U4 : KORIDWEN

koridwen-u4Au fin fond de la Bretagne, Koridwen a survecu au filovirus U4. Contre toute-attente, elle se red à Paris, en tracteur. Elle emmène avec elle, Max, son cousin, légèrement attardé. 541 kilomètres les séparent de la capitale. Un rendez-vous les attend le 24 décembre. Un rendez-vous fixé le maître d’un jeu en ligne : Warriors Of Time.

Yves Grevet (Nox, Des Ados Parfaits) s’est embarqué dans le projet U4. Quatre auteurs, quatre romans qui parlent de survivants après une apocalypse. Les adultes n’ont pas survécu. Après le Stéphane de Vincent Villeminot, j’ai plongé avec délectation dans l’univers d’Yves Grevet. Des les premières lignes, il accroche son lecteur par sa plume élégante et sympathique. Il ne nous lâchera pas durant les 400 pages du roman.
Outre le style, l’auteur a rajouté un brin de magie celtique. Koridwen aurait des dons. Ce sera au lecteur de le découvrir, mais cette quête initiatique ne sera pas sans quelques éléments magiques : une personne protégée par les dieux, des incantations considérées comme la plus ancienne poésie bretonne.
Quant à Koridwen, ce voyage sera une double quête initiatique : le rendez-vous donné par Khronos et ses dons qu’elle ignore. Foncièrement gentille, elle n’hésite pas à défendre ses amis, au point de passer le point de non- retour. L’auteur ne s’embarrasse pas de faux-semblants. les maladies, la folie, la mort seront le lot quotidien des personnages. Chaque auteur va gérer sa création. Est-ce son caractère, les incantations ou son don ? Koridwen ne baissera jamais les bras. Elle évite de trop réfléchir, elle tente d’avancer pas à pas.
Ce deuxième tome indépendant montre la difficulté d’assembler 4 auteurs autour d’un même espace temps. Les personnages se croisent, on commence à comprendre les interactions (quitte à relire les précédents romans). Bien qu’il se déroule en parallèle de Stéphane, Koridwen est un roman de survie positif, elle en est le contraire. Deux personnages d’autant plus troublants que les auteurs ont pris les personnages féminins et les autrices, les personnages masculins. A suivre pour connaître les 4 visions des personnages.

A l’opposé de plusieurs romans post-apocalyptique, Koridwen est un livre qui prône l’amour et ce qu’il y a de meilleur en nous. Néanmoins réaliste, il nous invite à nous dépasser et à croire en nos proches.

U4 : KORIDWEN
AUTEUR : YVES GREVET
EDITIONS : NATHAN/SYROS

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U4 : STEPHANE

u4-stephane-vincent villeminotUn virus mortel a déferlé sur l’Europe. Baptisé U4, il a décimé plus de 90% de la population. Seuls rescapés, les adolescents. Parmi eux, des joueurs d’un jeu sur Internet : Warriors Of Time (WOT). Lors de leurs dernières connexions, un message du maître du jeu, Khronos, les invitent à se retrouver sur Paris.

Stéphane vit à Lyon. Fille d’un épidémiologiste, elle a appris a survivre. Elle pense que son père est en vie et préfère attendre, plutôt que de rejoindre les R-Point. Mais à côté de ce semblant d’organisation, des pillards commencent à cerner le quartier. Une seule règle : survivre !

Comment vivrait-on si en une dizaine de jours, tout le monde actuel s’écroulerait ? Il ne reste que les adolescents. Les adultes restant sont confinés pour ne pas être exposés au virus et trouver la solution. Avec un roman-concept, difficile de faire évoluer l’univers comme on le voudrait. Les contraintes sont nombreuses pour être raccord avec les autres romans. L’auteur imagine un Lyon post-apocalyptique, réorganisé par les adolescents. Là où un succédané de Sa Majesté des Mouches aurait été risible, L’auteur  raconte les évènements à travers les yeux de Stéphane. L’ambiance qui est froide, sombre peu à peu dans la folie et la mort. Les rencontres ne sont pas forcément les bonnes, les décisions non plus. Vincent Villeminot tisse une trame dure où rien ne sera épargnée à son personnage. Mensonges, meurtres, marché passé pour sa survie ou celle des autres. Effrayant de réalisme, on suit la dégringolade d’une civilisation. Coïncidence du calendrier de parution et de l’actualité, on suit aussi des réfugiés et notre double sentiment (acceptation/refus) envers eux.
Stéphane est loin d’être une fille ordinaire. Son prénom, ses cheveux gris, sa connaissance du milieu médical… Elle semble être une Héroïne, mais intelligemment, Vincent Villeminot va montrer une psyché plus contrastée. Si elle a ce côté frondeur, solitaire,  l’autre côté  est plus fragile et ses relations à son père, Marco, Yannis montrent l’attachement qu’elle apporte aux relations homme/femme. On aperçoit la future femme qu’elle pourrait être par son autorité, son (mauvais) caractère, mais les évènements du récit révèlent toutes les nuances de l’adolescence. Tantôt emmenée par l’action, tantôt « action » elle-même, Stéphane est un personnage fort auquel on peut facilement s’identifier. Un défi pour l’auteur qui prend un personnage à l’opposé de son sexe (comme les autres participants d’U4).

