RENCONTRE AVEC ROMAIN D’HUISSIER

Auteur des Chroniques de l’Etrange, Romain d’Huissier nous emmène dans ses univers : jeu de rôle, l’Asie, l’écriture

Bonjour Romain, 
Quand tu te présentes, tu dis être auteur, novelliste et rôliste. Si les deux premiers sont connus, qu’est-ce qu’un rôliste ?

Le rôliste est le pratiquant du jeu de rôle. C’est un terme inventé par Pierre Rosenthal, un des grands anciens du milieu, participant du Casus Belli des premières heures. Le mot rôliste est d’ailleurs entré dans le dictionnaire. Le rôliste aime ce loisir et baigne dedans. Il peut écrire, voire produire ses propres jeux en plus de jouer.

À partir de quel âge peut-on pratiquer ?
C’est un jeu qui se joue à tout âge. Les enfants le pratiquent naturellement quand ils jouent à l’imitation : ils sont infirmières, cow-boys, marchandes, policiers, etc. C’est à partir de six, sept ans qu’ils sont capables de se dissocier, de se projeter dans un rôle en comprenant que c’est de la fiction. Il existe beaucoup de jeux d’initiations qui sont sortis, comme Chroniques oubliées mini ou Tales of Equestria, le jeu de rôle basé sur le dessin-animé My Littlle Pony. C’est joli, sympa et utile.

Ce n’est pas dangereux de pratiquer le jeu de rôle ?
Non, c’est même l’inverse ! C’est un loisir qui structure un imaginaire, qui aide à prendre la parole. Quand on voit le nombre d’écrivains qui sont passés par là, difficile de soutenir une quelconque supposée dangerosité du jeu de rôle. Évidemment, ici aux Imaginales on s’en rend compte : quasiment tous les auteurs ont tâté du jeu de rôle, mais on peut aussi parler de quelqu’un comme Maxime Chattam. C’est un grand auteur de thriller, rôliste convaincu, qui n’hésite jamais à s’en revendiquer ou à en faire la promotion.

Tout ce que tu cites, ça vient des genres (science-fiction, fantasy, fantastique). Existe-t-il des jeux de rôles hors de ces genres ?
Le but du jeu de rôle, c’est de vivre des aventures et de raconter des belles histoires. Souvent, on rejoint la sphère mythique du conte, qui est l’ancêtre du genre fantasy. Les premières grandes sagas : Gilgamesh, Homère, etc. : c’est du pur genre, de la pure fantasy historique ! Ensuite, il y a des jeux de rôles qui essayent d’explorer d’autres sentiers qui sont parfois plus confidentiels mais tout aussi intéressants. Ils vont essayer d’émuler des situations de la vie réelle, toucher un pendant psychologique… Il y a également les serious game qui peuvent être utilisés en entreprise – pour des mises en situation, pour du team-building, pour essayer d’éduquer les gens à certaines situations qu’ils ne connaissent pas forcément, mais qu’ils pourraient être amener à vivre. En formation, c’est utilisé : untel va être le DRH, untel va être le salarié qui va attaquer au prud’homme, etc. Le jeu de rôle, c’est un outil qui peut servir à s’évader dans des univers merveilleux, mais qui peut aussi être utilisé en psychologie et dans le milieu professionnel.

Est-ce qu’il y a une différence entre Donjons & Dragons et World of Warcraft ?
L’un des deux est un jeu vidéo. World of Warcraft est le descendant de Donjons & Dragons, comme tous les jeux de rôles sur consoles ou ordinateurs. Ils réutilisent les concepts de points de vie, l’immersion dans des univers de fantasy, la progression… Les principes sont les mêmes : tu as des armes de plus en plus fortes, tu fais de plus en plus de dégâts, tu explores un grand univers… Après, ces jeux vidéo sont plus limités que le jeu de rôle puisqu’ils dépendent de ce que les programmeurs ont pu mettre dans le logiciel. Les univers peuvent être immenses, ils peuvent faire participer pleins de joueurs… mais dans le vrai jeu de rôle sur table, la seule limite : c’est l’imagination. Normalement, il n’y a pas de bornes car une table de cinq joueurs, cinq cerveaux, cinq imaginations mises côte à côte… ce sont tous les univers virtuels qui s’ouvrent !

