RENCONTRE AVEC ANDORYSS

Où l’on parle d’architectes et de jardiniers, d’égalité femmes/hommes, d’un roman commencé en cinquième, de l’amour de la littérature et de l’écriture. Andoryss/Mélanie Guyard à plusieurs cordes à son harpe. Elle est à découvrir.

(c) Chloé Vollmer-Lo

Tout a commencé sur deux forums : Cocyclics et le Café Salé. L’un est pour les écrivains, l’autre pour les illustrateurs. Mais es-tu illustratrice? 

Andoryss : Non (rires), mais quand je suis allée sur le forum la première fois, c’était à l’initiative d’un pote qui est dessinateur. À l’époque, il n’y avait pas de scénariste sur le forum, mais ça s’est démocratisé. J’ai pu commencer mes collaborations sur le Café Salé. On a vu notamment sur le forum Julien Blondel, Olivier Henriot, etc. 

Mais il arrive que tu illustres aussi, n’est-ce pas ?  

Andoryss : Ça m’arrive de dessiner, j’aime bien ça, mais je n’ai pas les techniques de base. Je n’arrive pas à reproduire deux fois le même visage, mais je suis capable de dessiner n’importe quel animal avec un niveau scolaire… Et je dessine des femmes de trois quarts face, type manga, comme tout le monde (rires).

Peut-on résumer ta vie professionnelle à deux instants ? Quand adolescente, un cahier 24 × 32 se retrouve par erreur dans la liste des courses, ce qui donnera Les Loups puis ta rencontre avec David Chauvel, ton boss bien-aimé (dixit toi-même).

Andoryss : Tout à fait ! Ce sont deux moments clés !

Quand tu parles de comics, tu cites Watchmen et V pour Vendetta, les deux titres sont d’Alan Moore, un auteur qu’admire David Chauvel. Est-ce que ça a permis un rapprochement entre vous deux ?

Andoryss : Oui. On avait publié sur le site du Café Salé des planches des Enfants d’Evernight (1). David demande à nous rencontrer, mais ce qui l’intéresse en premier, ce sont les dessins… Comme toute personne qui fait de la bande dessinée. On commence à discuter et très rapidement, on se rend compte avec David qu’on a des univers en commun. Très rapidement, il va me proposer de travailler sur d’autres projets. J’ai travaillé sur Sept Naufragés (2) l’année qui suit Les Enfants d’Evernight. Je suis une jeune autrice et Sept est une grosse série, mais il me met dans la barque ! C’est lui aussi qui m’offre la possibilité d’écrire Le Cercle (3). Je lui suis reconnaissante. Oui, ça a été un bon point pour David, le fait qu’Alan Moore  soit l’un de mes maîtres.

Tu es plutôt littéraire mais tu deviens professeure de SVT, alors que tu aurais pu devenir aussi bien professeure d’histoire, vu que la plupart de tes récits en est imprégné. Pourquoi cette voie ?

Andoryss : Je suis au lycée et je suis douée en français. J’aime ça. Je m’approprie le commentaire composé. Je n’ai jamais eu moins de quinze à un commentaire composé. Après, je suis monotâche, je n’aime que le commentaire composé. L’essai ou le texte argumentatif, ça ne marche pas. J’ai 20 à l’écrit du bac de français, 19 à l’oral… Je ne savais même pas que je pouvais avoir 20 à l’écrit du bac de français ! Ma professeure de français me voit bien en khâgne ou hypokhâgne. Je me dis que j’ai prouvé ce que j’avais à prouver : je sais écrire ! En même temps, je ne suis pas une compétitrice, je suis incapable d’être dans l’opposition ou d’être dans le conflit avec qui que ce soit. Je n’ai rien à faire en classe prépa, les professeurs vont me rentrer dedans et je vais me rouler en boule en pleurant. Je vais me dégoûter toute seule d’un truc que j’aime d’amour, à savoir, la littérature. Du coup, comme j’ai peur, je me dis que je ne vais pas faire ça, je vais plutôt faire des études de sciences parce qu’il n’y a pas d’affect dans la relation à la matière. Je vais garder le français pour mon temps personnel, pas comme quelque chose où il y a des enjeux et de la compétition. C’est pour ça que je me retrouve à être prof de bio : parce que j’ai eu peur de la classe prépa. J’en ai croisé des auteurs qui ont été brûlé plusieurs années, après leurs classes prépas. Ils se sont dit qu’ils n’arriveraient jamais à écrire et ils ont eu beaucoup de mal à sortir de cet état d’inertie.

Tu écris des romans, des scénarios, du jeu de rôle… Tu n’arrêtes pas.

