UN HOMME EST MORT

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En avril 1950, la ville de Brest est en pleine reconstruction. Celles et ceux qui y travaillent ne le font pas dans des conditions décentes. Une grève est déclarée. Lors d’une des manifestations, Edouard Mazé est atteint d’une balle en pleine tête.
Suite à ces événements, René Vautier, un cinéaste, débarque et filme la ville, les habitants, guidé par deux brestois Ti-zef et Désiré.

Adapter un livre n’est pas chose facile, mais adapter une bande dessinée qui raconte les événements d’avril 1950, sur un film dont il ne reste presque rien l’est encore moins. Que garder dans la partie graphique ? A quels endroits faut-il couper ? A ces questions, l’équipe du film a su répondre intelligemment. A l’univers militant du livre, ils ajoutent la difficulté de vivre au quotidien en 1950, se rapprochant des personnages tout en gardant l’univers graphique d’Etienne Davodeau. Dans cette histoire, le personnage de René Vautier va permettre de faire l’équilibre entre les différents protagonistes. On y suit Ti-zef, un jeune homme qui n’hésite pas à ruer dans les brancards, sans se soucier des conséquences. Dans son sillage, Désiré et Paulette. On y découvre aussi le quotidien des brestois : La grève, la violence des manifestations, les privations, vivre à plusieurs dans une baraque (préfabriqué d’après-guerre),etc.

Le réalisateur, Olivier Cossu, n’a pas cherché le pathos. On ressent la violence, la tristesse et la colère des brestois, sans jamais trop en faire. Un pari difficile quand on passe d’un livre d’une soixantaine de planches à un premier scénario de 220 pages puis à un film d’animation de 65 minutes. Pour mener à bien ce projet, Les scénaristes Guillaume Mautalent et Sébastien Oursel ont su montrer l’essentiel de cette dramatique et incroyable épopée. L’équipe se documente et réussi à numériser entièrement la ville en 3D. La musique de Pablo Pico et Yann Volsy fait partie de ses thèmes qui restent dans la tête. Les cadrages montrent les visages, la ville… Tout en authenticité. Le résultat est là : Magnifique !

Dans le cadre du festival du court-métrage, une avant-première fut projetée dans la nef des capucins. 700 places gratuites, rapidement prises. Malgré ce nombre, on sentait la chaleur brestoise, comme un rendez-vous familial. La projection, opérée par Cin’Etoiles fut un moment convivial et vivement applaudit.

Comment ne pas finir en retraçant l’aventure de ce livre. En 2002, Kris et OxO (dessinateur) commencent les recherches sur le film « Un Homme Est Mort ». Après de multiples péripéties (recherches de documentation, changement d’éditeur, de dessinateur), la bande dessinée est éditée en 2006 chez Futuropolis avec Etienne Davodeau comme dessinateur et co-scénariste. Le succès est immédiat. En 2008, une première adaptation naît, sous forme de bd-concert. Le succès est toujours au rendez-vous, émaillé des conférences auxquels les auteurs sont invités. Un succès qui ne touche pas que Brest, mais l’hexagone national ! En 2018, Arte et Les Armateurs sortent une adaptation animée de ce livre, pour une diffusion en première partie de soirée (printemps 2018)

REALISATEUR : OLIVIER COSSU D’APRÈS LA BANDE DESSINÉE DE KRIS ET ETIENNE DAVODEAU
DUREE : 65 MINUTES
PRODUCTION : LES ARMATEURS-ARTE

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LA SELECTION 2015 : BANDE DESSINEE

sélectionLa fin de l’année approche, on s’énerve sur les cadeaux à offrir. Je vous propose donc ma sélection. Des livres que j’ai particulièrement apprécié cette année. Après la SFFF (science-fiction, fantastique, fantasy), voici les bandes dessinées. Douze livres comme les douze mois de l’année.

