RENCONTRE AVEC LES AUTEURS DE NARAGAM

A l’occasion de la sortie du troisième tome de Naragam, nous avons rencontré les auteurs de cette trilogie. On y parle surf, villes en ruines, Télérama et fantasy…

Mike et Michael Le Galli. Un grand, un petit, un brun un blond surfer… Les Laurel et Hardy de la bande dessinée ?

Michael : Essaie de te souvenir qui fait Laurel, qui fait Hardy. Il n’y a pas de petit dans ce duo, parce que Stan Laurel est grand et filiforme.  A l’opposé de Hardy, qui est corpulent. Tu fais le corpulent ?

Mike : Oui, je vais faire çà.. (rires). On ne le sait pas, mais Hardy était surfeur.

Michaël : On l’appelait Le Hardi ! (rires)

Si vous vous connaissez depuis de longues années, vous n’avez que deux collaborations ensemble. Pourquoi ?

Mike : Ce sont des collaborations au long cours. Naragam, c’est un projet qui dure depuis cinq ans . On a commencé les premiers croquis en 2013. Pour La Guerre des OGM, on a travaillé dessus pendant près de quinze mois.

Pour Naragam, qui a initié le projet ?

Michaël : C’est moi ! Quand je venais à Brest, je passais dire bonjour à Mike. S’il n’y avait pas les illustrations liées à Naragam, il avait des book remplis de dessins extraordinaires. On avait au moins quatre books avec ces personnages incroyables. D’ailleurs certains de ces dessins sont dans les recherches du premier tome. Un jour, je lui ai dit que j’empruntais ces books et qu’avec je ferai une histoire… Il a commencé à blêmir, il ne voulait pas que je parte avec (rires). Je voulais m’inspirer de ses personnages, de son univers graphique, pour raconter une histoire.

Mike : Pour la petite histoire, je n’ai pas tout de suite voulu

Michaël : Tu voulais optimiser ton rapport dessin/temps de réalisation, vu que tout était réalisé au crayon.

Mike : Çà c’était en 2011 et j’ai fait les Death Squad. Michaël est revenu à la charge après.

Michaël : Si Mike voulait recollaborer, j’étais partant pour voyager dans cet univers graphique.

Mike : Michaël m’a recontacté un été. Il avait une base d’histoire. Tu te souviens ? Il y avait un micro-synopsis écrit sur une page de Télérama,…

Michaël : … Que j’avais écrit à la plage (rires).

Mike : Il m’a demandé ce que j’en pensais. J’étais partant. Par contre, on pensait en faire un one-shot en noir et blanc.

Peut-on dire que c’est une co-création ?

Premières versions de Geön

Michaël :  C’est une création à partir de l’univers graphique de Mike.

Mike : Ça a été une création commune. On s’est nourri l’un et l’autre.

Mike : Ça s’est créé à partir de mes dessins. Il y avait une chose de Michaël aimait bien. Il appelait çà, les compressions. Ce sont toutes ces images de cadavres de titans. Dès les premiers échanges, il voulait organiser la bande dessinée autour de ces illustrations. Ensuite, l’histoire s’est étoffé autour de Geön, de Sajiral, etc…

Mike : Avec Michaël, on voulait quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Pendant près de trois mois, je n’ai fait que des recherches de design.

Michaël : On voulait des pleine pages, des double-pages, On voulait retrouver l’univers graphique de Mike tout en évitant les poncifs de la fantasy : Nains, elfes, etc.

Mike  : Pour le personnage principal, Geön, on s’est inspiré d’un de mes autres livres d’illustrations : Bestiaire des Trois Terres.

Michaël : Geön était dessiné des milliers fois. Sur  270 pages, il était présent dans toutes les cases ou presque. Il fallait qu’on trouve un personnage qui puisse exprimer un certain nombre d’émotions graphiquement, mais aussi  qui soit rapide et facile à dessiner.

