RECOUVRANCE, UN RENOUVEAU CULTUREL ?

En l’espace de quelques mois, le bas de la Rue de la Porte  accueille deux nouveaux lieux dédiés à la culture. Entre Last Player, Un Phare à L’Ouest et Un Futur Composé, les amateurs sauront trouver leur bonheur. Rencontre avec les gérants…

futur-composéUn Futur Composé : Robert Diverres

Tu as ouvert ton magasin il y a 15 ans (aout 1999). Quel est ton ressenti ?

Ca va. Il y a eu des bonnes et des mauvaises années. C’est vrai que l’arrivée du tramway n’a pas rendu les choses plus faciles. J’ai été obligé de trouver un travail salarié à côté, mais je m’en sors bien… Grâce à Internet. Quand je me suis installé, j’ai choisi Recouvrance pour les marins. Ce sont des jeunes adultes qui lisent et qui passent par Recouvrance, avant d’aller au centre ville.

Ta boutique est différente des autres commerces. Peux tu expliquer pourquoi ?

Ma boutique est participative. Ma clientèle ce sont essentiellement des passionnés, des collectionneurs, mais ici, c’est à la bonne franquette. Si je suis trop occupé sur quelque chose, ceux qui sont habitués peuvent m’aider. Ce matin, ceux qui étaient présents ont rangé les bandes dessinées

Est- ce que les adaptations ont servi ton commerce ?

Un peu, mais pas essentiellement. Comme je suis partenaire du Multiplexe Liberté, on parle de mon magasin. Quand les spectateurs découvrent le film, certains veulent découvrir la bande dessinée. Contrairement à ce qu’on pense, le monde du comics est complexe. On croit que ce sont des lectures pour les enfants… Ca l’était à mon époque, c’était très abordable et c’est devenu très compliqué. Si le lecteur n’a pas les bases, c’est très dur de comprendre. Même les habitués peuvent avoir du mal sur certaines histoires. Il y a tout le temps des références. Quand tu ouvres une porte, tu ne peux pas te contenter d’une seule. Pour comprendre, il faut ouvrir toutes les portes. Les nouveaux lecteurs, s’ils ne s’accrochent pas sont vite perdus.

Que trouves-t-on dans ton magasin ? Qui dit comics dit bande dessinée américaine, mais c’est large.

Je suis spécialisé sur les super-héros. Je ne fais que çà. On ne trouvera pas les adaptations en romans, ni les créations françaises. Pour ce  que je vends, il y a deux écoles : le kiosque et la librairie. Au début, je faisais la librairie, mais j’avais de la concurrence sur Brest et sur Internet, c’est difficile de se démarquer. Par contre, le kiosque c’est différent. Pour certains, le kiosque, c’est le parent pauvre du comics, mais c’est là qu’on a le plus de lecteurs de comics. Pour être au plus près de la bande dessinée américaine, de la v.O, le lecteur de comics lira du kiosque. On ira chercher sa bande dessinée tous les mois et les épisodes sont à suivre. Le lecteur de librairie aura un story-arc (arc narratif) en tpb (trade paperback/livre de poche). On fait pareil comme quand on était petit en allant chercher notre Strange. J’ai aussi une clientèle de v.o (version originale), mais uniquement sur commande. Tous les mois, j’ai ma clientèle d’habitués qui commandent et je reçois çà, deux semaines après.

Tu fais plutôt du neuf ou de l’occasion ? As tu des numéros dit « collector » ?

J’ai très peu d’occasion. Quant aux collectors, on peut avoir des tirages limités à 1500 exemplaires, mais en France, en kiosques, c’est énorme. Par contre, quand le tirage atteint 400-500 exemplaires, ça devient limité et s’est très cher sur Internet.

Un phare à L’ouest et Last Player se sont ouverts. Que penses tu de cette ouverture culturelle à Recouvrance ?

Ca ne peut être que bénéfique. Si ça fonctionne, que ça attire du monde, que ça brasse de la clientèle… Tant mieux.

Tu dis que tu es sur la toile ? Comment te joindre ?

Je ne me suis pas embêté avec un site. J’ai une boutique sur ebay et ça prend beaucoup de temps.

Un Futur Composé : 22 Rue Bouillon, 29200 Brest
Horaires aléatoires sauf le Samedi : 10h-19h

last-playerLast Player  : Frédéric Dessez

Tu es ouvert depuis quelques mois. Quel est ton ressenti ?

Ca se passe plutôt bien. Vu que je viens de l’informatique, c’est de la découverte pour moi.On a des clients réguliers. Ils découvrent et ça devient leur nouveau lieu privilégié, car d’autres clients ont les mêmes loisirs en commun (jeux vidéos, jeux de société). Par contre, on a quelques limonadiers. Ils commandent un ou deux verres pour tout un groupe, ils s’installent et jouent pendant plusieurs heures. On a beau leur expliquer, ça leur passe au-dessus de la tête.

