LA NUIT MAC ORLAN

nuit-mac-orlan-briac-le-gouëfflec-sixtoSpécialiste de Mac Orlan (il en fait sa thèse), Marin a été contacté par un bouquiniste brestois. Celui-ci lui assure posséder un livre inédit de l’auteur, « un livre clandestin ». Appaté par la curiosité, Marin, débarque à Brest. C’est le commencement d’un voyage en dehors des sentiers battus.

Une bande dessinée consacrée à Pierre Mac Orlan ? Quelle idée !  Mais après la lecture, on s’aperçoit, sans pour autant connaître l’oeuvre macorlaniene, qu’elle dévoile une partie des thèmes chers à l’auteur. Quant à Brest, celle qu’on surnomme à tort « la grise », n’a jamais été aussi belle. C’est une bande dessinée qui est à marquer d’une croix blanche et ce, pour plusieurs raisons. C’est la  première collaboration entre Arnaud Le Gouëfflec et Briac. Ce dernier, pour la première fois, fait uniquement les dessins et la couleur. Les deux compères s’entendent comme larrons en foire et cette entente se ressent dans le récit. Sans le savoir, ils avaient des qualités pour créer La Nuit Mac Orlan. Briac n’a pas cessé de peindre Brest (Quais Divers, les Gens du Lao Tseu, …). Selon le catalogue-album Brest en Bulles, sa quête s’apparente à « La singularité de l’individu dans la tourmente de l’histoire ». Quant à Arnaud Le Gouëfflec, ses textes, qu’ils soient écrits, dessinés ou chantés racontent toujours quelque chose hors du commun (Le Chanteur Masqué, Les Discrets, …). Si les auteurs sont plongés dans l’oeuvre de Pierre Mac Orlan, c’est grâce à Sophie Laot. Spécialiste de l’auteur (elle en fait son mémoire universitaire), elle est persuadée qu’il y a quelque chose à faire en bande dessinée. Elle convainc Arnaud puis soutiendra le projet tout au long de sa création.

L’histoire est une longue déambulation à travers Brest. La nuit tombée, la cité se vide de ses habitants. Ne croyez pas pour autant qu’elle soit sombre. A Brest, il ne fait jamais vraiment nuit, il y a toujours de la lumière quelque part. A la suite de Marin, on traverse quelques quartiers (Saint-Martin, Recouvrance, Le port de commerce). Et si les personnages sont fictifs, les lieux sont, pour la plupart, réels. Pour le lecteur attentif, chaque page aura sa couleur dominante. Les auteurs l’ont voulu ainsi. Brest doit être suintant. A chaque page son ambiance, même si Briac se permet quelques touches irisées (comme son vert, page 16). A contrario de nombreuses bandes dessinées où la légèreté de la couleur prédomine, Briac travaille sa couleur, il l’expérimente. Le trait et la couleur ne font plus qu’un. C’est cette matière, cet aspect pâteux, râpeux qui va donner toutes les ambiances. Si on est loin d’être à la fête (on en croise une, de squelettes), rien ne sera inquiétant. L’ambiance tend vers le fantastique (un genre qu’aimait Pierre Mac orlan). Les personnages vont avec cette ambiance. Un peintre bavard qui ressemble à Jean-Michel Basquiat, une femme prête à tout, un commissaire revanchard, un bouquiniste qui semble avoir un air diabolique. Au milieu de ce petit monde, Marin semble perdu. il observe et se fait balader, tel un chien dans un jeu de quilles, des deux côtés de la Penfeld (la rivière qui coupe Brest).

Sans bonne histoire, on a beau avoir le meilleur dessinateur, ça ne donnera rien. Faire une balade, de nuit, cotoyer des milieux interlopes, dans un décor brestois, ne pourrait parler qu’aux habitants. Arnaud Le Gouëfflec s’empare des oeuvres de Mac Orlan. Il ne fera pas une biographie et n’adaptera pas un des nombreux textes de l’auteur. Il emprunte un chemin de traverse, une ribine comme on dit en Bretagne. Il va créer une métafiction des oeuvres de Pierre Mac Orlan. Comme je l’écrivais plus haut, il joue avec les thèmes dominants de l’auteur. Si certains  sont visibles, d’autres sont cachés dans le dessin, dans le texte… Arnaud et Briac s’amusent avec leurs personnages, les emmenant dans un Brest presque réel. A la lecture, on se croirait dans une adaptation brestoise d’After Hours (le film de Martin Scorcese). Que se rassure le lecteur. il ne sera pas perdu au milieu des références. Une postface écrite par le biographe de Pierre Mac Orlan, Bernard Bariteau, décrypte tout. Quant à la préface, elle est signée Pierre Bergé.

Avant de vous laisser vous procurer ce livre… Le lettrage a été particulièrement travaillé. La typographie utilisée permet une lecture agréable et les titres sont magnifiquement (et simplement) stylisés. Quant aux éditions Sixto, si elles se baladaient dans le genre polar, elles ont tout mis en oeuvre pour que cette aventure soit hors normes et haut en couleur.

On espère qu’avec cet album, on se penchera un peu plus sur l’oeuvre de l’auteur. A Brest, il a droit à une salle de spectacle et une station de tram. Il est plus que celà. Briac et Arnaud Le Gouëfflec ont donné les clefs de l’aventure aux lecteurs. Que ceux-ci s’en emparent.

LA NUIT MAC ORLAN
AUTEUR : ARNAUD LE GOUËFFLEC
DESSINATEUR : BRIAC
EDITIONS SIXTO

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