Mike : Je voyais un personnage rond, parce qu’on va plus facilement vers ce qui est rond, alors que Sajiral, c’est le contraire. Il est tout en longueur.

Michaël : Geön aurait été plus dur, plus sévère si on avait retenu la première version…. Quelque part, la personnalité de Geön a rejoint son physique. Il est devenu peut-être plus naïf que ce qu’il aurait pu être. C’est intéressant. Ça induit les événements, les réactions des personnages.

Il y a un troisième auteur : Josselin Paris. Il a fait les couleurs. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Mike : Nous avions déjà collaboré ensemble sur l’album des  Death Squad paru aux Editions Delcourt , Josselin ayant réalisé les couleurs dudit album. J’avais beaucoup aimé son travail notamment au niveaux des ambiances, de la lumière dans certaines cases des Death Squad et j’avais vu aussi certaines de ses illustrations personnelles publiées sur son blog. Quand le projet Naragam a commencé à vraiment prendre forme, c’est tout naturellement que je me suis tourné vers lui. Dans mes souvenirs, Josselin avait dû coloriser trois ou quatre pages, plus la colorisation des croquis de personnages quand nous avions monté le projet. Josselin avait réalisé les essais couleurs sur les pages en couleur infographique avec un résultat très proche d’une technique d’encres aquarelles ou de peintures et cela m’avait immédiatement séduit. Et pas que moi je crois !

Michaël :  Il a fait un travail magnifique. Le dessin de Mike est si dense, si puissant qu’il est compliqué de faire des couleurs.

Mike : On en parlait encore récemment. Avec Josselin, nous passons beaucoup de temps pour les réglages, pour conserver le grisé du crayonné. Au niveau des teintes, il a proposé de bonnes idées. Quelquefois, j’avais des idées précises sur l’ambiance. Je faisais des captures d’écrans de films, par exemple. Par contre, il avait aussi des idées. Avec la page d’introduction du premier tome, il réussit à nous faire rentrer dedans rapidement.

Michaël : Sur les trois tomes, il y a une vraie progression. Une véritable adéquation entre les dessins et la couleur.

Mike : Le premier tome en a subi les frais. Il fallait se caler. Ensuite, on a retravaillé dessus ensemble.

Exemple de mise en couleur par Josselin Paris

Sur le dessin, on peut voir des influences de H.R.Giger, Mike Mignola, Frank Frazetta, Bernie Wrightson… Ce sont des ambiances sombres. Pourquoi être attiré par le côté obscur de la force (ndlr : La rencontre a été faite le 4 mai jour du Star Wars Day)

Mike : C’est une histoire de personnalité. C’est attirant. Il se passe des choses, on ressent une part de mystère. Ça permet aussi une sacrée marge de manœuvre dans la création. Le réalisme me fige complètement au niveau créatif. Dès que ça devient sombre, ça devient moins compliqué à faire. C’est un univers qui me porte énormément. C’est aussi pour çà que j’apprécie ce que fait Mike Mignola. Ses univers sont contrastés, c’est en noir et blanc. Quand je prends quelque chose de Mignola, je le prends en noir et blanc. Je suis aussi nourri à çà. Je lisais des illustrés comme Spectral, etc. Ça a du m’influencer.

Michaël, c’est un univers sombre que tu as voulu développer.  Comment raconter un univers sombre qui ne soit pas dépressif ? 

Michaël :  On y tombe ! Dans le premier tome, Geön est confronté à une forme de mélancolie. C’est comme une forme de dépression. Son personnage veut tout comprendre, tout savoir et c’est une quête sans fin, même s’il reste optimiste. C’est cette envie qui lui donne de l’énergie pour repartir, d’aller de l’avant, tout en ayant cette candeur. A la fin, il partage son savoir.

Tu avais déjà scénarisé de la fantasy, mais ici, il est question de dark-fantasy. Etais-tu un habitué de ce genre ?