Tu es marié et papa. Comment ta moitié et ta progéniture vivent le jeu de rôle ?
Ma femme est très joueuse de jeux de plateau, qui est un loisir un peu cousin. On fait des parties entre amis le samedi soir, à Arcadia Quest par exemple, qui est assez proche du jeu de rôle. Mais le pur jeu de rôle, ce n’est pas son truc, ce qui n’est pas grave en soi. Elle le vit comme si j’étais fan de football et que j’allais à un match avec des potes. Il n’y a aucune différence. Quant à ma fille, elle commence à s’y intéresser. Il y a aussi de plus en plus de dessins animés pour jeunes qui intègrent des personnages qui font du jeu de rôle dans l’histoire. Dans My Little Pony, plusieurs personnages y jouent dans la saison 6. Il y a l’écran, les dés, etc. Dans la nouvelle version de She-Ra, ils doivent préparer un plan de bataille pour attaquer la forteresse ennemie. Ils font ça sur un plateau de jeu avec leurs figurines, il y a un écran de jeu, etc. C’est toute cette imagerie qui est reprise dans ces dessins-animés et qui finit par interpeller les enfants.

Tu parles de jeux de plateau. Quelle vont être les différences avec le jeu de rôle ? Est-ce qu’il y a des jeux hybrides ?
Le jeu de plateau est beaucoup plus borné. Il y a des règles, on est dans une proposition spécifique mais il existe des jeux hybrides. Beaucoup de jeux de plateau réempruntent les fondamentaux du jeu de rôle, notamment Donjons & Dragons. Il y a énormément de jeux de plateau qui proposent de l’exploration de donjons : on a son équipe de personnages, on se déplace sur les cases du plateau, on rencontre des monstres, on les affronte, etc. Souvent ils reprennent la partie purement mécanique du jeu et pas la partie interprétative. Pour Olivier Caïra, qui est un érudit du jeu de rôle et qui l’étudie de façon universitaire, il y a le concept d’incomplétude : par définition, un jeu de rôle ne peut pas être complet. On ne peut pas décrire entièrement son univers, chaque village de tel monde, chaque habitant… Les règles ne peuvent pas couvrir tout ce que les joueurs vont imaginer. Le but, c’est de poser les bases, les codes, un système qui permet de se l’approprier pour faire face aux situations inattendues. Comme le jeu de rôle n’est borné que par l’imagination, il faut qu’on donne quelque chose qui reste ouvert. Alors que le jeu de plateau, on reste sur le plateau. On ne le quitte jamais. On n’interprète pas des personnages. On peut le faire pour le fun, mais rien dans le jeu ne nous demande de le faire.

Les rôlistes ne sont donc pas des individus qui jouent dans leurs caves ?
Non. Ce sont les vieilles images pourries des années 1980-90. Actuellement, il y a d’ailleurs quelque chose qui se passe. Le jeu de rôle a fait son retour en grande surface – avec des maisons d’édition comme Larousse, Solar ou 404. Elles proposent des boîtes d’initiation, dans les rayons jouets / jeux de sociétés.  Castorama a fait une publicité qui en parle… pour vendre des tables, mais c’est assez extraordinaire ! De plus en plus d’œuvres, comme celles que je citais plus haut, montrent que le jeu de rôle est parfaitement accepté comme loisir pour les personnages. Dans True Detective, on voit un manuel de jeux de rôles (imaginaire, mais il est présent). La série Stranger Things parle aussi de jeu de rôle…

Quand et comment tu as commencé ?
J’ai tâtonne au collège. Je m’y suis mis plus sérieusement au lycée, en Terminale, avec une campagne sur INS (In Nomine Satanis, ndlr). Puis c’est à la fac, quand on a un peu de temps et qu’on rencontre des gens venus d’horizons divers, qu’on peut s’y mettre sérieusement.

