RENCONTRE AVEC LES AUTEURS DE NARAGAM

A l’occasion de la sortie du troisième tome de Naragam, nous avons rencontré les auteurs de cette trilogie. On y parle surf, villes en ruines, Télérama et fantasy…

Mike et Michael Le Galli. Un grand, un petit, un brun un blond surfer… Les Laurel et Hardy de la bande dessinée ?

Michael : Essaie de te souvenir qui fait Laurel, qui fait Hardy. Il n’y a pas de petit dans ce duo, parce que Stan Laurel est grand et filiforme.  A l’opposé de Hardy, qui est corpulent. Tu fais le corpulent ?

Mike : Oui, je vais faire çà.. (rires). On ne le sait pas, mais Hardy était surfeur.

Michaël : On l’appelait Le Hardi ! (rires)

Si vous vous connaissez depuis de longues années, vous n’avez que deux collaborations ensemble. Pourquoi ?

Mike : Ce sont des collaborations au long cours. Naragam, c’est un projet qui dure depuis cinq ans . On a commencé les premiers croquis en 2013. Pour La Guerre des OGM, on a travaillé dessus pendant près de quinze mois.

Pour Naragam, qui a initié le projet ?

Michaël : C’est moi ! Quand je venais à Brest, je passais dire bonjour à Mike. S’il n’y avait pas les illustrations liées à Naragam, il avait des book remplis de dessins extraordinaires. On avait au moins quatre books avec ces personnages incroyables. D’ailleurs certains de ces dessins sont dans les recherches du premier tome. Un jour, je lui ai dit que j’empruntais ces books et qu’avec je ferai une histoire… Il a commencé à blêmir, il ne voulait pas que je parte avec (rires). Je voulais m’inspirer de ses personnages, de son univers graphique, pour raconter une histoire.

Mike : Pour la petite histoire, je n’ai pas tout de suite voulu

Michaël : Tu voulais optimiser ton rapport dessin/temps de réalisation, vu que tout était réalisé au crayon.

Mike : Çà c’était en 2011 et j’ai fait les Death Squad. Michaël est revenu à la charge après.

Michaël : Si Mike voulait recollaborer, j’étais partant pour voyager dans cet univers graphique.

Mike : Michaël m’a recontacté un été. Il avait une base d’histoire. Tu te souviens ? Il y avait un micro-synopsis écrit sur une page de Télérama,…

Michaël : … Que j’avais écrit à la plage (rires).

Mike : Il m’a demandé ce que j’en pensais. J’étais partant. Par contre, on pensait en faire un one-shot en noir et blanc.

Peut-on dire que c’est une co-création ?

Premières versions de Geön

Michaël :  C’est une création à partir de l’univers graphique de Mike.

Mike : Ça a été une création commune. On s’est nourri l’un et l’autre.

Mike : Ça s’est créé à partir de mes dessins. Il y avait une chose de Michaël aimait bien. Il appelait çà, les compressions. Ce sont toutes ces images de cadavres de titans. Dès les premiers échanges, il voulait organiser la bande dessinée autour de ces illustrations. Ensuite, l’histoire s’est étoffé autour de Geön, de Sajiral, etc…

Mike : Avec Michaël, on voulait quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Pendant près de trois mois, je n’ai fait que des recherches de design.

Michaël : On voulait des pleine pages, des double-pages, On voulait retrouver l’univers graphique de Mike tout en évitant les poncifs de la fantasy : Nains, elfes, etc.

Mike  : Pour le personnage principal, Geön, on s’est inspiré d’un de mes autres livres d’illustrations : Bestiaire des Trois Terres.

Michaël : Geön était dessiné des milliers fois. Sur  270 pages, il était présent dans toutes les cases ou presque. Il fallait qu’on trouve un personnage qui puisse exprimer un certain nombre d’émotions graphiquement, mais aussi  qui soit rapide et facile à dessiner.

Mike : Je voyais un personnage rond, parce qu’on va plus facilement vers ce qui est rond, alors que Sajiral, c’est le contraire. Il est tout en longueur.

Michaël : Geön aurait été plus dur, plus sévère si on avait retenu la première version…. Quelque part, la personnalité de Geön a rejoint son physique. Il est devenu peut-être plus naïf que ce qu’il aurait pu être. C’est intéressant. Ça induit les événements, les réactions des personnages.

Il y a un troisième auteur : Josselin Paris. Il a fait les couleurs. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Mike : Nous avions déjà collaboré ensemble sur l’album des  Death Squad paru aux Editions Delcourt , Josselin ayant réalisé les couleurs dudit album. J’avais beaucoup aimé son travail notamment au niveaux des ambiances, de la lumière dans certaines cases des Death Squad et j’avais vu aussi certaines de ses illustrations personnelles publiées sur son blog. Quand le projet Naragam a commencé à vraiment prendre forme, c’est tout naturellement que je me suis tourné vers lui. Dans mes souvenirs, Josselin avait dû coloriser trois ou quatre pages, plus la colorisation des croquis de personnages quand nous avions monté le projet. Josselin avait réalisé les essais couleurs sur les pages en couleur infographique avec un résultat très proche d’une technique d’encres aquarelles ou de peintures et cela m’avait immédiatement séduit. Et pas que moi je crois !

Michaël :  Il a fait un travail magnifique. Le dessin de Mike est si dense, si puissant qu’il est compliqué de faire des couleurs.