Michaël : Oui. Je lis aussi bien la high-fantasy que la dark-fantasy. J’aime beaucoup ce genre et j’en lis régulièrement.

S’approprier l’univers graphique d’un auteur pour en faire un scénario, n’est-ce pas revenir à tes études : L’ethnologie ?

Michaël :  Non. L’univers est uniquement graphique, Il n’est pas nourri d’histoire, de culture, etc. A aucun moment, dans les books de Mike, il y a des indications qui permettraient de définir une culture. J’invente tout. La structuration de la société, les Derkomaï, les Twörb, etc. Je m’approprie l’univers graphique, mais c’est moi qui apporte l’univers narratif, celui dans lequel vont évoluer les personnages.

Mike, comment as tu ressenti, cet univers narratif à partir de ton univers graphique ?

Mike : Ça s’est fait naturellement, ça collait bien. Nous avons discuté ensemble sur les habitations, sur  les différentes races, mais il n’y a eu aucun problème particulier.

Michaël : Ensuite, il y a des choses étonnantes dans l’histoire. Certains moments auraient pu être différents. Par exemple, Mike ne voulait pas dessiner de ville….

Mike : … Ou alors… En ruine !

Michaël : Ou en ruine ! Ça induit le scénario. La cité de Drëk,… Mike ne voulait dessiner aucun habitant. J’ai du trouver une astuce. Finalement, cette solution est meilleure que la première version de l’histoire. où on visitait la ville. Souvent je partais des contraintes de Mike pour construire mon scénario.


D’où viennent l’origine des noms ? Pour Naragam, j’ai trouvé des origines indiennes, un satellite météo, etc…

Michaël : Nous sommes dans un univers imaginaire total donc je cherche et je me laisse dériver. Pour les Twörb, nous sommes dans les marais, donc c’est la tourbe, ensuite tu cherches quelque chose, une sonorité, une petite musique dans le nom…

Mike : Sajiral devait s’appeler Diabal. Michaël m’avait demandé mais je trouvais que ça sonnait trop comme « diable ». Il m’a proposé « Saji-râ » et je trouvais qu’il fallait garder la sonorité « al ». Maintenant, on trouve çà évident, les noms collent très bien aux personnages. Bròg, c’est génial, comme nom !

Michäel : Les noms viennent aussi comme çà.  Tu vois un animal,  tu cherches le nom latin, tu dérives la racine, etc.

Mike : Pour Bestiaire des Trois Terres, je cherchais des noms à consonances scandinaves. On regarde, on recherche, on s’inspire.

Tout le dessin se fait au crayon, donc un travail long et ardu. Pourquoi ne pas passer à une autre technique ?

Mike : Je n’aurai pas eu le même rendu. J’ai deux books. Le premier avec des dessins crayonnés, l’autre avec des dessins encrés et ce n’est pas la même chose. Je travaille au crayon papier, avec différentes valeurs de gris. Il y a plusieurs crayons. Je travaille avec des mines de 0,5mm et je les taille en biseau, pour avoir un rendu très fin. J’utilise aussi des mines de 0,3mm. Le rendu se rapproche de la gravure sur certaines pages originales, mais c’est très long. Pour gagner du temps, je travaille sur du petit format, le A4. Les double-pages, je les fais au format A3, mais ça demande quatre jours de travail.
Pour revenir à ta question, je n’aurai pas pu passer à une autre technique en cours de route, mais c’est çà qui avait séduit l’éditeur, la qualité des crayonnés.

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APERITIF-DEDICACE : PAUL SALOMONE

paul salomoneVendredi soir, alors que la plupart des commerces baissaient leurs rideaux, la librairie Critic restait ouverte tardivement pour un événement particulier. Paul Salomone étant invité à une séance de dédicaces Samedi matin, en amont de l’événement, L’auteur a accepté de faire quelques dessins pour un nombre restreint de clients.