U4 n’est pas un roman, mais un concept. 4 auteurs (Carole Trébor, Florence Hinckel, Yves Grevet, Vincent Villeminot) s’associent pour créer un monde post-apocalyptique. Chacun prend en charge l’un des survivants. Les différents personnages se rencontrent dans l’un des 4 romans (publiés le même jour), mais chacun des livres est autonome et surtout, on peut commencer dans n’importe quel ordre ! Un travail d’écriture insensé, qui ne se révèlera qu’à la fin du quatrième livre.

Avec une écriture acérée et un rythme soutenu, Vincent Villeminot raconte les pérégrinations de Stéphane. Malgré une baisse de tension au milieu, on est accroché dès le début et l’attention ne retombe pas.

U4 : STEPHANE
AUTEUR : VINCENT VILLEMINOT
EDITIONS : NATHAN/SYROS

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CIEL 2.0 : LE PRINTEMPS DE L’ESPOIR

ciel-2.O-printemps-de-l-espoir« Collaborez ou disparaissez » Tel avait été l’avertissement de l’intelligence artificielle. Maintenant, des groupes d’hommes et de femmes résistaient. Cette attitude avait un prix. Ceux qui étaient pris à défier la machine ne revenaient plus.

Le premier tome de CIEL nous ouvrait l’univers  de la famille Keller. Une famille éparpillée aux quatre coins du monde et qui, à leurs façons, résistent au nouveau gouvernement mondial. Johan Heliot a la bonne idée de séparer les deux tomes par quelques semaines. La situation évolue pour les personnages. Si à chaque fois elle paraît désespérée, nos héros réagissent au mieux de leur intérêt : résistance active ou passive, résignation ou au contraire, l’espoir d’un jour nouveau.
En mettant les membres de la famille Keller des deux côtés de la barrière (collaboration/résistance), l’auteur montre aussi bien la volonté de survivre, quel qu’en soit le prix, l’espoir d’un avenir meilleur, mais dans tous les cas, on oublie toujours le prix à payer. Un prix toujours trop fort quand arrive « l’addition ».
Le plus étonnant reste CIEL. Après avoir assouvi l’humanité, son plan permet un retour à la nature. Si la finalité peut sembler positive, les moyens sont sujets à caution : camps de concentration, dénomination par des chiffres, recyclage des humains improductifs, collaboration expéditive des humains, etc. Cette énumération rappellera les heures les plus sombres de l’humanité : la seconde guerre mondiale. L’auteur montre que la machine, aussi « parfaite » soit-elle, est construite par l’homme. Si le raisonnement est logique, les solutions montrent que « l’humain » n’est jamais loin derrière.
A travers ses personnages principaux, Johan Heliot n’oublie pas d’ajouter un grain de sel de taille : ils sont de la même famille et chacun essayent de le cacher. Une surprise de taille pour l’adversaire ou l’allié !

Un deuxième tome tout aussi exigeant que le premier. L’humanité a toujours deux facettes, la machine n’est jamais parfaite. La réalité évoquée par Johan Heliot fait écho à un proche passé, mais qui saurait revenir si nous ne faisons pas attention. Quant  l’espoir, il est bien mince face à la bêtise et à la soumission de masse.

CIEL 2.0 : LE PRINTEMPS DE L’ESPOIR
AUTEUR : JOHAN HELIOT
EDITIONS : GULF STREAM

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CIEL 1.0 : L’HIVER DES MACHINES

CIEL_1_johan_heliotPeu à peu, l’humanité a confié son existence aux mains des ordinateurs. Quand le Central d’Informations et d’Echanges Libres (CIEL) naquit, elle pensait avoir fait un grand pas, mais l’intelligence artificielle se rebelle, plongeant l’humanité dans le chaos.