Andoryss : J’écris tout le temps et à partir de cette année, je vais faire aussi du jeu vidéo. Je dis que ce n’est plus un arc que j’ai, c’est une harpe. À force de rajouter des cordes… On peut raconter des histoires sous plein de médias différents et seule la technicité diffère. Raconter une histoire en bande dessinée ou en roman ou en jeu vidéo, c’est toujours raconter une histoire avec une technique différente et apprendre de nouvelles techniques, c’est quelque chose qui m’intéresse.

Justement, quand tu te présentes, tu dis écrire pour la jeunesse, pour les adultes, pour la bande dessinée. Pourquoi cette différence entre les genres ? Tu écris, tu racontes des histoires…

Andoryss : Je suis d’accord, je suis autrice, j’écris. Néanmoins, je trouve que cette distinction permet effectivement de toucher différents publics. Certains vont être intéressé par les romans jeunesse, d’autres par les bandes dessinées, etc. Si je me contentais de dire « je suis autrice », je ne leur donne pas les billes pour interagir avec moi. Quand je multiplie les supports, je leur donne les billes pour interagir avec moi et j’adore quand les gens interagissent avec moi.

Pourquoi une distinction entre Andoryss, Mel Andoryss et Mélanie Guyard ? 

Andoryss : Je pense que le nom de l’autrice (moi en l’occurrence) doit autant refléter le contenu du livre que le titre de celui-ci. Ça ne me dérange pas d’avoir vingt millions de pseudos car ma plume est différente selon ce que je raconte et certains bouquins trouveront mieux leur public si je n’utilise pas tel ou tel pseudo. Les âmes silencieuses (4) ne se serait pas bien vendu si j’avais laissé Mel Andoryss dessus, parce que le public aurait cru à quelque chose de bizarre. C’est un roman de littérature générale et Mélanie Guyard ça leur parle plus.

Tu vas écrire un jeu vidéo ? Peux-tu nous en dire plus ?

Andoryss : J’ai été recrutée par la région Picardie pour écrire un jeu vidéo autour du pays du coquelicot . Je le fais avec Clément Lefèvre  et Pixel Hunt. Pour réaliser ce projet, on va travailler deux ans dessus, en résidence ponctuelle.

Les projets ne s’arrêtent jamais chez toi. Ils portent tous des codes secrets : « Sang, Benedict, Les Loups » etc. Pourquoi mettre des codes ? Pourquoi ne jamais s’arrêter d’avoir des projets ? 

Andoryss : Je mets des codes car je suis un peu superstitieuse. Le projet ne reçoit son nom définitif que lorsqu’il est terminé. J’utilise des codes tant que le projet est en travail. Notamment pour le projet « Sa Collab ». Le titre original était Sa Collaboration. Il a changé en cours de route pour devenir Les âmes silencieuses… Il paraît que Sa collaboration ne faisait pas vendre (rires). Au final, on se retrouve avec des codes qui sont bien différents du projet final. Si certains projets restent à l’état de projets, c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé d’éditeur mais ils ont à vocation d’être publiés quand même. 

Entre tes projets et les parutions, il se passe beaucoup de temps : quatre, cinq, voire dix ans. Pourquoi autant de temps entre la première pensée et le livre, voire le manuscrit ?

Andoryss : Prenons mon Grand Œuvre, avec des majuscules à tous les mots, qui n’est absolument pas paru, qui s’appelle « Les loups ». La première fois que je l’ai écrit, j’étais en cinquième. Il avait besoin d’être réécrit (rires). À l’heure actuelle, il a été réécrit treize fois… De mémoire, je dois être à la version 13.1.5 pour des raisons qui ne regardent que moi. Je ne pense pas qu’il y aura une version 14. Le premier volume a l’air pas mal… Néanmoins, je me réserve le droit de revenir sur cette déclaration quand j’aurai écrit les six volumes. Du fait de sa taille et de son contenu, comme il y a six tomes de prévus, les éditeurs n’en veulent pas. C’est trop gros, c’est inclassable : Ce n’est pas du polar, ce n’est pas de l’enquête, ce n’est pas de la jeunesse mais ce n’est pas non plus de l’adulte. Si je publiais ce bouquin-là, les éditeurs ne sauraient pas où le mettre et les libraires ne sauraient pas où le placer. Comme ça se passe dans les années 1990, je commence à avoir un décalage temporel de folle furieuse. Actuellement, la mode est encore aux années 1980, j’attends encore vingt ans, ce sera les années 1990, on sera pile-poil dedans. Je le sors à ce moment-là, on est bien ! Il y a d’autres projets qui prennent du temps. Je les ai écrits, ils ont besoin d’être réécrits, mais je n’ai pas le temps. Je favorise les projets signés et j’écris sur mon temps libre les projets non-signés, mais qui prennent du temps avant de sortir. Il y a notamment un projet du nom de code : « Odyssée » sur lequel je bosse depuis dix ans. C’est un roman de fantasy jeunesse animalière du type Brisby et le secret de NIMH, avec une société de souris. Je l’aime d’amour, il est séquencé, je ne l’écris que quand j’ai du temps libre, ça fait trois ans qu’il est commencé.