Mike : On en parlait encore récemment. Avec Josselin, nous passons beaucoup de temps pour les réglages, pour conserver le grisé du crayonné. Au niveau des teintes, il a proposé de bonnes idées. Quelquefois, j’avais des idées précises sur l’ambiance. Je faisais des captures d’écrans de films, par exemple. Par contre, il avait aussi des idées. Avec la page d’introduction du premier tome, il réussit à nous faire rentrer dedans rapidement.

Michaël : Sur les trois tomes, il y a une vraie progression. Une véritable adéquation entre les dessins et la couleur.

Mike : Le premier tome en a subi les frais. Il fallait se caler. Ensuite, on a retravaillé dessus ensemble.

Exemple de mise en couleur par Josselin Paris

Sur le dessin, on peut voir des influences de H.R.Giger, Mike Mignola, Frank Frazetta, Bernie Wrightson… Ce sont des ambiances sombres. Pourquoi être attiré par le côté obscur de la force (ndlr : La rencontre a été faite le 4 mai jour du Star Wars Day)

Mike : C’est une histoire de personnalité. C’est attirant. Il se passe des choses, on ressent une part de mystère. Ça permet aussi une sacrée marge de manœuvre dans la création. Le réalisme me fige complètement au niveau créatif. Dès que ça devient sombre, ça devient moins compliqué à faire. C’est un univers qui me porte énormément. C’est aussi pour çà que j’apprécie ce que fait Mike Mignola. Ses univers sont contrastés, c’est en noir et blanc. Quand je prends quelque chose de Mignola, je le prends en noir et blanc. Je suis aussi nourri à çà. Je lisais des illustrés comme Spectral, etc. Ça a du m’influencer.

Michaël, c’est un univers sombre que tu as voulu développer.  Comment raconter un univers sombre qui ne soit pas dépressif ? 

Michaël :  On y tombe ! Dans le premier tome, Geön est confronté à une forme de mélancolie. C’est comme une forme de dépression. Son personnage veut tout comprendre, tout savoir et c’est une quête sans fin, même s’il reste optimiste. C’est cette envie qui lui donne de l’énergie pour repartir, d’aller de l’avant, tout en ayant cette candeur. A la fin, il partage son savoir.

Tu avais déjà scénarisé de la fantasy, mais ici, il est question de dark-fantasy. Etais-tu un habitué de ce genre ?

Michaël : Oui. Je lis aussi bien la high-fantasy que la dark-fantasy. J’aime beaucoup ce genre et j’en lis régulièrement.

S’approprier l’univers graphique d’un auteur pour en faire un scénario, n’est-ce pas revenir à tes études : L’ethnologie ?

Michaël :  Non. L’univers est uniquement graphique, Il n’est pas nourri d’histoire, de culture, etc. A aucun moment, dans les books de Mike, il y a des indications qui permettraient de définir une culture. J’invente tout. La structuration de la société, les Derkomaï, les Twörb, etc. Je m’approprie l’univers graphique, mais c’est moi qui apporte l’univers narratif, celui dans lequel vont évoluer les personnages.

Mike, comment as tu ressenti, cet univers narratif à partir de ton univers graphique ?

Mike : Ça s’est fait naturellement, ça collait bien. Nous avons discuté ensemble sur les habitations, sur  les différentes races, mais il n’y a eu aucun problème particulier.

Michaël : Ensuite, il y a des choses étonnantes dans l’histoire. Certains moments auraient pu être différents. Par exemple, Mike ne voulait pas dessiner de ville….

Mike : … Ou alors… En ruine !

Michaël : Ou en ruine ! Ça induit le scénario. La cité de Drëk,… Mike ne voulait dessiner aucun habitant. J’ai du trouver une astuce. Finalement, cette solution est meilleure que la première version de l’histoire. où on visitait la ville. Souvent je partais des contraintes de Mike pour construire mon scénario.


D’où viennent l’origine des noms ? Pour Naragam, j’ai trouvé des origines indiennes, un satellite météo, etc…

Michaël : Nous sommes dans un univers imaginaire total donc je cherche et je me laisse dériver. Pour les Twörb, nous sommes dans les marais, donc c’est la tourbe, ensuite tu cherches quelque chose, une sonorité, une petite musique dans le nom…

Mike : Sajiral devait s’appeler Diabal. Michaël m’avait demandé mais je trouvais que ça sonnait trop comme « diable ». Il m’a proposé « Saji-râ » et je trouvais qu’il fallait garder la sonorité « al ». Maintenant, on trouve çà évident, les noms collent très bien aux personnages. Bròg, c’est génial, comme nom !

Michäel : Les noms viennent aussi comme çà.  Tu vois un animal,  tu cherches le nom latin, tu dérives la racine, etc.

Mike : Pour Bestiaire des Trois Terres, je cherchais des noms à consonances scandinaves. On regarde, on recherche, on s’inspire.

Tout le dessin se fait au crayon, donc un travail long et ardu. Pourquoi ne pas passer à une autre technique ?

Mike : Je n’aurai pas eu le même rendu. J’ai deux books. Le premier avec des dessins crayonnés, l’autre avec des dessins encrés et ce n’est pas la même chose. Je travaille au crayon papier, avec différentes valeurs de gris. Il y a plusieurs crayons. Je travaille avec des mines de 0,5mm et je les taille en biseau, pour avoir un rendu très fin. J’utilise aussi des mines de 0,3mm. Le rendu se rapproche de la gravure sur certaines pages originales, mais c’est très long. Pour gagner du temps, je travaille sur du petit format, le A4. Les double-pages, je les fais au format A3, mais ça demande quatre jours de travail.
Pour revenir à ta question, je n’aurai pas pu passer à une autre technique en cours de route, mais c’est çà qui avait séduit l’éditeur, la qualité des crayonnés.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.