Tu as franchi plusieurs étapes : joueur, maître de jeu, chroniqueur, scénariste, auteur… À quand l’édition ?
Alors ça, non. Ce n’est pas mon métier. Ça demande des compétences que je n’ai pas, qui ne m’intéressent pas – même si j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui en sont capables car il y a toute la partie administration-comptabilité-juridique. Moi, j’y suis perdu, je me noierais dans ce genre de choses… Je préfère écrire des jeux, les proposer à des éditeurs qui amèneront leur expertise, leur regard, leurs contacts… Et ce sera mieux fait !

Tout joueur peut-il devenir auteur ?
Oui. Ce n’est pas un talent génétique ou une mutation qui permet de l’être. Il suffit de se lancer. Pour être maître du jeu, on fait pareil ! On décide un jour qu’on a envie d’être celui qui va animer la partie, qui va proposer ses idées, qui a envie que ses histoires soient racontées et dont les joueurs s’emparent. Quant à devenir auteur, tous les rôlistes le sont un peu. Ils sont déjà auteur de leur propre personnage, leur propre aventure. Ensuite, c’est de l’expérience, de la rigueur, du travail… Il faut être capable de se structurer, de s’imposer des deadlines… Si on veut se prétendre professionnel, être édité avec des vrais contrats, il faut faire ses preuves. C’est du travail et de l’expérience.

En tant qu’auteur, tu as adapté du manga, de la fantasy asiatique, du super-héros… Les rôlistes sont reconnus pour être curieux, mais toi tu restes souvent dans les mêmes univers.
(Rires) Oui c’est vrai. Plus que les univers, c’est traiter d’un genre qui m’intéresse. Si on me dit qu’on joue dans la Chine ancienne, pour rester dans un truc que je connais, je vais m’interroger sur les codes. Est-ce qu’on va jouer Tigre et Dragon ou est-ce qu’on va jouer les enquêtes du Juge Ti ? Est-ce qu’on va jouer de l’aventure avec cape et épées / kung-fu ou va-t-on enquêter sur des mystères, négocier avec des fonctionnaires ? D’un côté, on aura un polar de la Chine ancienne, de l’autre de l’aventure. C’est ça qui m’intéresse. J’ai des univers de prédilection, mais j’essaie de les aborder avec différents codes. 

Pourquoi passer du jeu de rôle aux romans ?
C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Pour une certaine raison, j’avais d’énormes complexes. Je pensais que c’était un univers d’un niveau au-dessus de ce que j’étais capable de produire puis arrive ce moment où l’on se dit qu’on est vraiment trop con. Il y a d’autres auteurs de jeux de rôle qui deviennent romanciers, qui y arrivent… Même si ce qu’on fait est trop nul et ne sera jamais accepté, on se lance. Je commence à écrire des nouvelles, à répondre à des appels à textes… Petit à petit, on monte en gamme, on ose enfin proposer un gros manuscrit à un éditeur plus important et finalement, on est accepté. On se dit qu’on en est capable, c’est certes toujours du travail, de la remise en question, mais j’en suis capable ! J’encourage toutes les personnes qui liront cette interview à ne pas être aussi con que moi et à ne pas avoir ce genre de barrières qu’on s’impose soi-même… On apprend à écrire en écrivant. 

L’histoire de la trilogie des Chroniques de l’Etrange était-elle présente à la base ?J’avais l’idée de raconter cette histoire. J’ai fait en sorte que le premier tome soit auto-contenu, en semant quelques graines dedans, si l’éditeur était d’accord pour faire la suite. Dans le deuxième tome, j’ai fait germer ces graines pour montrer que la saga était vraiment une trilogie en tant que telle. Ce n’était pas un one-shot plus deux suites. C’est une vraie trilogie dramatique et narrative. J’avais une idée vague, j’avais le chemin, je n’avais pas tous les détails, mais je savais où j’allais dès le début. Le chemin emprunté était peut-être différent de ce que j’escomptais au final…