Comment évolue le cycle des « Loups » ? Une double saga familiale dans le milieu de la mafia, que tu as prévue en six volumes et sur laquelle tu travailles depuis plus de dix ans ?

Andoryss : « Les Loups », c’est mon Grand Œuvre, c’est le roman pour lequel j’écris tout le reste. Tous les autres romans n’avaient pour vocation que d’aiguiser ma plume pour « Les Loups ». Alors derrière j’ai publié, d’autres histoires se sont imposées, mais la première motivation qui m’a amené à écrire d’autres histoires, c’était pour améliorer ma plume afin d’écrire cette saga. Je pense que « Les Loups » sont dans ma bibliographie ce que La Tour Sombre est dans la bibliographie de Stephen King. C’est l’œuvre pour laquelle j’ai vécu mon écriture, c’est l’œuvre pour laquelle j’écris, mais en même temps, c’est celle qui est la plus inaccessible à mon public. Je l’ai fait lire à des bêta-lecteurs et j’ai une réaction de 50/50. Soit les gens aiment et ils sont fans, ils attendent la suite. Soit ils n’accrochent pas tout en aimant le reste de ce que je fais. J’ai beaucoup de pression de la part de ceux qui ont aimé. Je travaille beaucoup sur les secrets de famille et sur les interactions des héritages. Les lecteurs développent une forme d’addiction, ils veulent connaître la suite des secrets de famille.  Je ne pense pas que j’arrêterai d’écrire, mais c’est la fin de mon premier cercle, en sachant que tout ce que j’écris a pour vocation de m’aider à faire sortir « Les Loups ».

Tu t’intéresses à l’interaction des personnages, à la famille. Pourquoi ? C’est un thème qu’on retrouve dans tous tes livres. 

Andoryss : Je suis absolument passionnée par un thème : l’héritage familial. Comment les enfants se débrouillent avec ce qu’ont fait leurs parents, des choix de leurs parents ou de leurs grands-parents. Tu nais dans une famille et tu en portes le poids. Quel que soit le roman dont je parle, le thème est toujours le même. C’est fascinant parce qu’il me semble que c’est un équilibre dans lequel on peut tout faire. C’est vraiment un jeu dont vous êtes le héros ! On a plein de voix, de réactions par rapport aux situations familiales qui nous sont imposées. On a l’acceptation, la vengeance, la résilience… On va même polluer les réactions familiales en réaction au passif qui nous pèse dessus. Il y a plein de façons de faire et je trouve qu’explorer ces différentes réactions c’est fascinant.

Dans tes univers, il y a une chose qu’on retrouve systématiquement : une clef. Pourquoi ? 

Andoryss : À cause des loups ? (rires) C’est le premier élément de mon imaginaire. La première héroïne que j’ai créée s’appelle Jo, c’est un personnage des « Loups ». Je l’ai créée quand j’avais huit ans et elle avait une clef en argent autour du cou. Or, je trouve sur un marché la clef que j’ai imaginé. Je demande à l’avoir pour Noël. On me répond non et en fait, au matin de Noël, la clef est au pied du sapin… Le premier miracle de Noël ! Je la porte toujours. Elle a été fondamentale dans ma création d’univers. Je trouve que la symbolique de la clef est très forte et comme c’est cette clef qui a été à l’origine de tout, que ce soit mes personnages, mes histoires, elle représente la pierre fondamentale sur laquelle j’ai construit mon édifice. 

La clé d’Andoryss

Quand tu parles de tes personnages, tu dis : « Je n’aime pas avoir un héros, parce que je crois moyennement à l’héroïsme individuel, alors que j’ai une foi inébranlable en la force du groupe. » Donc tu ne crois pas à L’architective ou au Passageur…

Andoryss : Ce n’est pas vrai ! Même si ce sont des héros individuels, ils sont forcément accompagnés. Armand (un personnage de L’Architective (5), ndlr) a un ami qui le soutient et Malaurie qui arrive au cours du roman va participer à ce soutien. Même si ses parents sont aux abonnés absents et c’était une caractéristique voulue au moment où j’ai créé le bouquin, il n’est pas seul. Quant à Matéo (un personnage du Passageur (6), ndlr) il dispose de son frère et de sa soeur qui participent à son travail. Il a aussi la communauté Rom à laquelle il appartient et qui lui permet d’avoir un point de repère pour la suite.

Tu n’aimes pas les sauts de temporalité, mais tu écris des livres qui parlent d’espace-temps. C’est paradoxal !

