phénoménale). Ne voulant pas faire des lycanthropes clichés, il tente une approche différente. Le résultat est à la hauteur. Le glamour du loup-garou n’est plus là. L’homme et la bête sont fusionnés… Quant aux personnages humains, leurs traits définit leur « âme ». On sent ainsi que cette histoire de filiation va tourner au bain de sang.

Quand deux artistes se rencontrent, le résultat est souvent étonnant. Ici, les deux auteurs sont inspirés et donnent une vision réaliste de ce que pourrait être un loup-garou, tout en jouant avec les codes du genre.

MEUTES T1 : LUNE ROUGE
AUTEUR : JEAN DUFAUX
DESSINATEUR : OLIVIER BOISCOMMUN
COLLECTION : GRAFICA
EDITIONS : GLENAT

U4 : STEPHANE

u4-stephane-vincent villeminotUn virus mortel a déferlé sur l’Europe. Baptisé U4, il a décimé plus de 90% de la population. Seuls rescapés, les adolescents. Parmi eux, des joueurs d’un jeu sur Internet : Warriors Of Time (WOT). Lors de leurs dernières connexions, un message du maître du jeu, Khronos, les invitent à se retrouver sur Paris.

Stéphane vit à Lyon. Fille d’un épidémiologiste, elle a appris a survivre. Elle pense que son père est en vie et préfère attendre, plutôt que de rejoindre les R-Point. Mais à côté de ce semblant d’organisation, des pillards commencent à cerner le quartier. Une seule règle : survivre !

Comment vivrait-on si en une dizaine de jours, tout le monde actuel s’écroulerait ? Il ne reste que les adolescents. Les adultes restant sont confinés pour ne pas être exposés au virus et trouver la solution. Avec un roman-concept, difficile de faire évoluer l’univers comme on le voudrait. Les contraintes sont nombreuses pour être raccord avec les autres romans. L’auteur imagine un Lyon post-apocalyptique, réorganisé par les adolescents. Là où un succédané de Sa Majesté des Mouches aurait été risible, L’auteur  raconte les évènements à travers les yeux de Stéphane. L’ambiance qui est froide, sombre peu à peu dans la folie et la mort. Les rencontres ne sont pas forcément les bonnes, les décisions non plus. Vincent Villeminot tisse une trame dure où rien ne sera épargnée à son personnage. Mensonges, meurtres, marché passé pour sa survie ou celle des autres. Effrayant de réalisme, on suit la dégringolade d’une civilisation. Coïncidence du calendrier de parution et de l’actualité, on suit aussi des réfugiés et notre double sentiment (acceptation/refus) envers eux.
Stéphane est loin d’être une fille ordinaire. Son prénom, ses cheveux gris, sa connaissance du milieu médical… Elle semble être une Héroïne, mais intelligemment, Vincent Villeminot va montrer une psyché plus contrastée. Si elle a ce côté frondeur, solitaire,  l’autre côté  est plus fragile et ses relations à son père, Marco, Yannis montrent l’attachement qu’elle apporte aux relations homme/femme. On aperçoit la future femme qu’elle pourrait être par son autorité, son (mauvais) caractère, mais les évènements du récit révèlent toutes les nuances de l’adolescence. Tantôt emmenée par l’action, tantôt « action » elle-même, Stéphane est un personnage fort auquel on peut facilement s’identifier. Un défi pour l’auteur qui prend un personnage à l’opposé de son sexe (comme les autres participants d’U4).

U4 n’est pas un roman, mais un concept. 4 auteurs (Carole Trébor, Florence Hinckel, Yves Grevet, Vincent Villeminot) s’associent pour créer un monde post-apocalyptique. Chacun prend en charge l’un des survivants. Les différents personnages se rencontrent dans l’un des 4 romans (publiés le même jour), mais chacun des livres est autonome et surtout, on peut commencer dans n’importe quel ordre ! Un travail d’écriture insensé, qui ne se révèlera qu’à la fin du quatrième livre.