Comment peut-on définir ta trilogie ? Dans Les Chroniques de l’Etrange, on évolue dans un Hong Kong qui est un mélange de films de la Shaw Brothers et du Hong Kong actuel. Est-ce que c’était voulu ? 
Ah, oui ! C’est complètement ce que je voulais faire ! C’est de l’urban fantasy qui se passe à Hong-Kong. L’urban fantasy, c’est un genre très anglo-saxon où la ville, qui sert de lieu d’action, est en même temps plus que le décor.  C’est aussi une sorte de protagoniste qui va forger le destin des personnages. Eux-mêmes, par leur histoire et leurs actions, vont dresser un portrait de la ville… Puisqu’ils sont façonnés par elle, ils la racontent en miroir. C’est un genre qui m’intéressait beaucoup. Les anglo-saxons en sont souvent maîtres parce qu’ils ont une culture urbaine qui est plus développée que la nôtre. En Angleterre, il y a Rivers of London, traduit en français par le Dernier Apprenti Sorcier où Londres est rempli de divinités et le héros enquête au milieu de tout ça… À Chicago, il y a notamment Les Dossier Dresden… Quelque part, Anne Rice est précurseuse puisque dans Les Chroniques des Vampires, la Nouvelle-Orléans est une ville très importante. J’ai voulu utiliser ces codes, mais les placer à Hong-Kong pour trouver une certaine originalité et réutiliser toute la mythologie asiatique, qui coulait de source. Je voulais forger une urban fantasy qui nous dépayse, qui soit exotique et qui nous amène vers des contrées qu’on connaît moins. Donc, toutes mes influences sont pensées et revendiquées.

Quand je lis ta trilogie, elle concentre divers genres cinématographiques de Hong Kong : Les triades, le kung-fu, le wuxia pian… Faut-il s’y connaître pour pouvoir entrer ?
Non, puisque mon rôle est d’être le passeur de cette culture pour le lecteur. Je prends le temps, à travers le héros, d’expliquer les notions qui lui sont familières. En s’identifiant à lui, le lecteur les appréhende et parvient à s’y familiariser. Hong Kong étant intéressante à ce titre, puisqu’elle a été sous domination anglaise pendant une centaine d’années avant d’être rendue à la Chine. Elle est très imprégnée de culture occidentale et ça facilite la transition pour le lecteur. On pourrait être dans une ville semblable à New York avec des immenses gratte-ciel, etc. Mais au lieu de trouver la cathédrale Saint-Patrick ou des églises, on va avoir les temples des dieux chinois, les petits autels dédiées à la déesse de la mer. La transition se fait assez naturellement. J’espère en tout cas être arrivé à passer cette culture de façon indolore pour le lecteur.

Depuis le début de cette interview, on sent que tu es passionné par la culture asiatique. Pourquoi celle-ci ?
Je ne pourrai pas dire à quand remonte ma passion de l’Asie. Ça a commencé par le cinéma, évidemment… Sans doute Bruce Lee quand j’étais gamin. J’ai toujours adoré ça. Des films comme La Rage du Tigre, La Main de Fer qui étaient à l’époque en VHS chez René Chateau Vidéo… Avec des doublages dignes de Michel Leeb ! C’était abominable, mais ça fascinait l’enfant que j’étais. J’ai continué à adorer cette culture. Ce qui ne m’empêche pas d’être également passionné de mythologie grecque, mais à un moment il faut se dire : quel est mon créneau ? J’ai cité tout à l’heure des auteurs d’urban fantasy qui ont déjà investi beaucoup de possibilités dans le genre. Est-ce que j’allais venir avec mon histoire de vampires, de loups-garous alors que pleins de gens plus doués que moi l’ont déjà fait ou est-ce que j’allais chercher ma voie, mon ton ailleurs, dans mes passions de jeunesse ? Je voulais intéresser les gens à ces passions sans être écrasé par l’ombre des grands auteurs qui m’ont précédé sur tout ce qui est culture occidentale et folklore. J’ai cherché mon créneau… en Asie !