Andoryss : En fait, je n’aime pas les sauts de temporalité intra-récit. Je sais exactement d’où vient cette réflexion. Elle vient des Princes d’Ambres (de Roger Zelazny, ndlr). Quand j’ai lu  « Les 20 années suivantes… », etc. j’ai lâché le bouquin. Non ! Je refuse ce genre de choses ! Je trouve ça abominable ! Tolkien nous fait traverser toutes les terres brumeuses pendant des pages et des pages… C’est chiant comme la mort. On a envie que Frodon arrive, mais si l’auteur avait écrit  « Ils voyagèrent pendant quarante jours et ils arrivèrent en Mordor. », j’aurais lâché le bouquin de la même façon. On n’a pas le droit de faire ça, c’est une rupture de contrat ! Quand on fait une ellipse, on la fait bien. On ne la fait pas à l’intérieur d’un roman ou alors de façon extrêmement efficace. On a le droit de résumer l’enfance d’un personnage, de faire un prologue et d’embrayer sur la suite, mais les sauts de temporalité c’est très casse-gueule et je n’aime pas quand ils sont mal faits. Je suis désolée de le dire, mais dans Les Princes d’Ambre, c’était très mal fait ! Les gens vont me détester pour ça et ce n’est pas grave ! 

Dans l’histoire de Spider-Man, il y a cette réplique : « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », mais chez toi, les personnages ne sont pas infaillibles, ce ne sont pas des super-héros.

Andoryss : Je pense que les super-héros sont super-humains. C’est ça que j’aime beaucoup dans le travail d’Alan Moore, c’est que ces super-héros sont plein de défauts. Dans Watchmen, le comédien est une plaie ! Ils sont tous faillibles ! Docteur Manhattan quand on y regarde de plus près, il a perdu son humanité. Il fait les choses parce qu’il pense que c’est ce que les autres attendent de lui mais il n’a plus d’interaction avec les gens, même plus avec la femme qu’il aime. J’aime les héros faillibles. Dans V pour Vendetta, le héros est déterminé et sa plus grande faille, c’est justement son auto-détermination. Au moment où il se lance dans la lutte, il est déjà en tort par ses méthodes, mais il accepte ça, il emporte le monde avec lui dans sa chute, il accepte de chuter avec le monde. Il le fait très bien, mais ce n’est pas un héros, c’est un monstre ! 

Toi qui n’aime pas l’héroïsme individuel ou qui préfère les héros faillibles, comment as-tu vécu ce déferlement de films de super-héros ?

Andoryss : Comme une explosion de popcorn ? Si on me demande de choisir entre Pitch Black et Iron-Man, je choisis Pitch Black. Mais aller voir un film Marvel ou ce genre de choses, c’est vraiment du popcorn. Je trouve qu’ils ont fait du bon travail. Sur certains aspects, leurs héros sont faillibles. Dans Civil War, Captain America dit qu’il n’est pas d’accord avec ça. Le film lui dit que s’il n’est pas d’accord avec, il devient un méchant. Et Captain America accepte. On voit où Captain America pose ses limites. On a le droit d’être d’accord ou pas, mais il cesse d’être un super-héros parfait. Ça c’est intéressant ! Le seul super-héros parfait, c’est Superman et il est assez insupportable, il faut le savoir. Ce qu’ils ont fait avec les personnages dépasse ce qui avait été fait dans les comics, mais ça rejoint ce qui a été fait depuis. Il y a toute une génération dans les années 1990 qui s’est amusée à challenger les limites des super-héros et à détruire leur aura. Même si Marvel s’est inspiré de la genèse officielle de ses super-héros, ils ont accepté de garder cette part d’ombre, là où dans les années 1980, on restait sur des super-héros intouchables et parfaits.

Tu détestes faire des recherches. Alors explique-moi cette phrase de David Chauvel : « Andoryss, la scénariste, adore ce genre de choses. C’est une créatrice de mondes, capable de dessiner des plans, des cartes, de définir la faune, la flore ou la toponymie d’un monde imaginaire. c’est un de ses nombreux et indispensables apports au projet. » On parle évidemment des 5 Terres. (7) 

Andoryss : Il y a une nette différence à passer des heures à chercher des faits réalistes et inventer ex nihilo un univers. J’adore inventer un univers. Mais quand je réalise Les 5 Terres, ce n’est pas de la recherche, c’est de l’invention pure. Je me demande comment sont composés les continents. Où sont les fleuves, les villes, les montagnes ? Que mangent-ils ? Quels dieux vénèrent-ils ? Créer un univers, ça m’évite de faire des recherches ! Le premier volume des 5 Terres est sorti, mais nous sommes à l’écriture du septième volume, le dessinateur est sur le troisième volume. Aux alentours du volume 4 ou 5, un des membres de l’équipe s’étonne d’avoir des armures de cuir, alors que ce sont des animaux. D’où vient le cuir dans ce cas ? David a dit : « Je laisse Mélanie répondre »… Et j’ai une réponse ! Je sais d’où vient le cuir, quelle est son économie, qui le fournit, comment il est récupéré, etc. Un des cinq continents fournit en cuir l’intégralité des cinq terres. 