Avec une écriture acérée et un rythme soutenu, Vincent Villeminot raconte les pérégrinations de Stéphane. Malgré une baisse de tension au milieu, on est accroché dès le début et l’attention ne retombe pas.

U4 : STEPHANE
AUTEUR : VINCENT VILLEMINOT
EDITIONS : NATHAN/SYROS

Lire la chronique de U4 : Koridwen

BRAINLESS

brainless-noirez-gulf-streamJason Beerman souffre du SCJH : syndrome de coma homéostatique juvénile. Il a attrapé cette maladie après s’être étouffé avec du maïs. Au lieu de rejoindre les morts, il est devenu un « zombie ». Mis à part son injection de formol quotidienne et son goût pour la viande crue, Jason est un adolescent normal… Comme la plupart de ses camarades…

Brainless ressemble aux poupées russes. A chaque étape, le lecteur a une nouvelle surprise. La maquette se démarque avec sa couleur orange et sa photo d’un cerveau sous cloche. Les piles et les têtes de gondoles des librairies se verront de loin. On imagine déjà la réaction de certains parents (en même temps, vu certaines réactions face aux parutions Gulf Stream…). Jérôme Noirez est un habitué de la maison d’édition, mais à lire le communiqué de presse, l’univers décrit (les zombies) est à l’opposé de ses précédents récits. Pour la première parution d’une nouvelle collection (électrogène), lire un auteur qui s’essaye à un genre « passé de mode », ce n’est pas la meilleure idée qui soit, sauf qu’en ouvrant le livre, on n’est pas au bout de nos surprises.
Brainless n’est pas un roman de zombie, contrairement aux apparences. Littéralement, Jason est atteint de SCJH (pour la définition, lire plus haut). Il ne recherche pas de cerveaux, mais il ne peut digérer que la viande crue. Contrairement aux croyances vaudou ou aux zombies du cinéma, Jason peut réfléchir par lui-même. On peut alors s’interroger sur le contenu du livre. Par un tour de passe-passe littéraire, le « zombie » n’est pas celui qu’on croît. Les personnages de Brainless ressemblent aux clichés des séries américaines (le sportif, la jolie fille, l’intello, etc), l’auteur les a saupoudré de vitriol. Si le résultat est déroutant, on ne peut s’empêcher de voir une charge contre les stéréotypes. Qu’il soit question d’éducation, de sport, de sexe, ou de nutrition, Jérôme Noirez se lâche dans une diatribe qui est à la limite de la normalité. Alternant les points de vues de Jason et des lycéens, l’auteur commence avec un roman pour adolescent, avant d’incliner petit à petit son récit vers un univers déviant (et presque réel). Imaginez une craie crissant sur un tableau noir. C’est un peu l’effet « Jérôme Noirez ». Le final n’en est pas moins apocalyptique. Quant au personnage de Jason, il tente de vivre « normalement » son état, expérimentant la vie d’adolescent comme les capacités d’un zombie… L’ensemble est livré avec un humour grinçant bienvenue.

Selon Paola Grieco (directrice éditoriale des éditions Gulf Stream), la collection Electrogène sera « hétérogène-gore-érogène ». Chaque texte sera dans un genre différent. Avec Brainless, le baptême est réussi. Le lectorat visé (15 ans et plus) sera ravi. On espère que ça lui donnera envie de réfléchir et d’être différent !

Jérôme Noirez signe avec Brainless un roman décapant sur une jeunesse stéréotypée. Tout en accumulant les clichés hilarants, il n’oublie pas de nous donner à réfléchir. Un premier texte de la collection Electrogène, qui saura faire bouger nos neurones !

BRAINLESS
AUTEUR : JERÔME NOIREZ
COLLECTION : ELECTROGENE-FANTASTIQUE
EDITIONS : GULF STREAM