  • Le Cheval d’Orgueil : Un monument de la littérature bretonne et française adaptée en bande dessinée. Un pavé étonnant qui retranscrit l’esprit de Pierre Jakez Hélias.
  • La Renarde : En autant d’épisodes que d’éclats de rires, voici le nouveau « Roman de Renart ». Cette fois, c’est une renarde qui fait tourner en bourrique son monde. Méchant, incisif et terriblement contagieux.
  • Biguden T2 : Après un premier tome hilarant qui permettait d’introduire les personnages, ce deuxième tome appuie sur l’accélérateur. c’est toujours aussi bon ! Entre parodie de films de kung-fu et culture bretonne. A déguster avec le cidre !
  • La Main Heureuse : Dans les années 90, comment faisait-on pour rejoindre un concert  quand on est adolescent et fan de la Mano-Negra. Une équipée sauvage  entre nostalgie d’une époque et récit initiatique.
  • Cigish ou Le Maître du Je : Attention, cette bande dessinée est à part. L’autrice traverse une crise et décide de jouer sa vie comme un jeu de rôle. Un livre-objet qui mérite le détour !
  • Nefer : Loin de la production d’une fantasy fantasmée, l’auteur Arnaud Boutle crée un monde original où la quête est inversée (les dieux partent à la recherche des hommes). Un conte à découvrir pour son lyrisme et sa narration.
  • Les Souliers Rouges T2 : Deuxième album consacré à la fin de la deuxième guerre mondiale en Bretagne. S’il est particulièrement dur, la narration et le dessin sont sublimes. Une histoire qui permet de voir une autre facette de notre histoire française.
  • Le Jardin de Minuit : Une adaptation parfaitement réussie d’un livre pour enfants. Un aspect fantastique, un jardin secret, des héros dramatiques… Un mélange exquis
  • La Vie Trépidante de Brigitte Tornade : Adapter une émission radio en bande dessinée est un pari risqué. Dans ce cas, c’est réussi. Drôle et parfaitement vrai, on y voit le quotidien des mamans d’aujourd’hui. A lire pour réconforter nos compagnes et amies.
  • Fugazi Music Club : Dans les années 90, pendant quelques mois, Varsovie a eu un endroit branché. Mais la vie du Fugazi Music Club fut si riche, qu’on croit qu’il a vécu des années. Une retranscription étonnante de ce moment.
  • Les Secrets du Chocolat : Oui, Noël c’est aussi le chocolat. Alors pourquoi pas en déguster de bons et savoir comment ils sont fabriqués ?
  • L’Île aux Femmes : Un aviateur s’écrase sur une île rempli de femmes. Est-ce le paradis ? Pas-si-sûr pour ce dom-Juan. Un exercice de style poétique pour Zanzim.

 

LA RENARDE

la-renarde-blandin-chrisostomeUne maman lapin dépressive, un chasseur chassant chasser, un chien qui est de garde (ou pas), un cheval qui rêve d’aventure, un autre enragé, un loup miséreux, des poules qui commèrent (au lieu de caqueter). Quant à Terrence et Bud, ce sont les deux survivants d’une extermination de puces. Tous ces personnages en veulent à la renarde, le « fléau » de leur univers.

La Renarde est une série de strips parus dans les numéros 1 à 20 de la revue Professeur Cyclope. Elle raconte de façon humoristique la vie d’une campagne et les malheurs de la région, à cause d’une renarde. Pour sa défense, tous les personnages sont bêtes, à moins qu’elle ne soit d’une intelligence machiavélique.
Avec une centaine de gags, La Renarde utilise toujours la même mécanique. Un gaufrier de 6 cases. Si le dessin peut sembler simpliste, il ne faut pas s’arrêter à cette apparence. Les idées de gags et sa réalisation sont brillants. Les auteurs exploitent tout ce qui peut se trouver à la campagne. La maquette est de belle facture. Le livre est au format à l’italienne, imprimé à chaud. Bref, un ouvrage de belle facture.
Pour le lecteur, c’est une avalanche de rires (et une musculation des zygomatiques ainsi que des abdominaux). L’idée est proche du Roman de Renart, des Fables de La Fontaine mélangées à de l’humour noir. La muse Franquin serait-elle passée par là ? Sûrement ! On déconseille la lecture aux jeunes enfants et aux amoureux de la nature. Quant aux autres, régalez-vous !

LA RENARDE
AUTEUR : MARINE BLANDIN
DESSINATEUR : SEBASTIEN CHRISOSTOME
EDITIONS : PROFESSEUR CYCLOPE (ARTE/CASTERMAN)