LE CHEVAL D’ORGUEIL

chevalOrgueilAu début du XXème siècle, alors que le pays bigouden est en pleine révolution (social, langage, traditions), celui qui deviendra Pierre Jakez Helias raconte son enfance, ballotté entre la culture bretonne et celle de l’école de la république française.

C’est le livre des premières fois. Si Marc Lizano est connu comme auteur (L’Enfant Cachée, La Petite Famille), c’est la première publication de Bertrand Galic. Un premier scénario sur une œuvre d’importance, puisque Le Cheval d’Orgueil a été vendu à plus de deux millions d’exemplaires, que son auteur est reconnu dans le monde bretonnant et que cette œuvre n’a jamais été adaptée en bande dessinée (alors que le petit-fils de Pierre Jakez Helias est lui-même auteur de bande dessinée).
Le Cheval d’Orgueil est paru dans la collection Noctambule. Qu’ils collent au texte ou qu’ils soient inspirés de l’œuvre source, les livres de cette collection ont toujours été un gage de qualité. A première vue, adapter plus de 700 pages en 136 planches est un exercice ardu et Marc Lizano n’a pas un graphisme réaliste. On soutiendra alors l’importante nuance « librement adapté » marqué sous le titre. Sachant que toute adaptation est une « trahison », le projet n’a pas été porté comme unerestitution mais comme un esprit.
Dès les premières pages, on plonge dans cet esprit. Enseignement par les aînés, leçons par les contes, façon de vivre de l’époque, etc. S’ils se sont largement documentés, s’ils ont obtenu l’aval des ayant-droits, les auteurs restituent l’esprit de Pierre Jakez Hélias. Bertrand Galic n’est pas resté fixé sur la structure de l’œuvre, mais sur une ligne temporelle. Il emprunte plusieurs séquences qu’il compile dans des chapitres (les livres). Une idée risquée mais qui permet de mettre une homogénéité dans cet ensemble de textes, dans les ambiances . En effet, comme les auteurs l’indiquent, Le Cheval d’Orgueil est un livre monde. En  simplifiant l’intrigue, tout en gardant la substantifique moëlle, ils nous lancent une invitation dans cet univers. Si ce livre montre comment vivaient les bretons au début du XXème siècle, il est bien plus que cela. On y croise les différentes évolutions (interdiction de parler breton, les premiers baigneurs, l’école de la république), mais aussi cette fierté. Malgré la pauvreté, malgré les aléas de la vie, la famille Hélias s’est toujours montrée droite et digne. On voit aussi les tenants du savoir (les aînés) donner l’éducation traditionnelle à petit Pierre tout en lui montrant le chemin du français et de cette école si étrange. Si le découpage montre l’évolution de Pierre Jakez Hélias, celui qui marque le plus est sans-doute celui qui parle de la guerre. En parallèle, les auteurs montrent l’enfant qui grandit, tandis que son père est au front. Une séquence choc qui fonctionne complètement !
En acceptant d’être le dessinateur de ce livre, Marc Lizano a pris un risque. Avec sa sensibilité propre, il dessine le monde de Pierre Jakez Hélias. Son graphisme « grosse tête/petit corps » répond parfaitement à cette invitation à l’enfance. Rien n’est naïf ou puéril, on évite les clichés sur les bretons, et si le graphisme n’est pas là pour reproduire exactement l’époque, les auteurs ont fait assez de recherche pour qu’il n’y ait ni faute, ni anachronisme.

Est-ce une adaptation réussie ? Il faudrait demander à Pierre Jakez Hélias. On demandera à ses ayant-droits. Pour le lecteur que je suis, le ton général du Cheval d’Orgueil est présent. L’approche des auteurs nous rappellent l’enfance de Pierre Jakez Hélias, mais aussi l’Enfance. Comment nous grandissons avec l’évolution de notre monde, comment le savoir nous est transmis, etc. Le graphisme « enfantin » de Marc Lizano, les séquences de Bertrand Galic permettront aux enfants de s’intéresser à l’oeuvre-source. Pour les adultes ayant lu Le Cheval d’Orgueil, ils devraient apprécier cette adaptation. Quant à ceux qui ne l’ont pas lu, qui ne connaissent pas la culture bretonne, la question est posée. Certes, les images et le texte sont universels. Les auteurs ont fait en sorte que tout le monde comprenne. Mais plusieurs détails ne sont pas expliqués (comme ce qu’est l’Ankou, par exemple). Le résultat est-il assez démonstratif pour que ça parle à tout le monde ou seul le monde breton est concerné (ce qui serait étonnant) ?

En gardant l’esprit et la poésie de Pierre Jakez Hélias, Bertrand Galic signe un premier scénario fort en thème. Accompagné par le doux dessin de Marc Lizano, cette seule adaptation du Cheval d’Orgueil montre combien le récit est universel. Une première fois étonnante !

LE CHEVAL D’ORGUEIL D’APRES L’OEUVRE EPONYME DE PIERRE JAKEZ HELIAS
SCENARIO : BERTRAND GALIC
DESSINS : MARC LIZANO
COLLECTION : NOCTAMBULE
EDITIONS : SOLEIL

D’autres chroniques sur ce livre ? Les Chroniques de L’Invisible, Un Amour de BD

Cette chronique a été faite dans le cadre de la BD du mercredi. Cette semaine, retrouvez tous les participants sur le blog : La Bibliothèque de Noukette

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15 commentaires sur “LE CHEVAL D’ORGUEIL

  1. Voilà, j’ai lu, je publie la chronique demain matin (et ton article et d’ors et déjà lié).
    Je dirai qu’on est globalement d’accord sur sensiblement tout. J’ai relevé les mêmes choses que toi.
    Mais avec moi, on a la certitude que cet album peut intéresser les jacobins extra-bretons. ^^

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