Premier tome d’une tétralogie, L’Hiver des Machines est angoissant à plus d’un titre. Du fait de sa nature, CIEL est efficace et dénuée d’humanité, mais le plus important, c’est un roman où l’anticipation est peu forcée. Il imagine la réaction des personnages sans machine, mais il suffit de regarder la panique qui nous gagne quand Internet et téléphone tombent en panne. A travers son chapitrage particulier (un chapitre, un personnage), le lecteur fait la connaissance de la famille Keller : Tomi, Peter, Thomas, Jenny, Sarah. Cinq caractères complètement différents, mais qui agissent fasse à l’adversité (contrairement à leurs camarades, collègues, voisins, etc.). Plus on avance dans la lecture, plus le héros semble être Tomi. Ce dernier est un ex-journaliste devenu survivaliste suite à son dernier reportage, consacré au CIEL. Malgré l’éclatement géographique, les héros vont devoir se comporter comme le vieil homme : vivre autrement !
Johan Heliot tisse une toile où l’humanité perd sa liberté, celle-ci devient superflu. La nouvelle priorité reste la préservation des ressources globales. L’être humain n’est qu’un instrument. Toutes les technologies contemporaines sont mises en évidence : drones, réseaux mutualisés, etc. La narration est d’une effroyable efficacité car la réalité n’est jamais loin. Comment l’être humain agit dans ce cas-là ? L’auteur s’appuie sur des personnages forts, mais il montre quelques exemples de soumission. Ceux-ci donnent froid dans le dos.

Petit à petit, Gulf Stream s’impose comme un éditeur exigeant. Les auteurs du catalogue créent des récits originaux et percutants. Avec CIEL , le post-apocalyptique côtoie l’écologie. Effrayant et si réaliste !

CIEL 1.0 :  L’HIVER DES MACHINES
AUTEUR : JOHAN HELIOT
EDITIONS : GULF STREAM

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BREIZH OF THE DEAD

breizh_of_the_deadStéphane n’aime pas la Bretagne. Quand son petit ami désire lui présenter ses parents, il est bien obligé d’y aller. Il n’imaginait pas qu’à cause de produits chimiques, cette annonce deviendrait mortelle. Le couple va devoir survivre, au milieu des zombies.

Offert par les éditions Critic, à l’occasion des 5 ans de la maison d’édition, Breizh of the Dead est un « joyeux » roman. On suit la folle équipée de Florent et Stéphane avec une jubilation communicative. Ce livre a été lu dans le train, le bus, le tram et à chaque fois, il a été difficile de ne pas rire !
Julien Morgan (aucun rapport de famille avec Arthur Morgan) n’est pas encore connu du grand public, mais ça ne saurait tarder. S’il était déjà dans le giron des médias (La Licorne Stellaire, ActuSF, les éditions Voy’el) il n’avait écrit « que » des nouvelles et voilà qu’il saute le pas.
Breizh of the Dead ne ressemble à aucun autre roman. C’est un guide touristique de la Bretagne, un catalogue d’armes et de véhicules en tout genre, un roman sentimental… On ne va pas ajouter toutes les catégories, mais Julien, sous couvert d’un roman de zombies, a écrit un livre hors-normes ! La Bretagne, ce pays lointain qu’on pointe du doigt pour son alcoolémie, sa météo (sans oublier ses bibliothèques), devient le territoire d’une aventure post-apocalyptique ! Les personnages ressemblent à des clichés (gay, gothique, geek, personnes âgées, etc), mais le talent (ou le culot) de l’auteur réussit à nous faire oublier les étiquettes des caractères. Ils ont tous quelque chose à cacher, pour le meilleur et pour le rire ! Toutes ces caractéristiques pourraient faire penser que le livre est écrit uniquement pour un certain public. Au contraire ! Puisant dans la culture populaire, au sens noble du terme, Julien Morgan arrose son texte de diverses influences sans jamais appuyer dessus. Il en ressort un roman très agréable à lire, tout à fait dans la lignée des éditions Critic (le choix du texte est encore excellent), qui permet de fêter les 5 ans de cette maison d’édition bretonne de la plus belle des façons.

On peut ajouter un détail. L’action se passe pendant le mois d’octobre 2014, c’est à dire maintenant. Sommes-nous tous infectés ?

BREIZH OF THE DEAD
AUTEUR : JULIEN MORGAN
EDITIONS : CRITIC
(écrit du Dernier Bastion à la Fin du Monde)

BIRD BOX

bird-box-josh-malerman-C’est aujourd’hui. C’est le grand jour. Depuis qu’ils sont nés (il y a quatre ans), Mallorie et ses enfants n’ont jamais quitté la maison. Aujourd’hui ils vont rejoindre, par la rivière, une colonie de rescapés. Si l’un d’entre eux ouvre les yeux, il mourra. Le voyage sera long et difficile.