C’est donc autour d’un verre que nous avons pu nous régaler de l’art de Paul Salomone. En quelques années, le dessinateur de L’Homme qui n’Aimait pas les Armes à Feu a su se faire une place dans le cœur des lecteurs. Son art graphique, les détails mis dans les scènes, les postures des personnages, les mimiques, les couleurs, tout contribue à apprécier ce que fait l’auteur. Pour cette séance presque privée, Paul Salomone a pris son temps et a sorti la palette d’aquarelle. Une occasion supplémentaire d’apprécier ce moment. Au-delà de la dédicace, ce fut le temps de rencontre avec l’auteur que les clients ont privilégiés. Alors que sa série avec Wilfrid Lupano se termine, on apprend qu’il a déjà autre chose en vue (on ne dira rien). S’il est artiste, il n’oublie le challenge du sportif qu’il est, quitte à se mettre en danger. On a pu apprécier les créations en noir et blanc, « c’est de la dentelle » dixit l’artiste (on ne dira pas le contraire), les commandes privées inspirées western ou Napoléon III. On n’a rien dit des dimensions ! Si on appréciera les dédicaces, le sens du détail sur nos planches de 21×29,7, l’auteur dessine sur des grands formats… On va jusqu’à un mètre de diamètre, c’est dire !

Merci à la librairie Critic qui a su faire d’une séance de dédicace, un moment privilégié, une découverte de l’auteur, mais aussi de l’homme qui est derrière. Nous avons apprécié aussi la présence d’Eric Marcelin qui a su se rendre disponible pour tout le monde. Un moment de calme pendant l’excitation des fêtes de fin d’année, ça fait du bien !

7 CANNIBALES

7cannibalesTous les ans, 7 compagnons organisent des fêtes privées. Le clou de ces soirées ? Le droit de jouir d’une invitée, triée sur le volet.
Pour l’édition 2016, tout paraissait organisé, mais ils ont invité la mauvaise personne…

Le concept de la série 7 remonte à 2007. Chaque tome est différent, unique, jusqu’aux noms des auteurs. Seul point similaire : Avoir 7 personnages. Pour ce tome, David Chauvel (directeur de collection) s’attache les services de Sylvain Runberg et Tirso. Le premier a scénarisé la série Orbital, Reconquêtes ou Millenium, tandis que le second  s’est fait connaître sur Murmures ou Les Chroniques de Légion.
Le récit dénonce le manque d’éthique des personnes influentes, leur confiance dans leur propre pouvoir, mais aussi la duplicité des réseaux virtuels. Une histoire qui fait penser à La Chasse du Comte Zaroff.
Le tempo de l’histoire est rapide, il monte en puissance pour finir dans une apocalypse d’adrénaline. Outre le jeu de massacre et le côté voyeur des lecteurs, des flash-back nous montrent la poussée de l’horreur de cette élite qui en veut toujours plus.
Côté dessin, le trait nerveux de Tirso sert l’histoire et il propose quelques « gueules angéliques » savoureuses pour nos héros.
Si le pitch donne envie, si le dessin est sympathique, on ne peut refermer le livre sans avoir l’impression que quelque chose ne va pas. Comment admettre que sept personnes, influentes, riches, mais voulant rester discrètes, ne fassent une recherche poussée sur l’identité de leur invitée ? Ca laisse perplexe.

Avec sa dénonciation du pouvoir, son jeu de massacre, Sept Cannibales est un livre qui se laisse lire. Le duo d’auteurs permet un mélange détonnant à ce thriller.

SEPT CANNIBALES
AUTEUR : SYLVAIN RUNBERG
DESSINATEUR : TIRSO
COLORISTE : TOMEU MOREY
SERIE : 7
COLLECTION : CONQUISTADOR
EDITIONS : DELCOURT

MORGANE

morganePremière fille née du sang royal, Morgane aurait du hériter du trône de Tintagel. Malheureusement, la loi des hommes en a décidé autrement. Ce n’est que le début de décisions qui vont faire  de Morgane, l’opposante des chevaliers de la table ronde.