Ton chef vénéré (David Chauvel) te pose cette question : « Cette capacité incroyable que tu as à inventer des personnages, est-ce inné ou acquis ? »

Andoryss : Oh p… c’est chaud comme question ! Je pense que c’est de l’acquis, c’est comme faire de la bicyclette. En fait, je suis une insomniaque chronique. L’un des moyens que j’ai trouvé pour m’endormir quand j’étais adolescente et que j’ai commencé à avoir des troubles du sommeil, c’était de créer un personnage et de le mettre dans un monde. Je regardais comment ça se passait. Le temps qu’il traverse trois rues, je m’endormais. Le lendemain, je récupérais le même personnage dans la troisième rue et j’essayais de voir la suite. Je crée des histoires et des mondes… Pour dormir. À force d’utiliser les même chemins neuronaux, Le cerveau se dit que c’est très employé donc c’est utile. Ces chemins de créations de monde, ça a été tellement emprunté que maintenant, c’est un feu d’artifice ! Quand je veux créer un monde, mon cerveau me dit :  « J’ai plein d’idées ! » (rires)

Tu as un agent. Quelles sont tes relations avec elle ? Que traite-t-elle?

Andoryss : Roxane est en charge de tous mes romans, par contre elle ne touche pas à la bande dessinée, car cette partie appartient à David. J’ai toute confiance en lui. Il a toujours tenu ce double rôle : c’est lui qui négociait mes contrats, mes avances, etc. Je ne me voyais pas le by-passer en lui mettant quelqu’un entre les pattes. La relation que j’ai avec David est très privilégiée et j’y tiens. En dehors de ça, Roxane, c’est un coach et c’est une personne à qui je vais pouvoir déléguer tout ce que je suis incapable de faire. Relancer les éditeurs, négocier mes contrats, négocier l’à-valoir… Un des plus beaux jours de ma vie, ça a été le jour où Roxane m’a dit : « Ne t’occupe pas de ça, c’est mon travail. Toi, contente-toi d’écrire. »

Tu fais partie du Collectif de Créatrices de Bandes Dessinées. Peut-on te définir comme militante ?

Andoryss : Je ne sais pas car je pense que j’occuperai la place de gens qui le font mieux que moi. Je suis une sympathisante militante féministe. Je vais lutter pour l’emploi du mot « autrice », je vais parler des luttes, mais on me verra très peu répondre aux haters sur Internet ou participer à des débats publics parce que tout en étant sympathisante, je hiérarchise énormément mon emploi du temps. Cette lutte, même si je suis très sympathisante, ce n’est pas une priorité.

Que penses-tu du fait qu’il n’y ait pas ou peu d’autrices au programme du bac ou lors des sélections de prix ? 

Andoryss : Nous souffrons toujours d’un défaut d’attention de la part des gens. Aussi bien les mecs que les nanas. Une femme sera moins écoutée, moins prise au sérieux, elle retiendra moins l’attention qu’un mec. Les médecins commencent à le dire, il y a un problème d’écoute de la douleur féminine. Du côté des femmes, c’est pire. Elles sont tellement résilientes, elles ont tellement l’habitude de souffrir en silence que quand elles commencent à se plaindre… En parallèle, l’homme, ça ferait deux ou trois mois qu’il serait à l’hôpital. On a une quantité hallucinante de femmes diagnostiquées avec des cancers en phase terminale juste parce qu’elles ont fermé leur gueules ! Une quantité plus importante que celle des mecs parce que les femmes taisent leurs douleurs. C’est une part d’inné et d’acquis. Dans la nature, les proies font le moins de bruit possible lorsqu’elles accouchent pour ne pas attirer les prédateurs. Ce silence, c’est quelque chose qui va se retrouver dans la nature, mais nous sommes une société civilisée, nous sommes censés avoir établi une forme d’équilibre entre les sexes. Il serait temps de le faire pour de vrai et de considérer les gens pour ce qu’ils sont. Pour en revenir au bac et aux prix, c’est un escalier avec plusieurs marches. À quantité égale d’hommes et de femmes qui écrivent, plus d’hommes soumettront leurs romans. À quantité égale de soumissions de romans, plus d’hommes seront publiés. À quantité égale d’hommes et de femmes publiés, plus d’hommes auront un tirage supérieur. À ce moment, on se rend compte que la proportion de femmes est très faible… À quantité égale de tirages, les hommes seront plus mis en avant. Ce n’est pas étonnant qu’ils se retrouvent sur les prix, ils sont plus lus. Ça fonctionne parce que toutes les marches de l’escalier mènent jusque-là. C’est d’une logique implacable.

Nous sommes en novembre et novembre, c’est ? 

Andoryss : NaNoWriMo ! (rires)

Peux-tu expliquer ce que c’est ? Depuis combien de temps le fais-tu ?  