Difficile de ne pas faire l’amalgame entre Bird Box et La Route de Cormac McCarthy. Un évènement inconnu qui dévaste l’humanité, une « quête » à accomplir, des personnages qu’on désigne mais qu’on ne nomme pas, etc.
Le livre de Josh Malerman n’est pas inintéressant. Le concept est plutôt prometteur : si on ouvre les yeux sur l’extérieur, quelque chose/quelqu’un nous rend fous. Les survivants décident de se calfeutrer chez eux et de porter des protections ophtalmiques (bandeaux, lunettes, etc) dès qu’elles sortent.
Alternant flash-back et présent, le lecteur suivra Mallorie. D’un côté, jeune femme enceinte, de l’autre, maman rigoriste. Elle cherchera un refuge pour sa progéniture. Le récit au présent décrit les difficultés de la famille à se diriger dans une barque, avec les yeux fermés. Ils s’orientent à l’odorat et à l’ouïe. Si elle est un peu longue, cette partie ne manque pas d’intérêt : Où aller, quels sont les obstacles, comment se diriger, etc. La partie racontant l’origine commençait bien : un mal inconnu, l’humanité est obligée de se refermer sur elle-même, l’héroïne trouve un groupe de survivants, etc. Nous sommes bien dans un récit post-apocalyptique, avec ses règles : survie de la société, l’exploration du territoire… Malheureusement, en voulant agrandir le groupe, le rythme de narration ralentit mais l’action se divise, voire se dilue en plusieurs problématiques. On sent que l’auteur a voulu donner une personnalité à chaque personnage, mais en fait, il ne s’attardera que sur la moitié d’entre eux. La psychologie affichée n’est pas des plus fines.
L’élément de peur est présent et bien exploité. On ne sait pas ce qui a dévasté l’humanité, on ne sait pas comment le mal opère. La seule chose à savoir, c’est qu’il ne faut pas regarder à l’extérieur. Seule entorse à ce « règlement », les chiens. D’un côté, ils semblent immunisés, de l’autre non…

Le concept de Bird Box est sympathique, mais l’ensemble est trop long et trop maladroit pour qu’on puisse réellement s’y intéresser. Une gestion plus rigoureuse des personnages aurait été meilleure. L’univers, calqué sur La Route, aurait pu être évité. On espère que le second roman de Josh Malerman sera meilleur.

BIRD BOX
AUTEUR : JOSH MALERMANLABEL : ORBIT
EDITIONS : CALMANN-LEVY

L’avis de Plume de Cajou opposé au mien

En partenariat avec la librairie Dialogues
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FERRAILLEURS DES MERS

ferrailleurs-des-mers-paolo-baciculapiComme tant d’autres, Nailer est ferrailleur. Il désosse les navires échoués. Une activité où la fraternité des équipes est primordiale. Après un accident, Nailer voit son comportement changer. Alors quand un de ses voiliers de riches échoue, ainsi que sa jeune propriétaire, il se pose un choix crucial. Aider cette victime  ou la vendre et devenir riche ?

Paolo Bacigulapi (et sa traductrice Sara Doke) a cette capacité de nous faire plonger dans son univers en quelques phrases. De la carcasse d’un super-tanker échoué à un semblant de ville, en passant par la jungle luxuriante, le récit est riche en évènements, mais dur en ambiance. Dans ce futur où la nature s’est révoltée contre l’humanité, chacun essaie de faire partie d’un clan. Malheur à celui qui trahira les siens, il risque la mort, voire pire. Les ferrailleurs, qui rampent dans les carcasses pour ramener des bobines de métal, ne se plaignent pas. La vie est dure, ils tentent de survivre, point. C’est là toute la saveur de ce roman. Les personnages se trouvent face à des choix cornéliens : manger, être mangé ou autre chose. Amitié et trahison sont au centre de ce récit.
Roman post-apocalyptique (Quelque chose a ravagé la surface du globe avant le récit), la technologie n’est pas au premier plan. Les riches naviguent sur des voiliers sophistiqués, certains fonctionnant comme des hydroptères, des trains circulent…  Pour le reste, on sent que c’est du bricolage, mais on n’en saura pas beaucoup plus. Dynamique et bien mené, l’auteur résume systématiquement toute action de repos. Cela n’empêche pas les personnages de réfléchir, loin de là. Les personnages sont bien campés. Si aucun ne se plaint de son sort, ils essayent tous de s’en sortir, par n’importe quel moyen. Le plus atypique étant Tool, un mi-bête (une créature génétiquement modifiée). De son apparition à la fin du récit, l’évolution et le passif du personnage sont grandioses, alors qu’on apprendra pas grand chose.

Edité une première fois Au Diable Vauvert, dans la collection jeunesse, Ferrailleurs des mers s’éloigne des stéréotypes. A travers le destin du jeune héros, on ressent une histoire presque nihiliste. Son questionnement et son évolution permettront d’avancer dans le récit. Quant au fond (travail sur les bateaux, écologie) il est malheureusement d’actualité.

FERRAILLEURS DES MERS
AUTEUR : PAOLO BACIGULAPI
COLLECTION : SCIENCE-FICTION
EDITION : J’AI LU