La demi-sœur d’Arthur est un personnage complexe. Selon les sources, elle est présentée comme bénéfique ou maléfique. Les auteurs de cet ouvrage ont posé une autre pierre sur l’édifice des légendes arthuriennes. Si Morgane devient si mauvaise, ce n’est pas de son fait, mais de celui des hommes. Dès sa naissance, elle a certains pouvoirs dont celui de clairvoyance. Prédisposée à régner justement sur Tintagel, elle en sera écartée par Merlin, pour que « Dieu puisse asseoir son dessein ». Rejetée, manipulée, Morgane usera de ses propres dons pour que justice soit faite.
En s’emparant du personnage de Morgane, Simon Kansara et Stéphane Fert en font un personnage moderne. Loin des clichés de la mauvaise fée ou de l’épouse luxurieuse, ils opposent une femme blessée, bafouée.Les hommes ne voient en elle (comme dans toutes les femmes) qu’un objet de désir. Si toute la légende arthurienne devient une vaste escroquerie, le destin de Morgane est une tragédie, alors qu’elle devient une héroïne ! Si on voit dans cette adaptation le mauvais côté de nos héros, il en est un qui ne change pas : Merlin. Toujours aussi énigmatique, prêchant la parole de Dieu mais ourdissant ses propres plans…
Pour que les personnages prennent vie, Stéphane Fert propose un graphisme qui oppose douceur et dureté. Telles des caricatures, les visages prennent des allures grotesques au fil des émotions. Le parti-pris du dessinateur est osé mais l’alliance du graphisme et des couleurs fonctionnent à merveille. Chaque planche est un tableau où le style enfantin s’oppose à la cruauté du récit.
Le découpage de Morgane est étonnant ! Il commence par la mort de son personnage principal. Chaque chapitre est annonce par illustration pleine page. Chaque illustration pouvant être lue comme une carte (à jouer, de tarot, etc.)

On pensait avoir tout lu des légendes arthuriennes, mais avec Morgane, Les auteurs montrent une vérité qui n’a jamais été mise en avant. On ne peut que saluer ce travail que ce soit dans l’adaptation, le graphisme pour l’ouvrage qui nous montre Morgane telle qu’elle n’a jamais été compté.

MORGANE
AUTEURS : SIMON KANSARA-STEPHANE FERT
DESSINATEUR : STEPHANE FERT
COLLECTION : MIRAGES
EDITIONS : DELCOURT

CETTE MACHINE TUE LES FASCISTES

cette-machine-tue-les-fascistesDébut 1945, l’Union Soviétique construit un char, le JS-2. Son concepteur obtient que son 500ème char soit marqué de la phrase : « Cette machine tue les fascistes ». De la seconde guerre mondiale au XXIème siècle, la « bête de guerre » va accomplir sa mission.

Il est difficile de ne pas voir cet album dans les librairies. La couverture rouge, la bouche du tank face au lecteur. On est irrémédiablement attiré. On ne le regrette pas. Comme il s’en explique en fin d’album, Jean-Pierre P2cau s’est inspiré du film Winchester 73. On y voyait une arme passée de main en main. Chaque propriétaire avait sa propre histoire. C’est la même chose ici. On suit le destin de ce char (considéré comme le prototype des chars modernes) à travers les différents conflits. Ancien professeur d’histoire, Jean-Pierre Pécau nous emmène dans une récit simple où le parallèle machine/homme peut être fait. Pour celà, il crée le personnage de Serguei Souvarov. Ingénieur ramené du goulag, il crée le char JS-2. Son amour (sa folie?) envers sa création se poursuivra pendant sa vie… Quelque soit le conflit ( Budapest, Cuba, etc.). Il réparera inlassablement la machine tant qu’elle pourra fonctionner.
Tout au long des récits, on peut observer des paradoxes. En premier lieu on pense à deux récits : Christine de Stephen King. A la place de la voiture, le char serait hanté. On peut y voir une allusion au film La Bête de Guerre. Mais qu’est-ce-qu’une arme anti-fasciste quand elle est dirigée par des fascistes ? Cette même arme libère-t-elle quand elle abat des combattants pacifiques ? Pour mettre en scène ce récit, Senad Mavric sert un graphisme aussi fascinant que froid. Gueules de personnages, des lieux qui montrent la pauvreté au lieu de la carte postale paradisiaque, des scènes d’apocalypse… La machine n’est qu’un instrument entre les mains de l’homme.