Andoryss : Le NaNoWriMo , c’est le National Novel Writing Month. C’est un mois où nous écrivons en moyenne 1667 mots par jour. En moyenne, puisque le but c’est d’arriver au 30 novembre avec 50 000 mots. Je me souviens d’une année bénie où j’ai fait un NaNoWriMo en 7 jours. C’était super mais je ne le referai plus jamais. Ça sert à détecter spontanément les tics d’écritures. Quand on écrit 1000 mots par jour, on va se rendre compte qu’on emploie toujours les mêmes verbes, les mêmes intonations, les mêmes phrases, etc. En terme de rythme, c’est mortel. Quand on se rend compte au bout de trois jours qu’on a le même rythme, ça tue tout. En cours d’écriture, on soulève les tics, on les corrige, on en découvre d’autres et c’est très bien pour ça ! Le NaNoWriMo c’est aussi le principal allié des gens qui veulent écrire. Le principal écueil des gens qui veulent écrire, c’est qu’ils ne finissent jamais. Avec le Nanowrimo, on écrit et on finit. C’est la vidéo d’Ira Glass que je publie régulièrement sur mon blog. Elle dit de finir, d’aller jusqu’au bout ! On a le droit que ce ne soit pas parfait à la fin du premier jet, mais il faut faire un premier jet parce que vous saurez que vous en êtes capables. Quand on est capable de quelque chose, alors on peut déplacer des montagnes !



Qu’est-ce c’est pour toi ? Qu’est-ce que ça t’a appris ? 

Andoryss : Le NaNoWriMo c’est un exercice. Ça m’a appris que mon écriture était toujours perfectible. Ça m’a donné des clefs sur l’écriture. Le syndrome de la page blanche n’existe pas par exemple. Tu ne sais pas ce que tu dois écrire, ben tu te bottes le cul. Ce que tu écris, c’est de la merde ? Ce n’est pas important parce que comme tu te seras forcé à écrire de la merde, la scène suivante viendra spontanément et elle sera superbe. Tu n’aurais jamais réussi à écrire si tu l’avais juste pensé pendant des semaines. Ça m’a appris aussi qu’on a tous peur, parce qu’on est des milliers à écrire pendant le NaNoWriMo. On voit ces personnes qui ont peur, qui n’y arrivent pas, on les soutient parce qu’on est passé par là. Internet a permis ça, c’est une émulation monumentale.

Êtes-vous beaucoup à le pratiquer entre auteurs ? 

Andoryss : Oui, il y en a. Au fil des années, il y a de moins en moins d’autrices et auteurs professionnels qui le pratiquent, mais ce n’est pas parce qu’ils ont déconsidérés l’exercice. Il y a des deadline d’écriture. On ne peut plus passer un mois à écrire un projet dans le vent. Quand ça tombe bien, on peut écrire un projet de roman sur le NaNoWriMo, mais il ne faut pas se leurrer, à la fin du mois de novembre, le roman est à réécrire. Aucun roman écrit en un mois n’est bon spontanément.

Sur ton blog, tu commentes cette phrase de Ray Bradbury : « Your intuition knows what to write, so get out of the way  » (8), par le fait que le NaNo le permet. Est-ce que les autrices-auteurs sont trop timorés dans l’écriture ?

Andoryss : Ce n’est pas une question d’être timoré, c’est une question de maîtrise. En fait, il y a un travail à faire dans l’écriture, un travail de lâcher-prise. C’est la discussion des architectes et des jardiniers. Il y a un travail de jardinier à faire quand on est architecte et vice-versa. Il faut les deux dans ce monde, mais il y a un truc très fort qui est un manque dans la plume quand on ne l’a jamais expérimenté… Il y a des moments de grâce. Les personnages savent mieux que nous où ils veulent aller et ce qu’ils doivent faire. C’est ce que disait Olivier Paquet hier pendant la table ronde ( Le story telling, un nouveau code social? Festival des Utopiales) : « Je laisse les personnages être et ils m’apprennent des choses sur l’histoire que je veux raconter ». C’est exactement ça. À un moment, il faut accepter de ne pas savoir ce que tu es parti pour écrire, de voir les scènes au moment où elles arrivent et de les accepter. Il faut faire confiance aux personnages, ils s’en sortiront tout seuls, ils n’ont pas envie de mourir. Il faut lâcher-prise. Peut-être que notre cerveau, notre intuition, nos rêves savent mieux que nous comment écrire une bonne histoire.

Tu te définis comme jardinière. Comment ça se passe pour l’écriture ? Le point final l’est-il ou les personnages ont encore des choses à dire ?