Comment as tu été accueilli par les riverains et les commerçants ?

J’ai l’habitude de travailler seul, de travailler dans le virtuel, donc je n’ai pas pris le temps d’aller me présenter, mais il n’est pas trop tard pour bien faire (rires)

Comment avancent les travaux ?

Malheureusement, la mairie nous met des bâtons dans les roues. Le sous-sol est toujours fermé. Mon idée sera d’y mettre une bibliothèque, remplie de romans de science-fiction, fantastique et fantasy. Un endroit plus cosy que le reste du bar. Il pourrait aussi servir pour des soirées concerts. Sinon, il ne reste plus grand-chose à faire en gros oeuvre, ce sont surtout des finitions. On essaye d’optimiser l’espace.

Est-ce qu’il y a un niveau ou un âge pour entrer au Last Player ?

L’âge minimum pour rentrer est de 18 ans. Ensuite, on a une clientèle large. Certains sont des joueurs en puissance, d’autres jouent de temps en temps. Tous les niveaux sont les bienvenus.

Qu’as tu à dire aux brestois qui ne connaissent pas les jeux ?

Si c’est un bar avant tout, il faut se dire que les jeux de plateaux ont évolué depuis le Monopoly ou la bonne paye. Au Last Player , on en a 300. Je mets ma parole en jeu qu’entre les jeux de pichenette, de tirs, de réflexion, de culture générale, il y aura forcément toujours un jeu qui plaira à quelqu’un. Pour les jeux vidéos, ce sont des bornes d’arcades, des vieilles machines (reconstruites par Frédéric ndlr). Les gens de mon âge vont avoir la nostalgie des salles de jeux et les plus jeunes découvrent cette façon de jouer. Certains sont tellement dedans qu’ils redescendent trempés. C’est le seul bar de ce type qui existe à Brest. Pour en trouver un autre, il faut aller à Nantes. Fin septembre, le Warpzone ouvre à Rennes.

Qu’est-ce qu’on écoute au Last Player  ?

C’est du néo-rétro-wave. De la musique des années 80, synthétique, remise au goût du jour. Les principaux artistes sont Perturbator, Power Glove, Kavinsky, Niky Nine… Ce style de musique représente bien l’ambiance du bar. Ensuite, c’est à la demande du client. Tous les soirs, on aura une musique différente.

Certaines photos de la page Facebook montre des expériences culinaires ?

C’est tout simple à faire. C’est du dioxyde de carbone. On en achète sous forme solide. Au contact du liquide, il refroidit la boisson tout en donnant un effet visuel. On fait aussi des cocktails avec des vrais fruits. L’un de mes fournisseurs me ramène les fruits de la journée, je passe le tout au mixer et ça donne des cocktails de fruits frais. 5 fruits et légumes par jour (rires).

Tu as décoré tes murs avec un artiste brestois.

Oui. C’est Matthieu Chavonet. Lors de sa première exposition à la galerie brestoise Pod, j’avais acheté quelques œuvres. Il reviendra bientôt pour une exposition dans le bar.

Même le paiement est un concept.

Si on le désire, on peut payer avec une carte prépayée. Celle-ci, armée d’un QR code, permet de payer ses boissons, de jouer aux bornes, etc. Dans le futur, j’aimerai proposer ce système avec un distributeur de boisson. Ca n’a pas l’air humain, mais avec ce système j’aurai tout le temps nécessaire pour expliquer les jeux aux clients.

Vous faites des tournois, comment ça se passe ?

C’est très simple. Les pré-inscriptions se font sur la page Facebook pour évaluer le nombre d’inscrits. Le soir-même (Mercredi), les inscriptions sont à 20 h. Le tournoi commence à 21 h (sur grand écran, avec les commentaires d’un expert). Pour sortir du tournoi, il faut perdre deux fois. On choisit les jeux pour qu’ils soient très accessible. On a fait du Mario Kart, du Smash Bros, du Soulcalibue 2, Bomberman, etc.

Des nouveautés à proposer pour cette rentrée?

A part ce que j’ai dit (tournois de jeux, cocktails de fruits)… On est encore en version bêta comme c’est marqué sur la page Facebook. C’est en constante évolution.

Last Player : 11, rue de la Porte
Ouvert du mercredi au samedi, de 18h à 1h
Page Facebook

phare-ouestUn Phare à L’Ouest : Gaël Laurent

Qu’est ce qui t’as donné envie de créer une bouquinerie ?