Avec Cette Machine Tue les Fascistes, les auteurs proposent une réflexion sur l’utilisation de l’arme intéressante. Loin d’un récit héroïque ou guerrier, la victoire apparaît rarement… Et à quel prix !

CETTE MACHINE TUE LES FASCISTES
AUTEUR : JEAN-PIERRE PECAU
DESSINATEUR : SENAD MAVRIC
COLORISTE : SCARLETT SMULKOWSKI
COLLECTION : HISTOIRE ET HISTOIRES
EDITIONS : DELCOURT

UN DRÔLE D’ANGE GARDIEN

ange-gardienPour retrouver un ange, dont il est tombé amoureux, un diable devient « l’ange gardien » de deux orphelins.

Ici, c’est un titre édité il y a 18 ans, mais qui n’a pas perdu de sa fraîcheur (ou de sa chaleur, vu le protagoniste principal). En 1998, Denis-Pierre Filippi et Sandrine Revel donnaient naissance à Diablo, ce drôle d’ange gardien. C’est parce qu’il n’a pas trouvé la salle de bains des enfers que le petit diable se retrouve dans le Paris de 1938. Il sauve Jean et Marie, deux orphelins, des brigands. Remercié par un ange, qui a la charge des orphelins, il en tombe amoureux. C’est une histoire simple et robambolesque. Voulant retrouver cette ange, notre diable prend soin des deux orphelins. Entre ses sentiments et sa nature diabolique, les prodiges prennent des propensions bizarres.
On suit avec plaisir cette histoire romantico-fantastique. Raconté par Marie, on suit les mésaventures de notre diable qui comprend ce que c’est d’être amoureux « Ca me fait comme si j’étais tout vide à l’intérieur ». On rit beaucoup au vu des « miracles » accomplis. Entre romance, fantastique et humour, Denis-Pierre Filippi réussit un mélange juste et abordable pour les jeunes lecteurs. Quant à Sandrine Revel, elle propose un agréable graphisme. Les détails sont présents, sa gestion des couleurs fait penser du pastel. Les personnages sont bien identifiés et elle arrive à faire en sorte de rendre le diable sympathique tout en lui laissant ses attributs (cornes, pieds fourchus, etc.). Sandrine Revel, ce nom vous dit quelque chose ? Oui c’est elle qui a fait la bande dessinée sur Glenn Gould, ou La Lesbienne Invisible. Et ce talent ne date pas d’hier. Un Drôle d’Ange Gardien est une série en 7 tomes qu’on a plaisir à suivre. Chaque tome développera l’univers de la série.

Dans l’univers éditorial de L’Ecole des Loisirs, la collection Mille Bulles est à part. Chaque titre n’appartient qu’en partie à l’Ecole des Loisirs. En effet, dixit l’éditeur, le catalogue propose le meilleur de la bande dessinée jeunesse. Lorsque le choix est fait, ils proposent à l’éditeur original de co-éditer l’ouvrage. Il n’est pas question de mettre en avant d’autres nouveautés, mais plutôt des titres devenus des références de la bande dessinée jeunesse. On peut citer Genz Gys Khan, Prince Lao ou Anuki. Chaque titre est imprimé au format souple. Le quatrième de couverture propose un niveau de lecture et les thèmes.

Le lecteur ne résistera pas à cette histoire tendre et humoristique. Quant aux éditions Delcourt/Ecole des Loisirs, on applaudit pour cette ré-édition !