Andoryss : Je suis une jardinière qui se soigne. Sur certains points, j’ai besoin d’être architecte. Quand on est jardinier, il ne faut pas croire qu’on va tout écrire au fil de la plume et que ça va être super. Il y a des gens qui y arrivent, mais pas moi. Quand on ne veut pas écrire de la merde, il faut accepter l’idée qu’il faut faire un premier jet et qu’il faut le réécrire. Je suis un animal de réécriture. Je ne réécris pas tout, mais assez régulièrement, je réécris des portions entières de mes romans, parce que la fin m’a appris ce que je voulais vraiment raconter. Je fais un premier jet, mais ce n’est pas une œuvre. Derrière, il va falloir que j’efface, je peaufine, j’affine et je finis par obtenir quelque chose qui peut être appelé un roman. 

Tu dis être jardinière mais dans ta vie tout est régit par emploi du temps. Ce ne serait pas de l’architecture ?

Andoryss : J’ai besoin d’avoir des points de repère dans mon univers pour ne pas avoir l’impression de ne rien faire. Malgré ça, j’ai souvent l’impression de ne pas en faire assez. Le fait d’avoir un emploi du temps ça me permet de me dire qu’à la fin de la période je ne me suis pas tournée les pouces. Si je ne le faisais pas, j’aurais fait la même chose, mais je me lamenterais parce que j’aurais l’impression de ne pas avancer. L’emploi du temps, c’est une méthode pour éviter l’écueil du désespoir qui me retarde. Quand on s’épuise et qu’on est désespéré, on écrit beaucoup moins que quand on est fatiguée, mais conscient de ce qu’on a fait jusque-là.

La musique est-elle présente dans la vie de tous les jours ou uniquement pendant les phases d’écritures ? 

Andoryss : Dans la vie de tous les jours, j’ai davantage de musique à parole. Mes BO d’écriture, ce sont des musiques sans parole. Ce sont généralement des bandes originales de films, de jeux vidéos. Quand j’écoute pour le plaisir, j’écoute des chansons. Il y a une unique exception : « Les loups ». Le projet a une bande originale composée de chansons. Mais « Les loups » c’est l’exception à tout…

On rappelle que tu es jardinière, que la musique d’écriture pourrait te transporter, mais tu la sélectionnes d’avance. Ce ne serait pas de l’architecture ?

Andoryss : Hmmm, je ne sais pas. Souvent, avant de choisir une bande originale, j’ai des idées préconçues. Je me mets sur YouTube avec la musique à laquelle j’ai pensée et je laisse le mode aléatoire défiler. C’est comme ça que je suis tombée sur Max Ritcher pour le roman  « #tempête ». De Max Ricther, je suis passée à celle de Shutter Island. J’ai donc trouvée ma bande originale sans la connaître à l’avance, par inadvertance.


On reste dans la musique, avec ton travail sur Peer Gynt et Casse-Noisette (9). Comment adapter un conte qui va être produit en musique et en bande dessinée projetée ? 

Andoryss : Peer Gynt était super compliqué. J’étais obligée de tenir compte de la musique car c’était une bande dessinée sans parole. Il fallait que les planches apparaissent à l’écran selon un certain timing correspondant à la musique qui allait être jouée. On m’a donné l’ordre et la temporalité des morceaux. Je suis allée chercher la musique, je les ai enchaîné pour les avoir dans le bon ordre et la bonne temporalité et j’ai écrit avec ça. Je mettais des timer pour que ce que j’écrive, c’est ce qu’on entende. C’était un travail de grande précision. Notamment, à un moment, Peer Gynt sort d’une caverne et Solveig fait sonner les cloches. Je voulais qu’au moment où les cloches résonnent, le lecteur arrive sur la case où on les voyait sonner. C’était du travail de chirurgie. Ça a été compliqué à cause de ça. Cette année, on adapte Casse-Noisette et c’est beaucoup plus simple, parce qu’il y a un conteur. Cette personne va parler entre deux morceaux de musique et après, les images vont raconter ses paroles pendant que la musique est jouée. C’est quelque chose de beaucoup plus facile à faire. Si l’image n’est pas au bon moment, ce n’est pas grave il y a eu le conte avant.   

Comment travailles-tu ?

Andoryss : Pour tout ce qui est scénario, je l’ai fait toute seule. Il a fallu que j’explique à l’orchestre de Paris que j’avais besoin des morceaux de musique et de leurs successions. Ils ont mis du temps à me les fournir, parce que c’est le chef d’orchestre qui les choisissait. On ne savait pas quel morceau allait être joué. À partir du moment où je l’ai su, j’ai travaillé toute seule sur le scénario et après, j’ai travaillé en partenariat avec Noémie Chevalier, l’illustratrice, puis avec l’orchestre de Paris pour ajuster le tout. Mais au départ, je suis toute seule sur le scénario.

Nous sommes en novembre, est-ce que la to-do list 2019 est remplie ?    

