LA REVOLUTION PILOTE

revolution-pilote-tome-1-revolution-piloteCrée en 1959, le magazine Pilote a vécu plusieurs révolutions dont celle de 1968. Un procès est attenté à René Goscinny. Il va répliquer en ouvrant le journal. Si les années 70 vont être les années de gloire de Pilote, ça va être aussi le début de la fin. Plusieurs auteurs quittent le « navire ».

Le piège d’une bande dessinée reportage, c’est de se dire : est-ce une bande dessinée documentaire ou un documentaire en bande dessinée. La bande dessinée doit-elle réinventer le réel ? Une question importante quand on s’attaque à un sujet comme Pilote (magazine hebdomadaire puis mensuel de bande dessinée qui vécu 30 ans, révolutionnant cette dernière) . A travers des entretiens dessinés, les auteurs rencontrent 6 artistes : Claire Brétécher, Marcel Gotlib, Fred, Philippe Druillet, Nikita Mandryka, Jean Giraud. La question qui est à chaque fois posée étant : « Comment était l’ambiance à Pilote entre 1968 et 1972 ? ».
Les réponses et le portrait kaléidoscopique de ce moment sont plutôt étonnantes. Chacun rejette le procès, loue René Goscinny, mais à sa façon. Ça aurait pu être un pensum réservé aux initiés adorateurs de Pilote, analystes de la bande dessinée, etc. Il n’en est rien. Eric Aeschimann, journaliste qui a tâté de la politique comme de l’économie est féru de bande dessinée. Ses articles sur la bande dessinée la replace dans le monde réel. Dans La Révolution Pilote, il interroge, replace dans le contexte, relance l’entretien. Un travail de journaliste fourni qui montre un « espace-temps » donné sans que celui-ci ne représente le réel, puisque ce sont les versions des interviewés. Quant à Nicoby, il interprète les réalités. Si Eric Aeschimann ne ressemble en rien au véritable journaliste, Nicoby s’interprète avec un personnage récurrent : affublé d’un gros nez, habillé d’un pull rayé voire d’un ciré Guy Cotten (oui Nicoby est breton) et un caractère faussement naïf. S’il dessine 144 pages, ce sont autant de mondes qui représentent l’univers des auteurs. En les replaçant chacun (ou presque) dans leurs créations, ce sont autant de références aux lecteurs. Un parti pris qui prouve encore une fois l’étendu de talent de Nicoby, mais qui permet aussi de raconter une histoire.

Chaque entretien est coupé par une hypothèse/anamnèse, montrant l’évolution de l’enquête. Au final, La Révolution Pilote est une formidable enquête en bande dessinée sur une (r)évolution. Celle de la bande dessinée, mais aussi de ses auteurs qui d’enfants de René Goscinny, sont devenus adultes. Le livre est édité chez Dargaud, la maison éditrice de Pilote.

Si vous voulez continuer sur le sujet, vous pouvez regarder la seconde Emission Dessinée (à partir d’ici, mais le reste est bien aussi), lire l’ébauche de ce que sera ce livre (un article d’Eric Aeschimann), retracer l’aventure Pilote, ou lire la crise de 1971 où Pilote est considéré comme un journal commercial.

Une autre chronique est disponible chez Les Chroniques de L’Invisible

LA REVOLUTION PILOTE
AUTEUR : ERIC AESCHIMANN
DESSINATEUR : NICOBY

Aujourd’hui, les BD de la semaine sont à lire sur Les Chroniques de L’Invisible

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5 commentaires sur “LA REVOLUTION PILOTE

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