UN DRÔLE D’ANGE GARDIEN
AUTEUR : DENIS-PIERRE fILIPPI
DESSINATRICE : SANDRINE REVEL
COLLECTION : MILLE BULLES
EDITIONS : DELCOURT/ECOLE DES LOISIRS

Cette chronique a été écrite pour la BD de la semaine. Aujourd’hui, les participants se retrouvent chez Un Amour de BD.

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L’APOCALYPSE SELON MAGDA

apocalypse-selon-magdaPour Magda, la veille de son treizième anniversaire a tout changé. Les scientifiques annonçaient que le monde n’avait plus que douze mois à vivre. A partir de ce moment, toute la société se brisa.

J’avais eu vent de ce projet il y a deux ans, lors d’une rencontre avec Carole Maurel. Quant à Chloé Vollmer-Lo, je partageais quelques-uns de ses textes, je demandais des autorisations pour ses photos, mais je n’en savais pas plus. Le choc fut grand à la lecture. Je m’attendais (en lecteur de science-fiction) à du post-apocalyptique, sauf qu’il n’en est rien. C’est de l’apocalyptique-intimiste, pour Magda, pour les lecteurs.
Les autrices se demandent qu’elles seraient la réaction des gens face à l’annonce de la fin du monde. Comme personnage principal, elles prennent une jeune fille, Magda. C’est autour d’elle qu’on va voir la société voler en éclat. Chacun va gérer cette pré-fin à sa façon. Pour certaines personnes, rien ne change, pour d’autres, il faut se laisser une dernière chance… Et pour Magda, tout change. Parce qu’elle est une jeune femme (encore une enfant, pas tout à fait une adulte), elle va dévorer la vie qu’on lui refuse (le collège, la maison, etc.).
Difficile d’aimer ce dur portrait de la jeunesse, de notre société si fragile. Chloé Vollmer-Lo ne lâche rien, montre le parcours d’une enfant qui  grandit trop vite. Ce n’est pas seulement Magda, c’est aussi son entourage. Pour montrer son évolution, la bande dessinée est découpée en quatre saisons. Des moments simples comme d’autres plus importants (premier baiser, premier amour) sont mis sur le même plan. Ca n’a plus d’importance, ils vont tous mourir. Magda, comme d’autres adolescents se rebellent contre cette société qui veut continuer. Eux, ils trouvent que ça ne sert à rien.
Pour Carole Maurel, le plus dur reste à illustrer le texte, le mettre en ambiance. Avec un jeu de cadre bien choisi, on va rentrer dans l’intime des personnages. Ca va être des gestes anodins, des cadrages serrés, des couleurs qui contrastent le texte. Le graphisme va jouer tout son sens avec la morphologie des adolescents. Certains sont encore enfants, d’autres sont adultes. Ce jeu de nuance contredit le texte de façon frappante et nous fait réfléchir. Vu la lisibilité du récit, on se plaît à penser à une animation. On espère voir raison.

Le texte prend à la gorge, le trait l’accompagne dans la douceur. Pris au piège du récit, on a envie de crier à Magda de revenir, mais c’est déjà trop tard. Les deux autrices jouent de leurs arts pour créer une oeuvre sensible, incisive, tendre et tragique. On sait que c’est de la fiction, mais on croit à l’histoire (et si ça nous arrivait), on croit à Magda, héroïne de papier mais si réelle. Magnifique et dur à la fois.

L’APOCALYPSE SELON MAGDA
AUTRICE : CHLOE VOLLMER-LO
DESSINATRICE : CAROLE MAUREL
EDITIONS : DELCOURT

Cette chronique a été faite dans le cadre de la BD de la semaine. Aujourd’hui, les différents participants sont hébergés dans La Bibliothèque de Noukette.

D’ autres chroniques de L’Apocalypse selon Magda, par Au Milieu des Livres, par Un Amour de BD

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