Tu as goûté des nems, des pâtés impérieux, du riz collant… Tu as aimé. Depuis, à travers tes romans, tu fais de nombreuses descriptions de repas. As-tu envie de nous donner faim ?
Il y a de ça, mais en fait  quand j’écrivais, je me renseignais sur Hong Kong. L’un des éléments-clés de la ville, c’est qu’il s’agit de l’endroit du monde où on trouve le plus de restaurants par habitant. En fait, le Hongkongais mange beaucoup à l’extérieur puisque c’est une ville où l’immobilier est extrêmement cher et les appartements plutôt petits. J’imagine que les cuisines sont relativement exiguës, on ne peut pas y préparer d’immenses plats. Ils mangent beaucoup à l’extérieur et ils ont vraiment des restaurants incroyables… Certains sont fait d’un stand sur un trottoir, avec deux tabourets, on se fait servir sa soupe de nouilles, alors que d’autres sont luxueux et accueillent le gratin de la région. Je voulais le faire sentir car ça fait partie de l’ambiance de la ville. Ces rues encombrées avec des petits étals… On se prend une brochette de poisson en se rendant au boulot, etc. C’est vrai aussi que la nourriture asiatique a des saveurs, des odeurs qui sont marquantes d’une certaine ambiance. On essaye de décrire à travers les sens du lecteur : Il n’y a pas que la vue ou l’ouïe, on essaye de titiller son goût, son odorat… Dans les mondes de fantasy, on ne sait jamais trop ce que mangent les gens. Ils vont commander une viande qui cuit dans la cheminée de l’auberge, mais c’est rarement expliqué : on ne nous dit pas quelles épices sont utilisées, les herbes, l’assaisonnement… Ça me semblait très intéressant d’explorer ce terrain-là.

Tu es reconnu comme professionnel dans le milieu rôliste, mais en-dehors de cette sphère ?
Je ne sais pas si je suis si reconnu que ça, mais le professionnalisme c’est quelque chose qui me tient à cœur. Si un éditeur me fait confiance, prend des risques, mise de l’argent sur moi, je dois lui donner le meilleur de moi-même. Je dois respecter les délais qu’il me demande, je dois avoir une qualité de texte qui corresponde au standard que lui et moi nous sommes fixés. C’est certain que ce n’est pas un travail que je prends par-dessus la jambe. Si les éditeurs en sont contents, j’en suis le premier heureux. Vis-à-vis du public, je ne sais pas si les gens s’intéressent tant aux auteurs dans le jeu de rôle. C’est beaucoup moins ancré dans la culture rôliste que dans les romans. De plus en plus d’auteurs sont issus du jeu de rôle. Les éditeurs savent que nous avons une expérience, que nous sommes à l’aise avec l’écriture. Ils peuvent miser sur nous, mais le public littérature de fantasy est plus large que le public de jeu de rôle. Il faut convaincre un autre lectorat.

Le fait que tu sois connu dans le milieu rôliste a-t-il permis d’être reconnu en tant qu’auteur de romans ?
Je n’ai pas fait d’étude de marché donc je ne sais pas du tout… Des gens que je connais par les réseaux sociaux et qui me connaissent en tant que rôliste ont acheté mes livres parce que mon nom leur était familier. Je ne sais pas si c’est un mouvement général. Je pense que concernant des grands auteurs issus du jeu de rôle comme Jean-Philippe Jaworski, leur public dépasse de loin la sphère rôliste, sinon ils n’atteindraient pas de tels chiffres et une telle réputation. Je ne sais pas si les publics sont si perméables. Ce sont des genres qui sont vraiment voisins et qui gagneraient à mieux communiquer en synergie. J’espère avoir une petite communauté qui me suit quel que soit le loisir, en tout cas.