Andoryss : Pas du tout. De temps en temps, la vie arrive avec un marteau et fait voler ton emploi du temps en éclats. J’aurai dû finir deux romans d’ici la fin de l’année, ce n’est pas fait. J’ai encore l’espoir de finir l’un des deux ! Je ne finis jamais mes to-do list. Elles sont toujours trop chargées. Le but n’est jamais de les réaliser, mais de prioriser mon emploi du temps. Ça me sert également de point de repère à l’horizon vers lequel je tends. Si je fais dix kilomètres au lieu de vingt, ce n’est pas grave, je suis toujours dans la bonne direction.

On peut dire que tu es une geek. Comment travailles-tu maintenant que technologie doit rimer avec éthique et écologie ? Fais-tu des choix de logiciels, de matériel ?

Andoryss : Je le fais parfois. Mon moteur de recherche par défaut c’est Ecosia, mais de temps en temps, je ne trouve pas ce que je veux, alors je repasse sur Google, parce que Ecosia est « moins » efficace que Google. Mais « j’aime bien mes chaussons ». Je suis habituée à Word et je ne suis pas passée sur OpenOffice. J’essaie effectivement mais les logiciels libre de droits n’étant pas ceux sur lesquels j’ai appris, je m’en sers extrêmement peu parce qu’il y a une forme de satisfaction à retrouver un logiciel qu’on maîtrise. Ça fait des années que sur l’impulsion de Lionel Davoust, je devrais passer à Scrivener. J’ai fait le tutoriel, j’ai trouvé ça génial. Sauf que comme ça va me demander un travail d’adaptation, je refuse systématiquement d’y passer complètement.

Aux Utopiales, tu es modératrice, tu passes à une autre étape. Quel est ton sentiment ? 

Andoryss : Comme à chaque fois que je fais quelque chose… J’ai un gros syndrome de l’imposteur (rires). C’est quelque chose qui est difficile à combattre. À un moment, j’ai eu un manque de légitimité parce que je n’avais pas fait d’études littéraires et que j’étais autrice. Pendant très longtemps, je ne me suis pas sentie à ma place. Puis, il y a eu des petits détails qui m’ont remis dans le droit chemin… Par exemple, j’ai assisté à une masterclass de Lionel Davoust sur la création d’histoires. Quand il m’a vu rentrer, Lionel m’a demandé :
« Qu’est-ce que tu fais là, Mélanie ? Tu sais créer et raconter des histoires.
— Je n’en sais rien, je ne sais pas. »
Pendant la masterclass, il nous a fait faire quelques petits exercices et les réponses m’ont semblé évidentes. Je suis sortie en me disant que j’étais capable d’être pertinente sur certaines choses. Par ajout de petites pièces où je me disais que j’étais pertinente, j’ai pu étouffer mon syndrome de l’imposteur sur l’écriture de scénarios et de romans. Maintenant, on me demande de modérer des tables rondes. C’est nouveau, donc je suis à nouveau une impostrice… On en reparle dans trois ans !

La dernière question vient de Charlotte Bousquet, ton éditrice sur Le Passageur :  « Passageuse ou Pythie ? »

Andoryss : Définitivement Pythie. Le Passageur se soumet à un pouvoir qui lui est supérieur et dans lequel il doit aider les gens. La Pythie, c’est quelque chose qui lui tombe dessus. Elle est obligée de le faire, sinon elle devient folle et en même temps, c’est à la fois une malédiction et quelque chose qui est complètement incontrôlable. Le Passageur contrôle ses voyages dans le temps, et le fait de répondre aux âmes dévoreuses. Il y a une forme de maîtrise qui n’existe pas chez la Pythie. Je me sens plus Pythie. Je ne suis pas en contrôle de mes histoires, je suis un vecteur. J’ai vraiment l’impression d’être cette élue d’Apollon qui est traversée par la volonté du dieu et qui n’a pour vocation que de le restituer à la bonne personne. Moi, en tant qu’autrice, je me sens traversée par mes histoires et je suis en charge de les restituer. Je suis une Pythie.

Merci à Andoryss d’avoir accepté cette rencontre, malgré un emploi du temps surchargé.
Merci à Marielle pour les corrections.
Merci à Charlotte Bousquet et David Chauvel pour les questions.

(1) (2) (3) (7) sont des bandes dessinées éditées aux éditions Delcourt. 
(7) L’interview de David Chauvel vient du site Tout en BD.
(4) Les âmes silencieuses est un roman paru aux éditions du Seuil
(5) L’architective est un roman paru aux éditions Castelmore
(6) Le passageur est une série de romans parus aux éditions Lynks
(8) Votre intuition sait quoi écrire, alors écartez-vous de son chemin
(9) Casse-Noisette est un concert en famille par la Philharmonie de Paris. Le concert se déroulera le 30 novembre. Il n’y a plus de place.

Les citations de Ray Bradbury et Andoryss sont issus du blog de l’autrice

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