J’avais déjà l’idée d’ouvrir un bar avec un coin librairie, mais il y avait trop de contraintes (gestion, temps, etc.), donc on a inversé le projet pour que ça devienne une bouquinerie, avec un coin café, sans alcool. Mon ancienne entreprise, suite à la crise, proposait à ses employés de partir (selon le projet). Ça correspondait à mon envie de faire autre chose. Ça m’a donné l’opportunité de partir avec de quoi créer une petite entreprise. Mon projet n’est pas nouveau. Les bouquineries brestoises existent déjà, celles qui sont spécialisées dans la bande dessinée suivent l’actualité, moi ça ne sera pas forcement le cas (tout dépend des recherches, des arrivages). Quant au côté café, les librairies Dialogues et celle des Voyageurs le fait aussi (ainsi que La Petite Librairie ndlr)

Vendre des livres, c’est ta formation première ?

Non, je suis électricien à la base et j’ai fait du magasinage pendant plus que quinze ans. Tout ce qui est mise en rayon, stockage, gestion du dit stockage, je connais.

As tu bénéficié d’aide ?

Du côté financier j’ai pu obtenir un prêt bancaire, un prêt NACRE (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise : ndlr). Ensuite, j’ai été chapeauté par la boutique de gestion. Avec eux, il y a eu un travail en amont sur toute la comptabilité, sur le conseil juridique, sur la viabilité du projet… Ils sont l’équivalent de la Chambre  de commerce, même si celle-ci est inévitable. La boutique de gestion permet d’avoir quelqu’un qui te suit personnellement et qui t’accompagne jusqu’après l’ouverture. Ils vont très loin dans les simulations (seuil de rentabilité, prix des livres, etc), pour que le projet soit bouclé et prêt à ouvrir.

Pourquoi choisir le quartier de Recouvrance ?

Au début, je cherchais dans le centre-ville (Place de la liberté-bas de Siam). J’avais trouvé quelque chose, mais on n’a pas réussi à s’entendre avec le propriétaire et c’était beaucoup plus cher (taxe foncière, loyer). Quant à ce local, la relation avec les propriétaires s’est bien passée, ils croyaient au projet. Côté financier, ça n’a rien à voir et puis le local a été refait à neuf il n’y a pas longtemps. Avec le passage des bus, du tramway, il y a un certain potentiel. A partir de ces éléments, je me suis vite décidé.

Que proposes tu  comme livres ?

Je vends essentiellement du roman. Beaucoup de romans policiers parce que c’est un genre qui fonctionne bien mais aussi parce que c’est mon type de lecture. Ensuite, je me suis diversifié : littérature blanche, un peu de science-fiction, des romans sentimentaux, des sciences humaines, de la biographie… J’ai même récupéré un lot de livres militaires !  Ils existent en grand format ou en poche, à voir selon leur état car c’est de l’occasion. Je vais peut-être vendre du neuf, c’est encore à l’étude. Je propose aussi quelques objets, Qu’ils soient des produits dérivés ou des tasses personnalisées, des bracelets personnalisables, des souvenirs bretons. Mais ce sera le plus pour les clients, ce n’est pas l’activité principale du magasin.

Proposes tu de rechercher des livres ?

Sur la page Facebook du magasin, on peut créer un fil de discussion en me laissant une image de profil à son nom. En commentaire, la personne écrit ce qu’elle cherche. Quand je vois passer le livre, je le signale à la personne. Si elle veut l’acheter, on discute du tarif. Je ne me focalise pas là-dessus, mais c’est un service que je propose. On a tous un livre qu’on recherche et qu’on ne trouve pas. Il sera peut-être parmi les lots que j’achète.

Le fait de s’installer à côté de Futur Composé n’est-il pas difficile ?

Au contraire ! Robert et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. Dans la création du projet j’ai pu bénéficier de son expérience, car rien ne vaut l’expérience des autres. A l’inverse, j’ai des amis qui avaient ouvert un magasin de jeux vidéos et ils se sont plantés. Pour revenir à ta question, Futur Composé n’est pas un concurrent direct. Je vends aussi des comics et quelques produits dérivés, mais c’est différent. Je suis moins l’actualité que lui. Je pense qu’il y a moyen d’être complémentaire. Si un client n’a pas trouvé ce qu’il cherche, ça ne me dérangera pas de l’envoyer voir Un Futur Composé.

Feras tu des animations, seras tu présent sur des salons ?

Pour les salons, je ne sais pas encore. Pour les animations, j’ai eu des propositions de dédicaces et il n’est pas impossible que ça se fasse. Si j’ai des clients qui sont demandeurs, pourquoi pas ? Aujourd’hui, grâce à Internet, je connais quelques auteurs et nous échangeons.

Gael Laurent propose aussi de consulter des livres sur place. Chaque sélection durera une dizaine de jours. D’autres réflexions sont en cours, comme une formule petit-déjeuner.

Bouquinerie-Café Un phare à l’Ouest
Ouvert du mardi au samedi de 10 h à 18h30
02 30 86 76 76
Page Facebook

Publicités

Un commentaire sur “RECOUVRANCE, UN RENOUVEAU CULTUREL ?

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s