Tu te dis professionnel, tu fais attention à la confiance que tu entretiens avec l’éditeur. Comment s’est passé la phase de corrections des Chroniques de l’Etrange ?Elles étaient énormes ! Notamment sur le premier tome de la trilogie, Les 81 Frères. Je ne savais pas forcément raconter une histoire aussi bien qu’on l’attend d’un romancier. Après avoir lu le manuscrit, l’éditeur m’a demandé de travailler certains éléments : développer un personnage, rajouter un chapitre, etc. J’ai plus ré-écrit le livre que je ne l’ai écrit. Ça m’a pris beaucoup plus de temps et d’effort. Ensuite, il y a le travail avec la directrice d’ouvrage, qui a fait un très bon boulot. Elle va s’attaquer plus aux détails, elle va repérer les incohérences : « cet événement qui arrive vers la fin, annonce-le tout doucement au fil des chapitres, en glissant des allusions de façon à ce que lecteur n’ait pas l’impression que ça tombe du ciel », etc. Ce sont des petites choses qu’on ne sait pas forcément faire en jeu de rôle, puisqu’on décrit des univers plus que des histoires. J’ai pu l’apprendre à cette occasion. Les relectures / corrections sont très importantes et nécessitent de s’y plonger. C’est une partie douloureuse, notamment pour l’égo, mais on doit s’y prêter.

L’écriture est-elle une finalité ou une autre façon de faire vivre tes univers ?
Il y a un peu de tout. Il y a l’envie de passer quelque chose au lecteur, de l’attirer dans mes passions, en espérant que ça l’intéresse. C’est une finalité qui n’en finit jamais. On a toujours envie d’en écrire un autre, puis un autre… Quand on a bouclé un roman, voire une trilogie, on se dit que ça fait du bien, c’est fini. On a fait ce qu’on voulait, ça aurait pu être mieux, parce qu’on n’est jamais satisfait de son travail, mais… C’est fait ! Il y a un côté finalité en soit. Ensuite on espère que ça peut vivre de façon transmedia. Des droits achetés pour une série télé, un jeu vidéo… Parce qu’on a envie de voir son univers se développer, forcément.

Est-ce que Les Chroniques de l’Etrange seront adaptées en jeu de rôle ?
Tout à fait. C’est signé avec l’éditeur Antre Monde pour une sortie prévue à l’automne 2020.

Quel est le plus facile ? Adaptation littéraire ou adaptation rôliste ?
Là, je ne vais pas dire que ça va être facile mais j’ai tout. C’est mon univers, je l’ai développé à travers trois romans, donc le jeu de rôle devrait couler de source. Ce qui va m’intéresser, c’est de m’entourer d’une belle équipe et de voir ce qu’eux peuvent mettre dedans. Savoir comment ils vont s’emparer de l’univers avant même que les joueurs ne le fassent. Je vais diriger l’équipe, j’écrirai le jeu de rôle avec eux mais je vais être très curieux et ouvert à leurs idées. Il y a peut-être des choses auxquelles j’aurai aimé penser dans les romans qui vont m’être amenées et qui rendront l’univers encore plus passionnant !

Qu’en est-il de l’après Chroniques de l’Etrange ? J’ai entendu parler de Donjons & Dragons mais aussi de Grèce mythique…
J’ai un peu écrit pour Héros & Dragons, la version Black Book de Donjons & Dragons 5ème édition. Je ne suis pas un gros auteur sur Héros & Dragons, ça n’est pas un des éléments de mon actualité les plus prégnants même si je suis content d’avoir participé. Par contre, la Grèce mythique, oui ! Mon prochain roman, je pense que ça va vraiment être ça. Une autre de mes passions, la mythologie grecque… Je pense plonger les personnages dans ce qu’on appelle les Siècles sombres. C’est la période qui sépare la fin présumée de la Guerre de Troie de l’ère classique des cités-états. C’est une époque où énormément de bouleversements ont eu lieu dans le bassin méditerranéen. C’est assez peu documenté et je pense qu’il y a des choses à trouver et à raconter.

 Est-ce que tu as commencé à économiser pour aller à Hong Kong ou en Chine ?
Eh bien, chers lecteurs : achetez, achetez et quand j’aurai assez de droits d’auteur, je pourrais m’acheter le billet !

Merci à Romain d’Huissier d’avoir pris le temps de répondre à mes questions

Chronique de Seppuku

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